L'adresse du skieur

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Par Olivier Merlin

Parmi les sports d' adresse on cite volontiers le tennis, qui demande certes beaucoup de précision mais qui s' exécute sur une surface plane et sollicite surtout les jambes et les nerfs. Jamais on ne parle des sports violents comme l' équitation et le ski où l'«assiette » se déplace sans cesse à grande allure.

Or la pratique du ski me paraît entraîner pour le commun des mortels, c'est-à-dire pour l' homme des villes consacrant dix jours par an aux sports d' hiver, des gestes d' autant moins naturellement dégourdis qu' ils sont exécutés à basse température.

L' adresse entre en scène au harnachement de la panoplie de skieur, à l' art d' attacher et de porter ses skis. Elle s' illustre un peu plus tard dans les aires de remontée mécanique. Mais elle ne se développe et ne se démontre à plein que plus tard encore sur le toboggan des pistes.

Quel geste plus simple en apparence que celui de faire coulisser les fermetures « zip » de votre anorak? Il arrive pourtant que le « zip » dérape et se refuse soudain à tout service. Je me revois ainsi il y a quelques années, au soir du Lauberhorn de Wengen, coincé jusqu' au col comme un chevalier dans son armure, puis délivré par les efforts conjugués - et conjugaux -de mes amis James et « Zette » Couttet.

De même il y a un art - et un style - pour transporter convenablement ses skis. Les champions les chargent de préférence à l' horizontale sur une épaule, les semelles attachées l' une contre l' autre et verticales, les spatules en avant et légèrement inclinées vers le bas. On remarque tout de suite les « pieds-tendres » dans les rues de la station à leurs skis en ailes de moulin et au claquement incongru de leurs étriers bringuebalants.

Autour des engins de remontée mécanique, c' est là que le skieur normalement constitué a tout loisir pour se distinguer. Je laisse de côté le virtuose de la remontée... des queues qui aux jours d' afHuence, à Mégève ou à Val d' Isère, témoigne d' une adresse très spéciale ( seule technique contre ce rongeur: le « croche-pattes » du lycée ). Prenons plutôt le galant homme, point si rare tout de même qu' on le dit. Il arrive à la gare inférieure du téléphérique animé d' une ardeur de jeune poulain, s' essouffle sur des escaliers de fer, se rue vers un étroit guichet pour bénéficier et faire bénéficier sa compagnie de la plus prochaine benne en partance. Alors s' entame la fébrile bataille entre les bâtons, les gants, les fermetures qui ne veulent pas s' ouvrir, la carte de réduction que l'on a oubliée, les pièces de « mitraille » que colle le pain de paraffine, jusqu' à l' obtention des tickets tant convoités brandis au portillon en rempoignant les skis à la volée. Bien heureux quand le tremplin triomphal ne s' écroule pas sous le poids du skieur hâtif, comme il m' est advenu à Gstaad un jour qu' une trappe maligne s' était mal refermée ( grotesque et un mal de chien: oh! le rire jaune à la « charmante » me tirant sur les bras !).

Les monte-pente - téléskis, télésièges, télébennes - réclament plus d' adresse active. Le sport du chair-lift tyrolien, dont le siège unique et rudimentaire, face au vide, les skis serrés n' importe comment sur la poitrine, m' avait donné l' impression de vogueur tel un aéronaute la première fois que je l' avais pratiqué à Kitzbühel, n' est pas un exercice très confortable. Encore moins le téléski à double archet quand, selon la tradition, la panne de courant vous stoppe, ski en V, sur la ligne de plus grande pente. C' est miracle même que l' usager fourré brusquement en tandem, le long d' étroits sillons glacés, avec une faible femme ou un compagnon plus corpulent que lui, ne se mette pas chaque fois les quatre fers en l' air!

Mais d' autres manœuvres vont devoir être effectuées par le skieur en haut, à l' arrivée des téléphériques. Déjà dans la véhémence où tout le monde s' affaire il lui faut reconnaître et dégager sa paire de skis du méli-mélo de la benne. Ensuite il s' en va « chausser ». Pendant plusieurs saisons, grisé par l' exemple des champions dont je suivais l' entraînement, j' utilisais comme fixation à mes skis les « longues lanières ». Résultat: recroquevillé dans la bise des sommets, tétanisé par les crampes, je n' en finissais pas d' enrouler mes lanières, la rage au cœur - et quelquefois la panique - de me voir le dernier à prendre le schuss du départ. Aujourd'hui les fixations de sécurité se sont développées avec un tel succès que l' homme le plus maladroit du monde peut chausser ses skis en un clin d' œil.

C' est tout naturellement sur la neige que l' adresse se donne libre cours. Se servir de la pente pour évoluer très rapidement à la vitesse d' un galop de charge, comme sur le plancher des vaches: voilà qui représente déjà pour le bipède des villes de sérieux problèmes de balistique à résoudre. Depuis vingt ans on a codifié officiellement ces mouvements d' adresse en « style de l' Arlberg », « doctrine suisse », « méthode française ». Cela vous fait une belle jambe! Les mésaventures se rencontrent chaque jour sur les pistes dans des conditions moins faciles. Je ne suis pas près d' oublier une descente laborieusement acrobatique que j' effectuai un matin par un soleil radieux de février sur les sommets de Saint-Moritz. Je barbotais dans la profonde, le long de la piste qui dévale de Piz Nair à Corviglia, sur des planches pourries louées à la dernière minute ( impossible de retrouver les miennes ). Une de mes fixations ne tenait pas et je devais faire un effort pour que le ski avarié ne lâche pas mon pied. Finalement je m' arrêtai en pleine neige afin de me livrer à une réparation de fortune à l' aide d' une... ficelle. Il aurait fallu me voir, les doigts gourds, emprunté de toute ma personne, suant à grosses gouttes! Où je dépensai trois quarts d' heure avec des gestes de scarabée, un montagnard moyennement habile aurait mis deux minutes. Mais j' avais grand besoin de skis ce jour-là et j' étais singulièrement tarabusté par le temps: c' était le matin de la course de descente olympique ( où allait s' illustrer Henri Oreiller ).

Il y a des mésaventures plus courantes, dont la première est la bûche. Sport violent mais non dangereux, le ski permet de prendre des billets de parterre à cinquante à l' heure sans le moindre mal. D' instinct, dans la pente, le skieur sait tomber et la déclivité le fait souplement « bouler » ( les mauvaises chutes à cassure se font à deux à l' heure ou même à l' arrêt ). Toutefois il arrive souvent que les infinitésimaux mouvements improvisés avant la perte totale d' équilibre deviennent le comble de l' adresse.

C' est ici qu' intervient le don d' assimilation le plus rapide du ski, qui est le réflexe optique. Regarder loin en avant, ne pas être surpris par un détail unique du terrain, lequel monte et accourt très vite dans la totalité de son relief, ne pas attendre la dernière épingle à cheveux pour se déverser vers l' aval, apprécier au millième de seconde la route qui s' impose, comme l' as du volant vise le gravillon de la « corde »; voilà encore, voilà avant tout de l' adresse. Le reste est coup de reins, souplesse de jambes et souffle.

En définitive la palme de l' adresse n' est guère méritée par le « pistard »: elle va au skieur à l' anorak délavé, au rucksack sur le dos, aux bonnes vieilles peaux de phoque, celui qui à pleine charge prend les pentes sans tomber, en « tous terrains ». Cette silhouette, hélas!, est en disparition sur nos montagnes. Pour un peu, on la trouverait gauche ou ridicule. Mais demandez donc aux recordmen des montées en téléphérique d' éprouver leur adresse en descendant simplement dans la fraîche!...

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