Les Formes topographiques du Parc national suisse

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Emile Chaix, professeur ( Section genevoise ).

Par Dans la montagne, quand il fait „ grand beau ", on se contente volontiers de se remplir les poumons d' oxygène, les muscles de vigueur et les yeux de beauté, et le pourquoi des choses que l'on voit n' offre qu' un intérêt secondaire. Mais quand la pluie vous accompagne fidèlement du matin au soir, quel réconfort ne trouve-t-on pas dans la recherche des pourquoi! Elle vous rend imperméable. C' est cette considération qui m' a engagé à fournir quelques suggestions sur la topographie du Parc pour ceux des alpinistes „ laïques " que la pluie tâchera de démoraliser. Je parlerai de la structure, des altitudes, du réseau, des formes et des sols, tout cela en peu de mots, mais avec cartes, photographies et dessins.

I.

Que sont les roches qui font grincer nos clous, et pourquoi sont-elles là?

La réponse à ces questions se trouve aussi complète qu' il est possible dans l' ouvrage de MM. A. Spitz et G. Dyhrenfurth, Monographie der Engadiner Dolomiten, dans Beiträge zur geologischen Karte der Schweiz, 1915, mais vous la trouverez partiellement dans la carte fig. 1 et le dessin fig. 2 du présent article.

Le Parc n' a guère que des couches anciennes, profondes. Toutes sont très modifiées ( métamorphisées ), donc difficiles à différencier; mais quatre séries de ces couches sont plus reconnaissables pour l' observateur „ laïque ", et peuvent lui servir de niveaux de repère; elles sont marquées d' une façon un peu apparente sur la carte fig.. 1. Ce sont: les schistes, le verrucano, les couches de Raibl et les dolomies.

Chaque alpiniste connaît les schistes cristallins; le verrucano varie sensiblement de nature et d' aspect d' un endroit à l' autre, mais il est souvent représenté par des poudingues rougeâtres cristallins; les dolomies sont très reconnaissables: gris de souris, délitables en pièces anguleuses, peu hospitalières aux plantes. Quant aux couches Raibliennes, elles sont précieuses pour s' orienter, parce qu' une partie d' entre elles se trahissent dans le paysage par des traînées jaunes ou orangées de débris.

Comme on le voit sur la carte fig. 1, le Parc ne possède ni couches secondaires plus récentes que le Lias, ni couches tertiaires encore plus récentes: c' est une construction dont il ne reste que les fondements démantelés, les étages supérieurs ayant été enlevés. Dans ces conditions la structure est naturellement difficile à comprendre, d' autant plus que toutes ces roches profondes ont été triturées et métamorphisées à un point tel, que l' homme du métier lui-même hésite souvent à les identifier. La fig. 1 permettra pourtant plus ou moins de s' orienter sur le terrain; c' est son but.

Quand on l' examine en gros, elle montre que le territoire du Parc est formé de trois zones différentes: au S et SW, une zone où les couches dolomitiques et liasiques alternent à l' infiniau NW, une zone où la „ grande dolomie " ( Hauptdolomit ), avec base de Raibl, prédomine sur de vastes espacesau SE et à l' E, une zone formée de terrains plus anciens, surtout schistes et verrucano.

La raison de cette complexité se trouve dans la fig. 2, dessin schématique emprunté à MM Spitz et Dyhrenfurth, p. 207, mais précise; il montre comment les compressions venues du S avec réaction du N, comme celles qui ont agi d' un bout des Alpes à l' autre, ont plissé, puis culbuté les unes sur les autres, les couches primitivement horizontales ou à peu près. La zone SW du Parc occupe la gauche du schéma, et l' érosion a sculpté en tous sens les plis superposés du s o u b as s ement, AB dans le n° V de fig. 2la zone NW est taillée dans l' amoncelle des couches culbutées de „ grande dolomie ", donc dans la super structure, CD dans le n° V de fig. 2enfin la zone SE est creusée dans la masse de terrains anciens EF, qui a comprimé et froissé les terrains plus jeunes.

L' érosion ayant entamé les plis dans toutes les directions, transversalement, longitudinalement et en biais, il n' est pas toujours facile de deviner dans quel pli on se trouve. L' ouvrage de MM. Spitz et Dyhrenfurth donne des coupes géologiques, en partie reproduites dans der Schweizerische National park du Dr S. Brunies; j' y renvoie le lecteur et le touriste. Pour bien faire il faudrait leur fournir des profils spéciaux des principales vallées et des principaux points de vue, ce que je ne puis pas entreprendre pour cet article. Mais chacun pourra remarquer de beaux plissements dans les vallées du SW; et, dans le NW, on peut souvent constater le contact anormal de la superstructure culbutée ( Oberbau ) et du soubassement plissé ( Unterbau ); les couches de Raibl facilitent beaucoup l' observation.

En somme, la formation géologique est moins compliquée que dans la région des „ nappes " des Alpes occidentales, mais la denudation rend l' interprétation difficile.

II.

Pourquoi, dans une région si étonnamment plissée, les sommets sont-ils si égaux d' altitude, malgré leur diversité de composition?

Car leur uniformité en altitude est vraiment frappante:

Groupe Nnna-MacunC-E, 3-4 ), 12 grands sommets entre 3126 et 2896 mgroupe Plavna ( F, 4 ), 4 à 5 sommets entre 3169 et 2939 mgroupe Pisoc-Mingèr ( GH, 3-4 ), 8 grands sommets entre 3178 et 2982 mchaîne Lascha-durella-Neir-Tavrü ( EI, 4-6 ), plus de 20 sommets entre 3170 et 2882 mgroupe Madlain-Sesvenna ( IK, 2-4 ), 20 sommets entre 3207 et 3033 mgroupe d' Urtiola ( K, 5-7 ), 6 ou 7 sommets entre 3077 et 2911 mgroupe Quater-Vals ( BE, 6-9 ), plus de 20 grands sommets entre 3168 et 2983 mgroupe Murtaröl ( H, 9 ), 8 grands sommets entre 3184 et 2938 mchaîne d' Aint ( HK, 7-10 ), 8 à 10 sommets entre 3034 et 2951 m.

Ce sont environ 110 sommets qui se partagent la diflérence de 325 m entre 3207 et 2882 m! Nulle part, dans nos Alpes suisses, on ne retrouve pareille uniformité.

On est bien oblige, en considérant le schéma de fig. 2, de supposer que le relief structural a dei présenter de grandes différences d' altitude pour une même couche, entre soubassement et superstructure 1 ) ( dans la fig. 2, j' ai .admis une différence de 1000 m ); et pour expliquer l' égalité d' altitude des grands sommets, il faut bien supposer que les pluies et les cours d' eau de jadis ont dû ronger et „ araser " toutes les saillies au point de réduire le pays en une pénéplaine, c'est-à-dire en une surface peu ondulée, dans le genre du Canada oriental, où le relief actuel est indépendant de la position des couches géologiques; mais, après l' établissement de cette pénéplaine il faut bien admettre que le massif alpin a été relevé, par suite d' un nouveau plissement de la croûte terrestre superficielle, de façon que cette pénéplaine, qui était peut-être à un millier de mètres au-dessus des océans d' alors, a été portée à 3000 m.; et ses cours d' eau ont dû s' encaisser de 1000 à 2000 m — comme les cours d' eau d' une partie du Canada oriental sont en train de s' encaisser par suite d' une légère surélévation du pays. Ils n' ont laissé entre eux comme témoins de l' ancienne pénéplaine que des arêtes et sommets dont les parties les plus élevées sont toutes vers 3000 m. Dans x milliers d' années beaucoup de ces „ témoins " actuels auront perdu de leur altitude et ne prouveront plus lien. .'III.

Pourquoi le réseau des cours d' eau et des crêtes est-il si peu symétrique?

En effet, tandis que le Valais et quelques autres régions alpines présentent un dessin relativement symétrique, notre Parc est tailladé dans toutes les directions ( voir la fig. 1 dans l' article du professeur Schröter, vis-à-vis p. 170 ); certaines de ses vallées sont si bien enchevêtrées, qu' on ne devine pas facilement, en regardant la carte, dans quel sens leurs eaux doivent couler ( E-J, 7-9 dans fig. 1 ).

En comparant la carte fig. 3 avec celle de fig. I, on constate facilement que la direction des crêtes et vallées ne dépend pas de la structure géologique. Or ce fait est justement un des meilleurs arguments en faveur de l' existence ancienne de la plénéplaine d' abrasion mentionnée ci-dessus: dans toute région érodée pendant longtemps à un même niveau par rapport aux océans, les cours d' eau, en zigzaguant sans fin, arrivent à couper et araser les plis, ils se capturent mutuellement et enchevêtrent leurs bassins — comme en Russie — sans s' inquiéter de la structure géologique: c' est un caractère de vieillesse topographique.

Nous avons donc affaire à un réseau très vi e u x, plus vieilli encore que dans le reste des Alpes, c'est-à-dire plus indépendant des plissements, beaucoup plus vieilli que dans le Jura, où sa dépendance des plis est encore grande.

Des captures comme celles du Val del Gallo et du Val Mora ( FG, 8-9 et GH, 8-9 dans fig. 1 ), sont mêmes déconcertantes. D' autres également.

Mais, tandis que le réseau est très vieux, toutes les formes topographiques sont très „ jeunes ": inégalités dans les profils longitudinaux des cours d' eau, pentes latérales fortes et inégales, etc. Il y a donc discordance entre ces deux traits du paysage.

IV.

Pourquoi cette discordance? et surtout pourquoi le paysage présente-t-il généralement deux types opposés: arêtes déchiquetées et croupes arrondies?

Pour le constater, il suffit d' un coup d' oeil aux panoramas fig. 4 et 5 — comparez, dans fig. 5, Munt la Sellerà au Piz del Fuorn, ou au Piz Plavna, fig. 6. Si l'on pousse les recherches un peu plus loin, on constate que les croupes arrondies sont au-dessous de 2700 m et les crêtes déchiquetées au dessus.

L' explication est donnée par la carte fig. 3, où j' ai tenté de reconstituer les conditions de la grande période glaciaire ( rissienne ) d' après les constatations des autres et de moi-même.

En gros, les glaciers ont rempli toutes les vallées jusque vers 2500 m dans la Basse-Engadine et 2700 m en amont de Zernez; tous les grands cols étaient sous la glace, qui s' écoulait tout autrement que les eaux actuelles. Une des bonnes preuves de l' altitude de la glace est fournie par les anciens cirques de névés ( karj qu' on retrouve partout, plus ou moins modifiés, vers 2600 m ( voir les panoramas fig. 4 et 5, et le cirque de fig. 7 ): il en sortait de petits glaciers, qui se posaient sur le grand. Dans la carte fig. 3 j' ai figuré ces cirques ou kars, en les exagérant un peu, par des demi-cercles avec croix. Toutes les crêtes qui émergeaient de la glace ont été entamées par ces cirques, elles sont devenues ce que les Autrichiens nomment des karlings, à formes heurtées et pentes fortes, tandis que les reliefs immergés dans les grands glaciers étaient rabotés, et sont devenus des rundlings, à formes arrondies.

Mais les glaciers ont eu une autre influence générale: ils creusaient puissamment leur lit et lui ont imprimé Fig. 6. Piz Plavna dadaint ( 3169 m). vue du SE.

Formes déchiquetées caractéristiques de la „ grande dolomie "; base de couches de Raibl, à formes arrondies.

deux caractères constants — pentes latérales trop fortes, parfois verticales, et profils longitudinaux irréguliers, avec lacs dans les roches tendres, ou aux confluences de glaciers, et barrages saillants dans les roches dures ou ailleurs.

Ils avaient ainsi rajeuni la topographie, en dérangeant tout le travail précédent d' égalisation fait par les agents d' érosion — de là cette discordance entre le réseau „ vieux " et les formes abruptes, encore „ jeunes ".

Depuis lors les pluies et cours d' eau creusent ou comblent, les parois trop abruptes s' écroulent et les débris s' accumulent dans les anciens lacs et autres dépressions ( voir fig. 7 et 8 et la planche du Val Pischa, p. 190 de l' article de M. Schröter ). Ajoutons que l' énormité des cônes d' éboulis est due, en grande partie, à la nature délitable de la dolomie.

V.

Pourquoi a-t-on créé là le Parc national?

Parce que les sols que fournissent les roches de la région sont généralement mauvais — et il ne pouvait pas en être autrement: combien de millions faudrait il pour indemniser les habitants d' un territoire fertile, si l'on voulait le leur reprendre pour le rendre à l' action libre de la Nature?

Pour que la végétation prospère, il faut que les roches se désagrègent très complètement et qu' elles contiennent des éléments chimiques nutritifs, entre autres du calcaire.

Les schistes cristallins, facilement désagrégés, donnent un sol présentable. Le verrucano se désagrège par places, quoique plus difficilement. Le Raibl est souvent peu fertile, et, généralement, peu stable, trop facilement érodé. Quant aux dolomies, qui ont perdu tout leur carbonate de chaux, elles sont très stériles; puis leur effritement est si actif, que les pentes sont en mouvement perpétuel, par chute de nouvelles pierres ou d' avalanches, par glissement graduel des éboulis, etc.: bien peu de plantes sont capables d' y prospérer ( voir presque toutes mes figures, et la planche du Val Pischa dadaint, p. 190 de l' article de M. Schröter ).

De grands espaces ayant ainsi peu ou point de valeur pratique, pouvaient être acquis à des prix abordables. Or, en comparant ma fig. 1 aux limites du Parc dans fig. 1, p. 170 de l' article de M. Schröter, on peut constater que l' Etat et l' As pour la protection de la Nature n' ont guère pu acquérir que les zones dolomitiques. Pour permettre de plus vastes acquisitions il faudrait une grande recrudescence de la générosité des citoyens suisses envers l' Association ( Naturschutz, à Bale ). Or ce serait très désirable, car cette Réserve abandonnée à la Nature — qui porte mal le titre de parc — est précieuse pour beaucoup d' obser scientifiques que l' action économique de l' homme contrecarre: c' est là que plus d' un pourquoi trouvera son parce que.

III.

Kleinere Mitteilungen.

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