Les variations périodiques des glaciers des Alpes, 28me rapport, 1907

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Par

Dr F.A. Forel, professeur, à Morges.

E. Muret, inspecteur en chef des forêts, à Lausanne.

Dr P.L. Mercanton, professeur, à Lausanne.

E. Argand, géologue, à Lausanne.

Vingt-huitième rapport. 19O7 1 ).

XCV. Périodicité météorologique et variations des glaciers.

Dans mon „ Essai sur les variations périodiques des glaciers ", publié en 1881 2 ), j' ai cherché quelles étaient, dans les quantités annuelles de neige et dans les températures estivales, les variations d' ordre cyclique qui pouvaient se rapporter aux variations de grandeur des glaciers. En me basant sur la belle série d' observations de Genève, j' ai reconnu dans ces facteurs météorologiques des allures analogues, par leur durée tout au moins, à celles des variations glaciaires. Il y a évidemment des faits de longue périodicité dans les quantités de neige des chutes annuelles, et aussi dans la température de l' air. Quant à les rapporter d' une manière plus précise aux variations glaciaires observées, je me tenais dans une réserve prudente.

Après moi le professeur Dr C. Lang de Munich 1 ) et le professeur Dr E. Richter de Graz 2 ) sont arrivés par la même méthode aux mêmes conclusions.

Je profite de l' occasion pour reconnaître que j' avais été précédé dans cette voie par le colonel K.A. v. Sonklar 3 ). Voici comment E. Brückner dans ses „ Klimaschwankungen ", p. 40, résume les travaux de ce maître de la glaciologie alpine: „ Les résultats de Sonklar sont clairs et précis. En se fondant sur les anciennes notices de la température, comme aussi sur les observations météorologiques instrumentales, il démontre que les crues des glaciers des Alpes de 1770, de 1810—1820 et de 1840 correspondent à des périodes froides et humides, que les décrues des glaciers à la fin du XVIIIe siècle, celle des années 1820 à 1830, et celle des années postérieures à 1850, correspondent à des périodes chaudes et sèches. "

Depuis lors nous avons fait quelques pas en avant, et aussi bien par des considérations théoriques ( Richter et Forel ) que par l' étude mathématique ( De Marchi et Finsterwalder ), nous avons démontré que les réactions des années neigeuses ne se font pas sentir immédiatement par l' allongement du glacier, que leur effet est à beaucoup plus longue échéance que ne le croyait Sonklar. Mais il n' est que justice de rendre hommage à l' œuvre de notre prédécesseur, que j' ignorais lorsque je me suis pour la première fois attaqué à ces problèmes.

Depuis 1880 trente années se sont écoulées et la précieuse série de l' Observatoire de Genève s' est encore allongée; nous disposons aujourd'hui d' une période de 80 ans d' observations ininterrompues, faites dans la même localité, avec les mêmes instruments, dans les mêmes conditions. Elles sont d' une valeur inestimable. C' est le cas de reprendre mes tableaux de jadis, basés sur 50 ans seulement d' observation, et de les compléter pour vérifier mes conclusions.

Je traiterai d' abord des chutes de neige.

Nous n' avons pas d' observations suffisamment valables et comparables dans la haute montagne pour en déduire les quantités absolues des neiges sur les névés des Alpes, à la source des glaciers. Mais nous pouvons admettre comme probable une analogie d' allures, un parallélisme, entre les valeurs des chutes de neige sur les névés et celles des 1 ) Der sekuläre Verlauf der Witterung als Ursache der Gletscherschwankungen. Zeitschr. f. Meteorol. IX, p. 443. Wien 1885.

chutes de pluie dans la plaine suisse. Il est probable que les années à grandes pluies de Genève ont été des années à grandes neiges dans la montagne. Ce n' est pas tout à fait certain: l' altitude d' une part, la température de l' air, qui réagit puissamment sur son humidité d' autre part, influencent trop fortement les précipitations aqueuses pour que nous ne devions émettre certaines réserves en formulant cette affirmation. Les observations de l' enneigement en montagne et de la nivométrie, que nos amis Lugeon et Mercanton publient depuis quelques années dans ces „ Rapports ", montrent, entr' autres, la différence des chutes de neige aux diverses altitudes et leur indépendance de celles de la plaine. Quoiqu' il en soit la proposition générale ne reste pas moins assurée: les allures de la variation de la pluie à Genève nous donnent les allures de la variation de la neige sur les névés des Alpes, tout au moins pour la durée de la périodicité.

Il pleut parfois au sommet du Mont Blanc, à plus forte raison sur les névés, de mille ou de deux mille mètres moins élevés en altitude. Y a-t-il lieu pour apprécier la valeur de la neige sur les névés d' en séparer les quantités d' eau qui tombent en pluie? S' il s' agissait ici d' évaluer l' épaisseur du névé, sa hauteur nivométrique, se serait peut-être nécessaire; mais pour les recherches qui nous occupent, nous pouvons, sans hésiter, nous épargner cette distinction. En effet toute l' eau qui tombe en pluie sur le névé est absorbée par lui et ne le traverse pas; elle n' arrive pas au torrent sous-glaciaire dont les premières sources commencent en aval de la „ ligne du névé ". Cette eau s' incorpore à la neige qui la reçoit et elle s' y congèle; elle augmente, si non l' épaisseur du névé, du moins sa masse, son poids.

Or, dans le problème des variations du glacier, ce n' est pas l' épais du névé qui entre en jeu, mais sa pression, sa poussée, qui dépend de son poids. Donc nous ne séparerons pas les chutes de pluie des chutes de neige: nous admettons que, sur le névé, toute l' eau précipitée, en neige, en givre ou en pluie, s' additionne pour former l' élément d' ali du glacier. Ce ne sera donc pas seulement l' eau tombée en neige, mais la quantité totale d' eau précipitée qu' il faut apprécier; c' est la chute annuelle d' eau. Pour en étudier les allures en utilisant les observations de Genève, nous devrons donc nous adresser aux chutes totales d' eau, neige de l' hiver et pluie de l' été; c' est la chute d' eau annuelle de Genève que nous devrons compulser.

Dans l' épaisseur ( ou le poids ) de la neige d' un névé, il y a lieu de considérer non seulement la chute actuelle, celle de l' année courante, mais la somme des années précédentes. La neige s' accumule sur place, tant l' écoulement du névé est lent; la neige évapore très peu; les chutes successives de neige s' additionnent. Pour apprécier la valeur des chutes de neige, dans le facteur alimentation du glacier, ou poussée du névé sur le glacier, il faut donc faire intervenir des sommes des chutes annuelles d' eau. Dans l' ignorance où je suis du nombre de ces chutes annuelles qui s' additionnent pour cette somme, j' ai pris un nombre quelconque; j' ai choisi des séries de 10 ans. Pour les allures des variations, les périodes eussent été les mêmes, un peu modifiées dans leur hauteur relative, mais avec les mêmes durées, si j' avais pris des séries de 5 ou de 20 ou de 30 ans; cela est évident.

Je dispose donc des chutes annuelles d' eau de Genève de 1826 à 1906, et je les utilise de la manière suivante. J' établis pour chaque année la somme des chutes d' eau de cette année et des neuf années antérieures. Si cette eau était tombée tout en neige, le névé formé à Genève dans ces 10 ans serait donné, non pas en épaisseur, mais en poids, par la somme des 10 chutes annuelles. Je considère par exemple l' année 1835, la première pour laquelle j' aie la chute d' eau de 10 années consécutives:

mm. d' eau La somme des chutes d' eau de Genève de 1826 à 1835 a été 7711 La normale annuelle de 1826 à 1905 est 843.8 La normale de 10 ans est donc 8438 La différence entre la chute mesurée et la normale est donc -727 Dans la série des années 1826 à 1835 il y a donc eu à Genève un déficit de 727 mm. dans la chute d' eau; ces années ont été relativement sèches.

Même calcul pour l' année 1836 et pour les années suivantes.

Décade Différence avec la normale Décade Différence avec la normale 1835 — 727 mm.

1841 - 784 mm.

1836 — 722 "

1842 - 235 "

1837 — 1042 "

1843

+ 37

"

1838 — 976 "

1844

+ 179

"

1839 — 1071 "

1845

+ 246

"

1840 — 860 "

etc.

Inutile de continuer ce tableau ainsi détaillé: je me borne à le résumer dans ses grands traits.

Pour simplifier je désigne chaque décade d' années par le chiffre de la dernière année: 1835 donne la somme des dix années 182G à 1835, 1836 celle de 1827 à 1836, etc. J' ai mis entre parenthèses les dates du commencement et de la fin des phases qui sont à l' extrémité du tableau et qui ne sont pas des limites certaines de la période; celle-ci peut avoir commencé avant la première décade; elle peut se continuer encore après la dernière.

( 1835 ) à 1842 déficit de pluie à Genève 8 décades 1843 à 1853 excès "

"

11 "

1854 déficit "

"

1 "

1855 à 1856 excès "

"

2 "

1857 à 1878 déficit "

"

22 "

1879 à ( 1906 ) excès "

"

28 "

Ainsi, sauf dans les trois décades 1854 à 1856 où il y a eu hésitation, les décades se groupent en longues périodes de dix, vingt ou trente, pendant lesquelles il y a continuellement excès ou continuellement déficit de pluie; pendant lesquelles, si Genève avait été à l' alti de trois à quatre mille mètres, le névé aurait été continuellement au-dessus ou au-dessous de son épaisseur moyenne. L' exemple le plus frappant est celui des 28 dernières années, qui, contrairement aux impressions populaires actuellement régnantes, ont été des années pluvieuses; les chutes d' eau réunies en décades ont été constamment au-dessus de la moyenne depuis 1879.

Il y a dans ces allures de la pluie les mêmes phénomènes de longue périodicité que nous avons, depuis longtemps, constatés dans les variations périodiques des glaciers.

J' ai établi, et c' est le point central de notre doctrine, que les variations de l' enneigement du glacier réservoir ne réagissent qu' à très longue échéance sur l' allongement positif ou négatif du glacier; qu' un excès de neige tombée sur le névé ne se traduira, que dans un temps très éloigné, par une poussée en avant du front du glacier.

Il nous est impossible actuellement de dire quelle est l' importance en nombre d' années de ce „ retard de la période " comme je l' ai nommé 1 ). Je suis incapable par conséquent de rapporter ces variations constatées dans les chutes d' eau aux variations connues des glaciers, de dire à quelle période de sécheresse relative correspond la décrue générale actuelle des glaciers, de dire quelle période d' excès de chute d' eau a été la cause de la petite crue des glaciers à la fin du XIXe siècle; ces variations modernes des glaciers doivent certainement en partie leur origine à des variations pluviométriques bien antérieures aux plus anciens chiffres de mon tableau. La détermination plus précise de ces rapports doit être renvoyée à nos successeurs quand ceux-ci auront accumulé, après nous, un nombre suffisamment prolongé d' observations.

La seule conclusion que je me permette aujourd'hui est la constatation de similitude générale d' allures dans les variations des chutes de pluie ( et 1 ) Les études de De Marchi et de Finsterwalder ont montré que la vague d' inondation d' une crue du glacier marche plus vite que l' écoulement même de la glace. Mais la proposition générale reste exacte: le retard de la période est considérable.

par conséquent probablement des chutes de neige sur les névés ), et dans les variations de longueur des glaciers.

Le second facteur météorologique qui intervient dans les variations glaciaires est la température de l' air qui cause l' ablation. Plus la température de l' été est élevée, plus grande est la quantité de glace fondue sur la langue du glacier, plus forte est la tendance à la destruction du glacier, et par conséquence au raccourcissement, à la décrue de celui-ci; et vice-versa. Cette action est limitée aux trois mois d' été, juin, juillet et août. Quelles sont les allures de la variation de ce facteur?

Je puis étudier ce problème avec plus de confiance dans les observations météorologiques de Genève. En effet, tandis que pour les chutes d' eau il y a certainement de grandes différences entre la plaine, la basse montagne et la haute montagne, et des différences variables avec la saison, pour la température les variations sont à peu près les mêmes, en tous cas dans le même sens, à la plaine qu' à la montagne. Un été chaud à Genève est presque nécessairement un été chaud dans les Alpes.

Je prends donc dans les observations de Genève, pour chaque année, la moyenne des trois mois d' été, juin à août, et j' en utilise les écarts positifs ou négatifs, au-dessus ou au-dessous de la normale, tels qu' ils sont publiés dans les résumés annuels de l' Observatoire, Archives des sciences physiques et naturelles de Genève. Je les donne dans la première colonne de mon tableau, en les exprimant en centièmes de degré centigrade. ( Voir page 308. ) En adoucissant d' une manière convenable, par la méthode des moyennes ternaires 1 ), la courbe que nous fournissent ces chiffres disposés en séries, j' ai constaté que les écarts de température estivale se groupent en phases tantôt positives, tantôt négatives indiquant une variation de longue périodicité. Cette variation est analogue dans ses allures à celle que nous avons constatée chez les précipitations aqueuses annuelles; elle lui est analogue, mais non identique ni synchrone. Pour alléger ce mémoire je ne le donne pas ici en tableau; nous allons du reste retrouver ces mêmes allures en groupant autrement les observations de température que nous étudions.

Pour utiliser ces écarts de température estivale dans leurs rapports avec les variations des glaciers, facteur ablation, je les réunis en séries de cinq années. En effet, l' action positive ou négative d' un été trop chaud ou trop froid s' additionne à celle des années précédentes pour déterminer 1 ) Voir pour mon procédé d' adoucissement des courbes par les moyennes ternaires: Le Léman, t. I, p. 299, note 4. Lausanne 1892.

Variations de la température estivale à Genève.

En centièmes de degré centigrade écarts moyennes de 5 ans écarts moyennes de 5 ans écarts moyennes de 5 ans 1826

+ 121

- 1853 — 44 - 55 1880 — 42 + 31 1827 + 102 — 1854 — 109 — 74 1881 + 145

+ 38

1828

+ 14

— 1855 — 33 - 66 1882 — 142

— 16

1829 — 87 — 1856 + 36

— 45

1883 — 88

— 29

1830 - 9 + 28 1857 + 43

— 21

1884 — 6

— 27

1831

+ 5 1858 — 53

— 23

1885 + 108

1832 + 95

1859 + 189 + 36 1886

+ 14

— 23 1833 — 56

— 10

1860 - 157 + 12 1887 + 130 + 32 1834 + 196 + 46 1861 + 24

1888

+ 80

+ 65

1835

+ 111

+ 50

1862

+ 11

1889 0 + 66 1836

+ 38

+ 77

1863 + 77

+ 29

1890 — 60

+ 53

1837

+ 97

+ 67 1864 — 11

— 11

1891 — 50

+ 20

1838 — 103 + 68 1865 + 55 + 11 1892 + 54

1839

+ 29

1866 — 19 + 23 1893

+ 110

+ 11

1840

— 71

1867 + 6 + 22 1894

— 15

1841 — 191

— 53

1868 + 83

+ 23

1895 + 43

+ 28

1842 + 78

— 57

1869

+ 24

1896 - 103 + 18 1843 — 181

— 73

1870 + 119

+ 37

1897 + 85

+ 24

1844 — 107 - 58 1871

— 49

+ 39 1898 — 23 - 3 1845 — 123 — 105 1872

+ 39 1899 + 42

1846

+ 118

— 43 1873 + 130 + 40 1900 + 76

+ 15

1847 — 117 — 82 1874 + 65 + 52 1901 + 26

+ 41

1848 — 54 — 57 1875

+ 24

+ 33 1902

— 22

+ 20 1849 — 12 — 58 1876

+ 110

+ 65 1903 — 83 + 8 1850 — 72 — 27 1877 + 128 + 91 1904 + 182

+ 36

1851 — 68 — 65 1878

— 22

+ 61 1905 + 130

+ 47

1852 — 77 — 57 1879

— 17

+ 45 1906

+ 73

+ 56

l' état actuel du glacier, par rapport à l' ablation. La fonction de la chaleur est la destruction de la glace, par la transformation de celle-ci en eau qui s' écoule immédiatement et disparaît de la masse du glacier; il n' y a pas de retour en arrière, pas de compensation; la fusion opérée, la réduction du glacier est acquise. Il y a donc accumulation dans l' œuvre de destruction, comme, sur le névé, il y a accumulation des chutes de neige dans l' œuvre de construction du glacier. Je dois donc, pour apprécier l' effet de la température sur la grandeur du glacier, faire la somme algébrique des écarts positifs ou négatifs des années précédentes.

L' ablation opère sur toute la langue terminale du glacier, disons sur toute la partie aval de la ligne du névé. Etant connue la lenteur extrême de l' écoulement du fleuve glacé, ce serait donc des décades et des décades d' années que je pourrais faire entrer en jeu pour apprécier l' effet de la température estivale sur la destruction du glacier. Mais cette action va en s' exagérant de haut en bas; sa puissance maximale est donc au front terminal, et ce sont dans les dernières années du voyage du glacier que l' ablation est la plus efficace. Pour simplifier, j' ai donc le droit de me borner à prendre des séries de cinq ans ou pentades; pour chaque année je prends la somme algébrique des écarts de température estivale de l' année considérée et des quatre années précédentes; j' en tire la moyenne que je donne dans la seconde colonne de mon tableau. Chaque pentade y est dénommée par la date de la dernière des cinq années.

Des variations à allures cycliques y sont très évidentes. En effet dans les séries de pentades à écarts positifs ou négatifs de mes 81 années, je ne trouve que quatre petites exceptions, toutes de valeur très faible. Les trois dernières, celles de 1864, 1886 et 1898, auraient été effacées si au lieu des sommes de cinq années j' avais pris des sommes de six ans; la première, celle de 1833, aurait été effacée dans une somme de sept ans.

Ce tableau se résume comme suit pour les écarts de la température estivale de Genève:

( 1826 ) à 1839écart positif14 ans 1840 à 1859négatif20 „ 1860 à 1881positif22 „ 1882 à 1885négatif4 „ 1886 à ( 1906positif21 „ Si je veux étudier les rapports probables de cette variation thermique amenant des variations dans la valeur de l' ablation avec les variations en grandeur du glacier, je ferai mieux de choisir pour le commencement de la phase, non l' année qui caractérise la pentade où l' écart change de signe, mais le milieu de la série de cinq années, par conséquent deux années en arrière de la date de cette pentade. Au point de vue de l' influence de la température sur l' ablation, nous aurions donc ( 1826 ) à 1837 excès de température estivale 1838 à 1857 déficit1858 à 1879 excès1880 à 1883 déficit1884 à ( 1906 ) excès Il est parfaitement admissible, ainsi que je l' ai dit plus haut que les mêmes variations constatées à Genève aient eu lieu, aux mêmes époques et avec le même signe, dans les régions haut-alpines; que les données de notre tableau soient par conséquent applicables aux valeurs de l' ablation, et par conséquent aux variations des glaciers pour ce qui regarde leur destruction. Cherchons maintenant s' il y a eu quelque coïncidence.

Que nous apprend l' histoire des glaciers alpins suisses et savoyards? Je ne la prends que dans la seconde moitié du XIXe siècle, car les observations glaciaires antérieures, celles de 1826 à 1850, sont trop insuffisantes pour nous permettre une généralisation convenable.

Jusqu' à 1855 nos glaciers étaient en crue et proches de l' état de maximum; à partir de 1856 ils se sont mis en décrue, plus ou moins simultanément, tellement que vers 1870 ou 1875 nous ne connaissions plus un seul glacier qui fût en crue certaine. En 1875 le glacier des Bossons du Mont Blanc a commencé à s' allonger, et les uns après les autres nous avons vu une trentaine des glaciers suisses, une centaine peut-être de l' ensemble des Alpes, présenter des symptômes plus ou moins évidents d' agrandissement temporaire, ce que j' ai appelé la „ crue de la fin du XIXe siècle ". Cette crue, qui s' est terminée dans la chaîne du Mont Blanc et en Suisse vers 1893, et dans les Alpes autrichiennes quelques années plus tard, a été partielle et peu intense; la majorité des glaciers n' y a pas pris part. Rappelons qu' il y a environ deux mille glaciers reconnus dans l' ensemble des Alpes. Après cette petite crue qui n' a duré que quelques années, la décrue a repris pour les quelques glaciers qui avaient poussé en avant, elle a continué pour le très grand nombre qui depuis 1856 se raccourcissaient sans interruption. La décrue est générale depuis quinze ans pour tous les glaciers suisses et savoyards.

Cela ne correspond-il pas d' une manière frappante, saisissante, évidente, avec les écarts de température que nous avons constatés dans la série météorologique de Genève, que nous avons étendus légitimement à la région alpine? De 1858 à ( 1906 ) excès évident de chaleur estivale, interrompu pendant quelques années, vers 1880 à 1885 par un court déficit de chaleur. La coïncidence est tellement marquée que je dois la signaler; j' en déduis que peut-être, oserai-je dire que probablement, les variations générales de la température estivale qui doivent se traduire par des actions appréciables sur la valeur relative de l' ablation, interviennent plus que nous ne l' avons cru jusqu' à présent dans les variations de grandeur des glaciers.

Sous l' influence d' un préjugé, persuadé que la température est un fait essentiellement variable, présentant les plus grandes irrégularités d' une année à l' autre, j' avais admis qu' il devait se faire des compensations entre les étés chauds et les étés froids, et je n' ai pas apporté assez d' attention aux variations périodiques, cycliques, incontestables pourtant comme je l' avais déjà montré en 1881, de ce facteur. J' ai cependant en 1901 1 ) fait intervenir l' effet de quelques étés chauds pour expliquer l' arrêt subit de certaines crues des glaciers, la fixation simultanée des maximums, en 1856 et 1893 par exemple. Mais, je le reconnais jourd' hui, j' ai trop négligé ce côté du problème.

Ce sera à la fin de la phase chaude actuelle de la température estivale, quand une phase froide se manifestera, que nous, ou nos successeurs, reconnaîtrons si une nouvelle crue, partielle ou générale, des glaciers justifiera ou réfutera les rapprochements que je viens de signaler.

Je ne répudie en rien, en disant cela, l' importance fondamentale qu' il faut attribuer aux accumulations de neige sur les névés, lesquelles président aux variations dans la puissance originale du fleuve de glace; mais je reconnais que dans le phénomène de la destruction, de la „ dissipation du glacier ", comme l' appellent les Anglais, son écoulement en eau, il peut y avoir des actions générales, continues, accumulées elles aussi, qui doivent expliquer la réaction actuelle et immédiate des faits météorologiques de la température sur les variations et grandeur des glaciers.

Une considération encore et j' aurai fini.

Si je prends les moyennes des écarts de température estivale de Genève, première colonne de mon tableau, en les groupant au juger en phases positives ou négatives, j' obtiens:

( 1826 ) à 1837 12 ans + 0.58 ° moyenne d' écart.

1838 à 1855 180.501856 à 1877 220.361878 à 1884 70.251885 à ( 1906 ) 220.36En réunissant ensemble les valeurs de même signe, j' ai:

56 valeurs positives, moyenne + O.40° 25 „ négatives,O.43° entre les deux groupes de séries 0.83 ° Entre les valeurs moyennes des écarts de température des deux phases, il y a une différence de 0.83 °. Si le gradient estival de la température est 1° pour 174 m. de différence d' altitude, ce chiffre de 0.83° correspond à 144 m. Il y aurait d' après ce calcul, entre les phases chaudes et les phases froides de la température estivale un dé- 1 ) XXIe rapport, année 1900. Berne 1901, p. 169 sq.

placement vertical de 144 m. des lignes isothermes, ce qui expliquerait bien les variations observées dans la longueur des glaciers, en même temps que les variations dans l' altitude de la ligne du névé et celles de la limite des neiges perpétuelles.

Point n' est besoin de développer longuement que, pour ces relations entre la longueur des glaciers et le déplacement des isothermes, ce n' est pas la température annuelle qu' il faut considérer, mais seulement la température estivale. L' ablation n' intervient en effet que pendant les mois d' été, lorsque la température du glacier est ramenée à celle de la glace fondante. La comparaison que je viens de faire est donc parfaitement valable.

Je soumets ces considérations à l' attention de mes confrères en glaciologie.F.A. F.

XCVI. L' enneigement en 1907.

Il est assez difficile de se faire une idée exacte de l' enneigement en 1907; les renseignements généraux que des alpinistes, membres du C.A.S. ou autres, nous envoyaient ces années dernières encore, nous font cette fois-ci presque complètement défaut. Cette lacune est très regrettable.

L' intérêt pour ce genre d' observations aurait-il diminué chez les touristes ou bien estimeraient-ils peut-être leur collaboration inutile depuis l' installation des échelles nivométriques?

Qu' ils se détrompent à cet égard! Les nivomètres, s' ils donnent assez exactement la mesure de l' enneigement, ne fournissent que des résultats locaux, qui ne sauraient, sans témérité, être étendus à un massif entier de montagnes. Tant que ces appareils ne seront pas plus nombreux et observés d' une façon plus suivie, leurs indications exigeront le contrôle des données générales sur l' enneigement plus ou moins grand des cimes, la persistance plus ou moins longue des névés et flaques de neige, des ponts croisant les crevasses des glaciers.

L' une et l' autre méthode d' étude de l' enneigement alpin se complètent avantageusement. C' est pourquoi nous prions les alpinistes de continuer à nous signaler les changements, voire l' absence de changements, qu' ils pourraient remarquer d' une année à l' autre, dans l' état de la haute montagne, à une même époque de l' année. La grandeur d' une flaque de neige observée chaque année à une même date convenablement choisie, ou bien aussi la date de sa disparition, sont des éléments d' information faciles à recueillir et précieux à utiliser.

Des quelques correspondances reçues, il semble ressortir que l' état de la haute montagne n' a pas subi en 1907 de changements notables.

L' accumulation des neiges paraît cependant avoir été plus forte que dans l' hiver précédent et leur disparition plus tardive.

Alpes occidentales. J' ai constaté que le 15 juillet 1907, le glacier de Corbassière était encore tout recouvert de neige en face de la cabane de la Panossière; plus haut les crevasses étaient encore solidement pontées; enfin des névés étendus subsistaient à l' altitude de 2300 m. ( le 2 juillet 1900 la neige descendait, sur le glacier, à 2600 m. seulement ).

Le 19 septembre 1907 la rimaie au passage en arête du glacier de Prapioz à celui des Diablerets ( infranchissablement béante le 11 septembre 1904 ) était encore pontée de vieille neige et à peine visible ( Mercanton ).

Alpes centrales. M. le Prof. Dr J. Kœnigsberger de Fribourg en Brisgau nous communique ses observations de 1907:

Dans le massif du Gothard, au Piz Lucendro et à la Fibbia en particulier, le revêtement de neige était, à fin août, plus épais en 1907 qu' en 1905. Il en était de même au baraquement militaire de Pusmeda ( Val Sella ). Presque tous les glaciers du massif du Gothard ( et à l' Ouest, le Wyttenwassergletscher ) étaient à ce moment couverts jusqu' à leur extrémité de quelque dix à vingt centimètres de vieille neige.

Pareilles conditions dans le massif oriental de l' Aar, spécialement dans le Val Maderan; dans le Val Cavadiras et aux Strahlige Stöcke le degré d' enneigement était le même qu' en 1902. A la fin d' août et au commencement de septembre tous les glaciers au Sud de l' Oberalp étaient encore sous la neige du dernier hiver; nulle part on n' y apercevait de la neige plus ancienne. Le Riental qui, pour Göschenen, est le meilleur indicateur de l' enneigement, ainsi que le Badus qui joue le même rôle pour les gens de Tschamutt, avaient plus de neige que les années précédentes.

M. Kœnigsberger conclut de ces observations à une progression nette et générale quoique modérée de l' enneigement.

M. Wagnon n' a rien remarqué de particulier cette année dans les montagnes de Zermatt.

Pour suppléer à la rareté des observations générales nous pouvons heureusement nous adresser aux nivomètres d' Orny et de l' Eiger qui ont régulièrement fonctionné.

Cinq années d' observations continues du premier autorisent un jugement fondé sur la valeur de ce genre d' instrument.

La série des lectures ( voir plus bas ) montre nettement que ce mode d' investigation, tel qu' il est pratiqué jusqu' ici ( et tel qu' il devra l' être probablement presque partout ) nous renseigne très bien sur la disparition estivale des neiges, mais d' une façon fâcheusement insuffisante sur l' accumulation hivernale.

Tandis que les chiffres de fin septembre marquent sans ambiguïté le minimum annuel, les documents recueillis jusqu' à présent ne nous permettent pas de fixer encore le moment exact, au début de l' année, où la lecture donnerait le maximum. Cela tient pour une part à l' irré dans l' époque de l' apparition de ce maximum, pour une autre part, la plus grande d' ailleurs, à la rareté inévitable des observations dans ces mois-là.

Le nivomètre de l' Eiger, lu fréquemment en hiver, quotidiennement en été, nous eût tiré d' embarras, si, dès le commencement de mars et jusqu' à fin mai 1907, son trait supérieur n' eût été continuellement caché sous plusieurs mètres de neige. Le nécessaire sera fait cette année pour mettre les mesures ultérieures à l' abri d' un semblable inconvénient en prolongeant suffisamment la dite échelle. En revanche les observations d' enneigement poursuivies depuis 1904 sur la route du Grand St-Bernard par MM. Forel et Mercanton et dont il sera parlé plus loin en détail montrent que le maximum annuel de l' enneigement, entre 1500 et 2000 m. d' altitude, tombe généralement en mars.

Il est clair que si cette position du maximum annuel reçoit confirmation définitive, on pourra se contenter désormais de quelques observations à ce moment-là de l' année.

Avec deux ou trois lectures à fin septembre on aura tous les éléments nécessaires à une appréciation sûre des variations multiannuelles de l' enneigement.

Ceci ne veut pas dire, bien entendu, qu' on puisse négliger les observations pendant les autres mois de l' année. La prévision des variations éventuelles de longueur des glaciers, que les mathématiques semblent devoir rendre possible un jour, requerra des données précises sur les variations saisonnières de l' enneigement annuel et il conviendra au contraire de multiplier et les échelles nivométriques et les lectures de chacune d' elles.

C' est dans cette pensée que j' ai établi avec l' aide obligeante de M. l' inspecteur des forêts Louis Grenier, des Ormonts, du garde-forestier Alexis Berruex et du guide Constant Moillen, le 19 septembre 1907, un nouveau nivomètre dans le massif des Diablerets.

Nivomètre des Diablerets ( 3030 m ). Il est du type adopté déjà pour ceux d' Orny et de l' Eiger. C' est une échelle verticale, à traits rouges équidistants de 50 cm. et numérotés en chiffres régressifs de haut en bas à partir de 90. Ces traits sont peints à même un rocher gris, sur 10 mètres de hauteur dans la paroi ( flanc Est ) qui domine le glacier des Diablerets proprement dit, à 3030 m. environ d' altitude, et non loin de l' arête neigeuse tranchante, arête terminale du Dôme, dite aussi „ le Rasoir ", qui sépare le glacier précité de celui de Prapioz.

Il est situé sur la route habituelle des touristes qui montent au sommet des Diablerets venant de la cabane d' Entre ou des parages de la Tour St-Martin, en passant soit au-dessus soit au-dessous des pointements rocheux dits: „ les Petits Rochers ". L' instrument est visible de loin à droite en montant.

La lecture nivométrique se fait le mieux de tout près en déterminant au jugé à quelle division de l' échelle aboutit une ligne de visée horizontale rasant le bord de la neige au pied de l' appareil. On évalue ainsi facilement la demi-division ( 25 cm. ). Ce mode de faire est le seul rigoureux, quand en arrière saison, le glacier n' adhère plus au rocher.

Le 19 septembre 1907, jour de son établissement, le nouveau nivomètre marquait 72.

Nous prions instamment les alpinistes, membres du C.A.S. ou non, de nous accorder leur collaboration durable, en notant le numéro de la division émergeant immédiatement de la neige et en l' envoyant, avec la date du relevé à l' adresse suivante: Professeur Mercanton, Lausanne. Nous les en remercions d' avance.

Nivomètre d' Orny 1 ). L' échelle de la route d' Orny quelque peu victime des intempéries a été fraîchement repeinte 2 ) à la fin de septembre dernier. Les observations de 1907 laissent entrevoir une augmentation légère des précipitations hivernales, bientôt d' ailleurs contrebalancée exactement par la fusion de l' été, de telle sorte qu' à fin septembre la neige atteignait la même hauteur qu' en 1906.

Le tableau ci-après contient les observations de 1903. Rappelons que le 22 septembre 1902, le nivomètre marquait + 10.

Nivomètre d' Orny ( 3119 mètres ).

Dates 1903 1904 1905 1906 1907 19 II 20 —

-

1 III10 ( 11 ?) 26 III13 29 III17 — Dates 1903 1904 1905 1906 1907 29 V — 2120 VI1726 VI166 VII137 VII — 158 11 VII — 14.512 VII 1613 VII — 14 1214 VII — 1415 VII11 — 17 VII 14 — 11.518 VII — 1320 VII7 26 VII 14 11.56 28 VII931 VII — 1 11 VII5 4 VIII7 — 6 VIII6 4 7 VIII — 108 VIII810 VIII — 911 VIII3 13 VIII 1314 VIII — 817 VIII 1318 VIII2 19 VIII4.5 — 22 VIII1 27 VIII0 28 VIII 1230 VIII3 - 5 IX7 - 0 6 IX IO9 IX1 10 IX612 IX0 — 16 IX1 20 IX 1021 IX6 - 1 — 24 IX5.5 Dates 1903 1904 1905 1906 1907 27 IX 93 X3 — 28 XII 17Accumulation Hiver Mètres 1902—1903 5 m.

1903 — 1904 6 "

1904—1905 6 "

1905 — 1906 6 "

1906 —1907 7 "

Dissipation Eté Mètres 1903 5.5 m.

1904 7 "

1905 7 "

1906 9 „ 1907 7 "

C' est au profit de la dissipation un avantage de 5.5 m. soit 11 degrés nivométriques, soit précisément l' écart qu' on note entre les minima d' au en 190210 ) et 19071 ). Ce concours des valeurs est à la faveur de la méthode du nivomètre.

Nous trouvons dans les observations météorologiques que publie chaque mois l' Observatoire de Genève dans les „ Archives des Sciences physiques et naturelles ", confirmation de cette augmentation des chutes de neige pendant l' année météorologique débutant au 1er décembre 1906.

Le tableau ci-dessous donne pour chaque saison la hauteur en centimètres de la neige fraîchement tombée avec les écarts par rapport à la moyenne des cinq dernières années ( 1903 —1907 ).

Martigny Orsières Bourg St-Pierre Grand St-Bernard Chute totale 1907 Ecart avec moyenne 1903—1907 Chute totale Ecart Chute totale Ecart Chute totale Ecart cm.

Hiver 164

+ 103

127 +44 226

+ 86

390 + 58 Printemps 1 — 5 24

116

261 —36 Eté 0 0 0 0 0 -1

50

+21

Automne 0 — 3 0 — 14 33 -28 185 — 37 Année 165

+ 95

151

+ 32

375

+ 64

886 + 6 La chute de l' hiver au Grand St-Bernard dépasse, on le voit, très notablement la moyenne. Le grand déficit total de 1906 ( voir le tableau semblable du précédent rapport, Annuaire 1906, p. 283 ) s' est changé en un léger gain.

Val d' Entremont. Ces indications sont du reste corroborées par les résultats plus directement appréciables à la présente question des recherches que MM. Forel et Mercanton poursuivent depuis 1904 sur l' enneigement dans l' Entremont.

F.A. Forel, E. Muret, P.L. Mercanton et E. Argand.

Avec le concours précieux et bénévole de l' administration du 1er arrondissement des postes et télégraphes, nous avons pu établir un système de contrôle régulier de la hauteur atteinte aux poteaux de la ligne télégraphique de l' Entremont par la couche de neige gisante.

Entre Orsières et l' Hospice du Grand St-Bernard une quinzaine de poteaux du télégraphe, distants de quelque 2 km ., choisis parmi les moins exposés aux jeux capricieux des vents, ont été pourvus d' une graduation au minium, en mètres et demi-mètres, distinguable de la grand' route. Deux fois par mois, autant que possible le 1er et le 15e, les postillons de service, François Balleys, pour le parcours Orsières-Bourg-St-Pierre, Paul Genoud pour le trajet Bourg-St-Pierre-Hospice, notent dans un livret ad hoc la hauteur atteinte par la neige aux poteaux. Ce travail n' est pas toujours aisé et nous saisissons l' occasion qui s' offre ici de remercier publiquement nos dévoués collaborateurs, pour l' intelligence et le soin qu' ils apportent à remplir cette mission de confiance 1 ).

Ces opérations nivométriques nous fixeront à la longue sur l' allure saisonnière de l' enneigement comme sur les variations d' une année à l' autre. Elles embrassent actuellement un laps de temps trop restreint pour permettre de juger sûrement sinon de l' une du moins des autres. La difficulté principale dans l' interprétation des résultats provient des dissemblances de situation des divers poteaux à l' égard des facteurs vents et soleil, du premier surtout: deux poteaux, à 50 m. l' un de l' autre peuvent fournir des indications allant du simple au triple. Des tâtonnements étaient inévitables au début et nous ont forcé parfois à changer de poteaux.

Il n' y a donc pour l' instant aucun avantage à donner ici les chiffres détaillés des mesures: qu' il nous suffise de dire que les observations de l' hiver 1906—1907 accusent une forte augmentation de l' enneigement dont le maximum absolu tombe au milieu de mars.

Dès l' altitude de 1600 m. ce maximum est suivi d' un minimum relatif au commencement d' avril avec un deuxième maximum quinze jours plus tard. Il sera intéressant de voir si ce minimum d' avril persistera dans les prochaines années et s' il est un caractère constant de l' économie nivale de ces régions.

Notons encore que la profondeur maximale de la neige gisante a été mesurée le 15 mars 1907 au poteau n° 127 ( 2230 m .) par 4.8 m. Une perche-balise, située un peu plus haut, à l' entrée de la Combe des Morts, et surveillée par M. le chanoine Francey, du Grand St-Bernard, 1 ) Nos remerciements vont aussi à M. Camille Delessert, directeur du 1er arrondissement postal, dont l' appui bienveillant a seul permis la réalisation de notre plan.F.A. F. et P.L. M. ) décelait ce jour-là 2.6 seulement, tandis que le poteau n° 126, à 50 m. du premier n' indiquait que 1.6 m.

Ces observations sont continuées.

Nivomètre de l' Eiger. Grâce à l' obligeance de M. Liechti, ingénieur-chef d' exploitation du Chemin de fer de la Jungfrau, le nivomètre de la station Eismeer ( voir XXVIIe rapport, 1906 ), établi en octobre 1906, est en voie de livrer les résultats les plus intéressants. L' observation en a été, par grand bonheur, faite tous les mois pendant l' hiver, tous les jours pendant la saison d' exploitation régulière de la ligne.

Les renseignements ainsi acquis sur l' allure de la variation saisonnière de l' enneigement sont de haut prix. Ils corroborent l' existence du minimum automnal à une date peu variable. Malheureusement il était impossible de présumer, lors de son établissement, que l' échelle nivométrique, en dépit de ses 20 m. de hauteur, se trouverait encore trop courte. Il en a été ainsi cependant et, de mars à fin mai, le trait supérieur est resté caché sous la neige. Quant au minimum d' automne, il a eu lieu le 2 octobre avec le chiffre 4. ( Le 3 octobre 1906 le nivomètre marquait 3. ) L' accumulation hivernale a donc dépassé en 1906 à 1907 18.5 m ., la disparition estivale 18 m.

Il me paraît intéressant de consigner ici, à défaut de l' ensemble trop encombrant des lectures faites au nivomètre de la station Eismeer, pendant toute l' année 1907, au moins les variations positives ou négatives de l' enneigement qui s' en déduisent.

Nivomètre de l' Eiger ( 3100 m ).

1906 3 X — 4 XI

+ 8.5

4 XI — 3 XII

"

1906 3 XII — 7 I 1907

"

1907 7 I — 4 II -3 "

1 II — 18 II -2 "

18 II —26 II + 5.5n° 39 ) 9

III

—16 V au-dessus du n° 40 27 V n° 39 1 VI — 6 VI

+ 1.5

6 VI — 13 VI — 3.5 "

13 VI —25 VI — 4.5 "

25 VI -1 VII 0 "

2 VII la baie donnant accès au glacier est obstruée par la neige 1 VII — 3 VII + 6 m.

3 VII — 7 VII - 4.5 „ 7 VII — 8 VII + 2.5 m.

8 VII — 1 VIII -5 "

1 VIII—15 VIII -5 "

15 VIII—16 VIII +2 "

16 VIII —31 VIII -3 "

31 VIII — 4 IX +3 "

4 IX —14 IX -4.5 "

14 IX —28 IX -2.5 "

28 IX — 2 X 0 "

2 X — 4 X +1 "

4 X — 7 X 0 "

7 X — 9 X +1 "

9 X —14 X 0 "

14 X —15 X +1.5 "

Cette énorme accumulation de neige doit son existence à la situation particulière du nivomètre de l' Eiger, placé au point d' arrivée des avalanches qui tout l' hiver descendent des parois abruptes de l' Eigerjoch. Il totalise les neiges reçues par un secteur de près de 400 m. de hauteur. Il en résulte une amplification inévitable des variations de l' enneigement indiquées par l' instrument et des plus propice à l' étude détaillée de celles-ci. La „ sensibilité " du nivomètre est telle que des variations y deviennent perceptibles, que ceux d' Orny et des Diablerets ne sauraient indiquer. Mais cet avantage est payé de deux inconvénients dont l' importance mérite la discussion.

D' abord des tassements dus à l' écoulement glaciaire sous la surcharge de ces quelques 20 m. de neige peuvent déformer la courbe normale d' ablation due à la seule fusion de ces masses, cela au printemps surtout. Ce premier défaut paraît peu grave. Le fait que le nivomètre, comme celui d' Orny indiquait en 1907 le même minimum automnal qu' en 1906 appuie cette appréciation. Le second est plus redoutable. Il concerne le maximum de printemps: des avalanches de fond doivent se détacher à ce moment de l' année. Ces avalanches ne sauraient altérer la signification du maximum, mais elles influent sur la date de son apparition; et partant les inférences que nous espérions tirer, pour les nivomètres à contrôle irrégulier de ce nivomètre régulièrement observé, risquent d' être injustifiées. L' avenir dira la portée de ces appréhensions.

Conclusion. De tout ce qui précède, on est en droit de conclure pour 1907 à un enneigement ou stationnaire ou faiblement progressif; il n' est pas possible de dire catégoriquement si c' est le premier ou le deuxième qualificatif qui doit l' emporter. Les mesures nivométriques seules décideraient en faveur d' un enneigement stationnaire, les obser- Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

vations générales en faveur d' une légère progression. Dans tous les cas la regression marquée des années précédentes s' est arrêtée en 1907, et il y a eu une exagération sensible de l' enneigement hivernal. Il faut attendre, pour mieux juger, les résultats de 1908.

P.L. M.

XCVII. Chronique des glaciers suisses en 1907.

66 glaciers ont été mesurés durant l' été 1907, par les soins du personnel forestier suisse. Nous donnons ci-dessous le détail des observations faites, telles qu' elles nous ont été transmises par l' Inspection fédérale des forêts, en suivant l' ordre adopté jusqu' ici. Nous y ajoutons quelques observations dues à des collaborateurs obligeants. Nous les remercions tous de leur coopération.

I. Bassin du Rhône.

A. Alpes valaisannes.

Glacier.

Modification totale dans le sens de la longueur de 1892 à 1907 Valeur de la variation en Années de crue.

1905 1906 1907 m.

Fiesch — 99 - 0.6 — 3 - 2 Aletsch — 179 - 25 — 12 — 7 Lötschen — 29?

— 27 — 11 1893—1896; 1900 Zanfleuron — 444 - 18 — 10

+ 11

1900; 1902; 1907 Kaltwasser — 26 - 11 — 8 — 3 1898; 1901 — 1903 Allalin 45 - 1 — 31 — 1 1892—1894 Gorner — 120 - 5 — 7 — 2 Turtmann — 100?

- 38 — 7 1894 Durand(Zina1463 - 10 — 15 — 12 Ferpècle — 43 - 3 0 0 1893; 1894 Zigiorenove — 99 - 47 — 27 -2 1892—1896 Grand Désert — 214 - 40 - 15 — 15 Valsorey — 43 5 — 5 -3 1892; 1899 Saleinaz — 88 - 6 — 7 — 5 1892; 1893; 1896 Trient — 103 - 24 — 18 — 2 1878—1896.

A cette liste nous pouvons ajouter les glaciers d' Arolla et de Montfort, sur lesquels nous avons cette année pour la première fois des renseignements et qui sont signalés comme étant en décrue, le premier de 3 m ., le second de 26 m. Ce dernier a en outre fortement diminué d' épaisseur. Il est de même sous ce rapport, de celui de Ferpècle, bien qu' au point de vue des variations en longueur, il soit stationnaire depuis assez longtemps.

Le glacier du Trient, mesuré par M. J. Guex, a montré une décrue de 2 m. seulement.

B. Alpes vaudoises.

Glacier.

Modification totale dans le sens de la longueur de 1892 à 1907 Valeur de la variation en Années de crue.

1905 1906 1907 m.

Paneyrossaz — 55 — 6 — 8 — 13 1902 Martinets I -7 II 02 — 1

+ 1 + 2

1902; 1904; 1907 Grand Plan-Névé -54 0 — 8g 1902 Petit Plan-Névé -11 0 — 3 — 3 1902 Le Dard5 — 17 1899; 1901; 1902; 19041906 Scex Rouge5

+ 8.5

1899; 1901-1903; 1906; 1907 Prapioz

— 13 1902; 1903;1906.

Le glacier des Martinets a fortement diminué en épaisseur; ses modifications de longueur sont en revanche insignifiantes. L' allongement constaté en un point est probablement dû à la neige qui recouvrait encore un des repères.

Paneyrossaz a sensiblement diminué en longueur et en épaisseur; le glacier est tout-à-fait à nu et dépourvu de neige. Les névés en revanche sont plus nombreux et plus étendus que de coutume dans le voisinage, ce qui est dû sans doute à l' hiver rigoureux de 1906—1907.

II. Bassin de l' Aar.

Glacier.

Modification totale dans le sens de la longueur de 1895 à 1907.

Valeur de la variation en Années de crue.

1905 1906 1907 m.

Stein — 54 — 0.5 — 15

+ 0.5

Unteraar — 170 — 8 — 3 — 7 Ob.Grindelwald — 43 — 32 — 13 — 43 1894; 1895; 1817; 1898; 1900-1906 Unt.291 — 60 — 30

+ 20

Eiger — 60 —

+ 34

— 67 1906 Blümlisalp — 29 — 12

1902—1907 Kanderfirn — 10 — 1

+ 28

+ 0.5 1906—1907 Gamchi — 40 — 12 — 7

+ 14

1907 Wildhorn — 13024 — 12 1902 Gelten — 7016 — 9 1894; 1897; 1899.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

Le glacier de Tschingel a reculé de 20 m. depuis 1901. Il résulte de renseignements communiqués par M. Marti, que le glacier supérieur de Grindelwald a encore reculé cette année d' une quantité considérable: la décrue atteint sur certains points 64 et même 74 m. L' extrémité du glacier se trouve maintenant à une hauteur considérable, au milieu d' une paroi de rochers difficilement accessible.

La langue du glacier inférieur de Grindelwald est resserrée dans une gorge; elle n' a que de 10 m. de largeur sur 120 ou 150 m. d' épaisseur.

Comme M. Marti le faisait déjà pressentir l' année dernière, la crue accidentelle du glacier de l' Eiger en 1906, due à une diminution de l' ablation, causée par un éboulement, a fait place cette année à une décrue considérable.III. Bassin de la Reuss.

Glacier.

Modification totale dans le sens de la longueur de 1895 à 1907.

Valeur de la variation en Années de crue.

1905 1906 1907 m m m m A. Canton d' Uri.

Kartigel — 63 - 13 — 17

+ 11

Wallenbühl — 43 - 21 — 15 — 7 Kehlefirn15 — 6 1902 Erstfeld — 71 - 6 — 1 — 6 1902 Hüfi — 126 - 14 — 13 — 3 Brunni — 149 - 21 — 20 — 9.

B. Canton d' Obwalden.

Glacier.

Modification totale dans le sens de la longueur de 1895 à 1907.

Valeur de la variation en Années de crue.

1905 1906 1907.

Griessen — 1334 — 32 — 33 Firnälpeli I -23 II - 7

+ 5 + 21

— 5 — 6 1898; 1903; 1906 IV. Bassin de la Linth.

Nous avions établi l' année dernière, le recul moyen du glacier des Clariden à 11 m. par an, pour les années 1901 à 1906. En 1907, le recul effectif a été de nouveau de 11 mètres.

F.A. Forel, E. Muret, P.L. Mercanton et E. Argand.

V. Bassin du Rhin.

Glacier.

Modification totale dans le sens de la longueur de 1897 à 1907.

Valeur de la variation en Années de crue.

1905 1906 1907 m.

A. Canton des Grisons.

Err -101 Zapport - 9540 - 27 1903 Paradies - 14168 - 32 1903 Tambo - 39 - 5 -2 - 4 1903 Segnes - 17762 -14 Lenta - 11221

Ponteglias - 87 - 8 - 4 - 8 Lavaz32 - 16 Porchabella - 85 - 12 - 7 - 6 B. Canton de St.Gall.

Piz Sol0.5 + 0.5 - 0.5 1905; 1906 Sardona0.5 + 0.5 - 0.5 1905; 1906.

Nous recevons de M. le capitaine Anton Brun, de Flims, la nouvelle importante que le glacier de Vorab ( Val de Ruschein ) est en crue; il aurait avancé de 133 m. du 20 septembre 1904 au 14 septembre 1907. La crue a été surtout marquée dans les deux dernières années, abondantes en neige; nous admettons donc comme date du minimum l' année 1905 et celle du début de la phase de crue 1906. Le glacier est très en pente sur une paroi rocheuse inclinée, ce qui explique la rapidité de l' allongement. En même temps le glacier a considérablement augmenté en épaisseur; toutes les crevasses et cavités sont fermées ou remplies de belle glace bleue.

Voici la série des intéressantes observations de M. Brun. Les repères originaux ont été posés en 1887.

1895 variation - 32 m.

1901 variation - 6 m.

1897 "

-6 "

1902 "

- 73 "

1898 "

1904 "

- 14 "

1900 "

- 12 "

1907 "

+ 133

"

Quelle que soit l' importance de la crue qui rend certaine la détermination, pour rester fidèles à notre nomenclature, nous inscrivons, qu' à nouvelle observation, ce glacier de Vorab dans la catégorie des glaciers en crue probable.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes suisses.

Glacier Modification totale dans le sens de la longueur de 1897 à 1907 VI. Bassin de l' Inn.

Valeur de la variation en 1905 1906 1907.

Années de crue.

m. m. m.

Schwarzhorn7 — 7 +1 1898; 1903; 1907 Rosegg — 156 — 21 —.6 — 3 1895; 1897; 1898 Morteratsch — 104 — 0.5 —3 — 7 1899 Picuogl — îot3 _ 4 _ 4 1903; 1905.

VII. Bassin de l' Adda.

Forno — 138 — 13 — 12 — 6 Palü — 159 — 18 — 1 — 52 1895.

VIII. Bassin du Tessin.

A. Canton des Grisons.

Muccia ia20 — 57

+ 17

1903; 1907.

B. Canton du Tessin Corno39.5 Basodino1440 Cavagnoli435 1903 Brescianag — 8.

C. Canton du Valais.

Rossboden — 48 6 — 8 — 5 1893; 1894.

Résumé. Si nous résumons ces diverses observations, nous obtenons le tableau récapitulatif suivant:

Nombre de glagiers:

Bassin Canton Observês En crue certaine douteuse Station- naires En décrue douteuse certain Rhône Valais 17 1 1 — 15 Vaud 72 — 2 3 Aar Berne 11 — 5 — 1 5 Reuss Uri 6 15 Obwalden 2 1 1 Linth Glaris 11 Rhin Grisons 918 St-Gall 22 F.A. Forel, E. Muret, P.L. Mercanton et E. Argand.

Nombre de glaciers:

Bassin Canton Observés En crue certaine douteuse Stationnaires En décrue douteuse certain Inn Grisons 43 Adda Grisons 22 Tessin Tessin 44 Grisons 11Valais 11 Total 1907 67 — 12 1 4 50 1906 63 — 9 — 1 53 1905 49 — 3 3 2 41 1904 73 — 5 4 20 44 1903 58 3 12 6 8 29 Nous constatons donc cette année encore, une décrue générale des glaciers des Alpes suisses. La crue signalée pour 12 glaciers semble n' être qu' un phénomène accidentel dû à des circonstances fortuites ( ava-lenches tombées sur le glacier, éboulements recouvrant son extrémité ) ou à un simple changement de forme du glacier coïncidant souvent avec une diminution d' épaisseur. Pour le glacier de Vorab, seule, la crue semble assurée.

Deux glaciers qui étaient en 1906 en crue probable, ayant montré deux années de suite des symptômes de crue, se sont raccourcis cette année: le Piz Sol et le Sardona des Alpes st-galloises. Trois glaciers qui étaient l' année dernière en crue douteuse: Dard, Prapioz, Firnälpeli, se sont de même mis en décrue. Nous les rayons donc tous de la liste des glaciers en crue.

Trois glaciers seulement sont indiqués en crue dans deux observations successives, 1906 à 1907, le Scex Rouge des Alpes vaudoises, le Kanderfirn et la Blümlisalp des Alpes bernoises; leur état de crue serait donc probable; nous attendons l' observation de l' année prochaine pour les déclarer en crue certaine.

Les Martinets, Zanfleuron, Stein, Unter-Grindelwald, Gamschi, Kartigel, Lenta, Schwarzhorn et Muccia sont signalés pour la première fois comme étant en crue; nous les inscrivons cette année dans les glaciers en crue douteuse.

La décrue continue à être générale. Il semble cependant qu' il y ait en cette année une tendance à la diminution de l' intensité de la décrue. Si nous comparons les chiffres individuels de 1907 avec ceux de 1906 ( 1907—1906 ) nous voyons que la différence est positive dans 16 cas, nulle3 „ négative „ 37 „ La rapidité de la décrue s' est ralentie, cette année, dans plus des deux tiers des cas.

Un seul glacier des Alpes suisses était en 1907 en crue certaine, le glacier de Vorab ( Grisons ), d' après les mesures de M. A. Brun.

E. M. et F.A. F.

XCVIII. Notes sur les glaciers du massif de la Dent Blanche en Valais.

M. Emile Argand, géologue à Lausanne, nous remet les observations sur les glaciers du Valais qu' il a faites de 1905 à 1907 au cours d' un levé de la carte géologique du massif de la Dent Blanche. Nos lecteurs apprécieront le haut intérêt de ces notes, qui renferment entr' autres des données précieuses sur le raccourcissement de certains glaciers, sur l' apparition de pointements de rochers au milieu des glaciers et des névés, sur la rupture en deux du glacier d' Arolla, entre le plan de Bertol et le Mont Collon, enfin sur l' interruption de la confluence de certains glaciers jusqu' alors réunis. Nous attirons tout spécialement sur ce dernier phénomène, confluence ou non confluence d' affluents glaciaires, qui est un des signes les plus manifestes des variations des glaciers; il peut être retrouvé dans les récits de voyages en région glaciaire et fournir des données très assurées, soit pour les siècles passés, soit pour des pays nouveaux dont la cartographie n' est pas encore levée. C' est ainsi qu' en 1820 le glacier de Fenêtre se joignait au glacier d' Otemma dans la vallée de Bagne; ils sont aujourd'hui complètement séparés. C' est ainsi que dans le groupe du Pelvoux le glacier Blanc et le glacier Noir étaient confluents jusqu' en 1876, époque où ils ont cessé de se joindre. Nous remercions M. Argand de ces précieuses observations.F.A. F.

I. Variations de longueur des glaciers.

La position de l' extrémité d' un certain nombre de glaciers a été déterminée en 1907 par repérage à la boussole, avec une incertitude ne dépassant pas ± 50 m. La comparaison des données ainsi obtenues avec celles fournies par l' Atlas Siegfried 1 ) conduit à une valeur approchée du recul des glaciers depuis l' époque du levé ou de la révision topographique fédérale jusqu' en 1907.

Date du levé ou de la révision topographique Nombre d' années Recul Glacier d' Arolla 1877 rév.

30 550 m.

„ de Ferpècle n 30 700de Moiry n 30 200de Zinal ( Durand ) n 30 850 „ Turtmanngletscher 1889—1891 levé 16—18 200 „ Hohlichtgletscher 1878—1879 rév.

28—29 600 „ Date du levé ou de la révision topographique Nombre d' années Recul Zmuttgletscher 1877 rév.

30 600 m.

Furgggletscher 1878 „ 29 650 „ Les fronts des glaciers de Bies, de Schalliberg, du Trift, du Gabelhorn, d' Arben, de Hohwäng et du Matterhorn occupaient sensiblement, en 1907, la situation que leur assigne la carte topographique.

II. Apparition de nouveaux rochers au-dessus de la ligne des neiges.

Glacier d' Arolla. Au Sud du cirque de Za-de-Zan, la carte indique deux rochers émergeant de la pente neigeuse rapide qui forme le fond du cirque, au Nordouest du point 3516. En 1907, un nouveau pointe ment apparaissait au-dessus des deux précédents. La pente nord du Mont Brûlé, 3621 m ., est occupée actuellement par des surfaces rocheuses très étendues. L' arête qui relie le Mont Brûlé au col homonyme par le col de Za-de-Zan1 ) est toute de neige sur la carte; en 1907, elle était toute de rocher, à l' exception d' une petite portion située aux abords immédiats du col de Za-de-Zan et de la partie tout-à-fait voisine du sommet du Mont Brûlé.

Glacier de Bertol. La carte indique un seul pointement de rocher émergeant vers 2900 m.; il en existe actuellement trois autres en amont du précédent.

Glacier du Mont Miné. Un pointement non indiqué par la carte existe vers 3400 m ., au Nord du Bouquetin septentrional 3783 m.

Glacier de Ferpècle. Un pointement non indiqué par la carte existe vers 3550 m ., au Nord du point 3636, dans le prolongement de l' arête du Mont Miné. Deux pointements nouveaux au Nord du rocher de Mottarotta. Deux pointements d' arkésine prolongent aujourd'hui le Roc Noir vers le Nordouest, au voisinage immédiat de l' itinéraire du col d' Hérens.

Glacier de Moiry. Un pointement vers 3350 m. à l' Est du sommet 3570 m.

Glacier de Zinal ou Durand. Deux pointements nouveaux vers 3500 m ., sur la face Nordest de la Pointe de Zinal. Quatre pointements dans les pentes à l' Ouest du Rothorn de Zinal.

Glacier de Moming. Un pointement au deuxième s du mot Besso, un autre au 2 du point 3682.

Glacier de Turtmann occidental. Un pointement émerge du névé au voisinage immédiat du col de Tracuit. Un autre est situé vers 3600 m ., au Nordouest du Bieshorn. Un autre, vers 3900 m ., se trouve sur l' arête neigeuse qui sépare les deux glaciers de Turtmann, au Nordnordest du Bieshorn.

Glacier de Turtmann oriental. Un gros pointement vers 3600 m ., à 700 m. environ au Nordouest du Biesjoch. Trois pointements à l' Ouest et au Sudouest du Brunneggjoch. Dans l' arête qui relie le Brunnegghorn au Brunneggjoch le rocher perce sous la neige jusque tout près du sommet. En outre, deux pointements apparaissent sur la face nordouest du Brunnegghorn.

Biesgletscher. L' arête qui va du Biesjoch 3549 m. au sommet 3724 m ., est de neige d' après la carte. Au Sudouest du point 3724, la carte n' indique qu' un très petit rocher. Celui-ci est actuellement beaucoup plus étendu, et occupe une longueur d' environ 500 m. de l' Est à l' Ouest. En outre, dans le recessus de névés qui existe entre le sommet 3724 m. et les Freiwänge se montraient, déjà en 1905, deux petits pointements de rocher in situ.

Triftgletscher. Un pointement vers 3500 m ., au Sudsudouest du Rothorn de Zinal.

Gabelhorngletscher. Sur la rive droite du glacier, au Nordouest du point 3398, la carte indique deux rochers isolés. Actuellement ( 1907 ) ces deux rochers sont réunis à leur base par une paroi d' environ 200 m. de longueur et forment un seul affleurement.

Stockgletscher. Un pointement de gneiss d' Arolla au e du mot Tête Blanche.

Face nord de la Dent d' Hérens. De grandes surfaces rocheuses ont été mises à découvert depuis le levé de la carte topographique, surtout au Nordouest du sommet et sur la rive droite du cirque du Tiefenmattenjoch.

III. Modification du mode de confluence des glaciers composés.

Glacier d' Arolla. La branche orientale, ou glacier d' Arolla proprement dit, ne rejoint plus la branche occidentale au Nord du Mont Collon. Elle se termine par un lobe frontal indépendant, à peu près au e du mot Glacier d' Arolla. Au Sudest de ce point, un espace assez étendu n' est plus occupé aujourd'hui que par de la glace morte ou par des cônes d' avalanche tombant des parois nordest du Mont Collon. Un gros torrent glaciaire s' écoule du lobe frontal nouvellement formé, court vers l' Ouest sur un espace d' une centaine de mètres et va se perdre sous le glacier occidental. Celui-ci ( 1907 ) a commencé à construire une petite moraine latérale entre l' extrémité nord du Mont Collon et la base des rochers du Plan de Bertol, c'est-à-dire en travers de la vallée récemment évacuée par le glacier oriental.

En outre, le glacier de Vuibez, qui venait se réunir au tronc principal au Nord du point 2376, a cessé de lui apporter son appoint. Il se termine aujourd'hui par trois langues de glace fortement inclinées, entre lesquelles apparaissent deux gros rochers. Un peu au-dessus existent encore deux rochers nouveaux.

En résumé, le tronc principal du glacier, descendant vers Arolla, n' était plus alimenté, en 1907, que par le cirque de névés compris entre le Grand Mont Collon, le Petit Mont Collon et l' Evêque. Ce cirque est désigné sous le nom de glacier du Mont Collon par l' Atlas Siegfried. Je n' ai pu obtenir, dans la région, aucune information précise sur l' époque à laquelle s' est opérée la scission entre le cours inférieur du glacier du Mont Collon et celui de Vuibez. Quant à la séparation du glacier d' Arolla ( branche orientale ) d' avec le glacier du Mont Collon, au Sud du Plan de Bertol, je l' ai constatée déjà en 1905. Un touriste anglais, habitué d' Arolla, m' a affirmé avoir déjà observé ce phénomène en 1904. Je n' ai pu recueillir aucune observation antérieure.

Il résulte de ces faits qu' en aval du Plan de Bertol, toute la glace riveraine de la berge droite doit être considérée comme une masse morte, séparée aujourd'hui du glacier oriental dont elle provient, et entraînée passivement par le mouvement du tronc principal ( glacier du Mont Collon ), seul vivant aujourd'hui.

A l' Ouest de la chaîne des Bouquetins et au Nord du point 3097, la carte indique un glacier latéral assez étendu, affluent de droite du glacier d' Arolla. Aujourd'hui ce glacier ne touche plus en aucun point le glacier d' Arolla, et sa retraite a mis à découvert de grandes surfaces de gneiss.

Glacier de Ferpècle. Le cours inférieur du glacier est formé par la réunion d' une branche orientale ou glacier de Ferpècle proprement dit, et d' une branche occidentale ou glacier du Mont Miné. En aval du point 2170, une belle moraine médiane sépare la glace issue de ces deux sources. La carte topographique montre qu' en 1877 ( date de la révision ), alors que le glacier était d' environ 700 m. plus long qu' au, le glacier du Mont Miné avait déjà une tendance marquée à refouler son associé vers la droite. Ce phénomène est encore beaucoup plus accentué aujourd'hui, et la prépondérance du glacier du Mont Miné a eu pour effet de rejeter l' extrémité aval de la moraine médiane vers l' Est en barrant le chemin au glacier de Ferpècle.

Glacier de Turtmann. Le glacier oriental, provenant du Biesjoch, ne rejoint plus ( 1907 ) le glacier occidental. Le phénomène se présente dans des conditions assez semblables à celles du glacier d' Arolla. Le glacier oriental forme actuellement un lobe frontal indépendant, à courbe très régulière, et un rocher considérable, non indiqué par la carte, apparaît entre le bord gauche du glacier oriental et le bord droit du glacier occidental. Le torrent glaciaire issu du nouveau lobe va se perdre sous le glacier occidental.

En aval du point où s' est faite la scission, la glace qui borde la berge droite doit être considérée comme morte, mais entraînée passivement par le glacier occidental.

Affluents supérieurs du Zmuttgletscher. Au Sudouest du Stockje et au Nordnordouest du point 2968 la carte indique une liaison entre le Stockgletscher et le glacier anonyme qui descend du Tiefenmattenjoch. Cette liaison n' existe plus aujourd'hui ( 1907 ). Dans le couloir qui sépare le Stockje du bloc rocheux situé immédiatement au Sudouest, le Stockgletscher ne projette plus qu' une très petite langue de glace, insuffisante pour rejoindre le glacier anonyme. Celui-ci a commencé à édifier une moraine latérale en travers de la dépression récemment évacuée par son affluent.

IV. Varia.

On voyait en 1907 sur le glacier d' Arolla, près de la berge gauche, à environ 600 m. en aval du point 2376, un remarquable exemple de moraine transverse ( Quermoräne ) uniquement formée de gabbros, gabbro-amphibolites et aplites du Mont Collon, alors que les moraines latérales immédiatement voisines ne renferment que des roches appartenant au complexe du gneiss d' Arolla.

Le glacier de Moiry a mis à découvert, en se retirant, un affleurement considérable de schistes lustrés et de serpentine, près du l du mot Glacier de Moiry, vers 2500 m. d' altitude.

Toutes ces modifications seront indiquées sur une carte géologique au 1: 50,000, de prochaine publication.E. A.

III.

Kleinere Mitteilungen.

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