Les variations périodiques des glaciers des Alpes. Treizième rapport

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Prof. Dr F.A. Forel à Morges ( Section des Diablerets ). Treizième rapport — 1893.l )

Par le

XLY. Inondations de St-Gervais en Savoie et de Tœsch

en Talais.

Le 12 juillet 1892, à I heure de la nuit, un immense flot de boue ravageait dans la Haute-Savoie le vallon de Bionnassay et le bas du val Montjoie pour se perdre dans l' Arve, après avoir recouvert tout ou partie des hameaux de Bionnassay, de Bionnay, du Fayet et des bains de St-Gervais. Une cinquantaine de maisons et environ 150 vies humaines furent détruites en quelques quarts d' heures.

Le torrent dévastateur ne venait pas du glacier de Bionnassay, mais d' un petit glacier, jusqu' alors à peine connu, situé au pied des Aiguilles du Goûter et qu' on appellera dorénavant le glacier des Têtes-Rousses. Si l'on remonte le ravin du flot boueux, l'on passe à gauche ( sur la rive droite ) du glacier de Bionnassay, on s' élève sur une paroi rocheuse très inclinée dite la Tête ronde, aujourd'hui lavée et dénudée par le passage du torrent, et l'on arrive au petit glacier qui apparaît entre les deux contreforts rocheux des Têtes-Rousses. Ce glacier présentait après le 12 juillet une paroi de rupture verticale, de 40 m de hauteur, formant une demi circonférence de 100 m de diamètre. C' était là l' origine de la catastrophe. Quelle en était la nature?

Dans une excursion que je fis sur les lieux, le 15 juillet, trois jours après le désastre, mon guide, Fr.Jos. Perroud, un vaillant et intelligent chasseur de Bionnassay, me décrivit l' état des choses avant l' événement.

Voir douzième rapport. Jahrbuch des S.A.C., XXVII, p. 290. Berne, 1892.

D' après ses souvenirs, entre les deux massifs des Têtes-Rousses, par la fenêtre où se voit aujourd'hui la tranche de rupture du glacier, une langue de glacier descendait et s' avançait assez bas, de 200 m à 300 m peut-être, sur le talus incliné de 45 ° qui aboutit au-dessus de la Tête ronde. Cette langue de glacier, d' après sa description et d' après les croquis que Perroud m' a plus tard donnés, je l' ai caractérisée par l' appel de glacier suspendu ( Hänge-Gletscher ). Il y avait auparavant, d' après Perroud, un glacier suspendu; il n' y était plus le 15 juillet, donc il y avait eu là un éboulement de glacier, une avalanche de glaces. Telle était l' hypothèse qui m' a semblé résulter de l' état des lieux et du témoignage de mon guide.J ) Mais l' existence de ce glacier suspendu a été contestée par MM. Vallot, Duparc et Delebecque.2 ) Ces trois excellents glaciairistes firent à plusieurs reprises des excursions d' étude au glacier des Têtes-Rousses; ils levèrent un plan des lieux, ils réunirent les témoignages de plusieurs guides de Chamonix et de quelques touristes compétents qui connaissaient la localité. L' état de la paroi de rupture et des parties latérales du glacier les convainquirent que le glacier suspendu de Perroud n' avait pas existé, que le front du glacier s' arrêtait au seuil même de la fenêtre des Têtes-Rousses, que le volume de la masse de glace arrachée au glacier ne dépassait pas 90,000 m3. Je m' incline devant l' opinion de mes collègues et amis, naturalistes distingués qui ont étudié les faits sur les lieux mêmes ( je n' avais pas eu le temps le jour de mon excursion de m' éle jusqu' au front du glacier ). Je renonce donc à l' hypothèse du glacier suspendu. Si les souvenirs de Perroud ne l' ont pas trompé, ce glacier suspendu se reformera dans quelques années, et il sera temps alors de reprendre l' hypothèse sur une étude plus objective. Pour le moment n' en parlons plus.

Mais s' il n' y a pas eu avalanche de glacier, quelle est la nature de la catastrophe? Au milieu de la paroi de rupture du glacier des Têtes-Rousses s' ouvrait une belle grotte, de 40 m de large, de 20 m de hauteur, qui ne tardait pas à se rétrécir et, à une cinquantaine de mètres de profondeur, aboutissait à un vaste puits vertical ouvert dans toute l' épaisseur du glacier. Ce puits, dont le fond était encombré de blocs de glace, mesurait 80 m de largeur et environ 40 m de longueur ( longueur et largeur se rapportant à l' axe de la galerie ). A l' angle de droite ( angle sud ) du puits la galerie se continuait par une voûte de 25 m environ de hauteur. Les parois de toutes ces cavités étaient polies par le contact ou le passage de l' eau.

Tel était, en quelques mots, l' état des lieux. Comment l' interpréter? MM. Vallot, Duparc et Delebecque ont admis qu' il y avait en là dedans un lac intérieur, qu' ils ont figure dans leur croquis et dont ils ont évalué le volume à 100,000 mS environ. Ce lac intérieur du glacier serait di, d' après ces Messieurs, à une ou plusieurs crevasses de fond qui auraient été remplies par l' eau et excavées par elle. La paroi antérieure de cette cavité aurait été arrachée lorsque la pression de l' eau aurait été suffisante; et la masse énorme de 100,000 no d' eau, entraînant en outre 90,000 m3 de glace, se serait précipitée dans la vallée. De là la catastrophe.

Cette interprétation des faits me semble soulever de graves objections. Un lac intérieur, tel que le figure le croquis de nos amis, paraît difficile à admettre au milieu d' un glacier; il est moins probable encore dans la langue terminale à quelques mètres de la surface du glacier. Rien ne nous permet de supposer que le glacier puisse se transformer en une cellule pleine d' eau, qu' il vienne à ressembler, qu' on nous permette une comparaison triviale, à une citrouille creuse dont la pulpe se serait liqué-fiée. L' eau qui circule sur et dans le glacier est de l' eau à zéro degré, à quelques dixièmes de degré à peine au-dessus de zéro; elle ne peut fondre que des quantités minimes de glace. Sitôt qu' elle a pénétré dans l' intérieur du glacier, qu' elle a perdu la très faible chaleur qu' elle avait primitivement en fondant quelques parcelles de glace, elle n' a plus d' occasion de se réchauffer; son action fondante est donc annulée; de l' eau baignant une crevasse de fond du glacier restera éternellement au contact de la glace; elle ne la liquéfiera pas; elle n' élargira pas la cavité. La formation d' une cavité dans l' intérieur du glacier, par le contact de l' eau stagnante, me paraît une impossibilité physique. La galerie ayant son canal principal perpendiculaire au grand axe du puits ovalaire et de la galerie qui y aboutit, on peut aussi se demander laquelle des deux directions serait celle des crevasses de fond qui auraient provoqué le développement des cavités.

La théorie de mes amis me semble donc mériter d' être reprise en sous-œuvre dans ce qui se rapporte à l' origine des cavités et galeries. En me fondant sur la description qu' ils en ont donnée, je me permets de leur suggérer une hypothèse en les priant de vérifier si elle est conforme aux faits, ou s' il est nécessaire de trouver mieux.

Il y aurait eu autrefois, dans l' axe du glacier, une galerie d' écou torrentiel dans laquelle circulaient les eaux de fusion du glacier, en particulier les eaux de fusion de la neige venant des flancs rocheux des Aiguilles du Goûter. Cette galerie, comme toutes les galeries analogues, s' était élargie et surexhaussée par l' action de l' érosion aérienne; le courant d' air chaud, entraîné par la circulation de l' eau, avait fondu la glace au-dessus de l' eau et agrandi le tunnel. Cette galerie avait acquis des dimensions énormes; en un point, peut-être au confluent de deux galeries, sa largeur est devenue telle que la portée de la voûte a dépassé la ténacité de la glace, la voûte s' est effondrée et le puits découvert par nos amis s' est formé. Les débris de la voûte ont alors obstrué le canal de l' émissaire, et l' eau s' est accumulée dans le puits vertical et dans la ou les galeries affluentes. Lorsque la pression a été suffisante, l' obstacle a été bousculé, et l' eau s' est écoulée par la galerie inférieure en en érodant les parois, en emportant à la sortie de la galerie les bords de la langue du glacier, et en formant cette monumentale porte du glacier reconnaissable sur les belles photographies de M. J. Tairraz de Chamonix ( fig. 2 du mémoire cité ).

Si cette interprétation est exacte,nous n' avons pas à faire intervenir, pour l' explication de la catastrophe de St-Gervais, la variation en phase de crue qui est constante actuellement pour tous les glaciers du massif du Mont-Blanc. C' est un accident comme il s' en produit fréquemment dans le monde des glaciers; il a dû son action dévastatrice surtout à la pente très inclinée sur laquelle se sont écoulées les eaux accumulées dans le corps du glacier et subitement libérées.

Il n' en a pas été de même de l' inondation de Tsesch dont nous avons à parler.

Les 15, 16 et 17 août 1892, dans les heures de l' après, le torrent du T;eschbach, inondait le village et les prairies de Tsesch, dans la vallée de St-Nicolas en Valais, recouvrait 15,000 mètres carrés de terrain cultivable et menaçait plusieurs maisons; le torrent s' était enflé considérablement, et surtout s' était chargé d' une masse énorme de matériaux de transport qui obstruaient son lit et le faisaient déverser hors de ses digues. Une visite que j' ai faite sur les lieux le 20 août m' a montré les mêmes faits que le Dr R. Etnden, de St Gali, avait étudiés déjà avant moi et qu' il a relatés à la société helvétique des sciences naturelles, dans la session de Bâle. 2 ) L' inondation venait du Röthenbach, affluent du Taeschbach, et sortait du glacier du Weingarten, entre le Tseschhorn et l' Alphubel. Les eaux d' écoulement du glacier avaient dévié de leur cours naturel, et sortant par-dessus la moraine latérale de gauche avaient érodé cette puissante moraine, en avaient entraîné les matériaux meubles, et, chargées ainsi d' un excès d' alluvion, avaient causé la catastrophe. Quelques travaux intelligents ordonnés par le Dr Emden et M. l' ingénieur Zen-Ruffinen, représentant le Conseil d' Etat du Valais, rétablirent bientôt le cours normal des eaux, et tout rentra dans l' ordre.

Dans ce cas je suis dispose à attribuer la perturbation apportée à l' écoulement des eaux à un état de crue du glacier du Weingarten. Cette crue se manifeste par de nombreux bouleversements dans les moraines superficielles, par l' activité apparente du glacier; malheureusement je n' ai pas pu obtenir sur les lieux de rapports suffisants sur les variations de ce glacier; les descriptions de mon guide n' étaient pas assez explicites pour que je puisse être affirmatif sur ce point.

D' après une communication obligeante de M. le curé Zum Taugwald, une inondation analogue a eu lieu il y a 25 ans ( 1868 mais elle avait été causée non par le glacier de Weingarten, mais par celui de Taesch, un peu plus haut dans le même vallon ( in litt. 20 mars 1893 ).

XLYI. Documents sur les catastrophes des glaciers de Vernagt et du Gurgl.

M. le professeur Ed. Richter, de Graz, vient encore d' enrichir la littérature historique des glaciers par un précieux recueil de documents se rapportant aux désastres causes par les glaciers de l' Oetzthal: l ) le Vernagt et le Gurgl arrêtent, comme on le sait, les eaux des torrents glaciaires et causent parfois, lorsque les glaciers atteignent des dimensions exagérées, des lacs temporaires dont l' écoulement ravage les vallées inférieures. Quelles sont les époques authentiques de ces catastrophes? telle est la question que M. Richter a voulu résoudre, et, pour cela, il a épuisé les trésors des archives du Tyrol et en a rassemblé les documents dans l' intéressant tableau que nous signalons ici. Le grand intérêt qu' il a pour l' histoire des variations glaciaires, c' est qu' il nous donne des dates précises sur l' époque du développement maximal de ces glaciers. J' y renvoie le lecteur qui désire des détails circonstanciés; je me borne à en résumer les dates principales.

s ) En 1820 le glacier de Vernagt n' atteignit pas la Zwerchwand, et par conséquent n' occasionna pas la formation d' un lac temporaire.

Pour le GurgI il n' y a que deux époques à citer: 1717—1724 1770—1771

XLYII. Etude des variations glaciaires.

L' intérêt pour l' étude des variations glaciaires se développe fort heureusement et nous avons dans cet ordre de faits des nouvelles réjouissantes à enregistrer.

Dans notre Suisse, sur la proposition de M. le Dr P. Lorenz de Coire, les sections grisonnes du S.A.C. ont décidé de s' occuper d' ob sur les variations des glaciers du massif central des Alpes grisonnes. Elles se sont réparties la tâche comme suit: La section Davos se charge des glaciers de la Scaletta; la section Ehsetia des glaciers des Piz Kesch, Aela, Michel et d' Err; la section Bernina des glaciers du versant méridional du massif du Piz d' Err. Espérons que la section Bernina, encouragée par les résultats intéressants qu' elle obtiendra dans ces études, ne négligera pas les beaux glaciers des grandes Alpes de l' Engadine. Nous verrons plus loin par le rapport de M. F. de Salis que deux glaciers de ce groupe de montagnes sont mesurés régulièrement; plus cette étude se développera, plus elle sera fructueuse.

Nous avons encore une bonne nouvelle à annoncer à ceux qui s' occupent de l' étude des glaciers. Sur l' initiative prise par la Société helvétique des sciences naturelles qui a demandé au Conseil fédéral de bien vouloir s' intéresser à la surveillance des variations et des crues des glaciers, le Département de l' Industrie et de l' Agriculture, présidé par M. le conseiller fédéral Deucher, a adressé une circulaire aux gouvernements des cantons alpins, en leur recommandant de faire organiser cette surveillance par leurs administrations forestières, comme le canton du Valais l' a ordonné l' année dernière. Les gouvernements cantonaux ont donné des réponses favorables, et l' étude des variations des glaciers va être établie en Suisse d' après un plan uniforme, sous la direction de M. J. Coaz, inspecteur en chef des forêts. Nous exprimons notre vive reconnaissance aux autorités fédérales et cantonales qui ont répondu avec tant de bienveillance à notre demande.

En France, la société des touristes du Dauphiné a adopté le projet préparé par MM. W. Kilian et J. Collet, professeurs à la faculté des sciences de Grenoble, pour étudier méthodiquement les glaciers du Dauphiné, spécialement au point de vue de leurs variations périodiques.

Le Club alpin anglais a décidé d' adresser une demande aux gouvernements de la Nouvelle-Zélande, des Indes, etc. afin d' obtenir des administrations coloniales des observations sur les variations des glaciers dans ces pays d' outre. Notre ami, M. Marshall Hall, à Easterton, Parkstone, Dorset, sera chargé de résumer ces rapports.

XLTIII. Chronique des glaciers des Alpes suisses, 1892.

I, Bassin du Ehône.

Vallée de Conches. Glacier du Rhône. D' après les notes de M. L. Held, ingénieur au bureau topographique fédéral, il a trouvé encore en août 1892 une légère diminution dans le front du glacier. La superficie de la moraine profonde a été dégarnie de glaces sur2130œ2 envahie par la glace sur1610 m2 excès dans la fusion520 m2 La plus grande partie de cette surface de fusion appartient à la langue de glacier mort sur la rive ganche.

Pour le front du glacier actif les deux lignes extrêmes de 1891 et 1892 se coupent en plusieurs points. Le point du plus grand allongement indique une crue def- 11 m, le plus grand raccourcissement, une décrue de— 20 m.

La crue définitive n' est pas encore sensible au front du glacier.

Quant aux variations de l' épaisseur sur les profils principaux du glacier, je les donnerai en tableau depuis 1874, en utilisant les nivellements exacts qui ont été faits chaque année par les ingénieurs du bureau topographique travaillant pour le compte du S.A.C., MM. Gösset et Held. Je désigne par l' altitude 100 m la hauteur de la glace au début des observations, et j' indique la hauteur moyenne de chaque année suivant qu' il y a eu gonflement ou affaissement du niveau de la glace.

Profils Annéenoirvertjaune rouge 1874..

100.o 100.o 100.o 100.o 1875..

94.6 95.8 101.9 100.6 1876..

86.0 89.3 99.4 100.2 1877..

74.0 80.6 — 98.1 1878..

64.1 77.7 98.0 99.1 1879..

55.7 72.9 100.4 101.4 1880..

44.4 65.6 .98.0 98. » 1881..

38.5 59.8 98.0 98.4 1882..

33.3 53.5 97.6 98.5 1883..

30.6 54.2 99.4 100. » F.A.

1885..

1886..

1887..

1888..

1889...

1890...

1891..

1892...

Par ces chiffres on voit que, tandis que dans la partie terminale, sur les profils noir et vert, l' épaisseur du glacier allait rapidement en s' abaissant, sur le profil jaune et sur le profil rouge, en amont de la cascade du glacier, l' épaisseur est restée presque constante.

Les variations extrêmes ont été par rapport au niveau de 1874:

Sur le profil jaune de + 1.9 m ( en 1875 ) et de — 3.o m ( en 1892).rouge1.41879 ) et de —2.51892 ).

Cette faiblesse des variations d' épaisseur pendant une aussi longue période est un fait intéressant, et, je l' avoue, assez inattendu.

Quant aux variations d' épaisseur du névé, je me contente d' en donner d' après les notes de M. Held les valeurs approximatives pendant les dernières années:

Grand névéNévé de Thäli Profils inférieur supérieur inférieur supérieur m m m m 1887—88 + O.s + 1.2 + 1.0

+

2.17 1888—89 — 1.0 + 0.7 — 0.7

+

0.66 1889—90 + 0.4 + 0.2 + 0.4

+

0.70 1890—91 + 0.8 + 0.7 + 0.9

+

0.14 Glacier de Fiesch, en décrue. Raccourcissement de 6 à 7™ en moyenne pendant l' année passée.

( F. V. ) » ) Vallée de la Massa. Glacier à' Aletsch en décrue. ( F. V. ) Vallée de la Sattine. Glacier de Kaltemuasser en décrue de 1.5 m depuis 1891. ( F. V. ) Vallée de Saas. Glacier de Schwarzenberg en forte crue. ( Lochmatter à Mattmark. ) Glacier à' Allalin. En crue, surtout en épaisseur. ( F. V. ) J' ai visité ce glacier le 3 août 1892 et j' ai pu le comparer avec sa position et ses dimensions de l' année 1884. L' accroissement est considérable; il fait pont sur la Viège. Ce glacier présente tous les symptômes d' un glacier en crue.

Glacier de Hochlaub en crue. ( Peter Burgener, guide à Almagel. ) C' est un glacier nouveau à ajouter à la liste des glaciers en crue.

Les glaciers de Fée sont, l' un et l' autre, en crue surtout en épaisseur. ( F. V. ) Les changements que j' ai constatés cet été par rapport à l' état de 1884 sont considérables: le glacier supérieur descend beaucoup plus bas; le glacier inférieur forme une énorme barre qui traverse la vallée; du pavillon de Clara Imseng on ne voit plus le village de Fée. Mlle Imseng a fait mesurer l' allongement du glacier inférieur de 1891 à 1892: 35 m.

Vallée de St-Nicolas. Le glacier de Weingarten dans le vallon de Tausch semble être en crue; l' inondation du 15 août en est un indice.

Vallée d' Anniviers. Glacier de Zinal en décrue de 14 m. ( F. V. ) Glacier de Moiry en décrue de 5 m. ( F. V. ) Vallée d' Hérens. Glacier de Ferpècle, en décrue de 5 m; dans sa partie supérieure il augmente d' épaisseur. ( F. V. ) Glacier d' Arolla, en décrue de lm; épaississement de la partie supérieure du glacier. ( F. V. ) Glacier de Zigiorenove, continue sa forte crue; son allongement dans l' année dernière est évalué à 100 m environ. ( F. V. ) Val de Nendaz. Glacier du Grand-désert et glacier du Mont-Fort ( glacier de Tortain ou Tortin ), en décrue. ( F. V. ) Vallée de Bagnes. Glacier i' Otemma, grande baisse au milieu du glacier. ( F. V. ) Glacier de Giétroz, forte diminution en épaisseur à la base ( glacier remanié ), forte augmentation dans la partie supérieure. ( F. V. ) Glacier de Corbassière, décrue de 10 m depuis l' année dernière. ( F. V. ) Val d' Entremont. Glacier de Proz a augmenté un peu en longueur, l' épaississement est peu sensible. ( Ch. Bioche. Le glacier de Tseudet a montré cette année une augmentation forte en épaisseur, mais faible en longueur. ( B. ) Glacier de Valsorey, crue de 3 m. ( F. V. ) Le glacier a peu avancé cette année, mais il présente un gonflement sensible confirmé par l' obser de repères posés par Genoud. ( B. ) Glacier de Sonadon en crue. ( B. ) Glacier de Boveire, crue de 20 m. ( F. V. ) Val Ferret. Glacier de Saleinaz en crue de 15™. ( F. V. ) Glacier de la Neuvaz en crue de 4 m. ( F. V. ) Vallée du Trient. M. Jules Guex de Vevey a continué les mesures systématiques de la longueur du glacier du Trient et a constaté cette année un allongement de:

Repere n° I, rive gauche f- 18 m n°

f- 12 m n° ni, axe f- 19™ n° w, j- 15- n°

rive droite12 "

moyenne - f 15 m Au sujet du rapport fait l' année dernière par J.M. Genoud, qui parlait d' une diminution de ce glacier, j' ai appris par M. Bioche, que ce rapport ne résultait pas d' une observation directe du guide, mais d' un „ on dit ". J' ai donc eu raison de le tenir pour suspect.

M. J. Tairvaz de Chamonix a pris en 1891 et 1892 deux belles photographies du glacier, qui sont des documents précieux de l' état actuel de son développement.

Vallée de l' Arve. Comme les années précédentes, j' ai deux excellentes séries de renseignements dont je remercie les auteurs, M. J. Tairraz, photographe, qui prend des vues de divers glaciers toujours à la même époque, et du même point de pose, M. V. Payot, qui prend des mesures à partir de repères qu' il a établis. Voici le résumé de ces observations.

Glacier du Tour, du G octobre 1891 au 27 octobre 1892, allongement d' une vingtaine de mètres ( Venance Payot ). Les photographies montrent un état de crue manifeste comparé à celui des années 1888 à 1890, mais il y a eu évidemment fusion énergique pendant le chaud été de 1892 et sur plusieurs points le glacier est en 1892 moins avancé qu' en 1891.

Glacier à' Argentière. Le glacier est en avancement rapide: tous les anciens repères de M. Payot ont été recouverts ou bousculés. Un bloc marqué le 30 juin 1892 à 15 mètres du glacier était pris dans la moraine frontale le 22 octobre de la même année à 2 m du glacier. En trois mois le glacier s' était donc allongé de 13 m ( Venance Payot ). Les photographies Tairraz font voir un accroissement sensible, surtout sur la rive droite.

Glacier des Bois. D' après les notes de M. Payot, l' allongement du front a été du 15 octobre 1890 au 9 octobre 1891de 18 à 20 m du 9 octobre 1891 au 30 mai 1892de 20 à 25 ' "

du 30 mai 1892 au 10 octobre 1892quelques mètres.

En somme, du 1er septembre 1886 à octobre 1892 l' allongement total a été de 98 m soit de 15 à 20 mètres par an.

L' accroissement, le gonflement exubérant de la paroi de glace qui se presse dans l' étroite gorge de l' Arveyron sont très visibles sur les photographies; les changements sont tels que M. Tairraz ne voyant plus, de son ancien point de pose, le bas du front du glacier, a dû en choisir un nouveau, et recommencer ainsi une nouvelle série de photographies.

Glacier des Bossons. Le front du glacier a avancé d' une vingtaine de mètres entre le 14 octobre 1891 et le 25 mai 1892, car un bloc distant à la première date de 15 m du front a été atteint. et bousculé par le glacier. Pendant l' été jusqu' au 15 octobre la fusion a fait retirer ce front de 13 m. La langue du glacier s' est considérablement élargie et épaissie. ( V. Payot. ) Les photographies Tairraz confirment ces faits.

Glaciers de Tâtonnai et de Bionnassay l' un et l' autre en crue. ( V. Payot et photographies Tairraz. ) II. Bassin de l' Aar.

Nous avons pour cette région reçu les excellentes observations du président central de notre Club, M. le pasteur Baumgartner à Brienz. Puisse son exemple encourager au travail les membres de notre association.

Vallée de l' Aar. „ Strahleggfirn et Finsteraargletscher ( première visite ). D' après les rapports de mes guides, cette région a montré peu de changements dans les dernières années.

„ Unteraargletscher. Depuis que je l' ai vu en 1885, ce glacier a évidemment beaucoup perdu en épaisseur. La région terminale ne montre plus que moraines et débris rocheux, là où autrefois on arrivait fort vite sur la glace. Ce qui m' a surtout frappé, c' est combien, vus du glacier de l' Aar, les glaciers secondaires qui descendent du Desorstock, de l' Escher, du Scheuchzerhorn, ont diminué dans les dernières années; c' est surtout marqué pour le Thierberggletscher, le plus important de ces. petits glaciers.

„ Vorder-Triftgletschcr vu du Bächlistock; depuis mes dernières visites en 1888 et 1889 il est resté stationnaire; la neige fraîche qui couvrait le sol rend cette appréciation un peu incertaine. 11 en est de même pour le Bächligletscher que nous voyions à nos pieds et qui m' a paru avoir les mêmes mesures qu' en 1888.

„ Vallée de la Lütschine. Le glacier inférieur de Grindelwald continue à rester stationnaire, tandis que le glacier supérieur continue à croître.

„ Eiger et Guggigletscher. Depuis ma première visite en 1875 il y a peu de changements; tout semble rester stationnaire.

.,Vallée de la Kander. Le Biberggletscher sur les flancs du Doldenhorn ( visité pour la première fois ) a toute l' apparence d' un glacier en retraite; les guides ont confirmé cette appréciation. En revanche, les grandes masses de neige qui s' accumulent sur le Doldenhorn semblent préparer une crue.

„ Le glacier de la. Blümlisalp ( première visitel' aspect du glacier, ses grandes moraines latérales, les stries glaciaires qui sont apparentes, etc., tout montre que le glacier doit être encore en décrue; il diminue aussi bien en longueur qu' en épaisseur. Les guides sont d' accord avec cette observation. "

III. Bassin de la Reuss.

Vallée de Maderan. Les observations de M. E. Krayer-Kamsperger de Bâle continuent à nous montrer une décrue considérable des glaciers de cette vallée pendant l' année 1891 — 1892.

Brunni. Raccourcissement de 30 m. Hauteur de la voûte du torrent 3 m.

Hïifi. Raccourcissement 10 à 11 m. Hauteur de la voûte du torrent 40 à 45 m.

IV. Bassins de l' Inn et de l' Adda.

M. l' ingénieur en chef F. de Salis, à Coire a l' obligeance de me communiquer les mesures faites depuis 1878 sur le glacier de Morteratsch et depuis 1888 sur le glacier de Cambrena. Les deux glaciers appartiennent l' un et l' autre au massif de la Bernina. Le premier, glacier de premier ordre, descend par une longue langue au fond de la vallée, avec une pente peu forte, et envoie ses eaux dans le Flatzbach, affluent de l' Inn; le second, glacier court, incliné, aboutit au Lago Bianco, dont les eaux coulent dans le Poschiavino, affluent de l' Adda.

Glacier de Morteratsch. 1878 juillet 1881 octobre raccourcissement par an — 13.7 m 188410.7 „ 1885 octobre raccourcissement par an — 24 m 1886 septembre n n 71 - 12 n 1887 octobre n Ti — 20 n 1888 V n n n — 38: 1889 n V n n — 14 "

1890 n n 71 718 7 ) 1891 n n n n — 18 7 1892 r » n n — 10 n Le glacier est en décrue continue.

Glacier de Cambrena.

1888 octobre 1889189018911892raccourcissement — 12 m allongement

raccourcissement — 44„ Malgré le petit allongement indiqué pour l' année 1889 à 1890, les allures de la variation indiquent que ce glacier est encore en décrue.

V, Bassin du Pô.

Vallée de la Doveria. Le glacier de Rossboden qui descend du Fletschhorn au-dessus du village de Simplon a été mesuré et a montré un allongement de 5 m depuis l' année dernière. ( F. V. ) Eésumé.

Nous avons à ajouter aux glaciers en crue constatée dans les rapports précédents, d' après les notes du présent rapport:

Le glacier de Hochlaub, vallée de Saas, et peut-être le Weingarten, vallée de S*-Nicolas, massif des Mischabel.

Le glacier de Boveire, vallée de Bagne, massif de Combin.

Le glacier de Rossboden, vallée du Simplon, massif du Weissmies, ce qui porte à 57 ou 58 les glaciers en crue constatée dans la partie des Alpes que nous étudions.

Nous caractériserons comme suit l' état actuel des variations glaciaires dans cette région:

Massif du Montblanc, tous les glaciers en crue.

Alpes valaisannes, la bonne moitié des glaciers en crue.

Alpes bernoises, quelques glaciers en crue.

Alpes uraniennes, glaronuaises et grisonnes, tous les glaciers en décrue ou stationnaires.

% IL. Cartes des variations des glaciers.

Nous donnons dans les planches ci-jointes quatre cartes figurant d' une manière graphique la variation en crue des glaciers suisses et des glaciers du Montblanc, dans le dernier quart du XIXe siècle. On se rappelle que vers 1870 tous les glaciers des Alpes, sans exception, étaient en décrue ou stationnaires; que la crue d' une nouvelle période a commencé à partir de 1875, d' abord par le glacier des Bossons ( Montblanc ) puis successivement chez les cinquante et quelques glaciers actuellement en phase d' agrandissement. Grâce à l' obligeance de M. le rédacteur et de M. l' éditeur du Jahrbuch, j' ai été mis à même de figurer graphiquement le développement de ce phénomène.

J' ai peint en rouge les glaciers en phase de crue dans quatre époques, distantes de cinq ans, 1875, 1880, 1885 et 1890, en laissant en blanc les glaciers qui sont encore stationnaires ou en décrue. On voit sur ces cartes, dans la lte le glacier des Bossons, seul, dans la 2e une douzaine, dans la 3e une trentaine, dans la 4e une cinquantaine de glaciers qui successivement sont entrés dans une nouvelle période en se mettant en phase de crue. On y voit aussi combien le développement de la crue est mieux marqué dans les Alpes occidentales que dans les Alpes orientales, où il n' apparaît pas encore dans la pins récente des cartes.

La comparaison de ces cartes est fort instructive, et j' espère qu' elle illustrera d' une manière parlante les allures du beau phénomène que nous étudions.

IV.

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