«Nous sommes tous perdus»

Le 28 février 1864, le premier accident d’avalanche mortel s’est produit lors d’une course de haute montagne hivernale. Philipp Gosset de Berne et son ami Louis Boissonnet de Genève voulaient effectuer l’ascension du fier Haut de Cry (2969 m) dans le Bas-Valais depuis Sion. Ils étaient accompagnés du guide Haut-Valaisan Johann Joseph Benet (ou Bennen), auteur de la première du Weisshorn et presque auteur de celle du Cervin. Les locaux J. Nance, F. Rebot et A. Bevard participaient à l’expédition en tant que porteurs. A quelques encablures du sommet, les alpinistes durent traverser un couloir rempli de neige soufflée. Philipp Gosset décrira la suite dans le premier volume de l’Alpine Journal de 1836/64. Son récit Narrative of the Fatal Accident on the Haut-de-Cry a, par la suite, été repris dans le classique Hours of Exercise in the Alps de John Tyndall, dans l’ouvrage de référence d’Emil Zsigmondy, The Dangers of the Alps, et dans le livre de montagne probablement le plus lu, Scrambles amongst the Alps d’Edward Whymper. En voici un extrait: «Bennen a poursuivi, mais à peine avait-il fait quelques pas qu’il a entendu retentir un son profond. La pente de neige s’est fendue en deux à quelque 14 à 15 pieds au-dessus de nous. Au début, la fissure était étroite, pas plus large qu’un pouce. Il y a eu un terrible silence pendant une dizaine de secondes, puis Bennen l’a interrompu. ‹Nous sommes tous perdus›, a-t-il solennellement murmuré.» Pas tous, heureusement. Cependant, Benet et Boissonnet ne purent être dégagés vivants du cône d’avalanche.

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