Rêveries au Pays du Mont-Blanc A raquettes au pied du « toit de l’Europe »

Le Pays du Mont-Blanc offre aux randonneurs en quête d’une nature toujours intacte la possibilité de s’imprégner d’une multitude d’ambiances hivernales. A peu de distance de la vallée de l’Arve, le triangle qui relie Sallanches, Saint-Gervais-les-Bains et les Contamines permet de s’éloigner de la foule et du bruit des grandes stations de sports d’hiver.

Le vent violent qui souffle en rafales sans discontinuer commence à rendre la progression plus éprouvante, et la sensation de froid devient soudainement plus intense ! Bien qu’il soit parfaitement adapté pour l’ascension de la longue crête des Bénés, l’équipement est mis à rude épreuve.

En prenant pied sur la partie médiane de la crête, la sensation de froid s’intensifie encore ! Malgré le beau temps de ce début de journée, le timide soleil du mois de janvier ne parvient pas à nous réchauffer, et il va falloir accélérer un peu la cadence pour tenter de gagner quelques précieux degrés.

 

La crête des Bénés, cadeau de la nature

On peut comparer la crête des Bénés à un secret d’initié jalousement gardé. Ici, en effet, on ne retrouve ni la foule gesticulante que l’on peut rencontrer habituellement sur les pistes de ski parfaitement damées, ni l’ambiance un peu confidentielle des grands « spots d’altitude » réservés aux seuls amateurs de peau de phoque. Les Bénés, c’est avant tout la découverte éblouissante d’un petit monde alpin à part entière dans lequel s’exprime en grande dimension toute l’essence originelle de la randonnée à raquettes ! Pour aller à la rencontre des multiples secrets de cette crête longiligne, il faudra, sûrement, ici plus qu’ailleurs, savoir faire le choix du meilleur moment. Lorsqu’une bonne couche de neige recouvre l’intégralité de l’itinéraire par exemple. On obtient alors l’assurance de voir, de ressentir et de tracer la neige poudreuse avec, au premier plan, d’un côté la chaîne des Aravis avec la Pointe Percée (2750 m), de l’autre l’Aiguille de Varan (2544 m) et la Tête du Colonney (2692 m). En toile de fond, le puissant massif du Mont-Blanc, bien identifiable par sa profusion de grands versants glaciaires, est omniprésent.

 

Des contrées oubliées du temps

Après une première portion tout en douceur, le parcours devient un peu plus alpin. Le panorama qui se dévoile est presque intimidant. Là, on bénéficie d’une vue « plein cadre » sur la Pointe Percée, « reine des Aravis », suivie en enfilade par toute une multitude de sommets, d’arêtes et de brèches plus vertigineuses les unes que les autres. Lorsque le regard se porte en contrebas de l’itinéraire, on se délecte de pouvoir observer dans les moindres détails le très confidentiel vallon de Cœur, qui s’étire tout en longueur jusqu’au col de Niard. Comme coincé entre la crête des Bénés et l’arête de la Besse, ce lieu sauvage et presque inhospitalier semble oublié par le temps. A part quelques vieux chalets d’alpage inoccupés posés ici et là, on ne peut y voir aucune trace de l’homme moderne, ce qui est assez rare pour être signalé.

Dans un dernier effort, on parvient enfin sur la partie terminale de la crête. Là s’offre au regard une perspective originale sur les longues pentes neigeuses qui descendent du Grand Croisse Baulet (2236 m). Et, dans une sorte d’apothéose, on atteint le but ultime de la randonnée, la fragile cabane du Petit Pâtre, presque ensevelie sous une imposante couche de neige. On est parvenu « tout au bout du bout » de l’interminable crête !

 

Taillé pour les raquetteurs

Fin de ce voyage initiatique au cœur du Pays du Mont-Blanc ? Non, bien entendu, car la région a la chance de pouvoir encore offrir à tous les passionnés de montagne d’innombrables espaces alpins pas encore dénaturés par les excès de notre civilisation exubérante. Tout autour de ce grand espace de hautes montagnes, il existe des sommets de moindre altitude offrant d’innombrables buts de randonnée à raquettes. Les randonneurs en quête de paysages sauvages figés par la neige et le froid pourront par exemple s’aventurer dans la combe de Doran, où se compose tout un univers de chalets d’alpage blottis dans « l’infiniment blanc ». Dans ce lieu totalement perdu, isolé, voire austère, ils feront en douceur l’expérience d’une rencontre privilégiée avec une montagne où authenticité rime avec simplicité et liberté.

Si l’on préfère approcher au plus près les grands sommets du versant ouest du toit de l’Europe, il n’y a pas d’autres choix que de prendre la direction du Mont-Truc. En pénétrant sur ce vaste alpage d’altitude blotti dans un écrin digne des plus remarquables paysages des Alpes, la vue panoramique s’ouvre sur l’Aiguille de Bionnassay (4052 m) et sur les hautes parois glaciaires qui semblent s’écrouler des Dômes de Miage (3673 m). Ici, tout petit, comme écrasé par ces parois vertigineuses, on ressent alors pleinement que les forces primitives de la nature ont réalisé un travail titanesque.

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