1re traversée par les arêtes est et Gallet

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Par Adrien Voillat

II. Première traversée par les arêtes est et Gallet Avec 3 illustrations ( 33-35CAS Montreux ) Si le brouillard et la tempête qui nous ont assaillis lors de notre descente de l' arête est créaient des conditions idéales pour expérimenter notre système de tubes pour le rappel de la corde, par contre ils ne nous avaient accordé que de rares échappées sur les beaux précipices que domine cette arête, qui restèrent le plus souvent enrobés sous une chape de brumes et de pluie. Néanmoins ces impressions fugitives étaient demeurées très vives dans notre souvenir, engendrant un désir inassouvi qu' il fallut bien satisfaire.

Vendredi 28 juillet 1950. Au petit jour, ma femme et moi nous nous glissons en tapinois hors de la cabane de Fründen. A 5 h. 15 nous sommes au Fründenjoch. Saisissante est, d' ici, la vue sur l' arête est. Elle s' élève d' un élan vertigineux, sauvage et rébarbative. Son ascension passe encore pour un des gros morceaux des Alpes bernoises. Le regretté Hans Schlunegger estimait cette escalade plus difficile - quoique moins longue et objectivement moins dangereuse - que celle de la paroi nord de 1' Eiger, dont il a réussi la troisième.

Le soleil levant illumine la partie supérieure de la crête, tandis que la base baigne encore dans une ombre froide et repoussante. A notre gauche la paroi sud s' élance d' un seul jet, donnant au site son caractère de redoutable sauvagerie. Le regard erre en vain à la recherche de gibbosités et de cheminées laissant espérer une voie; tout paraît désespérément lisse et vertical. Le plus simple est d' y aller voir. Après avoir mis crampons et piolets dans le sac, nous entrons « dans le bain » avant d' être trop impressionnés.

Heureusement, les premières longueurs de corde sont de difficulté moyenne. Elles permettent de s' habituer aux prises renversées du rocher imbriqué. Nous varappons par adhérence, les mains ne servant qu' à maintenir notre équilibre en appuyant sur la base des prises. Un premier escarpement très abrupt nous barre le passage. Une délicate traversée côté sud nous permet d' atteindre une étroite et lisse cheminée. Nous la ramonons péniblement en y coinçant un pied et une main. Elle nous conduit à une petite plate-forme inondée par le soleil levant, d' où la vue sur le Balmhorn et le Bietschhorn ravive en nous de bien beaux souvenirs!

Dans le ciel pur du matin, sur le rocher maintenant caressé par le soleil, la varappe continue; nous nous sentons des ailes. Une joie âpre, irraisonnée, nous envahit. Serait-ce la satisfaction d' un atavique besoin de « grimperie » dû ( selon certains anthropologues ) à notre prétendue origine simiesquePeut-être, mais chaque alpiniste sait que d' autres raisons agissent en puissants générateurs d' une délicieuse et enivrante euphorie. Nous sommes absorbés totalement par la joie de l' escalade, et les cinq dernières années de notre vie, vécues loin de la montagne, décuplent cette joie. On a comparé l' amour de la montagne à un feu et Féloignement au vent, si le premier est superficiel, le second l' éteint, mais s' il est profond, il l' avive. Assoiffés comme nous le sommes - donc proie bien facile pour l' enjôleuse - la montagne nous envoûte, et nous devenons totalement sa chose. Au point qu' insouciants et inconscients des modifications des conditions météorologiques, nous perdons de plus en plus la notion du temps, et ce n' est qu' à 19 h. 30 que nous regarderons notre montre pour la première fois.

Une des plus singulières et agréables particularités de cette arête est qu' après chaque ressaut ( d' environ 60 à 80 mètres ) on trouve une plate-forme de quelques mètres servant d' ex port d' arrivée puis de base d' attaque les conditions dans lesquelles nous avons fait la descente et n' ayant pu consulter l' introuvable guide, nous jouissons du charme de l' incerti Die Alpen - 1954 - Les Alpes7 tude et de l' inconnu. Tout nous paraît bien différent, et nous avons peine à croire que nous sommes descendus cette arête. Nous n' avions alors vu que localement et d' en haut; ce ne sera que sous la Jonction que nous reconnaîtrons un escarpement.

Sans grande difficulté nous atteignons une plate-forme sous un abrupt ressaut où une étroite cheminée indique la voie à suivre. Cette cheminée sera comme le scorpion: « in cauda venenum » - dans la queue le venin. Le début se ramone facilement, puis la cheminée devient dièdre et perd en profondeur pour finalement disparaître. Le rocher, au début solide, devient délité et rugueux. Ne pouvant plus m' élever en opposition sur les faces, il me faut chercher des prises médiocres tout en coinçant encore ce qui peut l' être. Parvenu péniblement au haut de cette cheminée très exposée, je cherche un endroit pour placer le premier piton d' assurage; j' ai la joie d' en trouver un déjà solidement planté, c' est signe que nous sommes dans la bonne voie. Le cliquetis du mousqueton me permet enfin de respirer à l' aise. Cherchant la suite du passage, je découvre sur une nervure, quelques mètres à droite, un second piton. De cette nervure je hisse notre sac, et Rose me rejoint. Mais ce point est une impasse. Revenu à la verticale de la cheminée, j' escalade directement le reste du ressaut. Ce sera un des passages les plus scabreux de toute l' ascension, car le rocher est délité et les prises minuscules, il faut utiliser les moindres protubérances, même les pierres branlantes dans leur alvéole. Au pied d' un grand ressaut nous traversons dans le flanc nord, sur une vire inclinée et couverte de caillasse, pour atteindre une cheminée. Le départ est légèrement surplombant, et le ramonage, sur le rocher pauvre en prises, est pénible. Après quelques mètres la cheminée revient à la verticale, puis s' incline légèrement; une lèvre surplombante l' obstrue au bout d' une quinzaine de mètres. Pour me reposer je me coince sous cette « cloche » et découvre là un piton solidement planté. Continuant par la droite, je trouve finalement à une vingtaine de mètres du point de départ un bloc me permettant d' assurer solidement ma compagne. Ne percevant aucune réponse à mes appels ( le rocher surplombant étouffant nos voix ) je tire par saccades à plusieurs reprises sur la corde pour faire monter ma compagne. Lentement la corde vient, puis brusquement une forte traction et le bruit d' une chute de pierres me fait présumer qu' il s' est passé quelque chose d' inso. Tirant sur le filin, rien ne vient plus! finalement je le laisse couler jusqu' à ce que toute traction cesse. Quelques secousses et la corde revient lentement. Une seconde forte traction et... je la relâche à nouveau. Le manège se répète plusieurs fois avant que la corde s' immobilise pour de bon. J' ai beau tirer rien ne vient plusCes manœuvres nous prendront à notre insu un temps précieux. Finalement je redescends avec anxiété jusqu' à la « cloche » pour essayer de correspondre. Bien faiblement la voix de Rose me parvient et me tranquilise à moitié. Pour commencer je hisse le sac qui ne vient qu' en rechignant, puis ma compagne débouche du surplomb à ma grande satisfaction. A chacune de ses tentatives le poids du sac la faisait « dévisser » de la cheminée. Elle pendait comme un pantin au bout de la corde, sans pouvoir rien faire pour reprendre pied. Le temps lui semblait bien long avant qu' elle atterrisse sur la vire!

L' arête à partir de là est de difficulté moyenne jusqu' à un ressaut très impressionnant. Un essai en escalade directe échoue faute de prises. Balafrant du nord au sud la partie inférieure de ce ressaut, une large fissure oblique nous fait entrevoir une possibilité de s' échapper. Une traversée de quelques pas au nord et une escalade d' environ trois mètres me permettent d' at la dite fissure. L' intérieur de la fente est orienté vers le bas ce qui complique les choses. En introduisant un coude et une jambe, péniblement je progresse. A mesure que je monte la fente devient plus grande. Mais la lèvre supérieure devient elle aussi toujours plus surplombante. Parvenu à la verticale de Rose, je l' assure et elle escalade directement le ressaut, c' est beaucoup moins pénible. La fente est ici suffisamment spacieuse pour nous loger tous deux. On se sent à l' aise et bien protégés par l' avant que constitue la lèvre supérieure. Toutefois on se pas- serait bien volontiers de cet avant-toit, car il fait obstacle à l' ascension directe. Pour sortir d' ici il faut traverser à l' aide de petites prises du côté sud, puis s' aventurer dans la paroi.

A ce moment-là nous subissons l' impression la plus violente de la journée ou plutôt de toute la grimpée! En sortant de l' abri naturel, sans transition s' ouvre sous nos pieds le prodigieux abîme de la paroi sud. Chaque fois qu' on regarde où se loge le pied, les yeux vont inévitablement se perdre dans le vide. C' est ici le clou de cette ascension. Une petite cheminée munie de prises nombreuses, coupantes, pas très solides, permet d' atteindre assez facilement le sommet de ce ressaut.

Après ce magnifique passage l' arête s' humanise quelque peu. Nos regards plongent à nouveau du côté lac, mais... Oh! surprise! le temps s' est diablement modifié. De sombres cumulonimbus montent à l' assaut du fond de la vallée. Un gros bouillon se prépare, car ces nuages aux formes tourmentées sont d' un bien mauvais présage. Rapidement je poursuis l' escalade à la recherche d' un précaire refuge. Parvenu sur une petite plate-forme, des susurrements dans les cheveux, des picotements sur les mains et le visage me font crier à Rose de se hâter. Des décharges électriques paralysent par intermittence mes bras. C' est sans douleur, mais je n' ar plus à ramener la corde à mesure que monte ma compagne. A l' instant où nous sommes réunis d' étranges bruits emplissent l' air, c' est comme un bourdonnement aux oreilles comparable au chant des abeilles. Il semble qu' une main invisible tire sur nos cheveux alors que des petites bêtes circulent avec frénésie sur nos têtes. Les piolets crépitent et vibrent sans arrêt, émettant avec de petites étincelles des sons métalliques que nous considérons néanmoins comme un signal avertisseur. De même qu' Ulysse, nous ne nous laissons pas captiver par ces voix de sirènes, et immédiatement nous éloignons crampons et piolets, en mauvais voisins qu' ils sont devenus. Les fugitives lueurs des éclairs sont si proches l' une de l' autre que le tonnerre gronde sans interruption. La tourmente s' approche, on a l' impression qu' un convoi titanesque va déferler sur nous et nous broyer comme des fétus.

Un vent violent, accompagné d' une pluie drue et glacée, s' abat brutalement, nous cinglant furieusement le visage.

L' orage éclate en force. Dans l' odeur caractéristique de l' ozone, en toute hâte nous descendons de quelques mètres côté sud dans une zone un peu moins dangereuse. Blottis dans des encoignures, nous essayons dans la mesure du possible de nous confondre avec la montagne pour ne pas attirer la foudre; on se sent bien peu de chose en face des éléments. Si, dans notre lutte amicale avec l' arête est, un des lutteurs arbore un air victorieux, ce n' est certainement pas nous! Toutefois, le sentiment de n' en pouvoir faire davantage pour notre sécurité nous rassure. C' est avec un fatalisme tout oriental, et à notre propre étonnement sans peur aucune que nous attendons la suite des événements. Nous savons que la foudre est très capricieuse et que pratiquement, en montagne, on n' est en sécurité nulle part.

Les heures s' écoulent; la tempête, bien qu' ayant diminué d' intensité, paraît vouloir durer longtemps encore. Mais la nuit qui descend nous contraint d' agir, l' endroit où nous sommes ne convenant pas du tout pour un bivouac. C' est comme si nous étions assis sur des pointes de paratonnerres, nous ne tenons plus en place.

Dans la pluie et le vent, péniblement, nous reprenons notre ascension. Heureusement que les passages les plus délicats sont derrière nous. Sur le rocher froid devenu glissant, l' eau casca-dante ruisselle le long de nos mains, puis entrant par les manches dégouline le long de nos bras et finalement mouille ce qui nous, restait de sec. Cet état du rocher entrave notre progression et les escarpements se succèdent apparemment sans fin! Ils sont beaucoup plus nombreux que ne le veut notre souvenir; on a l' impression que de mauvais génies en ont rajouté. Malgré toute notre hâte, c' est de nuit que nous devons escalader les deux derniers.

Parvenus à la Jonction, nous descendons côté sud sur les rochers marginaux, où nous sommes à peu près à l' abri du vent. Le glacier a libéré une terrasse rocheuse d' une largeur variant entre un et quatre mètres. Après avoir prospecté cette terrasse sur une cinquantaine de mètres et choisi l' endroit le plus propice, nous nous taillons une petite grotte-iglou dans la glace et le névé. Notre dortoir est ensuite garni d' un plancher de pierres plates, ainsi l' eau de fusion ne mouillera pas nos vêtements. Puisant largement dans la réserve de vieux journaux que nous avons toujours dans le sac, nous les glissons sous nos vêtements à même la peau. Une très agréable sensation de chaud et de sec se dégage de cet excellent isolant et persistera toute la nuit. Nous prenons une légère collation consistant principalement en sucre de raisin, puis nous nous réfugions dans notre caverne. Par une singulière ironie du sort nous avons laissé notre matériel de bivouac dans la vallée en prévision d' une grande course que le mauvais temps nous empêchera de faire, et ce même mauvais temps, en grand mystificateur, nous contraint à faire le second bivouac improvisé cette semaine. Irrésistiblement la fatigue me pousse dans les bras de Morphée, alors que Rose est tenue en éveil par les remous du vent glacé nous chantant une berceuse à leur façon, en gémissant et hululant dans les couloirs de la face sud.

Le lendemain matin à l' aube, le brouillard, le vent soufflant toujours en rafales, et par intermittences une neige pulvérulente tombant à nos pieds nous incitent à rester au gîte. Après une nuit pas trop mauvaise, nous sommes dans une forme passable. A 7 h. 30, profitant d' une accalmie, nous faisons une première tentative. Mais sur l' arête le vent est terriblement violent et glacial. Le brouillard est tellement opaque que nous ne voyons qu' à quelques pas. Après avoir parcouru une centaine de mètres, nous devons rebrousser chemin. Le vent rageur s' acharne sur nous, hurlant son chant vainqueur à nos oreilles. Mais quel frappant constraste nous saisit dès que nous avons réintégré notre caverne. Tout change d' aspect en prenant une teinte chaude, on se sent « rudement bien » ici. Et nous sommes à la première loge du grand théâtre de la nature, où le spectacle est stupéfiant. La neige tombe à nouveau, chassée par le vent et ses remous. Deux heures durant nous jouissons de ce spectacle. Puis le temps qui fuit nous incite à faire une seconde tentative qui échoue piteusement comme la première. Nous restons longtemps à hésiter sur ce que nous devrions faire. D' une part la perspective d' un second bivouac ici est très séduisante, surtout que nous avons de l' expérience en ce domaine. Mais d' autre part nous craignons grandement que le gardien n' alerte une colonne de secours très onéreuse pour notre bourse. Le plus prudent serait de monter au sommet et de redescendre par la voie normale. Après ce que nous venons de vivre, je ne m' y résoudrais qu' à contre-cœur, désirant achever la première traversée des arêtes est et Galtet. Rose, elle, est satisfaite de notre course ( elle vient de faire la première ascension féminine de l' arête est ), et se déclare prête à descendre où bon me semble.

Affrontant les éléments, peu avant 11 heures nous sortons de notre caverne. L' arête étant intenable, pour fuir le vent nous descendons une cinquantaine de mètres et, taillant dans la glace noire, longeons les rochers marginaux de la face nord-est. La moindre glissade nous serait fatale, mais pour le moment ce qui nous importe le plus, c' est que nous soyons abrités du vent. Tout à coup, paraissant gigantesque, la Tour émerge du brouillard à une trentaine de mètres de nous. En peu de temps nous taillons l' escalier de glace qui nous y conduit; puis immédiatement entreprenons la descente dans le couloir. Les rochers sont très délités, on ne peut se fier à aucune prise. Désirant gagner en temps et sécurité, nous cherchons à planter un piton pour un rappel. Peine perdue, tout est croulant; une fente par contre se prête excellemment à recevoir un bout de bois sommairement ajusté au couteau de poche. Le rappel est sans histoire, mais non sans bruit. Des gros blocs de rocher se détachent à notre passage, bondissant et vrombissant dans le couloir, vont percuter sur la pente de glace d' où ils roulent et sautillent jusqu' au glacier. En dépit de nos efforts nous ne pouvons rappeler la corde devenue trop rigide. Il faut donc remonter. Connaissant à présent les prises je décroche la corde et redescends par mes propres moyens. Les pitons ne tenant pas, nous plantons à nouveau un bout de bois dans une fente pour le deuxième rappel. Devenus méfiants nous y attachons cette fois une cordelette avec un tube de rappel. Un ruisseau de boue jaunâtre dégouline dans le couloir et nous « vernit » copieusement. Il suffit de quelques secondes, et nous avons l' air de revenir d' une exploration spéléologique. Tous nos efforts pour nous décrotter au cours de la descente en frottant de neige nos vêtements seront vains, et pour le reste de la course nous serons en kaki. Parvenus à la terrasse, notre premier soin est de retirer la corde; grâce au tube de rappel, elle vient sans difficulté \ De la terrasse où nous sommes, des cordes posées l' année dernière nous rendent de précieux services pour franchir le ressaut. Vraiment nous ne regrettons pas le couloir! Nous atterrissons sur une forte pente de glace. Le vent souffle toujours avec violence. Au passage il s' empare d' une chute d' eau dont il nous douche copieusement. Vite nous passons notre corde à double sur la dernière tige d' ancrage de la corde fixe. Par une rapide glissade nous échappons aux facéties du capricieux Zéphyre. Pendant quelques instants, une déchirure de brouillard découvre la cabane. Ce sera la seule fois avant que nous arrivions sur le Fründengletscher. La descente sur des dalles, du mauvais rocher et de la glace vive ( taille partielle ) retint toute notre attention. Cette arête s' est beaucoup désenneigée ces dernières années et la descente en est devenue plus dangereuse.

Notre arrivée à la cabane fait visiblement la joie du gardien et de la gardienne. Comme nous le pressentions, ils voulaient alerter ce soir même une colonne de secours si nous n' étions pas revenus. A la lunette, ils suivirent notre ascension et tremblaient pour nous pendant l' orage. Puis ils nous aperçurent dans une déchirure, continuant à monter. La nuit et le mauvais temps nous dérobèrent à leurs regards.

Malgré la joie intense qui se lit dans nos yeux nous sommes dans un piteux état. Nos mains écorchées et nos vêtements mouillés, sales et déchirés, nous mettent mal à l' aise. Le père et la mère Hari, en modèles de gardiens qu' ils sont, nous soigneront admirablement. Depuis dix jours que nous sommes en montagne, nos provisions sont épuisées. Nous descendons avec une certaine nostalgie les 166 lacets du sentier menant au Lac d' Oeschinen. Ce fut le dernier beau moment de nos vacances. Nos bicyclettes nous attendaient à Kandersteg. Avant Interlaken déjà un orage nous surprit et ce n' est qu' à minuit que nous arrivons à Grindelwald où tout le reste de la semaine nous rongerons notre frein dans la pluie et le brouillard, avant de traverser le Plateau et le Jura pour rentrer en Ajoie.

1 Dans l' état actuel du couloir, il serait plus facile et plus rapide de descendre la Tour directement en rappel, côté nord-est. Cette tour fut escaladée quelques jours plus tard ( 3e ascension ) par le guide Adolphe Ogi avec deux dames du CSFA.

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