A la découverte de Finhaut. Randonnées sauvages

LES ALPES 3/2004

A la croisée des Aiguilles Rouges, constituées de schistes cristallins, et de la nappe de Morcles avant tout calcaire, le chaos géologique est le plus prononcé. Les montagnes ont subi ici des pressions énormes et elles ne sont pas encore apaisées. Le relief est donc à la hauteur. Fortes pentes, cheminement complexe, approche longue, voilà du ski-alpinisme dans sa véritable définition. La construction du barrage d' Emosson a encore compliqué le jeu. Le Ruan, la Tour Sallière, le Cheval Blanc ou Bel Oiseau conjuguent altitude et déclivité. Il faut donc aimer les dénivelés. Mais aussi les distances. Car, et c' est peut-être cela le secret des randonnées autour de Finhaut, aucune course ne se fait sans effort.

A la découverte d' un monde féerique

J' allais m' en rendre compte. En ce mois de février, Chamonix était bondé de touristes et vouloir faire une trace aux grands Montets tenait du miracle. En effet, tout était balisé. Jean Luc Lugon m' invita à découvrir ces arpents qu' il fréquente été comme hiver avec le même amour. Et c' est avec trois amis que nous partîmes à l' assaut des hauteurs. Le cheminement débuta traditionnellement par la montée sur la Léchère.. " " .De là,nous nous dirigeâmes vers le barrage d' Emosson. Rien que cette partie du trajet fut un émerveillement. Des combes jusqu' alors anonymes, des arbres figés par l' hiver, des jeux d' ombres et de lumière rendaient cette montée magnifique. L' arrivée au barrage

A quelques encablures de Chamonix, dans un des replis du Valais, il est possible d' effec des randonnées dans une parfaite quiétude: montée en direction de l' Œil de Bœuf. Au deuxième plan, le lac d' Emosson et le versant ouest de Bel Oiseau Pho to :Ma rio Colonel

nous immergea encore plus dans cette beauté sauvage et brute. Lorsque Jean-Luc nous proposa de traverser le barrage, nous hésitâmes un peu. Traverser cette surface bleutée, parcourue de veines et de bulles d' air semblait si étrange, mais finalement personne ne refusa. Les skis glissant sur cette matière polaire, chacun partit pour son Groenland. Puis la montée reprit régulière, dans un univers vespéral.

Le charme rompu... pour quelques instants seulement

Devant nous, le Cheval Blanc et ses murailles courant qu' à la pointe de la Finive prenaient une allure de citadelle. Le silence régnait. Un silence magique, bercé par ce seul frottement des peaux sur la neige. Nous étions immergés depuis des heures ne sachant même pas où nous allions. L' arrivée au col après quatre heures d' effort allait toutefois rompre un peu le charme. Alors que nous effectuions nos dernières conversions à l' aplomb même de la corniche sommitale, une silhouette se détacha. Casqué, posé comme un rapace sur une branche, ce skieur semblait at-

Avant de rejoindre l' Œil de Bœuf: l' impressionnante traversée sur le barrage d' Emosson Arrivée à l' Œil de Bœuf. A l' arrière, la crête qui court du Cheval Blanc à la pointe de la Finive Départ pour Bel Oiseau: au-dessus de la Léchère, dans la forêt de mélèzes Pho to s: Ma rio Colonel LES ALPES 3/2004

tendre un signal.. " " .A peine étions-nous sur l' arête que nous le vîmes plonger dans un couloir, effectuer deux courbes à grande vitesse et se retrouver quelques centaines de mètres plus bas. Pas de chance, nous venions de tomber sur le tournage d' une séquence des Nuits de la Glisse qui, depuis une semaine,à coups d' hélicoptère le secteur. Connaissant bien les membres de l' équipe technique et les guides, nous négociâmes une pente vierge. Comme nous, ils avaient trouvé le glacier de Finive à leur goût!

Le top 10 des descentes

Dès les premiers virages, l' enchantement fut au rendez-vous. Le soleil rasant qui dessinait encore plus le relief donnait une véritable sensualité à cette neige presque turquoise. De belles croupes, des pentes soutenues, une neige légère encore peu touchée par le soleil. Nous avions l' impression de rejoindre cette symphonie naturelle. Et lorsque nous avons atteint le lac d' Emosson, chacun réalisa qu' il venait de vivre une de ces plus belles descentes, celle que l'on place dans le top 1O. Pourtant il restait encore à vivre un autre moment insolite et étonnant. Jean-Luc, grand connaisseur des lieux et skieur de premier niveau, nous fit encore une fois traverser le lac. De là, nous commençâmes à suivre un chemin taillé à flanc. Avec inquiétude, je remarquai que la pente se raidissait au fur et à mesure que nous approchions du barrage. J' en fis part à mon compagnon. Celui-ci ne semblait pas étonné. Quelques mètres plus loin, je le vis qui quittait ses skis et semblait plonger dans les entrailles de la Terre.

Nous longeons le barrage d' Emosson dont la rive est bordée d' immenses blocs de glace LES ALPES 3/2004 Dès les premiers virages, l' enchantement est au rendez-vous. Descente du glacier de la Finive Silhouette dans l' immensité de la nature: en descendant vers le lac d' Emosson Pho to s:

Ma rio Colonel LES ALPES 3/2004

Un décor de fin du monde

Il venait de retrouver la sortie du tunnel longeant le barrage. Nous laissant glisser comme des gamins, nous nous retrouvâmes dans un tunnel éclairé, marchant dans un décor de fin du monde.. " " .Plusieurs centaines de mètres plus loin, hilares devant cet événement étonnant et insolite, il fallut remonter par une échelle pour retrouver l' air libre. Nous étions au niveau du parking du barrage. Jamais je n' avais imaginé que le secteur abritait un tel ouvrage. Quelques virages encore et Finhaut était en vue. Cela faisait presque huit heures que nous étions partis. Nous venions de vivre une randonnée incroyablement belle et puissante. Depuis, je continue à parcourir ces montagnes. A chaque fois, l' étonnement est au rendez-vous. Parce qu' ici la montagne est restée originelle et même si nous ne faisons que la traverser, elle chante cette mélodie qui est celle de l' hiver éternel.

Le coin pratique

La route du barrage d' Emosson fermée dès les premières neiges préserve tout un cirque de sommets, de cols et de descentes magnifiques très peu parcourues,même au plus fort de la saison de ski-alpinisme. Pourtant ce secteur réserve de fabuleuses sorties et des enchaînements qui font de ces randonnées de véritables courses.

Signalons encore que si la route du barrage, montant jusqu' à 2000 m,est un handicap en hiver ( approche beaucoup plus longue ), elle forme, au printemps ou en début d' hiver, un endroit parfait pour chausser les skis haut en altitude. Il n' est pas rare de skier en plein mois de mai à partir d' Emosson, pour des dénivelées évidemment moindres.

Accès: entre Trient et le Châtelard, sur la route Marti-gny–Chamonix et à 2 km à peine de la frontière française, prendre la route de Finhaut-Emosson. Celle-ci s' arrête à Finhaut en hiver. Au printemps, elle mène à la Léchère. Train depuis Chamonix,sur la ligne Chamonix–Martigny ( avec arrêt à Finhaut ).

Renseignements: Office du tourisme de Finhaut, tél. 027 768 12 78, courriel: info@finhaut.ch

Matériel: arva, pelle, sonde, en plus du matériel classique. Une paire de crampons légers peut servir pour les sommets ( ou les descentes ) les plus alpins.

Encadrement: deux guides installés sur la commune peuvent vous faire découvrir le potentiel de cette région valaisanne: Marc Volorio, tél. 027 768 15 04, mobile 079 219 47 37, Internet: volorio-guide.com; Samuel Lu-gon-Moulin, tél. 027 768 19 00 ou mobile 079 409 30 71.

Route du barrage: Fermée du 1 er novembre à fin avril

selon les conditions.

Cartes, bibliographie: CN 1: 25 000, feuille 1324 Barberine. François Labande, Ski de randonnée, Ouest-Suisse, éditions Olizane 1999. Stéphane Albasini, Ski alpin Bas Valais, Du lac Léman au vallon de Tourtemagne, éditions du CAS 2003

Tours

Œil de Bœuf ( 2653 m )

Dénivelée: 1400 m

Horaire: 4 à 5 h de montée; 2 h 30 à 3 h de descente en prenant le temps d' apprécier ce magnifique itinéraire

Période: Tout l' hiver Degré de difficulté: D, quelques courts passages de 35° à 40°

Montée: De Finhaut, rejoindre la Gueulaz en passant par la Léchère et le P.1645.Descendre au lac d' Emosson et traverser sur le mur du barrage ( 1932 m ). Si la glace est solide, couper à travers le lac rive gauche pour atteindre le P. 1962 ( départ de la route pour le lac du Vieux Emosson ). Suivre cette route, puis couper en biais des pentes soutenues ( garder des distances, risque de plaques ) en direction de la Tête des Gouilles ( 2351 m ). Atteindre une arête que l'on remonte direction nord ( les Bletteys ) et accéder à

LES ALPES 3/2004 Un soleil qui donne une véritable sensualité à la neige, des arbres figés par l' hiver, des jeux d' ombre et de lumière plongent le randonneur dans un univers magique: à l' entrée de la Comba Rossa Au-dessus de Fenestral dans la montée de Bel Oiseau, avant d' aborder la grande pente LES ALPES 3/2004

une dernière pente soutenue qui conduit sur la crête sommitale de l' Œil de Bœuf ( 2653 m ).

Descente: De la crête sommitale de l' Œil de Bœuf, basculer versant NNE ( attention au départ, risque de plaques ), en passant à droite du P. 2307 et en alternant pentes soutenues et belles combes jusqu' à environ 2140 m. Sortir à droite de la Tête des Pélottes par une série de pentes soutenues ( passages de 35° à 40° ). Arrivé au plan gelé du barrage d' Emosson, traverser celui-ci d' ouest en est en direction du P. 1944 pour rejoindre la rive gauche du lac. Rechausser les peaux et, tout en restant plus ou moins sur la courbe de niveau 2000 m,suivre la piste d' été. On arrive alors à l' entrée du tunnel toujours dégagée ( à cause de la chaleur ) que l'on découvre souvent au dernier moment. Y pénétrer ( éclairage permanent ) et le traverser pour en sortir par un escalier vertical dans une bouche d' aération. Bien refermer la porte. On se retrouve alors non loin du barrage ( parking ). Rejoindre Finhaut soit en

En direction de Bel Oiseau: courte halte au P. 2553 pour admirer la vue sur le Mont-Blanc, et la chaîne des Perrons Bel Oiseau n' est plus très loin: montée dans la combe de Fenestral Il vaut la peine de jeter de temps à autre un coup d' œil sur la carte: à l' arrière, la face est de la Pointe de la Finive Pho to s:

Ma rio Colonel LES ALPES 3/2004

prenant la route, soit en suivant la gorge des Golettes qu' on quitte vers le P. 1710.

Remarque: au printemps, d' énormes avalanches de fond descendent du glacier de la Finive. S' y rendre par conditions stables, se méfier sur le haut après des chutes de neige avec vent d' ouest.

Bel Oiseau ( 2640 m )

Dénivelée: 1350 m Horaire: 3 à 4 h Période: Tout l' hiver Degré de difficulté: AD. D pour la descente par le couloir est: pentes de 42°

Montée: En partant de Finhaut, monter à la Léchère. A l' entrée du hameau ( hauteur du réservoir ), bifurquer à droite et pénétrer dans la forêt. Emprunter le sentier de Fenestral. Dépasser l' alpage de Fenestral ( 1801 m ) pour aller jusqu' au plan des Marais. De là, s' engager direction WSW dans de larges pentes qui se redressent à mesure qu' on approche la crête. Après avoir dépassé les rochers, sortir de ces pentes à droite pour aller direction NNW vers le passage P. 2553 près des Rochers Rouges. Traverser ce passage puis continuer à droite de l' arête pour gagner le P. 2628.

Descentes: a ) Descente recommandée: Retourner au P. 2553 et revenir sur ses pas, prendre la première grande pente et rejoindre, sous une barre rocheuse, le P. 2311 en remontant en escalier d' une vingtaine de mètres. Plonger ensuite direction SE dans une grande pente. Lorsque les premiers arbres apparaissent, rejoindre la route forestière au P. 1787 et se laisser glisser jusqu' à la Léchère et Finhaut. Remarque: On peut aussi prendre le même itinéraire qu' à la montée, mais les passages après l' arrivée dans la forêt sont moins faciles à skier.

b ) Couloir est: Grande classique ( itinéraire exigeant: pente à 42° sur 200 m au départ, puis 34° sur 300 m ). Du P. 2628, suivre l' arête sur 100 à 150 m et plonger à droite dans un couloir raide direction NNE ( 42° jusqu' à la fin de l' entonnoir ) puis, à hauteur des barres rocheuses, traverser à droite sur une quinzaine de mètres et se retrouver dans le cône terminal du couloir. On arrive ainsi dans la pente des Lués de Balayé que l'on suit. Comme pour la descente décrite sous a ), rejoindre la route forestière au P. 1787 et se laisser glisser jusqu' à la Léchère puis Finhaut. Remarque: Partir assez tôt,car le soleil réchauffe vite les pentes de Bel Oiseau.

Tour du Mont de la Barme par la Comba Rossa ( 2451 m )

Dénivelée: 1300 m Horaire: 5 à 6 h Période: Pratiquement tout l' hiver Degré de difficulté: D, pentes de 30°

Des montagnes qui ont subi des pressions énormes. Descente sur Emaney. En face de nous, les pointes d' Aboillon et le col d' Emaney ( à d. ) A l' assaut des hauteurs: montée dans la Comba Rossa. A l' arrière, la Rebarme Pho to s:

Ma rio Colonel LES ALPES 3/2004

Montée: Rejoindre Fenestral ( 1801 m ) conformément aux indications de l' itinéraire précédent ( Bel Oiseau ). De là, gagner le P. 1856 et traverser en légère montée ascendante ( côte 1900 m ) sous la Pointe de la Rionde pour s' en au P. 2050 dans une belle combe ( Comba Rossa ). Remonter celle-ci en son centre,puis obliquer légèrement sur la gauche pour gravir un couloir soutenu qui conduit au P. 2438.

Descente: Poursuivre en direction du lac de Blantsin ( 2148 m ). Après avoir passé la petite gorge, rejoindre le P. 1893 au SE. De là, prendre la direction de la Jornevette. Attention, skier à vue ( nombreux petits ressauts rocheux, bien choisir son itinéraire ). Après avoir dépassé la Jornevette, continuer rive droite en passant par le P. 1544 pour rejoindre la bifurcation un peu avant la Crêta ( 1343 m ). Prendre plein sud pour rejoindre une piste forestière qui passe vers la Tête de la Boffa et qui, par une longue traversée, ramène à Finhaut.

Remarques: Plaques possibles sous le col de Fenestral.

Col du Ruan ( 2799 m ) par Bel Oiseau ( 2560 m )

Dénivelée: 2200 m Horaire: 6 à 7 h Période: Plutôt au printemps quand la neige est stabilisée. Degré de difficulté: D, pente de 40° Montée: Aller jusqu' au P. 2553 – cf. itinéraire 2 ( Bel Oiseau ).

Descente et remontée: Du P.2553,descendre à l' ouest en direction du lieudit Potu ( P. 2263).Après avoir dépassé ce point, poursuivre direction SW en traversant un cours d' eau. Autour de la courbe de niveau 2100 se diriger vers le NW pour rejoindre le P. 1944 en traversant de nouveau le cours d' eau. Passer sur le premier plan d' eau gelé et aller au fond du lac, à la Combe des Fonds ( 1999 m ). De ce point, aller direction N vers le P. 2104. Continuer plein nord jusqu' à la courbe de niveau 2200. Suivre cette courbe direction SW. Arrivé à un couloir, bifurquer à droite directionW.. " " .Prendre des pentes raides ( 40°,éventuellement déchausser ) puis passer le resserrement plein ouest à gauche du P. 2452. Reprendre à droite pour passer au centre du petit glacier et atteindre le col du Ruan ( 2799 m ). Par bonnes conditions, on peut aller au sommet du Ruan ( 3044 m ), une partie à ski, une partie à pied.

Descente: Par le même itinéraire jusqu' au lac d' Emos. Le traverser et, selon les conditions de la glace et le niveau du lac, sortir au P. 1944 pour rejoindre le tunnel ( cf. itinéraire 1, Œil de Bœuf ), ou traverser tout le barrage et sortir sur le mur. a

Quel plaisir, après l' effort, de dévaler les pentes! Descente vers le lac de Blantsin LES ALPES 3/2004

Nouvelles des ALPES

Il notiziario delle ALPI

ALPEN-Nachrichten

Journées d' alpinisme de Bad Boll

Feedback