A la découverte d'un paysage nordique vierge Trekking dans les «fjells» norvégiens

Randonner dans le sud de la Norvège, c' est s' immerger dans des espaces totalement inhabités. On y trouve une nature rude mais néanmoins riche et, la chance aidant, on peut même y rencontrer un renne.

Nous longeons l' Otra. Ce torrent coule dans une des nombreuses vallées en auge qui marquent le paysage du sud de la Norvège. Peu peuplées, elles se caractérisent par des lacs tout en longueur, un fond aux cultures rares et des versants fortement boisés. Elles sont séparées par les « fjells », que nous n' apercevons pas depuis la route. Ce sont des hauts plateaux situés au-dessus de la limite de la forêt et dont le sol quasi nu n' est foulé par aucun humain. C' est précisément sur un de ces sites, la Setesdalsheiane, que nous nous rendons. Notre carte norvégienne d' excursion indique qu' environ 80 % du terrain qu' elle couvre ( 1000 km 2 ) font partie de ce type de paysage. Une immensité, comparée à la Suisse, son exiguïté et la densité de sa population. Nul doute que c' est le calme qui nous attend ici...

Notre point de départ se situe au bord de l' immense haut plateau, où poussent les derniers arbres. Nous sommes à fin septembre, saison idéale pour réaliser notre projet: les cabanes affichent rarement complet et la nature se pare de toutes les couleurs de l' automne. Au début, le sentier, jalonné du « T » rouge habituel, est bordé de bouleaux pubescents et de sorbiers des oiseleurs. Puis, à mesure qu' il prend de l' altitude, seuls les bouleaux nains subsistent. On les reconnaît à leur forme rabougrie et à leurs minuscules feuilles qui ont pris une teinte orange très intense. Malgré une température relativement douce d' à peu près 10° C, je me rends compte que je suis en Scandinavie. En effet, les différences climatiques dues à l' altitude sont très marquées. Alors que la côte norvégienne sud, très douce – à moins de 200 kilomètres d' ici – abrite des bosquets de chênes, l' intérieur du pays et plus particulièrement les terres situées à l' est de la chaîne du littoral connaissent un climat rude et un enneigement souvent important sur les hauteurs. C' est pourquoi les arbres poussent jusqu' à environ 900 mètres. Même dans le sud, la forêt ne croît guère au-delà de 1000 mètres. Sa limite s' abaisse jusqu' au niveau de la mer dans l' extrême nord du pays. Cette différence s' explique par l' étendue de la Norvège: 1750 kilomètres, l' équivalent de la distance entre Hambourg et Palerme.

Marchant d' un bon pas, nous arrivons rapidement à une première élévation d' où le regard embrasse un paysage régulier de collines douces. A l' apogée de la dernière glaciation, il y a environ 18 000 ans, la Scandinavie était entièrement recouverte d' une épaisse couche de glace. Fondant en grande partie durant les 6000 ans suivants, cette carapace a laissé des pierres polies ou moutonnées, des labyrinthes jonchés de milliers de blocs erratiques, mais également des tourbières, des marais, des étangs et d' innombrables lacs. Vers 17 heures, juste avant une averse, nous atteignons notre but, la cabane Svartenut ( 1000 m ). L' ondée n' a duré qu' un quart d' heure et le soleil, trouant les nuages, nous envoie un rayon vif qui plonge les alentours dans une lumière aveuglante, un phénomène typiquement norvégien. Dans ce pays, les situations anticycloniques stables sont rares, tout comme les périodes pluvieuses persistant plusieurs jours, d' ailleurs.

Au bout de sept heures de marche, nous atteignons le refuge de Bossbu, à 1020 mètres d' altitude. Il se situe au bord du Botnsvatnet, lac dont les eaux sont d' un bleu intense. Après le repas, nous gravissons un monticule tout proche pour admirer, au soleil couchant, la vue sur le Urddalsknuten. Coté à 1434 mètres, ce sommet peu spectaculaire est le plus élevé de la région.

Un ciel teinté de rose et un froid glacial nous attendent le lendemain matin. Les prairies que nous traversons sont saupoudrées de gelée blanche et la glace a créé des dessins aux formes bizarres sur les flaques. La nature austère qui nous entoure incite à la promenade méditative. Nous nous dirigeons vers Valle, dans le Setesdalen. Un cairn bien visible érigé sur un col sans nom au cœur d' un terrain parsemé de blocs de rocher marque le point culminant – à 1300 mètres – de notre randonnée. Nous abordons ensuite une descente continue qui se termine quelque 1000 mètres plus bas. Un taxi nous ramène à Everdalen, d' où nous sommes partis. Un bref trajet en voiture nous permettra d' atteindre Bortelid, où Per me propose un sauna dans sa maison pour récupérer.

Nous décidons de compléter nos journées de trekking par une petite balade le long d' une rivière, le Logni. Au début, un chemin carrossable passe près d' un lac idyllique qui, avec les zones marécageuses qui le bordent, recouvre entièrement le fond de la vallée. Si ses rives n' ont pas été aménagées par l' homme, d' autres constructeurs – quadrupèdes – sont à l' œuvre ici. En effet, les nombreux bouleaux « grignotés » témoignent de l' in tense activité des castors qui ont pris possession des lieux. A l' extrémité du plan d' eau se dressent, entourées de quelques prés, les dernières habitations. Tout en bois, elles portent les marques d' un climat plutôt rude. L' agriculture étant devenue trop peu rentable, ces jolies maisons, qui faisaient partie d' un domaine rural à l' origine, servent aujourd'hui de résidences secondaires. A partir de ce lieu, le sentier qui suit le cours d' eau se fait étroit et très discret. Les pierres polies sont souvent les seules surfaces sans végétation dans cette vallée boisée. Au gré du relief, la rivière flâne parfois, s' arrête même pour former de petits lacs, pour se transformer en rapides ou en petites cascades entre deux pa- liers. Comme dans les montagnes, arbres et végétation du sol se parent de leurs plus belles couleurs en automne, avant que l' hiver ne recouvre le tout d' un manteau uniformément blanc pour six longs mois.

Les refuges norvégiens

Les régions montagneuses de Norvège, et notamment les réserves naturelles, abritent des refuges, dont environ 450 soit la grande majorité – sont gérés par le Club alpin norvégien ( DNT, Den Norske Turistforening ), fort de 220 000 membres. Il existe trois types de gîtes:

Refuges gardés ( plus de 40 ), correspondant grosso modo aux cabanes gardiennées du CAS, mais parfois d' un standing plus luxueux

Refuges non gardés ( plus de 150 ), comparables aux cabanes non gardiennées du CAS, mais disposant de nourriture en libre service

Refuges simples ( plus de 200 ), sans nourriture en libre service, correspondant donc aux cabanes non gardiennées du CAS

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