A raquettes jusqu'à 3700 mètres d'altitude De la Mönchsjochhütte au Louwihorn

Une course à la Mönchsjochhütte et au-delà offre d' admirables points de vue, mais l' altitude sollicite fortement l' organisme. Chronique d' une randonnée en air raréfié.

Le train nous amène en soirée à la Kleine Scheidegg, où nous avons prévu une nuit d' acclimatation à l' altitude de 2061 mètres. Nous retrouvons au souper quatre autres membres de la randonnée à raquettes prévue. Comme nous et pour la même raison, elles sont arrivées en avance et l'on verra par la suite que cette décision était sage.

La nuit apporte 20 centimètres de neige fraîche. Le premier train de Lauterbrunnen amène les autres membres du groupe de quinze personnes que nous constituons pour la course. Quelques minutes plus tard, le train repart en direction du Jungfraujoch et nous ressentons les premiers effets de l' altitude. Le flot des pensées ralentit, il devient plus difficile de trouver ses mots et le silence s' établit peu à peu dans le wagon. Le poids du corps se fait sentir à l' arrivée: nous voici au Jungfraujoch, à 3471 mètres. Nous respirons difficilement déjà dans la galerie souterraine qui, sous le Sphinx, mène au sud vers la sortie du Jungfraufirn. Et pourtant, le chemin est droit et parfaitement horizontal. Nous sommes heureux de sortir de la galerie et de prendre le temps d' une première et courte pause.

D' ici on atteint en une heure la Mönchsjochhütte. Située à 3657 mètres, elle est présentée comme la plus haute cabane gardiennée au monde. Un plaisantin parle de l'«hôtel du mal au caillou ». Nous y passerons la nuit. Après un repas de midi qui ne mérite guère ce nom, car personne n' a vraiment faim, nous nous encordons pour nous engager dans un paysage fraîchement enneigé et vierge de toute trace. Le mal de tête diminue un peu dans la descente du Mönchsjoch jusqu' à l' Ewig que nous traversons vers son bord oriental dominé par notre objectif du jour, le Walcherhorn ( 3692 m ). Il y suffira d' une facile et risible montée de trois cents mètres, pas de problème. Et pourtant. La raréfaction de l' air se fait sentir chez certains dans le souffle court, le mal de tête et les nausées. Les mouvements sont ralentis, les corps demandent grâce et pourtant les têtes appellent à poursuivre.

Ces épreuves sont compensées par les images du soir tombant sur la plaine glacée s' étendant sous la Mönchsjochütte: l' Aletschhorn surgissant dans une lumière changeante au milieu d' un escadron de nuages galopant dans le soleil couchant. Des instants que l'on voudrait éternels.

Un point lumineux apparaît soudain au sud dans le crépuscule, puis se déplace en direction de la cabane accompagné d' un bruit de motocyclette. C' est un hélicoptère venu embarquer deux hôtes trop incommodés par l' altitude, et nécessitant un rapide retour en plaine. On oublie le coucher de soleil pour discuter du mal d' altitude.

Plus tard, nous établissons le programme du jour suivant. Au choix: le Trugberg au sud ( 3880 m ), ou le Louwihorn à l' ouest ( 3773 m ), un peu plus facile. Il n' y a pas à hésiter, l' envol des deux patients a décidé pour nous que nous préférerions la course la plus facile. Le Trugberg attendra.

Le calme nocturne s' établit vers 22 heures. Pour tout le monde ou presque. L' altitude vole à certains le sommeil, au moment où il serait le plus nécessaire. Notre groupe a fondu le lendemain matin, au moment du départ. Plusieurs d' entre nous veulent prendre le premier train du retour vers la Kleine Scheidegg, n' ayant quasiment pas fermé l' œil. L' appel du sommet ne suffit pas à éveiller un corps qui résiste plus que la tête ne peut le stimuler.

Un jour sans nuage se lève pour nous accompagner dans la descente vers le Jungfraufirn, puis nous passons le Louwitor pour gagner le Louwihorn où nous attend la récompense de nos efforts, un panorama splendide. A gauche se trouvent les sommets du Gletscherhorn et de l' Äbeni Flue fréquentés par les randonneurs à skis, le Tschingelhorn, tout à l' ouest le Balmhorn et l' Altels, puis le Doldenhorn, la Blüemlisalp, au centre le Mutthorn avec le Tschingelfirn.

Nous y voici donc, au milieu de la parade des presque-quatre-mille. Malgré l' air si rare, le mal de tête latent et la volonté faiblissante, nous nous laissons envahir par la beauté du panorama et oublions nos peines.

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