Ballenberg ou une balade des vétérans au pays des vieilles maisons

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

François Lambossy, Bienne

TRILOGIE /er tableau: nous allons faire un beau voyage!

Il est 6 heures. Bienne s' étire langoureusement aux premiers frémissements d' un réveil baigné de lumière. Les rues sont calmes, vacancières elles aussi; la forêt sombre, à peine brumeuse, barrant interminablement le nord, fronce les sourcils au-dessus des demeures bourgeoises qui somnolent. Le lac a mis son habit pastel rehaussé par la palette azurée d' un ciel enfin serein!

Dans le hall de la gare de Bienne, 23 vétérans du CAS remuent et devisent; ils se sont insérés dans les rangs timides, mais non inaudibles, des 29 dames qui les accompagnent ( et dire qu' il y a des journalistes facétieux qui ont écrit que le CAS avait été l' un des derniers bastions de la phallocra-tie helvétique !) Au milieu desdits vétérans, tous représentés: jeunes vétérans, vétérans adultes et vieux vétérans, Oscar Heer, le maître d' œuvre, souhaite la bienvenue aux arrivants, sa magnifique casquette blanche immaculée restant tout au long de la journée le point de ralliement d' un troupeau indiscipliné, mais inséparable de son berger, modèle d' autorité courtoise, de vivacité et d' impertur disponibilité.

C' est maintenant l' envol vers l' Oberland dans le ronron indifférent et martelé des boggies d' un 99 train qui nous entraîne à travers un paysage interminable: champs encore mal habillés, forêts, coteaux et enfin le long des eaux du lac de Thoune dont les reflets accueillent la lumière d' un soleil majestueux, enfin décidé à montrer sa puissance! Berne-Thoune-Spiez-Brienz, changements de train, secousses, notes hautes, notes basses, pépiements et grognements. Terminus, tout le monde descend!

2e tableau: nos ancêtres étaient bien logés!

Profitons des dix minutes où un car bien suspendu nous « roule » en direction du Ballenberg, pour compléter brièvement cette narration par quelques informations de détail.

Qu' est que le Musée en plein air de l' habitat rural suisse de Ballenberg?

Il s' agit en réalité d' une vaste réserve naturelle préalpine, composée de prairies, de clairières, de forêts, voire d' un ravissant lac et dans laquelle une association au niveau national ( Confédération, cantons, communes, Don suisse, donations, etc. ) a créé un véritable musée de l' habitat rural en pleine nature sur une surface d' environ 50 ha pour 150 maisons. Situé dans un cadre grandiose, ce part présente, par étapes successives, l' architec, le style et le mode de vie à la campagne et dans nos montagnes au cours des siècles passés. On a donc transporté, reconstruit, restauré d' ancien fermes, d' anciens ruraux, d' extraordinaires greniers fleuris, des entreprises artisanales de jadis, fours, buanderies, scieries, etc., le tout en provenance de cantons suisses. L' œuvre est loin d' être achevée, mais les maisons que nous avons pu visiter sont déjà impressionnantes par l' ambiance que les architectes ont su recréer, par ses émouvants souvenirs du passé, dont la précision et l' exacti historique, empreintes de ce charme vétusté laisse par nos ancêtres, ne doivent rien au hasard ou au mythe.

C' est sous la conduite éclairée et compétente d' un aimable guide ( une dame ) que nous avons pu pénétrer pendant plus de deux heures dans l' intimité spartiate, mais combien envoûtante, de nos paysans de jadis. Nous avons côtoyé le vannier, la fileuse, les brodeuses aux joues ridées, le charbonnier de forêt et sa meule ingénieuse, le tout serti dans l' écrin somptueux d' un paysage de verdure entre le chaos des cimes grises et la sérénité des sous-bois feuilles. Nous sommes entrés, indiscrets et curieux, presque profanateurs, dans ces vieilles demeures dévoilant humblement les vestiges d' un passé austère et familial, d' une époque enfuie et dont subsistent encore, par-delà les siècles, des fragments d' existence: meubles vénérables, vaisselles admirables de couleurs et de formes, cheminées à fumer lourdes de suies noires, sans omettre le bonnet de nuit suspendu sur le lit, jusqu' à la chaise percée jouxtant la couche conjugale dans le Stöckli des « vieux »!

Puis fatigués, mais contents, assoiffés par le spectacle d' un admirable pressoir venu avec la maison du vigneron en droite ligne de Schaffhouse, nous avons pris congé de notre guide, pour savourer avant le départ de remarquables assiettes garnies, largement servies à l'«Alter Bären », splendide auberge restaurée, à l' entrée du parc.

3e tableau: la randonnée au bord du lac. « Viens dans mon beau bateau », home... sweet home!

Joyeux et repus, reposés par un intermède autobus - bistrot - bateau, c' est en bordure de l' im cascade du Giessbach - après une brève traversée du lac de Brienz, face au massif du Susten - que toute la troupe « veterane » prend le départ pour le tableau final en direction d' Iselt: un chemin charmant et romantique, termine il y a deux ans à peine et mis à la portée de tous les âges, de toutes les musculatures et de toutes les chaussures. Le sentier longe une côte paradisiaque; il domine le lac, puis s' accouple presque aux flots transparents comme un cristal. Le lac, au-dessous de ces lacets en promontoires, crée le site idéal, harmonisant la forêt, les cimes environnantes, les roches qui viennent boire à la profondeur verticale des eaux, brisant l' épaisse végétation des sous-bois, privée de fleurs il est vrai... mais la perfection parfois se passe de fleurs!

Après une heure et demie de marche enchanteresse sous la voûte verte, ce lac toujours présent, et le ciel bleu roi qui s' insère entre le haut feuillage, nous émergeons de ce rêve, la forêt s' enfuit derrière nos pas, la foule bigarrée se rue à notre rencontre: c' est lafin, le retour presque en silence sur ce tableau de l' adieu, le train, la gare, la séparation.

La journée a été belle, la camaraderie merveilleuse, merci à celles et ceux qui ont su partager nos émotions devant l' évocation de ces souvenirs d' un passé montagnard disparu!

Feedback