Berger par passion

Des hommes et des montagnes

Berger par passion

Andreas Tarnutzer, de Schiers ( GR ), est berger. Mais il ne l' a pas toujours été. Il a en effet enseigné dans diverses écoles avant de devenir paysan. Désormais, l' été venu, il garde un troupeau de moutons dans le Rätikon. Non par nécessité, mais par plaisir.

La principale occupation d' un berger est d' être là. Il est simplement toujours là, mais pas trop proche. Il attend, debout, et maintient une certaine distance entre lui et les bêtes qui paissent. Le paysage qui s' étend autour de l' alpage de Carschina est jalonné de collines, et le Schafberg, avec ses 2456 m, constitue le sommet le plus élevé des environs. Entre les collines encore vertes et les contreforts rocheux s' étendent de nombreux petits vallons, des crêtes, des petits cols, des pentes et des petits lacs. Bref, un endroit idéal pour faire paître des moutons. Une grande variété de plantes de montagne croît ici admirablement parce que ces terrains, justement, sont régulièrement visités par des troupeaux.

De bons souliers, un bâton de berger, des jumelles et une casquette font partie de l' équipement de base. Tarro est l' indispensable mais fidèle compagnon d' Andreas Le troupeau de mouton d' Andreas, à l' aube, sur le versant sud de la Sulzfluh. La Carschinafurgga, là où se trouve aussi la cabane Carschina du CAS, n' est pas loin. Et Andreas rencontre parfois Ursi et Roman Guidon, le couple de gardiens

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LES ALPES 6/2001

Le berger connaît ses moutons Les bêtes vivent ici selon leur instinct. Elles ont leurs habitudes, qui changent selon les heures de la journée, le climat et le temps qu' il fait. Andreas s' est depuis longtemps adapté à ces habitudes. Le comportement des bêtes lui est devenu si familier qu' il sait ce que leur instinct leur dicte.

Si le troupeau semble paître tranquillement, il est en réalité constamment en mouvement et change sans cesse de place. Il se disperse et soudain, de manière inattendue, se reforme plus loin. On dirait un jeu de cache-cache, qui durerait des heures. Le berger, tranquillement, marche avec le troupeau, passe des crêtes, des cuvettes ou monte vers un sommet couvert de verveine. Jamais il ne s' approche des bêtes, pour ne pas les effrayer. Marcher, manger, digérer: telles sont les occupations essentielles des moutons, et il s' agit de ne pas les déranger inutilement. Andreas observe avec satisfaction ses moutons et se réjouit lorsqu' ils vont bien. Un berger n' a pas besoin de surveiller constamment son troupeau. Il peut se fier à son flair. Il peut ainsi rester longtemps au même endroit, très haut au-dessus de la vallée et de ses

L' intérieur est petit mais confortable Andreas et Tarro à l' entrée de leur gîte d' été Le gîte d' Andreas se trouve à une demi-heure de la cabane Carschina. Mais il n' est facile ni à voir, ni à trouver Même à l' alpage, il est possible de bien vivre et de bien manger Le soir, le troupeau gagne les points les moins accessibles de la colline. Au matin, les bêtes sont alignées le long des crêtes du Schafberg ( 2456 m ) Pho to s:

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villages. Entend-il des bruissements? Le troupeau n' est pas loin. Les bruits ont-ils cessé? Il faut alors aller regarder, et suivre le mouvement. Supporter le vent et le mauvais temps, la chaleur et le froid, pendant des jours et des semaines, pousse à la méditation. Cela incite à réfléchir à sa propre existence et aux manifestations de la nature. Les valeurs matérielles perdent de leur importance, remplacées par les valeurs morales.

Ni fuite ni écart La vie à l' alpage n' est pas particulièrement confortable. Andreas loge en effet dans une baraque de la dimension d' une roulotte. Mais la qualité de vie est bonne. Pendant qu' Andreas garde les moutons à l' alpage, sa femme Ottavia, dans la vallée, s' occupe de la maison et de la ferme et vient passer son temps libre avec son mari. Elle lui apporte alors les fruits et les légumes de la ferme. Pour Andreas, la vie à l' alpage n' est ni une fuite ni une marginalisation. Tout au contraire, c' est bien la volonté délibérée d' améliorer la qualité de son existence qui l' y amène.

Sur les pistes en hiver Pour Andreas Tarnutzer, le Prättigau est la plus belle région du monde et il en a toujours été ainsi. Fils d' un paysan établi à Maria, près de Schiers, il n' a pas été attiré par l' agriculture lorsqu' il était jeune. Il a suivi les cours de l' Ecole normale de Schiers puis enseigné à différents niveaux dans les collèges de Wiesen, Klosters et Schiers. Mais, durant toutes ces années, il n' a cessé de mener des activités de loisirs en rapport étroit avec l' agriculture et l' alpinisme. Maître d' éco, Andreas pouvait faire du ski avec ses élèves et, pendant les vacances d' hiver, enseigner ce sport dans la région de Parsenn. Aujourd'hui encore, Andreas fait partie des professeurs de ski de la région et, paysan de montagne, continue de le pratiquer. Engagé dans le programme de « Pro Senectute Grisons », il organise des sorties à ski pour les personnes du troisième âge. Il a même trouvé là un marché, car les personnes âgées ont grand besoin d' accompagnement sur les pistes. Ainsi, en hiver, il conduit des hommes et, en été, garde des moutons.

Et il s' y entend, avec les uns comme avec les autres. a

Elisabeth Bardill, Schiers ( trad. )

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