Bugaboos (La magie des -)

Aujourd'hui, certains grimpeurs pensent, ajuste titre, que l' utilisation de ce patrimoine naturel à des fins commerciales réduit passablement la magie des lieux. De nouveaux projets, comme l' établissement de motels réservés aux skieurs aux abords des Coasts Mountains, au nord de Vancouver, suscitent de vives résistances. Le Canada a intérêt à favoriser la protection de l' environnement plutôt qu' à céder aux appétits d' une clientèle qui consomme plus qu' elle ne respecte la nature.

La découverte du massif

Explorée pour la première fois en 1910 par Longstaff, Wheoler, Harmon et Kain, la région fut longtemps appelée Nunatak. Pour se rendre à la base du glacier du Bugaboo, qui a beaucoup reculé depuis, Kain et son équipe partirent de la rivière Columbia et durent remonter la vallée de Bugaboo Creek sur

1 Au départ de l' Europe, la destination de Calgary est la plus propice pour se rendre dans le massif des Bugaboos. Si l'on est pressé, on peut également atterrir à Vancouver ou Edmonton. De Calgary, il faut parcourir deux cent cinquante kilomètres pour rallier le Parc provincial du Bugaboo. Deux itinéraires possibles conduisent à Brisco, à l' entrée du parc: emprunter l' auto n°l. Après Banff, prendre la n° 93 par Marble Canyon jusqu' à Radium Hot. Continuer en direction de Golden par l' autoroute n° 95. S' arrêter à Brisco où l'on peut trouver une description de l' accès au Parc provincial dti Bugaboo au magasin général. Autre variante: suivre l' auto n°l jusqu' à Golden en passant par Lake Louise. De Golden, prendre l' autoroute n°95 en direction de Cranbook et s' arrêtera Brisco.

2 Ses réflexions sont consignées dans un merveilleux ouvrage: Where the Clouds Can Go ( Où les nuages peuvent aller ), non traduit à ce jour.

La magie des Bugaboos

Dominique Roulin, Veyrier L' intérieur du refuge est décoré d' un portrait de Conrad Kain et de diverses photographies évoquant l' âge d' or de l' escalade dans le massif

quarante-huit kilomètres en suivant une ancienne sente de mineurs. Ils mirent quatre jours avant d' atteindre l' emplacement actuel du motel de la CMH. Aujourd'hui, une mauvaise route en terre battue permet de parcourir cette distance sans autres soucis que ceux relevant de la mécanique. On ne manque pas toutefois de rester admiratif devant l' esprit d' entreprise de ces pionniers!

De la base du glacier du Bugaboo, Kain et ses compagnons progressèrent jusqu' à une épaule située au pied de glacier du Crescent. Cet endroit est l' actuel emplacement de la cabane Kain. Pous-sant un peu plus loin jusqu' au col du Snowpatch, les explorateurs furent probablement fascinés par le spectacle qui s' offrait à eux: un plateau lunaire sorti tout droit d' un conte de fées. Une planète blanche d' où émergent quelques chapelets de puissants monolithes, ornés de fines lignes neigeuses, jouant avec la lumière irisée. Des faces et des arêtes nées de l' éther, vision d' une beauté irréelle. Que rêver de mieux pour récompenser Conrad Kain de ses efforts? Car s' il était guide de montagne et philo-sophe2, cet aventurier n' en était pas moins un grimpeur de talent.

En montant à la cabane Kain. Vue sur le glacier du Bugaboo

Les premières ascensions

Kain avait assez bourlingué. Ses campagnes dans les Bugaboos pouvaient commencer. Il revient en 1916. Il guide ses amis jusqu' au sommet du North Tower dans le massif du Howser Spire et réalise ainsi la première ascension d' un sommet des Bugaboos. Peu après, il enchaîne avec le Bugaboo Spire par l' arête sud. C' est alors la course rocheuse la plus difficile jamais réalisée en Amérique du Nord! Techniquement, elle est comparable à l' Aiguille du Grépon dans le massif du Mont-Blanc. L' isolement des lieux en fait cependant une entreprise bien plus sérieuse. Conrad Kain effectue également un repérage autour du Snowpatch Spire, sommet qu' il renoncera à tenter, le jugeant au-dessus de ses capacités.

En 1930, le guide suisse Peter Kaufmann réussit la première ascension du Pigeon Spire par son arête ouest. Cet itinéraire est aujourd'hui la voie normale. C' est seulement en 1933 que Kain retourne aux Bugaboos, accompagné de J. M. Thorington. Durant cette expédition, les deux hommes réalisent l' arpentage de la région afin de la cartographier. Le guide profite de ce séjour pour escalader le Crescent Spire et un sommet très éloigné qui deviendra plus tard le Mont Conrad. Ainsi, pour la quatrième fois, Kain gravit un sommet vierge des Bugaboos. Une année plus tard, en 1934, le célèbre guide, vainqueur du Mont Robson, meurt à l' âge de cinquante ans.

Arrivée à la cabane Kain

II faudra attendre 1940 pour la première du Snowpatch Spire. Effectuée par J. Arnold et R. Bedayn, cette ascension marque un tournant dans l' histoire des Bugaboos. Pour la première fois, une face d' importance nécessitant des moyens artificiels est vaincue. Mais il faudra encore attendre dix-huit années pour que le véritable coup d' envoi soit donné avec la première ascension de l' arête nord-est du Bugaboo Spire. Celle-ci est enlevée par D. Craft, D. Isles, R. D. Sykes et J. M. Turner. La relève est donc prête! Une nouvelle génération de grimpeurs va pouvoir se mesurer aux fantastiques flèches de granite et aux caprices notoires de la météo. Un des leaders de cette génération, très actif sur tout le territoire nord américain, se nomme Fred Beckey. En compagnie de Yvon Chouinard, il ouvre le très engagé Pilier Ouest de South Howser Spire. L' ère des big walls approche, la plupart seront réalisés dans les années septante.

Pour l' alpiniste, le skieur et le randonneur

La cabane Kain

Pour parvenir à la cabane Kain, il faut emprunter une route de terre battue. Lorsqu' on arrive au terminus, on découvre avec surprise un parking jonché de rouleaux de treillis et de billots de bois. Mieux vaut connaître leur usage si l'on envisage regagner Bugaboo Creek en voiture! Ce matériel sert à protéger les véhicules des porcs-épics et autres rongeurs qui sont friands de pneus et de câbles électriques. Attention également à la carrosserie!

S' il n' y a pas de vent, l' endroit risque d' être infesté de moustiques. Il vaut donc mieux avoir son sac prêt et le charger sur ses épaules dès la sortie du véhicule. Peu d' ours ont été repérés dans la région immédiate de Bugaboo Creek. Quelques individus ont été néanmoins aperçus dans une petite vallée perpendiculaire à la montée qui mène à la cabane Kain ainsi que sur le glacier du Vowell.

Un bon sentier raide, équipé de chaînes, mène en trois heures au refuge. Cette très belle montée peut devenir pénible si l'on est lourdement chargé. Le paysage changeant ne laisse rien percevoir du massif. Si on a la chance d' arriver par beau temps,

Dans la partie médiane de l' éperon nord-est; Bugaboo Spire

Les voies

On trouve de tout aux Bugaboos. De la petite voie fun à Eastpost Spire, à une heure de marche du refuge, au plus engagé des big walls dans la face ouest du North Howser Spire. Les faces les plus hautes atteignent environ 900 mètres et sont le plus souvent démunies de vires. Spits ou gollots

L' éperon nord-est du Buga- choix du meilleur passage!

l' endroit reste inoubliable. Une flore magnifique étale ses couleurs au milieu d' une multitude de blocs d' escalade situés à la limite des pins. Le tout est dominé par l' impressionnante langue du glacier du Bugaboo et la silhouette déjà familière du Snowpatch. Le refuge, d' une architecture moderne, est doté d' un intérieur boisé très chaleureux. Il est composé d' une grande pièce divisée en réfectoire et cuisine. Cette dernière est équipée de quatre réchauds à gaz et de casseroles en suffisance. Le premier étage sert de dortoir. La couche se fait à même le sol, mais quelques matelas sont à disposition en permanence. Une échelle conduit à la soupente qui sert également de dortoir. On dit qu' il est très agréable d' y écouter la tempête s' affairer à l' ex. Il faut se méfier des packrats, gros rongeurs sympathiques, mais qui ont tendance a réduire vos chaussures de montagne en une bouillie méconnaissable. Attention, ils opèrent de nuit!

Erigé en 1972, ce refuge est dédié à Conrad Kain. La proposition de construire un refuge sur l' empla du bivouac de Kain remonte à 1945. Mais c' est seulement à partir de 1966 qu' on installa des abris, remplacés ensuite par la construction actuelle. En 1969, le gouvernement de Colombie-Britan-nique décide de créer le Parc provincial du Bugaboo afin de préserver la beauté et l' écosystème fragile de la région.

divers ne sont absolument pas en vogue dans l' ensemble du massif. Il faut cependant avoir conscience que, même si le rocher ressemble à celui qu' on trouve à Chamonix, un certain nombre de facteurs inhérents à la région peuvent transformer une petite course en une galère impitoyable! Les changements climatiques ont la réputation d' être rapides et très violents. Les températures peuvent chuter de façon impressionnante et une tempête, même en plein été, provoquera des chutes de neige bien au-dessous de la cabane Kain. Certaines faces sont à une longue journée de marche

Dans la voie Kraus-McCarthy sur la face ouest du Snowpatch Spire. Des fissures surprenantes imposent une escalade parfois déroutante De la base du versant ouest du Snowpatch Spire, vue sur l' imposante silhouette du Bugaboo Spire

du refuge, sur un terrain glaciaire parfois compliqué. Les descentes sont souvent délicates et aériennes. Quelques rimayes, comme dans la descente du Howser Spire, peuvent se révéler réellement problématiques. Les prévisions météo sont sommaires et difficiles à interpréter. Un avis placardé à l' intérieur du refuge informe le grimpeur qu' il est seul responsable de sa sécurité et qu' il ne pourra pas compter sur d' éventuels secours très difficiles à joindre! Un séjour dans les Bugaboos, même de courte durée, nécessite donc de posséder une bonne expérience alpine et de prévoir une autonomie conséquente.

L' altitude, relativement modeste, culmine à 3398 mètres avec le Howser Spire. Le rocher des Bugaboos est constitué d' un excellent granite, souvent bien travaillé et parcouru par de très belles lignes de fissures. L' escalade est cependant assez rude du fait de l' environnement. Température, passages en rocher mouillé et sac à dos chargé sont à prendre en considération.

Pour l' alpiniste, le skieur et le randonneur a. 4

Le col du Snowpatch

Pour s' initier à la magie des lieux, il est impératif de gagner le col du Snowpatch. Depuis la cabane Kain, une sente conduit sur le haut du front morainique au pied de la face est du Snowpatch. Il faut longer la base de cette face par le glacier du Crescent qui compte de rares crevasses et attaquer la pente raide de neige ou de glace qui conduit au col. Par de bonnes conditions, cette montée ne pose aucun problème. Si les conditions sont sèches, la glace apparaît et une grosse rimaye en milieu de pente peut compliquer la progression. Toute la pente du col est exposée aux chutes de pierres durant les heures chaudes. L' arrivée au col est fabuleuse et l'on reste bouche bée devant tant de silencieuse beauté. Les auteurs du guide sur les Bugaboos3 ont d' ailleurs réservé une partie de leur dédicace a l' un des seuls habitants du lieu: « ...and to Timniy the packrat, the blithe spirit who resides at the Bugaboo-Snowpatch Col ( ...et à Timmy le rongeur, esprit joyeux résidant en ces lieux ) ». Nous n' avons pas eu la chance de rencontrer Timmy, mais nous lui avons transmis sans hésiter une respectueuse pensée venue du cœur...

Le col du Snowpatch est le passage obligé de presque toutes les courses situées au sud-est du massif. C' est également le point de départ et de retour du Bugaboo Spire par la voie normale ( voie Kain ). Unique porte de sortie en cas de mauvais temps, il est important de bien le localiser. Son versant ouest est plat et donne immédiatement accès au glacier du Vowell. Du col, on gagne rapidement la base de la face ouest du Snowpatch, haute d' en 400 mètres, où se trouvent une quinzaine de voies d' escalade. L' arête sud-ouest, qui remonte un pilier aérien sur le bord de la face sud, est l' une des plus belles voies. Nous avons choisi la Kraus-Mc Carthy, située plus au centre de la face. C' est également la descente la plus rapide depuis le sommet sud. Aucune voie facile n' atteint le sommet du Snowpatch et, comme un peu partout dans les Bugaboos, l' équipement est rare. L' ascension de la Kraus-Mc Carthy offre une bonne prise de contact. L' itinéraire, situé en fond de dièdre, n' est pourtant pas toujours évident et certains passages sont délicats à négocier, surtout s' ils sont mouillés. Le tracé est varié et n' excède pas le 5.9 ( environ 5 c en cotation française ), dans une ambiance assez austère. L' impression que l'on ressent au sommet du Snowpatch est « Bugaboosienne » en diable! Rien ne manque: le vide impressionnant qui nous entoure de toutes parts, la sensation de solitude et d' isole, les brèches infranchissables entaillant les différentes pointes sommitales, le rocher extraordinairement compact et la plaque de neige collée par-dessus on ne sait comment. Le regard se perd à l' infini. Tout au loin, vers le nord, je reconnais la

.'Randall Green fr .Ine Beliseli, Bugabeo Rock, A Climber's Guide, The Mountaineers. Seattle. 1990 La face est du Pigeon Spire en terrain mixte et un recèle quelques itinéraires assez long retour difficiles avec des sorties

silhouette du Mont Robson et, sous mes pieds, à un bon millier de mètres, le toit de la petite cabane Kain.

Le Bugaboo Spire

Parmi les courses les plus convoitées des Bugaboos, on peut citer la voie Beckey-Chouinard du pilier ouest du massif du Howser Spire et l' arête nord-est du Bugaboo Spire. Pour réaliser le pilier sud du Howser Spire, le mieux est d' aller installer un bivouac confortable au pied de l' arête ouest du Pigeon et de gagner le bas de la face ouest du Howser Spire le lendemain. Le matériel de bivouac peut être laissé sur place et récupéré au retour, à condition que l'on soit capable de réaliser l' ascension en une seule journée! Dans ce cas, une certaine habitude de l' escalade athlétique en fissure et une bonne dose d' efficacité seront nécessaires. La voie Beckey-Choui-nard comporte une vingtaine de longueurs soutenues et une descente délicate. C' est une des plus belles voies du massif.

L' arête nord-est du Bugaboo Spire est beaucoup moins éloignée et propose une escalade très extérieure. Elle est moins difficile, mais le retour peut s' avérer assez long. L' approche est courte et facile. Au départ de la cabane Kain, il faut suivre la sente qui conduit au lac Cobalt et la laisser à main droite lorsqu' on se trouve au-dessus du front morainique. Continuer alors le long d' un petit vallon et rejoindre le glacier du Crescent. Le traverser et gagner le pied de la paroi soutenant la ligne de crête entre le

Bugaboo Spire et le Crescent Spire. Escalader sur deux ou trois longueurs ( rampe inclinée à droite ) le ressaut conduisant à la crête. On se trouve alors face au magnifique éperon nord-est du Bugaboo Spire. Reste à suivre la crête, un névé pouvant nécessiter les crampons, jusqu' aux spacieuses terrasses qui marquent le début de la voie, là où l' éperon se redresse.

L' escalade de l' éperon nord-est n' est pas très difficile, si l'on reste dans les bons passages. Quelques pitons décorés de cordelettes signalent, à droite et à gauche, les risques d' erreurs les plus importants. L' escalade est superbe et aérienne à souhait. On atteint le sommet nord ( 3176 m ) juste après un petit rappel permettant de contourner une brèche. La vue est sidérante. Le Snowpatch semble irréel, comme vu d' avion. Au nord-ouest, on perçoit le Mont Conrad, ce qui permet de prendre conscience de l' éloignement de certaines faces, comme celles du Mont Kelvin ou du Spear Spire.

Un parcours d' arêtes mène à la base du sommet sud. Il faut remonter par des dalles, exposées à une brèche caractéristique précédant le sommet. Effectuer ensuite un rappel de vingt-cinq mètres en versant sud et escalader une longueur assez difficile qui débouche sur le sommet. Attention à ne pas partir dans un deuxième rappel qui pourrait faire

La face ouest du Snowpatch vue du sommet du Bugaboo Spire

croire qu' il est possible de rallier rapidement la voie Kain! Une zone très compacte et infranchissable empêche toute progression dans ce sens. Du sommet sud, la descente s' effectue par la voie Kain qui est aussi la voie normale. Quelques rappels sont nécessaires, notamment pour contourner un grand gendarme. Une désescalade le long de vires interrompues par de petits ressauts aboutit au col du Snowpatch.

Les autres itinéraires du Bugaboo Spire sont tous d' un niveau supérieur. Le versant nord offre deux très belles voies en mixte sur environ 700 mètres de hauteur. La face est présente deux biß walls peu visités à ce jour.

Ce qui différencie essentiellement les Bugaboos de l' ensemble des Rocheuses Canadiennes, c' est la raideur des parois et la qualité du rocher. Mais la configuration du plateau glaciaire et la situation géographique de ce massif favorisent aussi les rapides changements de temps et la violence des tempêtes. Il y règne encore aujourd'hui une ambiance particulière de vent et de solitude. Une atmosphère irréelle, sidérante, qui hante et façonne la multitude des tours de granite qui attirent irrésistiblement le grimpeur

/oyages, rencontres, >ersonnalités

Piaggi, incontri, >ersonalità

leisen, Begegnungen ,'ersönlichkeiten

sin de cartes. Cet intérêt n' est pas soutenu seulement par son maître d' école mais encore par son père, brodeur, qui pendant toute sa vie s' est voué à des travaux minutieux. Des montagnes, le petit Alfred en voit du seuil de sa porte: le Säntis et les Churfirsten se dessinent au loin. Pourtant la première course, qu' il a entreprise tout seul vers le Speer, sera gâchée par un orage.

Soutenu par l' instituteur, le jeune Oberli se renseigne par le biais de Pro Juventute sur les professions liées aux cartes de géographie. Une réponse du Service topographique fédéral ( S+T ) le pousse à demander une place d' apprentissage de graveur - sans que ses parents ne soient mis au courant. Sa mère prend peur lorsqu' un pli officiel arrive de Berne: elle craint que son fils n' ait commis quelque bévue. Comme le S+T fait partie du Département militaire fédéral, Alfred Oberli est tenu de passer une visite médicale auprès du médecin militaire de Saint-Gall avant d' entrer en apprentissage. Ce n' est qu' ensuite qu' il peut entreprendre le long voyage vers Berne et entrer dans un métier qui va se muer en une passion.

Aujourd'hui encore, Alfred Oberli et sa femme ( leurs deux enfants ont depuis longtemps quitté le domicile parental ) habitent Wabern, près de Berne, où est installé le S+T. Mais les temps ont bien changé... Lorsqu' il est arrivé à Berne en 1933, le jeune Portrait du nouveau membre d' honneur du CAS Son nom est connu de tous ceux qui utilisent les nombreux guides du CAS enrichis de ses dessins. Né en 1916, Alfred Oberli s' est initié au métier de graveur sur cuivre au Service topographique fédéral. Par la suite, c' est toute une œuvre d' estampes, de dessins et d' esquisses qui a fait connaître ses talents d' artisan et d' artiste. Rendre visite à Alfred Oberli, c' est découvrir sa vraie passion: l' amour de la nature dans toutes ses finesses - fleur ou morceau de bois.

Le long voyage à Berne Alfred Oberli est né en 1916 dans une vallée latérale du Toggenburg. A l' école déjà, il montre un intérêt particulier pour la géographie et le des- Dessin d' itinéraire ( Engelhornführer, Westgruppe ) Alfred Oberli dans son atelier, en avril 1999 Oberli n' avait jamais tenu un téléphone dans la main. Et, aujourd'hui, son métier de graveur de cartes n' existe plus.

L' amour des Préalpes A Berne, Alfred Oberli se joint à un groupe sportif de jeunes gens de la paroisse locale. Ses préférences vont au ski. Grâce à un collègue de travail, Heinrich Trümpi, il noue ses premiers contacts avec le CAS; Trümpi était le chef de course de l' OJ de Berne. Et voilà bientôt Oberli parti en course avec l' OJ vers des sommets comme le Nünenen et le Spillgerten, ces montagnes des Préalpes restées d' ailleurs ses préférées. Devenu par la suite chef de course, il communique son enthousiasme pour la montagne à toute une génération de jeunes.

« Je n' étais pas un grand alpiniste, avoue modestement Oberli. Les courses vers des sommets comme le Cervin ne m' attiraient pas, mais bien celles vers les Préalpes. » Et Alfred Oberli de nous raconter comment, à la Pentecôte de 1942, avec ses « skis d' été » de 1,4 m, il s' est lancé - c' était une première - dans la pente extrêmement raide du versant nord du Winterhore, au fond du Diemtigtal. « J' avais passé une semaine dans la région de la Bernina et j' en avais assez des randonnées. Je suis donc allé chercher la clé d' une cabane de la Tschentenalp, puis j' ai gagné le Gsür et le Rauflihorn. Ensuite, je suis descendu vers Chilei où, par le toit, je suis arrivé sur le tas de foin d' un autre gîte. De là, le jour suivant, je Kngspik Kaslor fbllux SattelspitzenTannenspitze ^ I i2337 Enge/éurç 2253 Graspass i 22/2 Rosenlauistock 21 SS Oc/ismhl suis monté au Winterhore. » Dans son atelier, parfaitement rangé, Alfred Oberli sort son carnet de courses de l' époque, soigneusement tenu, puis narre sa descente. Regardant le carnet, illustré de magnifiques dessins et de photos en noir et blanc, je tombe sur ces mots qui en disent long: « Assez de glace, assez de glaciers... des cabanes, des fleurs !» Et sur l' in de la durée de la course: de 7h 15 à 19h30!

Les outils sont affûtés Quand je demande ce que c' est la gravure sur cuivre, Oberli répond en montrant quelques épreuves, explique les différentes techniques, décrit la façon d' employer les divers outils. « La gravure est une affaire de sensation », souligne-t-il, tout en manipulant ses outils avec des mouvements extrêmement précis. « On doit sentir exactement avec quelle force il faut appuyer pour obtenir, par exemple, un trait d' une certaine épaisseur. » Puis Alfred Oberli sort un porte-documents qui date du temps de son apprentissage, il y a soixante-six ans. Les grandes feuilles, parfaitement conservées, montrent bien comment les apprentis étaient initiés aux subtilités de la gravure. D' abord des traits droits, puis des courbes, ensuite des représentations de lignes ferroviaires, de vignes et de forêts. La « ville », dans le cartable, fait suite au « village » et à « l' habitat dispersé ». Le développement de l' élabora des cartes a modifié le travail des graveurs. En 1953, le cuivre à graver a été remplacé par le « tracé sur couche » sur une plaque de verre, technique avec laquelle Alfred Oberli a travaillé jusqu' à sa retraite en 1981. « Au début, nous n' avons pas vu le changement d' un bon œil. Nous avons dû affûter nos outils, que nous faisions encore nous-mêmes, pour la nouvelle technique. » La spécialité d' Alfred Oberli? La représentation des rochers, sur laquelle il s' est concentré pendant vingt ans. Tant Carte de Nouvel-An ( Nünenen ) que possible, il observait de façon stéréoscopique avec les deux yeux, deux clichés de la région à représenter placés l' un à côté de l' autre, de manière à donner à la carte un effet de profondeur.

Artisan ou artiste?

L' amour de la gravure n' a pas faibli. Au cours des années, Alfred Oberli a créé une œuvre artistique, imprimée sur une presse montée pendant ses loisirs et présentée lors de multiples expositions. Son thème préféré était et reste la montagne, thème qu' on retrouve tout au long de son œuvre, aussi bien dans ses compositions graphiques que dans les dessins qui illustrent pas moins de seize guides du CAS et d' autres éditeurs. C' est ainsi qu' il a réalisé le nombre incroyable de quatre cent septante dessins d' itinéraires, outre quantité de compléments et de mises à jour. Ses représentations à la fois suggestives, esthétiques et précises permettent à chacun de retrouver l' itinéraire dans le terrain. Les travaux d' Alfred Oberli pour le CAS se sont étendus sur plus de cinquante ans et ont été honorés en 1985 par le Prix Paul Haupt et par le CAS.

Alfred Oberli se considère comme un artisan. « On ne peut pas dire que je suis un artiste - j' ai trop peu d' ima! Je dois voir quelque chose avant de le saisir, de le graver et de l' imprimer. » Mais lorsque l'on regarde ses épreuves, l' une après l' autre, on se rend rapidement compte que, derrière la maîtrise de l' outil, se cache bien toute la sensibilité de l' artiste. Les travaux, de divers styles, frappent par la force de l' expression et le choix original du sujet.

« l' attention du regard, l' humanité du sentiment » L' observation attentive révèle les détails auxquels Alfred Oberli attache une si grande importance: là un chamois sur une arête, ici une miniature de skieur dans la forêt, là encore un visage entre deux arbres parfaitement dessinés, des fleurs, un tronc d' arbre sec, un mur de pierres sèches tessinois avec des escargots et des lézards. Il se passionne pour ce genre Voyages, rencontres, personnalités de détails. Les débusquer puis les introduire dans ses travaux ont été S pour lui la raison de ses rendez-vous ^ avec la montagne. L' alpinisme est « pour Oberli un moment de vie; la 5 performance ne l' intéresse pas. On „ comprend dès lors qu' il ne goûte " guère les disciplines et les techniques ^ modernes des sports alpins. Tout cela 24 lui est étranger.

Les grands mots aussi lui sont étrangers. C' est avec modestie qu' il évoque son amour de la nature et de la montagne; ses silences en disent autant que ses phrases tranquilles. Plutôt que de parler, il montre un extrait d' une lettre que, chef de course apprécié, il a reçue, il y a longtemps, d' un ancien membre de l' OJ. « L' at du regard, l' humanité des sentiments, loin des performances et des rivalités, voilà ce qui est pour moi l' essentiel d' une course en montagne. Et cela, c' est à toi que je le dois !» Alors qu' il relit la lettre, un souffle de mélancolie passe - comme passent également le profond respect du graveur pour la montagne autour de laquelle une grande partie de sa vie s' est articulée, ses étonne-ments devant la nature et, aussi, le fait qu' il ait pu transmettre sa passion à des camarades plus jeunes.

Lié au burin Alfred Oberli n' a pas gardé pour lui seul son savoir: il a tenté de le transmettre à ses jeunes collègues et à collaborateurs. Outre ses nombreuses activités, il a encore mené une recherche: sa collection de cartes du XIXe siècle est l' une des plus importantes et des plus complètes du pays. Sans cesse, ses chefs lui ont demandé des renseignements sur les cartes Dufour et Siegfried; il connaît en effet ces deux œuvres cartographiques du siècle dernier comme personne. Et son amour de la gravure demeure intact. Il a même commencé une œuvre montrant l' entrée du Simmental, avec son arrière-plan de montagnes, qu' il souhaite terminer prochainement, malgré une santé amoindrie.

On croit pleinement Alfred Oberli lorsqu' il écrit de son écriture aux traits clairs: « Je n' ai pas à regretter la gravure sur cuivre, elle m' est restée, je vis chaque jour avec elle, par la main et par son histoire. » Nous souhaitons au nouveau membre d' honneur du CAS de passer encore de nombreuses et riches heures à exercer son amour de la gravure, sa passion pour les sommets des Préalpes et les richesses de la nature.

Christine Kopp, Unterseen ( trad. ) M

ibanes et bivouacs

1

tifugi e bivacchi

/on Hütten und Biwaks

Cabane Etzli

En raison de travaux de réfection, ne sera plus possible de loger à la cabane Etzli dès la mi-août

Cabane Rotondo

Pour vos réservations, veuillez vous adresser directement aux nouveaux gardiens, Adriano Peterelli et Christina Irschara, tél. 041/887 16 16, ou vous inscrire sur le site Internet www.jo-sac.ch/rotondo/rotondo.html Grafik Baumstrunk ( tronc d' arbre ) Grafik Gesichter ( Visages )

/oies et sites nouveaux

fie e siti nuovi

du degré 7b dans l' Oberland bernois. Les voies plus anciennes et plus faciles sont en partie tombées dans l' oubli, d' autant plus qu' elles étaient devenues très glissantes à force d' être gravies. De plus, les pitons, trop vieux et trop éloignés, les changements de direction périlleux ainsi que les passages recouverts de ronces et de lierre gâtaient le plaisir de l' escalade.

Un nouvel équipement En automne 1997 et au printemps 1998, Res Leibundgut s' est donné pour mission d' assainir l' ensemble des voies avec des gollots adhésifs offerts par la commission d' escalade sportive du CAS. On peut désormais s' assurer à un solide gollot tous les 2 à 3 mètres, même dans les voies faciles. Les nouveaux gollots ( modèles Fixé et Irniger ) sont munis d' un grand œillet qui permet de faire demi-tour à n' importe quel moment sans sacrifier un mousqueton. Quelques voies ont vu leur départ déplacé et leur tracé rectifié. Les descentes en rappel ont également été réorganisées. Au lieu de faire un rappel autour d' un arbre après une sortie délitée, on

louten und Gebiete

Le Jardin d' escalade de Faulensee entièrement rééquipé

Tombé dans l' oubli Des bouts de cordelettes, de vieux gollots de tous les modèles imaginables et des pitons rouilles étaient, jusqu' à une date récente, les témoins de la longue histoire de l' escalade sur les rochers de Faulensee, non loin de Spiez, dans l' Oberland bernois. Bien avant le grand boom de l' escalade sportive, on s' y entraînait déjà pour les grandes courses, en grosses chaussures et équipé d' échelles. A la fin des années septante, des grimpeurs tels que Werner Hofer, Hannes Grossen, Martin Stettier et Jürg von Känel y ont ouvert des voies courtes et difficiles comme Mouche et Fantomas, qui étaient parmi les premières voies Les noms sont écrits au départ des voies. Les voies avec des points d' interrogation doivent encore être cotées.

Durant les tirs, interdiction de grimper ici.

Secteur gauche Secteur SugusSecteur Mistwägli Secteur MoucheSecteur droite Le jardin d' escalade de Faulensee ( état juin 1998 ) 1 Schlussbouquet, 4a 2 Verschneidung, 6a+ 3 Frosch, 6 c 4 Zwärgenerger, 7a 5 Länghänder, 7b6 Fantomas, 7b 7 Z; 6a T Rote Zora, 7a+ 8 Sugus ( nouv. attaque ), 6 c 9 Supersugus, 6 c 10 Balance, 6b 11 Bettseicker ( projet ) 12 Wäbschtübêler, 6 c 13 Mischtwägli, 7a+ 14 Mischtzetter, 6b 15 Tethys, 6a+ 16 Flöigefalle, 6a peut maintenant redescendre depuis un relais solide avec chaîne, et ceci pour chacune des voies. Dans le secteur gauche, les anciens pitons sont encore en place; on les enlèvera après un test de résistance.

Grimper en hiver Le jardin d' escalade de Faulensee est facilement accessible au moyen des transports publics: prendre le train jusqu' à Spiez, puis le bus en direction de Faulensee. Descendre à la halte Bürgstrasse et suivre la route principale durant cinq minutes, qu' à ce qu' on aperçoive les rochers à gauche dans la forêt ( Bürgwald ). Au total, ce sont trente-trois voies qui s' offrent au grimpeur; la plupart d' entre elles sont en 6a et 6 c ( 10 voies de chaque ). La saison idéale s' étend de l' arrière automne au printemps. Par des journées d' hiver ensoleillées, ce site est spécialement agréable, car les rochers sont exposés au sud.

Dans la partie est, il est interdit de grimper quand il y a des tirs au stand tout proche. Les dates des tirs sont affichées sur de petits panneaux de bois le long de la route principale.

Res Leibundgut, Spiez ( trad. ) 25 17 Mouche, 6 c ( avec fissure ) 18 Bazooka, 6a+ 19 Murggsroute, 6a+ 20 Vierer, 5a 21 Häbchläb, 6a+ ( délité ) 22 Tierli, 5b+ 23 Halbmond, 6a+ 25 Oberlandstrass, 6 c 26 Variante, 6a+ 27 Chuefüdle, 6a + 28 Sonnenplatte, 7a 29 Pfeiler, 7b?

30 Flugroute, 6 c 31 Kurssturz, 7a 32 Pendule, 6 c + 33 Rampe, 4b

Feedback