Cas d’urgence en hausse Statistiques 2018 des accidents en montagne

L’an passé, les secours en montagne ont dû venir en aide à 3211 personnes dans les Alpes suisses et dans le Jura1. Dans les sports de montagne au sens strict2, 135 personnes ont trouvé la mort, soit un tiers de plus qu’en 2017.

La quantité exceptionnelle de neige tombée en hiver ainsi qu’un très long été chaud et sec suivi directement d’un bel automne: les conditions étaient réunies pour que les sorties en montagne soient bien plus nombreuses que l’année précédente. Cela se reflète également dans l’augmentation marquée des situations d’urgence en montagne, qui ont impliqué 3211 personnes au total. Parmi elles, 1021 personnes indemnes ou seulement légèrement blessées ont pu être secourues. Par contre, il y a aussi eu nettement plus d’accidents mortels: au total, 207 personnes ont perdu la vie en montagne, y compris en raison des suites d’une maladie (généralement des problèmes cardiovasculaires). C’est un tiers de plus qu’en 2017. Cette nette hausse se retrouve aussi dans les sports de montagne classiques: au total, 135 personnes sont décédées lors de 117 accidents (2017: 103).

Courses à skis: les accidents mortels en forte hausse

Contrairement aux années précédentes, l’hiver 2017/2018 a été très enneigé. En janvier, la neige est tombée en abondance sur une grande partie du territoire, mais seulement en altitude. En dessous de la limite de la forêt, il a souvent plu. Par conséquent, le danger d’avalanches a été fort certains jours, voire très fort dans certaines zones. Cela concernait le Vispertal et la région du Simplon au début janvier. Au cours du dernier tiers du mois, le degré de danger a été fort à très fort pendant deux jours dans de nombreuses régions de montagne, de nouveau en particulier en Valais. Dans ces conditions, il n’était presque pas possible de pratiquer des sports d’hiver hors des pistes sécurisées: pour la plupart des acteurs, la raison l’empêchait. Pour les autres, le temps était heureusement trop mauvais et la quantité de neige fraîche simplement trop importante. Il faut souligner que, souvent, la couverture s’est stabilisée rapidement après d’importantes chutes de neige. Ainsi, fin janvier, on pouvait déjà trouver de bonnes conditions de neige gros sel sur les pentes sud des Préalpes. La suite de l’hiver a été déterminée par une haute pression. En février, il a fait très froid, et il a fallu attendre fin mars pour voir d’autres fortes chutes de neige. Dans les Alpes, à 2000 mètres, il y avait alors une quantité de neige bien supérieure à la moyenne, et les glaciers bénéficiaient d’un bon enneigement, offrant de bonnes conditions pour des courses à skis en haute montagne. L’hiver 2018/2019 a également débuté avec des chutes de neige prometteuses et abondantes: d’abord au sud en novembre, puis au nord en décembre, où le bulletin d’avalanches indiquait un danger fort la veille de Noël. Le manteau neigeux s’est rapidement stabilisé, et les conditions pour les courses à skis étaient très bonnes jusqu’à la fin de l’année, surtout en Suisse orientale. A l’ouest, en revanche, il n’y avait presque pas de neige à basse altitude.

Dans ces conditions, les randonneurs à skis ont été bien plus actifs qu’en 2017, ce qui se répercute également sur le nombre de situations d’urgence. Au total, 371 randonneurs à skis se sont retrouvés dans une situation d’urgence ou ont été victimes d’un accident, contre 281 en 2017. A l’instar des autres années, les chutes ont été la cause d’accident la plus fréquente, touchant 166 personnes (2017: 151). La plupart du temps, de tels accidents provoquent des blessures de gravité moyenne qui requièrent une hospitalisation. En outre, ils surviennent souvent à la montée. Une bonne technique (voir «Les Alpes» 3/2018) et un comportement prudent permettent souvent de les éviter. Neuf randonneurs ont été victimes d’une chute mortelle, dont quatre à cause de la rupture d’une corniche.

Les accidents dus à une avalanche ont aussi été plus nombreux que l’année précédente. Au total, 53 personnes ont été impliquées lors de 34 accidents. Pas moins de 15 randonneurs à skis ont perdu la vie lors de onze accidents. Sept de ces accidents se sont produits alors que le degré de danger était marqué, deux alors qu’il était limité. Pour l’accident survenu dans la descente raide de la Lenzspitze au Hohbalmgletscher en juin, aucun bulletin d’avalanches n’avait été publié.

Les accidents lors de courses à skis ont été marqués par la tragédie de la cabane des Vignettes CAS, lors de laquelle sept randonneurs à skis sont morts d’épuisement et d’hypothermie. Deux groupes de randonneurs, séparés dans un premier temps, étaient partis de la cabane des Dix CAS en direction du Pigne d’Arolla. Les prévisions météo étaient mauvaises, mais il y avait encore des éclaircies le matin. Dans l’ascension du mur de la Serpentine, le temps s’est gâté. Les deux groupes ont fusionné. Comme la visibilité était limitée à quelques mètres, les randonneurs ont peu à peu dévié de l’itinéraire classique. En tentant de rejoindre la cabane des Vignettes, ils sont restés bloqués à quelques centaines de mètres de l’édifice. Ce n’est que le lendemain que les 14 randonneurs ont été découverts, lorsque des alpinistes sont partis de la cabane pour tenter de poursuivre leur course malgré le mauvais temps. Les secours ont été alertés depuis la cabane, où tous les membres des deux groupes ont pu être récupérés grâce à une grande action de sauvetage. Une personne était déjà décédée, d’autres ont été héliportées dans des hôpitaux dans un état parfois très critique. Malgré toutes les mesures médicales qui ont été prises, six autres randonneurs à skis ont succombé à leur hypothermie. Cette tragédie a été largement relayée dans les médias, qui, malheureusement, ont aussi servi de tribune à des experts autoproclamés clamant leurs suppositions et leurs a priori.

Comment une telle tragédie a-t-elle pu se produire? Manifestement, l’enchaînement de circonstances malheureuses a joué un rôle primordial. A l’heure actuelle, l’enquête du Ministère public n’est pas encore terminée.

Alpinisme: nombre d’accidents modéré malgré une longue saison

La saison estivale en montagne a connu une particularité marquante en 2018: elle a duré de mi-juin à fin septembre. Une seule incursion notable d’air froid s’est produite à la fin août, et même les orages ont été bien moins marqués que les autres années en raison de la sécheresse de l’air. Il en a résulté une saison extrêmement longue et beaucoup de courses en montagne, ce qui se reflète également dans le nombre de nuitées enregistré par les cabanes du CAS, qui peuvent se réjouir d’une des meilleures saisons estivales de ces dernières années. La canicule n’a toutefois pas été problématique uniquement en plaine: la fonte des glaciers et des zones enneigées a considérablement compliqué de nombreuses courses en haute montagne. Les itinéraires sur arêtes rocheuses et les plus hauts sommets du Valais méridional, où un manteau neigeux bien praticable s’est longtemps maintenu, ont été épargnés. Autre répercussion de ces conditions, le nombre d’alpinistes qui se sont retrouvés en situation d’urgence ou ont eu un accident a nettement augmenté, passant de 367 en 2017 à 433.

Les blocages constituent de nouveau la cause d’intervention la plus fréquente: 186 alpinistes ont dû faire appel aux secours pour se sortir d’une situation inextricable, la plupart du temps parce qu’ils étaient épuisés ou dépassés par les exigences. En revanche, avec 21 victimes, le nombre d’accidents mortels est resté constant par rapport à l’année précédente. Parmi ces personnes, 19 ont perdu la vie à cause d’une chute, dont six alpinistes lors de trois chutes à entraînement multiple (sur l’arête reliant la Lenzspitze au Nadelhorn, sur l’arête est du Weisshorn et au Rheinwaldhorn, à l’ouest sous l’Adulajoch). Un autre accident mortel s’est produit au Mönch: après avoir gravi avec succès la Lauperroute, deux alpinistes sont morts de froid à la descente dans la même tempête qui a coûté la vie aux sept randonneurs à skis à la cabane des Vignettes.

Escalade: blocages et erreurs de manipulation

En escalade aussi, la météo favorable sur une longue période a entraîné une augmentation de l’activité par rapport à l’année précédente. Cette discipline a également enregistré une augmentation des situations de détresse et des accidents (144 personnes impliquées contre 118 en 2017). Cette année, ils ont toutefois concerné un bien plus grand nombre de grimpeurs dans des voies de plusieurs longueurs bien équipées (144, contre 118 en 2017), mais moins dans des courses d’escalade alpines et en écoles d’escalade.

En 2018 aussi, les secours sont souvent venus en aide à des personnes bloquées, qui s’en sont sorties indemnes. Les orages et la tombée de la nuit lors de la descente à pied ont de nouveau été des causes fréquentes d’intervention. Les manœuvres de rappel ont également nécessité de nombreuses interventions (18 personnes impliquées) à cause de cordes bloquées que les grimpeurs n’arrivaient pas à retirer ou qui s’empêtraient dans des rochers après avoir été tirées. Dans plusieurs de ces cas, les sauveteurs ont pu être descendus près de la paroi grâce au treuil de l’hélicoptère pour libérer la corde et la jeter aux grimpeurs. Ceux-ci ont ensuite pu poursuivre leur rappel.

Quelque 42 grimpeurs se sont blessés en tombant. Ces chutes se sont souvent produites alors que le grimpeur était en tête et ont entraîné des blessures légères ou moyennement graves. Six grimpeurs ont été victimes d’un accident mortel. Dans un cas, un grimpeur solitaire voulait inspecter une école d’escalade et a fait une chute mortelle en terrain boisé raide. Un accident fatal survenu en école d’escalade est dû à un malentendu au niveau de l’assurage. Arrivé au relais, le grimpeur a crié «bon». L’assureur qui se trouvait au pied de la voie a cru que son collègue avait dit «relais» et a enlevé la corde du dispositif d’assurage. Le grimpeur voulait toutefois se reposer, il s’est laissé aller dans la corde et est tombé sans être retenu jusqu’au pied de la voie. Deux accidents mortels se sont produits lors d’un rappel. Dans un cas, les deux brins de la corde n’étaient pas de la même longueur et le brin le plus court était tout juste assez long pour atteindre le relais inférieur. La première personne l’avait remarqué et a rejoint le relais. Elle en a averti son partenaire, mais il était déjà trop tard: le brin le plus court a glissé à travers le descendeur et le relais supérieur, et le grimpeur est tombé avec la corde. Dans le deuxième cas, la corde s’est aussi décrochée: elle n’était manifestement pas mise correctement dans le descendeur, et un seul brin supportait l’ensemble du poids. Le cinquième accident d’escalade doit finalement aussi être imputé à une erreur de manipulation: deux grimpeurs expérimentés escaladaient une longue voie bien équipée avec d’autres cordées. Tous deux se sont très probablement retrouvés au même relais sans être assurés du tout pendant un instant, et l’un des deux a dû perdre l’équilibre. Encordés, ils ont fait une chute de 200 mètres jusqu’au pied de la paroi.

Randonnée en montagne: chutes et maladies

Les adeptes de randonnée ont aussi été très actifs, surtout lors de l’été long et sec ainsi que de l’automne, et le nombre de situations d’urgence s’en ressent également pour cette discipline. En tout, 1445 randonneurs se sont retrouvés en situation d’urgence (contre 1237 en 2017). Parmi eux, 57 y ont laissé leur vie. Principale cause, les chutes ont impliqué 657 personnes, dont 52 ont trouvé la mort. On compte notamment un marcheur qui a voulu venir en aide à un randonneur blessé tombé dans un ravin. Ce faisant, il a glissé et s’est blessé mortellement. Chez les randonneurs, les maladies sont nettement plus fréquentes que dans les autres disciplines. En 2018, elles ont concerné 293 personnes, dont 29 hommes et une femme sont décédés, le plus souvent des suites d’un problème cardiovasculaire.

Autres sports de montagne

En comparaison avec 2017, moins de personnes se sont retrouvées en situation d’urgence en canyoning (20), à la chasse (31) et lors de la cueillette de champignons (7). Par contre, le nombre de situations d’urgence a augmenté dans trois disciplines. Premièrement, en freeride (ski et snowboard): 181 personnes impliquées, dont dix personnes décédées (cinq à cause d’une chute et cinq dans une avalanche). Deuxièmement, en raquettes: 33 personnes impliquées, dont deux personnes décédées (chute). Et troisièmement en VTT: 273 personnes impliquées, dont douze personnes décédées (huit maladies, trois chutes et un accident inexpliqué).

Sources

Les compilations et analyses de ce rapport se fondent sur les données et la collaboration des personnes et institutions suivantes: Elisabeth Müller et Andres Bardill, Secours alpin suisse; Daniel Breitenmoser et Mario Tissi, Rega; Annick Charbonnet et Pierre-Alain Magnin, OCVS; Monique Walter, Mirjam Studer et Philip Derrer, bpa; Frank Techel et Benjamin Zweifel, slf; Anjan Truffer, Bergrettung Zermatt; Rolf Trachsel, Bergrettung Saas Fee, Marc Schertenleib, Rettungsstation Kandersteg; Urs Schäfer, Rettungsstation Lauterbrunnen; Paul Broger, Police cantonale Appenzell Rhodes-Intérieures; Andreas Brunner et Roger Pfiffner, Police cantonale Saint-Gall; Sonja Thöni, Air Glaciers Lauterbrunnen; Marco Bomio, Bergführer Grindelwald; Corinna Schön, Institut de médecine légale, Université de Berne; Walter Maffioletti, commission spécialisée Formation/Sécurité CAS.

Urgences dans les montagnes

Vous trouverez ici les dates des cinq dernières années.
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