Corno Stella, la montagne aux étoiles

la montagne aux étoiles

Le rocher de la Corno Stella: des couleurs fauves, des lignes superbes, des prises qui accrochent

fermant la porte du refuge abandonné à l' hiver qui approchait, je m' étais promis de revenir dans ce cirque.

Tout aussi intime, le refuge Bozano

Aujourd'hui, la promesse s' accomplit. Le beau temps est évidemment au rendez-vous. Comment peut-il en être autrement dans ce pays où les enfants naissent avec un coin de ciel bleu dans le regard? Le rocher est tentant et puisque nous sommes montés de bonne heure, autant entrer directement dans le vif du sujet.

Au refuge, le gardien, pas débordé, se propose de nous accompagner. Silvio, aspirant guide, porte en lui l' amour de cette vallée. Il a sans doute mieux à faire que de garder le petit refuge Bozano, mais il a décidé de s' y arrêter l' été et d' en faire un havre temporaire, avec sa femme et son petit garçon. Dès que l' occasion se présente, il n' hésite pas à grimper avec ses clients de passage. Pour ouvrir le bal, il nous conseille la voie Lupetti, la grande classique de la Corno. Près du départ de celle-ci, nous croisons la voie normale, voie De Cessole, une belle dalle en traversée qui disparaît derrière un pilier.

Les pionniers

Victor de Cessole, le chevalier, devrait-on dire, explora cette paroi au début du siècle ainsi que de multiples montagnes situées dans l' arrière

niçois. Il découvre la montagne par hasard, à 30 ans, sur les conseils de son médecin, qui lui recommande de pratiquer un sport de plein air. C' est tard, mais il va vite se rattraper, ouvrant des itinéraires, remontant des vallons, traçant les premières courbes à ski dans cette partie des Alpes délaissée par les alpinistes anglais.

A part Coolidge, qui a traîné le grand guide Christian Aimer dans cette région pour ouvrir le couloir de Lourousa ( mille mètres de haut pour le couloir le plus septentrional des Alpes... ), bien peu ont fait le déplacement. De Cessole a donc un territoire fantastique à explorer et il ne va pas se priver. A commencer par cette montagne. C' est ainsi que le 22 août 1903, il se retrouve pendu au bout d' une corde dans cette même dalle avec ses deux guides, Jean Plent et André Ghigo.

Il connaissait la Corno Stella pour l' avoir approchée à maintes reprises. Dans la revue du CAF, il écrivait avec intuition: « La Corno Stella, telle la Dent du Géant, se dressait dans les airs, aiguë, élancée, en se plaquant sur les énormes escarpements du Matto. Avec ses terribles parois lisses, brillantes au soleil, ce pic est véritablement stupéfiant. Son extrême arête semble être en roches taillantes, dont quelques-unes, fissurées, paraissent devoir quitter bientôt leur siège aérien. Quant à la fine et tranchante arête qui descend du sommet à nos pieds sur une centaine de mètres, elle est marquée de rocs surplombants, coupés dans le sens contraire de la hauteur. C' est dire qu' elle défie toute escalade. »

Contrairement à d' autres, de Cessole n' a pas laissé ce défi lui échapper pour être relevé par des alpinistes plus performants... Le bougre d' homme est ambitieux. Il recrute un guide de Valdiéri et un autre du Mercantour. Une gourde d' eau, un flocon de menthe, des biscuits au chocolat et la cordée s' élance.

Sans difficulté, ils franchissent une première série de dalles et de fissures. Une dalle verticale leur barre soudain le passage. De Cessole écrira plus tard: « Dès les premières roches, Jean avait été obligé de contourner la muraille nous faisant face, puis nous l' avions vu disparaître alors que, penché sur l' abî, son corps se mouvait en relief sur le ciel. Nous n' entendions plus ensuite que le bruit strident des clous de souliers mordant sur le rocher. La voix de Jean arriva enfin jusqu' à nous: « C' est tout de même terrible !» Cette exclamation, dans la bouche d' un homme éprouvé tel que notre guide, caractérisait nettement les difficultés de la muraille. A cet instant, Jean détacha sous son pied un caillou, qui se précipita à quelques mètres de nous. Pour les uns et les autres, ce fut naturellement un sujet d' effroi. Nous fûmes bientôt réconfortés, lorsque nous entendîmes Jean, parvenu au bout d' un passage, s' écrier victorieusement « Pauvre Corno, cette fois nous te tenons !» » Encore quelques longueurs faciles et ils furent au sommet.

Dans la voie De Cessole: ambiance sud et décor haute montagne

Pour l' instant, le sommet est encore loin et un petit surplomb marque le début des difficultés. Pendu comme un cochon, je tente de résoudre ce petit problème. Le rocher a beau être tentant, magnifique, il n' en est pas moins mystérieux. Le surplomb qui me domine est un rébus, une énigme. Un mouvement un peu sec, un bras qui s' allonge, une jambe qui se tend et me voilà tiré d' affaire. Ce sera le seul passage un peu technique. Le reste de la voie est surprenant. Pas une pierre qui bouge, des incrustations de silex dans la roche et une couleur de cinéma.

On est bien au sud des Alpes et l' horizon, en ce mois d' août, contient les ingrédients du bonheur. Un bleu profond vient épouser le rocher et l' union est parfaite. Plus nous nous élevons, plus notre gardien de refuge exulte. De temps à autre, par l' inter d' un émetteur-récepteur, il dialogue avec Silvia, sa femme. Le nom de code est « Bozano, Bozano », le vieux refuge au toit rouge dont les murs intérieurs sont tapissés de photos d' escalade.

Nous avons beau être à plus de 3000 m d' altitude, nous sommes gagnés par l' ambiance méridionale. On se la joue cool et sûrement pas haute montagne: short léger et grosses chaussures, sans parler du piolet remisé depuis bien longtemps. Une veine de quartz rallume nos émotions. Nous traversons une zone blanche qui rend l' escalade presque clinique. La matière est pure et, même s' il n' y a pas de cristaux conséquents, ni même de fours à explorer, c' est toujours splendide de tenir au bout de ses phalanges cette matière remontée du magma terrestre.

Depuis le début, on est sous le charme. L' escalade est ici d' une beauté irréelle, comme si elle contenait tous les ingrédients de nos fantasmes verticaux. Beauté des lignes et du caillou, ambiance, sérénité et tranquillité, on ne sait pas quelle composante l' emporte, mais le cocktail fonctionne. On est au comble du plaisir! Le sommet ne fera que renforcer l' illusion. La vue y est splendide et tous ces vallons évasés qui se succèdent, dominés par un soleil complice, augmentent cette envie de profiter de la moindre portion de lumière. C' est donc à regret que nous nous lançons dans les rappels.

Soirées calmes et rêverie

En moins d' une heure, nous sommes de retour au refuge. Et c' est bien d' un abri dont il s' agit. Un lieu modeste où, une fois le sac posé, l' action s' étio et laisse place à la rêverie. En cela, nous sommes toujours des gosses, de grands barbares qui ont besoin de griffer leurs muscles sur des surfaces apparemment lisses.

Quelques randonneurs et une autre cordée séjournent au pied des rochers. Dans la pénombre qui s' installe, nous évoquons encore ce voyage,

Pour l' alpiniste, le skieur et le randonneur

persuadés d' avoir touché du doigt cette notion du plaisir instantané. Même si la voie n' était pas extrême, nous venions de rentrer du paradis...

Les deux jours qui suivent, nous ne nous lasse-rons ni du décor ni de la paroi. Les journées, placées sous le signe du beau temps, seront occupées jusqu' à la lie. Pas une minute n' échappera à l' esca. Jusqu' au crépuscule, nous resterons accrochés à ces fragments de verticale, cherchant inconsciemment à reproduire l' exaltation du premier jour. A chaque fois la magie opérera. La Corno Stella mérite bien son nom: enraciné dans le socle terrestre, le sommet flirtant avec les astres, les grimpeurs jon-glent nécessairement un pied sur terre, la tête dans les étoiles...

Pratique

La Corno Stella est sans doute une des plus belles parois des Alpes. Nous exagérons? Et bien repar-lons-en après votre visite. Pour les sceptiques, reprenons en détail. C' est surtout le versant sud, situé au pied d' un cirque qui court de la paroi des guides à la Corno Stella ( 3050 m ), en passant par l' Argenterà ( 3297 m ), qui nous intéresse. Le massif de l' Argenterà où se situe cette paroi est le dernier groupe de l' arc alpin, juste à l' aplomb de Nice, mais du côté italien. Nous sommes au royaume d' un granit sain, qui propose des voies d' escalade splendides. Bien équipées pour la plupart, elles sont à la portée de la majorité d' entre nous. Les voies font en moyenne six à dix longueurs, sachant qu' une partie s' attaque à partir de la brèche supérieure. Le rocher est dans son ensemble assez vertical, avec ce qu' il faut pour les mains et les pieds. Il n' est absolument pas patiné et très rarement branlant. L' emplace géographique fait que le cocktail escalade/al-titude/soleil est plutôt plaisant. Ce massif très alpin, aux vallons encaissés, aux parois secrètes, au ciel limpide vaut réellement le déplacement. Surtout quand on sait qu' il est généralement à l' abri des perturbations qui touchent le nord des Alpes. La Corno Stella devrait, dans les années qui viennent, séduire de plus en plus de grimpeurs...

Accès

Trois possibilités

Du nord des Alpes, en passant par le Grand-Saint-Bernard. A Aoste, prendre l' autoroute qui descend sur Turin. Continuer en direction de Gênes, sortir à Cunéo, passer par Borgo Dalmazzo, puis se diriger sur Valdieri, que l'on traverse pour venir rejoindre les thermes. La route devient une piste forestière que l'on suit sur quelques kilomètres. Compter trois heures de route depuis Aoste.

Le gardien du refuge Bozano, Silvio Bassignano, dans la cinquième longueur de la Via dei Lupetti ( degré 5 )

On peut aussi venir de Modane ( Maurienne ) en passant le tunnel du Fréjus, descendre ensuite sur Turin. Cette solution est légèrement plus rapide.

Enfin, pour les gens qui viennent du Sud, rejoindre Nice et franchir le col de Tende qui, sur le versant italien, redescend sur Borgo Dalmazzo.

Pour l' alpiniste, le skieur et le randonneur La paroi des guides est située à gauche de la Corno Stella. L' escalade y est moins franche et plus physique. Diedro del loup, sixième longueur, passage en 6a

Pour l' atteindre, depuis les thermes de Valdieri, prendre la piste forestière et la suivre sur environ 2 km. Repérer sur la droite un sentier qui part avec un panneau qui indique le refuge, au lieu-dit Gias delle Mosche ( 1591 m ). De là, remonter dans la forêt, puis atteindre un premier vallon. On passe alors la Gias del Saut ( 1847 m ), puis la Gias del Meza ( 2070 m ) que l'on quitte par la gauche, par des éboulis un peu raides. On vient longer une paroi. Un dernier sentier en lacets conduit sans difficulté au refuge. ( Compter 2 h à 2 h 30 ).

Réservation obligatoire: 0039/0175 24 81 48.

Encadrement

Seul ou à plusieurs, vous pouvez contacter Silvio Bassignano, le gardien du refuge. Guide de haute montagne, il peut vous prendre en charge et vous faire découvrir son terrain de jeu. Vous pouvez le joindre chez lui, Via Todini 10, Saluzzo, tél.: 0039/0175 24 81 48 ou, en saison, au refuge, tél.: 0039/0171 97 351.

Matériel

La plupart des voies sont avant tout alpines. Même si les plus classiques sont équipées avec des gollots, il est possible d' ajouter des protections pour sa sécurité, surtout dans les fissures. Prévoir un jeu de coinceurs et un jeu de friends ( jusqu' au nc3 ) qui complètent utilement l' équipement en place ( gollots et pitons ). Grandes sangles utiles.

Deux brins de 50 m peuvent être utiles. Une ligne de trois rappels est équipée et elle ramène à une brèche située à la moitié de la paroi ( que l'on peut descendre en désescalade ou par un rappel ).

Malgré la qualité du rocher, le port du casque est conseillé.

Les marches d' approche peuvent se faire en baskets ou en chaussures de trekking.

Période

Du fait de son exposition, il est possible de grimper entre le mois de juin et la mi-octobre. La paroi est particulièrement agréable au cœur de l' été, car

avec son refuge situé à 2453 m et ses voies qui culminent à 3050 m, on est à l' altitude parfaite pour ne pas trop subir les grosses chaleurs de l' été et du Sud...

Bibliographie, cartographie

Au refuge, vous trouverez le topo en vente: Arrampicate sul Corno Stella e Catena delle Guide de Silvio Bassignano et Flavio Poggio. C' est l' ouvrage de base qui vous permettra d' établir votre propre sélection. Prix: environ 50 francs.

Dans l' ouvrage de Jean-Marie Morisset, Les Alpes du soleil, paru chez Denoël dans la collection des « 100 plus belles courses », on trouve une évocation de la Corno Stella.

Cartes: IGM Tavoletta 1 /25 000 f 90 SW, Anna di Valdieri ( Italienne ) ou la carte française au 1/50 000 Didier Richard, Haut Pays Niçois.

Départ de Barone rampante ( degré 6a )

Numéro utile

Pour les secours, composez le 118. En saison, il est plus simple d' avertir d' abord le refuge, dont le gardien, professionnel de la montagne, peut prodiguer les premiers secours.

Les itinéraires

La Corno Stella et la paroi des guides, qui la borde, ne sont pas des falaises pour sextogradistes ou sep-togradistes uniquement. On y trouve aussi des voies en 4, 4+ qui sont magnifiques.

Le rocher à la Corno Stella est un granit assez compact, tandis que pour la paroi des guides, il s' agit plus d' un gneiss. L' escalade est plus athlétique sur cette dernière ( à plats, fissures évasées ) que sur la Corno Stella...

Il existe plus de nonante voies représentant des centaines de longueurs. Silvio, qui est actuellement l' une des personnes qui connaît le mieux cette paroi, a établi pour nous une sélection des neuf voies incontournables du secteur. Cela peut être un bon indicateur pour ceux qui effectuent leur première visite.

Les informations qui suivent ne sont qu' une première piste pour mieux appréhender le site. Le topo de la Corno Stella est toutefois indispensable pour grimper dans ces voies.

Concernant l' approche, compter vingt minutes pour rejoindre les voies qui se situent dans la partie inférieure de la paroi. Trois quarts d' heure pour atteindre la vire médiane où se situe le départ de certaines voies, dont la Lupetti ou la De Cessole.

La sélection qui suit a été établie crescendo dans la difficulté et peut largement occuper un premier séjour dans ce secteur. D' autres voies méritent aussi largement le détour...

Corno Stella:

Degré 4 à 5

De Cessole ( degré 4, voie 63 du topo en vente à la cabane ). Première voie ouverte sur cette paroi. Elle comporte huit longueurs pour 300 m de haut, D-.

Campia ( degré 4 à 5, voie 52 du topo ). Cinq longueurs pour environ 150 m d' escalade, D+. On peut combiner cette voie avec le Pilier Oscar qui part du bas, dans le même registre de difficulté. C' est une nouvelle voie que le gardien était en train de finir d' équiper.

Sinfonia d' Autunno et Spigolo inferiore ( 4+ et 5, voies 35 et 45 du topo ). Onze longueurs pour presque 400 m d' escalade, D. Cette combinaison d' un niveau moyen est une belle entrée en matière pour voyager sur cette paroi.

Pour l' alpiniste, le skieur et le randonneur Spigolo Superiore ( 5, voie 71 du topo ). Huit longueurs pour 300 m d' escalade, D+.

Cai Merone - Grassi Kosterlitz ( 5+, voie 61 du topo ). Sept longueurs pour 300 m d' escalade, TD-. Combinaison de deux voies historiques, c' est une grande classique élégante et soutenue.

Degré 6

Via dei Lupetti ( 5+ à 6a, voie 62 du topo ). Sept longueurs pour 300 m d' escalade, TD-.

Rambo et Barone Rampante ( 6a et 6b, voies 41 et 55 du topo ). Dix longueurs pour 350 m d' escalade, TD.

Schwarze ilNegher ( 6a à 6b, voie 39 du topo ). Cinq longueurs pour 150 m d' escalade un peu plus technique, TD. Remarque: cette voie est à faire en fin d' après, on peut pratiquement y grimper jusqu' au coucher de soleil...

Tempo per Pensare ( 6 c, voie 69 du topo ). Douze longueurs pour 350 m d' escalade, TD+. L' une des voies les plus difficiles en libre ( 7a, 6b+ obligatoire )

Ambiance Corno Stella

de la Corno Stella avec Touche la Pierre. Le départ se situe dans le secteur supérieur de la paroi.

Voie de descente de la Corno Stella. Quelle que soit la voie choisie, la meilleure solution pour redescendre de la Corno Stella est d' emprunter la ligne de rappels qui se situe à l' aplomb de la Campia.

Paroi des Guides

Située à gauche de la Corno Stella, elle est encore plus facile d' approche depuis le refuge Bozano. ( Compter vingt minutes de marche ).

Dièdre du Loup ( 6a, voie 27 du topo ). Sept longueurs pour 200 m d' escalade. 6a+, 5+ obligatoire, TD. La descente se fait sur la gauche de la pointe Innominata par une succession de rappels. Remarque: l' escalade y est moins franche qu' à la Corno Stella. Avec moins d' habitude, elle en devient plus physique pour le même niveau de difficulté... Se méfier donc des cotations qui paraîtront plus sèches par rapport à celles de la Corno Stella.

Upinisme et autres sports de montagne

Upinismus, Berg-i. a. Sportarten

Upinismo e altri sport di montagna

longueurs, qui rejoignent le bord du mur du barrage.

Une attraction touristique Edgardo Mannhart, directeur du syndicat d' initiative de Blenio, est le « père spirituel » du projet. Il espère que cette nouvelle attraction provoquera un afflux de touristes dans la vallée de Blenio, qui est déjà connue pour ses multiples itinéraires de randonnées et pour ses refuges d' alti. L' aménagement de la voie a été financé par la centrale électrique locale. Officine Idroelettriche Blenio S.A., qui est également responsable de l' entretien du mur, et donc de la voie d' escalade.

L' ascension est divisée en cinq longueurs d' environ trente-quatre mètres chacune. La difficulté augmente au fur et à mesure de la progression. Et l' effort va également grandissant, étant donné que le mur devient de plus en plus surplombant avec la hauteur. Petit à petit, la sensation « béton » finit par se communi-

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