Course à skis au Wilerhorn. Un sommet perdu aux confins du Jolital

Un sommet perdu aux confins du Jolital

Course à ski au Wilerhorn

Le Wilerhorn ( VS ) ne compte pas parmi les célèbres sommets suisses assidûment fréquentés, il ne mesure que 3307,. " " .4 m et pourtant... Pourquoi ne pas chausser ses skis pour gravir cette belle montagne trônant dans des lieux de solitude?

Sur la rive droite du Rhône, entre Brigue et Rarogne, quatre vallées relativement méconnues dérobent leurs secrets aux yeux des habitants de la plaine. D' est en ouest, le Gredetschtal, le Baltschiedertal, le Bietschtal et le Jolital peuvent se targuer d' une faible fréquentation: aucune route ne les pénètre. Ces vallées qui sont peu courues en été – seuls deux refuges y ont été implantés: la Wiwannihütte au-dessus d' Ausserberg et la Baltschiederklause CAS dans le Baltschiedertal – deviennent quasi désertes en hiver. Le Bietschtal et le Baltschiedertal n' offrent guère de possibilités aux skieurs. La seule course d' ampleur classique de la région semble donc être l' ascension du Wilerhorn, au fond du Jolital, une course qui se fait en une journée.

Plein sud

Pour l' avoir parcouru à la belle saison, je redoute un peu les versants abrupts du vallon et ses avalanches; Laurent et moi optons donc pour une visite printanière. L' exposition plein sud de l' itinéraire nous assure un bon déneigement des routes et, depuis Gampel, nous pouvons sans mal gagner le petit hameau de Tatz ( 1485 m ), au-dessus de Niedergesteln. En contrepartie, nous débutons la course, direction nord, en portant les skis sur 300 m de dénivellation. Le parcours – presque plat au long d' un bisse – se montre néanmoins très agréable ( qu' au P. 1656 ). Peu après les chalets de Joli ( 1744 m ), nous nous dirigeons vers l' est et remontons jusqu' au plateau de Chiemattbode, suivant les bandes de neige qui n' ont pas encore cédé aux assauts de Phébus. Nous voilà maintenant au cœur du Jolital, le bien nommé: chacune de ses rives dresse d' imposants Après quelques centaines de mètres de portage, nous pouvons chausser les skis et remonter le plateau de Chiemattbode avant d' attaquer les premières pentes sérieuses qui nous mèneront au Wilerhorn Photo: S téphane Mair e Ayant déposé nos skis, nous nous hissons sur la crête, ourlée d' une corniche imposante, qui domine le Bietschtal remparts, ciselés en aiguilles. Un clan respectable de « ...horn » nous jauge du regard. Derrière nous, une ouverture magnifique vers les Mischabel et le Weisshorn. Les pentes raides ne tardent pas: nous cheminons au pied de la grande moraine, gagnons rapidement de l' alti et atteignons le Joligletscher. Une couche de neige poudreuse, déposée les jours passés, se transforme à vive allure sous les effets du rayonnement et nous espérons ne pas redescendre trop tard. La déclivité ne nous offre que peu de répit, mais la beauté des lieux nous distrait suffisamment. Parvenant lentement sur le replat du glacier, nous apercevons bientôt la cime du Wilerhorn. Sans vraiment le remarquer, nous avons déjà gravi 1500 m de dénivelé. Au sud, la vue se fait de plus en plus vaste vers les géants de la rive gauche du Rhône. Par une dernière pente plus raide, nous accédons à l' arête sud-est du sommet, où nous déposons nos skis.

Balcon sur le Bietschhorn

Une corniche aux courbes généreuses ourle la crête et nous sert de balcon sur sa majesté le Bietschhorn. Véritable perle du Valais, il ne lui manque que quelques dizaines de mètres pour obtenir ses entrées au club des 4000 m, ce qui l' aura probablement préservé d' une surfréquentation. Nous en admirons aujourd'hui le versant sud, hérissé de tours. Un parcours à pied d' une demi-heure environ nous mène au sommet, où nous découvrons une très belle croix, portant un Christ en cuivre finement travaillé. La vue s' ouvre sur le Lötschental et sa kyrielle de sommets, ajoutant au panorama sa touche finale. Nous profitons seuls de ces instants. Le retour au dépôt des skis nous laisse songeurs quant aux conditions de la dernière pente: il ne doit pas être très agréable de l' emprunter lorsque la glace apparaît!

Une poudre « à point »

Nous redescendons par le même itinéraire et effectuons nos premiers virages dans une belle poudre, légère à souhait. La dernière partie de l' itinéraire menant au Wilerhorn permet d' admirer le Bietschhorn dans toute sa splendeur Photos: S téphane Mair e Nous craignons cependant des conditions moins agréables plus bas, étant donné l' heure tardive de notre départ. Pourtant, le manteau neigeux passe sans transition de « meuble » à « juste reve- nu ». Le rêve! L' inclinaison des pentes atteint des valeurs idéales et on aimerait pouvoir ralentir le temps pour savourer chaque seconde. Arrivés aux derniers lambeaux du tapis blanc, nous devons reprendre nos skis sur le dos. Retour à travers bois, les narines flattées par le fumet inimitable des mélèzes qui annoncent le retour du printemps. Escapade comme une parenthèse. Belle surprise, à un jet de pierre de l' agitation de la plaine.

Informations pratiques

Accès: de Gampel, dans la vallée du Rhône, emprunter la route de Goppenstein, que l'on quitte après la troisième épingle, direction Hohtenn et poursuivre jusqu' à Ladu puis Tatz. On chausse les skis plus ou moins haut, selon l' en. En transports publics, train jusqu' à Hohtenn.

Difficulté: PD. Belles pentes soutenues mais pas extrêmes. Orientation délicate dans le haut en cas de brouillard, aisée dans le bas ( suivre le bord de la rive droite à la descente ). Durée: 7–8 heures Dénivellation: 1800 m Matériel: le matériel standard de randonnée à ski. Le Joligletscher ne nous a pas paru nécessiter une progression encordés, mais il s' agit tout de même d' un glacier! Selon les conditions, cram- pons et piolets peuvent s' avérer utiles pour la pente sommitale.

Carte, guides: CN 1: 50 000 avec itinéraires à ski, feuilles 264 S Jungfrau et 274 S Visp; Philippe Metzker, Ski alpin Vaud–Fribourg–Berne, Course n° 314, Editions du CAS, 1983 ( épuisé ) la description figurant dans ce guide ne fournit pas de renseignements supplémentaires par rapport à l' article, Ralph Schnegg, Daniel Anker, Skitouren Berner Alpen Ost, Hohgant bis Aletschhorn, course n o 373a, Editions du CAS 2004 ( en allemand uniquement. ) Période: la course est praticable tout l' hiver et au printemps. L' avantage du printemps est que l'on peut partir plus haut car la route est ouverte. a Stéphane Maire, Commeire Au plateau succèdent de belles pentes et une excellente poudreuse, alors que nous descendons tardivement pour une journée printanière. A l' arrière, de g. à d., le Weisshorn et la Dent Blanche, au premier plan, tout à droite, le Wannihorn Après la moraine inclinée, la pente s' adoucit un peu avant d' attein le plateau supérieur du Joligletscher Photos: S téphane Mair e

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