De Cavaglia à Poschiavo. Bivouac sur la frontière italo-suisse

De Cavaglia à Poschiavo

Qui dit bivouac pense souvent nuit dans une paroi peu accueillante ou aventure extrême. Deux jours de marche, de Cavaglia, dans le val Poschiavo, jusqu' aux terrains sauvages au sud du Piz Palü et retour, nous montrent que le bivouac peut être tout autre chose. Cette randonnée est un bon test du sens de l' orienta; une variante plus courte et plus alpine est possible également.

Cette porte aux poignées chromées s' ouvre aussi de l' intérieur? Ma curiosité naturelle l' emporte sur la raison. Nous sommes trois dans le bivouac Anghileri-Rusconi, sur le Pass da Canfinal, à trois bonnes heures de marche de la prochaine localité d' une certaine importance. Je referme la porte derrière moi. Un trou d' aération laisse filtrer un rayon de lumière. J' ai testé le mécanisme lorsque la porte était ouverte: normalement, en tournant la poignée... Je tourne, j' es de pousser la porte – qui ne bronche pas. Je me retourne, gêné, vers mes deux camarades. Nous voici coincés dans cette boîte à chaussures qui pourrait être un ascenseur, sauf qu' il n' y a pas de sonnette d' alarme. Par contre, les lieux sont plutôt bien aménagés: coin cuisine avec réchaud – mais il n' y a plus de gaz –, une table, neuf couchettes, des couvertures en laine, des bidons pleins d' eau. qu' un nous a laissé un sachet de minestrone et quelques bougies. Il y a même un livre de cabane. Mais en ce moment, c' est le dernier de nos soucis! Je saisis à nouveau la poignée, donne un bon coup d' épaule à la porte et me retrouve dehors. Pile poil pour le coucher du soleil: il disparaît justement derrière les cimes de la Valtelline, plongeant dans une lumière chaleureuse l' alpage qui s' étend devant le bivouac, sur le Pass da Canfinal. Une magnifique randonnée de deux jours dans la nature intacte et romantique au sud du Piz Palü. Avant de redescendre vers le val Poschiavo depuis le Pass da Cancian, on peut admirer une dernière fois les splendides sommets du Piz Argient ( à g. ) et du Piz Zupò Photo: Bernar d van Dier endonck Le refuge se dresse, seul bâtiment dans un paysage aride, avec vue sur les sommets escarpés et partiellement couverts de glace du massif de la Bernina et sur le val Poschiavo.

La montée au bivouac

Par cette après-midi de fin d' été, nous sommes partis de Cavaglia, un alpage doté d' une gare sur la ligne Pontresina– Poschiavo, pour atteindre cette petite boîte rouge-orange qui brille dans le couchant. Le chemin suit d' abord le sentier panoramique du val Poschiavo, puis des routes d' alpage jusqu' à l' alpe de Varuna. Il traverse un fossé et atteint l' alpe de Somdoss en passant par forêts et pâturages. On dépasse ensuite la limite de la forêt pour accéder à un paysage alpin. Pendant une courte pause, nous avons découvert deux aigles royaux qui s' éle au-dessus de nos têtes en décrivant de larges cercles. Leurs cris se réver-béraient contre la montagne d' en face. Soudain, ils ont mis fin à leur montée pour s' élancer à travers la vallée. Sur le Pass da Canfinal, inpossible de rater le petit bivouac. Son propriétaire, l' Organizzazione sportiva alpinisti val-madera, l' a érigé à 200 m au nord du col, dans un pré parsemé de rochers. Nous lisons dans le registre que les visites sont rares. Nous sommes seuls, heureusement. Si toutes les places étaient occupées, on se sentirait comme dans une boîte à sardines.

Raccourci ou détour?

Une nuit passée ici permet une balade originale de deux jours à travers le paysage alpin sauvage au sud du massif de la Bernina et du Piz Palü. Pour le deuxième jour, on est libre de choisir son degré d' aventure. Du col, le sentier marqué monte vers l' ouest pour atteindre un replat. Là-haut, sur un bloc de rocher, le nom de notre prochain objectif est indiqué à la peinture rouge: Pass d' Ur. La CN 1: 25 000 feuille 1298 Lago di Poschiavo s' arrête ici même et il n' y a pas de carte suisse pour la zone attenante, mais nous comprenons que ce chemin contourne le sommet appelé Sassi Bianchi. Un guide de la région mentionne cependant un raccourci par un couloir qui monte tout droit sur cette montagne. Nous choisissons cette variante sans chemin ni marquage car du sommet, la vue sur les cimes environnantes doit être extraordinaire. Une petite grimpette sur une barre de rochers et à travers la caillasse, et nous voici en haut. La récompense est un point de vue inhabituel sur des sommets familiers. Le Piz Palü, si fier et si beau vu du nord, se distingue à peine du plateau glaciaire alors que ses voisins se dévoilent dans toute leur splendeur. Le Piz Zupò et l' Argient, couverts de glaciers et de piliers rocheux verticaux, sont, vus Pause obligatoire: ce point, juste après l' alpe de Somdoss, offre une vue incomparable sur le val Poschiavo Le bivouac peut accueillir neuf personnes pour la nuit. Mais si toutes les places sont prises, on se trouve bien à l' étroit. Il faut néanmoins étudier sur la carte l' itinéraire du deuxième jour, car les marquages sont clairsemés On aurait pu s' en douter: à quoi bon la cuisine équipée lorsqu' il n' y a pas de gaz? Heureusement, nous avons amené notre réchaud, ce qui nous évite de manger du riz cru A trois heures de marche de la prochaine localité, on trouve un calme tel qu' il n' existe qu' en montagne. Au-dessus des cimes du Valtelline, le jour cède sa place à la nuit. Autour de la cabane, une légère brise nous rappelle que nous sommes en altitude d' ici, de vraies montagnes. En direction du sud, au-dessus du val Poschiavina, s' étendent d' autres glaciers et des sommets, dont la pyramide du Pizzo Scalino. L' itinéraire de descente passe par une terrasse allongée pour rejoindre le sentier qu' on a quitté auparavant. Il n' est pas difficile à trouver, mais la prudence s' impose car les marquages au pinceau rouge sont peu nombreux et les traces se perdent fréquemment. Heureusement, le ciel est clair: par mauvais temps il serait difficile de s' orienter.

La frontière

Deux heures et demie après notre départ du Pass da Canfinal, nous percevons une odeur de crottes de moutons. Au détour du chemin, nous trouvons le troupeau qui, pile sur la frontière suisse, nous souhaite la bienvenue en bêlant en chœur. Plutôt que de descendre directement sur la Suisse depuis le Pass d' Ur, nous décidons de suivre la frontière italienne pendant une demi-heure jusqu' au prochain col, le Pass da Cancian. La végétation est rare; les marquages rouges et blancs nous mènent à bon port. Arrivés au col, au bord d' un petit lac de montagne, nous admirons une fois encore les sommets avant d' entamer la descente vers Poschiavo. Le temps de marche indiqué sur le panneau est de trois heures et demie. Après avoir crapa-huté toute la journée, ce chemin, en grande partie sur des routes larges et dures, ne nous enthousiasme pas. Nous accélérons donc et mettons une heure de moins que prévu à atteindre la gare. a Bernard van Dierendonck, Zurich ( trad. ) Renseignements généraux Accès: RhB de Coire à Samedan ( horaire n o 940 ), Pontresina ( horaire n o 960 ) et Cavaglia/Poschiavo ( horaire n o 950 ). Itinéraire/Variantes: Cavaglia–Varu-na Daint–Somdoss–Pass da Canfinal– Bivouac Anghileri-Rusconi–Sassi Bian-chi–val Poschiavina–Pass d' Ur da Cancian–Selva-Poschiavo Variantes 2 e jour: au lieu de passer par la brèche, suivre les marquages discrets qui font le tour des Sassi Bianchi. Le passage plus long par l' alpe de Gembré–Lago di Gera–val Poschiavina– Pass da Cancian–Poschiavo est plus facile.

Difficulté/Particularités: T3/T4. Le tronçon entre le bivouac et le Pass d' Ur exige un bon sens de l' orientation car le marquage est parfois épars, voire absent. Couloir raide pour monter à la brèche sur les Sassi Bianchi. Passage d' es sans difficulté ( 5 m ) au début. Descente par des rubans herbeux entre les roches. L' approche du Pass d' Ur exige une bonne visibilité. Temps de marche: 1 er jour: 3–4 h, 960 m de montée; 2 e jour: 6 h, 200 m de montée, 1636 m de descente. Cartes/Guides: CN 1: 25 000, feuilles 1278 La Rösa et 1298 Lago di Poschiavo; CN 1: 50 000, feuille 269 S Passo Bernina ( itinéraire complet ), feuille 278 Monte Disgrazia pour le détour par l' alpe de Gembré. B. van Dierendonck, B. Steinmann, L. Hagmann, Alpinwanderungen Engadin, Südbünden, Editions Werd, 2005. Mario Van-nuccini, Grenztouren im Berninagebiet, Editions Montabella, 1999.

Hébergement/Repas: le bivouac n' est pas gardé, pas de réservations possibles. Restaurant à l' alpe de Selva, tél. 081 844 07 46.

Equipement: bougies, lampe frontale et réchaud conseillés; il y a un réchaud sur place mais à notre passage, il n' y avait plus de gaz. Vaisselle, couverts, casseroles sur place. Il y a des couvertures en laine, mais mieux vaut prendre son sac de couchage. Pas de source au nord-ouest – merci de remplir les bidons d' eau pour les prochains.

Photos: Bernar d van Dier endonck Sur la terrasse qui surplombe le val Poschiavina, on cherche parfois la prochaine balise. Le tracé du chemin contourne les barres rocheuses pour aboutir au Pass d' Ur. Au fond à gauche, le Piz Roseg. Vu du sud, il semble plus rocheux qu' autrement

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