De l'Oberalp au Lukmanier. Portes alpines

De l' Oberalp au Lukmanier

La « Porta alpina » devrait faire entrer la région grisonne de la Surselva dans le nouvel âge des transports. Mais dans un sens, la montagne a toujours été pleine de portes, de portails et de fenêtres. Partons à la découverte de quelques-uns de ces points de passage dans la région de Sedrun.

Tout écolier de Suisse se doit de savoir que le Gothard relie Airolo à Göschenen. Mais même les faits les mieux établis ne résistent pas au progrès: dès 2015, le tunnel de base du Gothard ira de Bodio à Erstfeld, sans passer par Airolo ni par Göschenen.

Sedrun-près-Gothard?

Cet ouvrage rapprochera l' Oberland grison du Gothard: un kilomètre seulement sépare le village de Sedrun de la voie ferrée. Le fait que ce kilomètre soit vertical et consiste en rocher compact n' est pas un problème pour les promoteurs de la « Porta alpina »: un accès souterrain a déjà été creusé près de Sedrun pour la construction du tunnel de base, et il pourrait être transformé en accès public, incluant la Haute Surselva dans le plus grand axe de communication entre le nord et le sud des Alpes. Evidemment, cette connexion passerait sous les montagnes au lieu de les franchir.

De grands cols pour les voyageurs et les marchands

Dans la Cadi, autre appellation de la Haute Surselva, les transports ont une riche et longue histoire. Des « Portes alpines » permettant de franchir les Alpes ou d' y pénétrer, cette région en a toujours eu. Deux de ces passages avaient un statut suprarégional: les cols du Lukmanier et de l' Oberalp. Grâce à son altitude relativement modeste, le Lukmanier fut fréquenté très tôt: passé à 1971 m lors de la construction d' un barrage en 1968, il s' élevait autrefois à 1915 m, et était donc le plus bas point de passage du nord au sud dans les Alpes suisses. Contraire- Le Pizzo Taneda dans le val Cadlimo Photo: Mar co V olken ment à ce qui est le cas au Splügen, au San Bernardino, au Gothard ou au Simplon, la topographie des rampes d' accès du Lukmanier est relativement douce. Les autres cols opposaient aux constructeurs de routes, aux marchands et aux voyageurs des flancs raides et des défilés étroits: c' est pourquoi le Lukmanier était très fréquenté dès le haut Moyen Age. Dès le XIV e siècle, les moines de Disentis développèrent la route et l' hospice, étendant du même coup leur contrôle sur le col. Ils ne purent cependant pas empêcher que le transport des personnes et des marchandises se déplace vers le Gothard, plus central. Le transport international est-ouest pouvant contourner les Alpes par le nord ou le sud, les cols jadis empruntés perdirent en importance. Cependant, un commerce s' établit à l' échelle locale entre Coire, la Suisse centrale supérieure et le Valais, par des routes que parcoururent également des voyageurs célèbres, comme Goethe. D' un côté à l' autre des cols de l' Oberalp et de la Furka, en plus de simples liens de voisinage, subsistaient des liens de parenté. En effet, des Walser venus de la vallée de Conches avaient peuplé la vallée d' Urseren dès les XII e et XIII e siècles. De là, ils avaient franchi l' Oberalp pour s' établir dans la région de Tavetsch, sur le territoire de l' actuelle commune de Tujetsch, dont le chef-lieu est Sedrun. Ils auraient également colonisé une partie du val Medel, qui mène Photos: Mar co V olken Un train portant encore l' ancienne décoration Furka-Oberalp en route pour l' Oberalp, versant uranais La Haute Surselva, ou Cadi: à gauche, la route du col de l' Oberalp Camona da Maighels CAS, 2314 m, devant la chaîne de Ravetsch Une « colonie de cairns » dans le fond du val Maighels Un des nombreux petits lacs de montagne du haut val Maighels de Disentis au Lukmanier. Ces liens ancestraux entre la Surselva et la vallée de Conches sont renforcés aujourd'hui par une liaison ferroviaire. Inaugurée en 1925, la ligne Furka-Oberalp relie Brigue à Disentis en passant par Andermatt. Si depuis 2003, les trains portent le nom clinquant de « Matterhorn-Gotthard-Bahn », l' ancienne appellation « FO », pour Furka-Oberalp, reste en usage sur place.

Des petits cols pour montagnards et randonneurs

Dans son guide CAS sur les Alpes tessinoises, Giuseppe Brenna cite une phrase de l' alpiniste et historien W. A. B. Coolidge: «... les sommets sont l' œuvre de la nature, les cols alpins sont l' œuvre de l' homme ». Cela s' applique également aux petits cols de haute montagne fréquentés par les indigènes. Ces gens ne cherchaient pas à franchir les Alpes, mais simplement à rejoindre la prochaine vallée ou le village voisin. D' où venaient-ils? Où allaient-ils? Parfois, les historiens peuvent nous répondre; dans d' autres cas, ce sont les noms de lieux qui nous donnent des indices.

Entre l' Oberalp et le Lukmanier, on trouve plusieurs de ces « fenêtres alpines ». Prenez le passo Vecchio et la Bocchetta di Curnera, non loin de la capanna Cadlimo: Le passo Bornengo, un des rares cols de la région à être fréquentés régulièrement La nouvelle et l' ancienne capanna Cadlimo CAS, 2570 m Photos: Mar co V olken Plaine alluviale alpine dans le val Cadlimo, avec le cours supérieur du Reno di Medel, un confluent tessinois du Rhin En chemin dans le val Cadlimo en direction du Lukmanier ( invisible sur la photo ). On voit le sommet du Scopi, 3187 m ces deux passages raides, défendus par des glaciers sur leur versant grison, relient la Léventine à l' alp Curnera. En 1540, les habitants de la Léventine avaient acheté au monastère de Disentis le droit d' utiliser ces itinéraires. Chaque année, les bergers menaient leurs troupeaux de Faido/Calpiogna au val Curnera, en passant par Carì, le passo Predèlp, le passo del Sole ( ou passo delle Colombe ) et un des deux passages glaciaires. Pour parcourir sur leurs traces ce trajet de près de 2000 m de dénivelé et 20 kilomètres de distance, comptez au moins dix heures de marche! Mais ne vous attendez pas à voir votre effort récompensé par l' arrivée sur un alpage verdoyant: depuis 1966, l' alp Curnera repose au fond d' un lac, derrière le plus haut barrage des Grisons… Un passage non moins audacieux est celui de la Fuorcla Rondadura, culminant à 2707 m au nord du Piz Rondadura. Cette brèche était empruntée autrefois par des bergers, notamment bergamasques, qui passaient du val Medel au val Nalps avec leurs troupeaux. Dans le guide de Giuseppe Brenna, cette performance leur vaut un point d' exclamation Anciennement, un col de la région était nommé passo di Medels ou passo di Airolo. Ce nom pourrait avoir désigné l' actuelle Bocchetta di Cadlimo, près de la cabane du même nom, ou encore le passo dell' Uomo, non loin du Lukmanier. Quoi qu' il en soit, la dénomination indique des liens entre les communes de la Haute Léventine et la vallée au sud de Disentis. Ce col « perdu » semble avoir constitué une sorte de transversale entre le Gothard et le Lukmanier.

Plus tard, lors des deux Guerres Mon-diales, les montagnes héritèrent d' un rôle de bastion, de cachette et de meurtrière, et d' une aura mythique de château fort. Bien des petits cols de la région sont encore encombrés d' escaliers de pierre, de baraques et de tranchées datant de ces sombres années: des témoins muets de la longue attente de deux guerres qui, heureusement, n' arrivèrent jamais.

Ces cols et ces brèches sont rarement visités de nos jours. Vous risquez de n' y rencontrer que des nappes de brouillard et d' y entendre siffler le vent ou les marmottes plutôt que les randonneurs. Deux kilomètres plus bas, des hommes et des femmes travaillent à la construction d' une transversale alpine nouvelle et plus rapide. Mais pour marcher dans la quiétude, mieux vaut passer par le haut. a Marco Volken, Zurich ( trad. ) Photos: Mar co V olken Un peu avant la Badushütte, 2503 m. De nombreux chemins, anciens et nouveaux, quadril-lent cette région Depuis le pass Nalps, vue en direction du Piz Blas Proposition d' itinéraire Départ: Oberalppass, 2043 m, entre Disentis et Andermatt sur le Matterhorn-Gotthard-Bahn ( cadre-horaire 143 ) Arrivée: passo del Lucomagno ( Lukmanier ), 1971 m, desservi par la ligne de bus Disentis–Lukmanier–Biasca ( F 92O.8 et 60O.73 ) Cartes/Guides: CN 1: 25 000, feuilles 1232 Oberalppass, 1252 Ambrì-Piotta; M. Hunziker, M. Brandt, G. Brenna, Clubführer Gotthard, Editions du CAS, 1995; G. Brenna, Guida delle Alpi Ticinesi 3, Editions du CAS, 1994; R. Kundert, M. Volken, Alpinwandern Zentralschweiz– Glarus–Alpstein, Editions du CAS, 2006; M. Volken, R. Kundert, T. Valsesia, Alpinwandern Tessin, Editions du CAS, 2004 Variante facile Itinéraire: Oberalppass–camona da Maighels– val Maighels–passo Bornengo–capanna Cadlimo–val Cadlimo–passo del Lucomagno Difficulté: T2 sur une grande partie de l' itiné, passo Bornengo: T3. Sentiers de randonnée alpine bien marqués Horaire: environ 7 heures de marche. La course peut être coupée par une nuitée à la camona da Maighels, tél. 081 949 15 51, ou à la capanna Cadlimo, tél. 091 869 18 33 Variante difficile Itinéraire: Oberalppass–Pazolastock– Martschallücke–Lai da Tuma–Piz Badus–Piz Tagliola–Lolenpass–val Maighels–passo Bornengo–capanna Cadlimo–Senda del Tanelin–Senda del Blas–Piz Blas–Senda del Blas–Foppa della Rondadura–passo del Lucomagno Difficulté: T3–T4 en général, T4+ sur l' arête entre le Piz Badus et le Piz Tagliola. Quelques passages de varappe simple. Marquage parfois absent, demande un bon sens du terrain et de l' orientation Horaire: 7–8 h de marche le premier jour, 4 h le second Hébergement: capanna Cadlimo, tél. 091 869 18 33a Badushütte, 2503 m, près de l' alp Tuma Jeu de lumières sur un lac au pied du Piz Rondadura, en descendant vers le col du Lukmanier Les petits lacs de la Foppa della Rondadura restent couverts de neige jusqu' à tard dans l' été; à l' horizon, le Scopi, 3187 m

Voies et sites nouveaux

Vie e siti nuovi

Neue Routen und Gebiete

Informations pratiques Accès: par la route, depuis Lausanne: autoroute A9 direction Simplon, passer par Vevey, St-Maurice et sortir à Martigny puis prendre la route cantonale direction St-Maurice. Bifurquer après Martigny vers Salvan–Les Marécottes. Depuis Salvan, monter à les Granges et continuer en direction de Van d' en Bas. Voir le topo pour les détails. Depuis Brigue: route cantonale, passer par Viège, Susten puis autoroute jusqu' à Martigny. Prendre la route cantonale direction St-Maurice et bifurquer après Martigny vers Salvan–Les Marécottes. En transports publics: depuis la gare ferroviaire de Martigny, Salvan est accessible par le train Mont-Blanc Express. Néanmoins, les sites sont relativement éloignés de la gare. Topos: tous les renseignements nécessaires se trouvent dans Escalades en Bas-Valais de François Roduit, 39 francs chez Look Montagne à Martigny et chez Là-haut Sports de montagne à Sion. Logement: le camping de Van d' en Haut, au bord d' une petite rivière et entouré de forêt, jouit d' une atmosphère paisible. Tél. 027 761 11 26, fax 027 761 19 29, courriel: van-salvan(at)campings.ch Ouvert du 1 er juin au 30 septembre L' offre étant plus que suffisante dans la région, n' hésitez pas à contacter l' office du tourisme de Salvan pour de plus amples renseignements: www.salvan.ch ou tél. 027 761 31 01 Divers: offrez-vous une visite au zoo-piscine des Marécottes, tél. 027 761 15 62, fax 027 761 15 70, courriel: zooreno(at)caramail.com Si vous êtes adepte de promenades dans les gorges, visitez celles du Daillet. La beauté du cadre ainsi que la profondeur des gorges vous laisseront des souvenirs impérissables. Renseignements à l' office du tourisme: www.salvan.ch ou tél. 027 761 31 01

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