De Saleinaz à la cabane Dufour

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Par Edm. Sandoz.

Maintenant que la cabane Dufour s' élève dans le vallon de la Neuvaz, il peut y avoir intérêt à parler de la route qui relie celle-ci à la cabane de Saleinaz.

Jusqu' à ce jour, très rares étaient les touristes qui parcouraient cette contrée, mais dès maintenant cela va certainement se modifier et nombreuses seront les caravanes qui utiliseront ce parcours, soit dans un sens, soit dans l' autre.

Nous avons eu, à l' occasion d' un cours d' alpinisme, le privilège de pratiquer ce chemin, malheureusement par un temps fort douteux, mais qui nous a cependant ménagé assez d' éclaircies pour que nous ayons pu nous orienter suffisamment, De « Saleinaz », le premier but à atteindre est le col de Planeureuse que traversent les excursionnistes des Darreï. Une intéressante variante que nous avons suivie consiste en l' ascension de la Grande Pointe de Planeureuse dont on escalade la partie terminale sur des rochers faciles, du moins par le beau temps, car lorsque nous y fûmes, une tempête de neige ne facilita guère notre tâche, et nous eûmes peine à éviter plusieurs chutes de pierres.

Le versant sud de la Grande Pointe de Planeureuse se parcourt aisément et, en une petite demi-heure, par des éboulis faciles, nous étions au glacier de Planeureuse. De là, il s' agissait d' atteindre un col sans nom se trouvant sur l' arête qui borde à droite le glacier du Darreï. Laissant à notre droite le col de Planeureuse, nous parvenions au di col après une petite montée et après avoir franchi une rimaie qui demanda quelque peu de taille. Nous aurions pu, en traversant le col de Crête Sèche situé plus au sud, nous rapprocher plus rapidement du fond de la vallée, mais outre que nous n' aurions pas eu la jouissance du merveilleux cirque de la Neuvaz, ainsi que l' agrément d' un petit séjour dans la cabane, les escarpements qu' il faut descendre pour aboutir au Val Ferret ne sont pas très commodes et le chemin qui les traverse n' est pas toujours facile à trouver ( voir la « Partie suisse de la chaîne du Mont Blanc », par L. Kurz et Eug. Colomb, page 173 ).

Du col sans nom 1 ) ( environ 3100 m .), notre objectif immédiat était le col supérieur des Essettes situé sur l' arête descendant au sud-est du sommet du Grand Darreï, arête qui se continue par les Pointes des Essettes. Nous rapprochant du flanc du Darreï pour éviter une descente inutile, nous contournions le glacier de Treuz-Bouc dans sa partie supérieure pour atteindre le col après avoir traversé à nouveau une rimaie pas plus difficile que la précédente.

Du sommet du col des Essettes ( 3135 m .), un couloir nous permettait de descendre en longeant les rochers le délimitant à main droite. Après avoir quitté ce dernier, nous nous trouvions sur les névés d' un des multiples bras du glacier de la Neuvaz et la cabane Dufour nous apparaissait. Une descente facile sur le névé, une traversée de moraine et, pour finir, un véritable escalier dans un petit couloir, la cabane était atteinte.

Partis de Saleinaz à 6 h., de la Grande Pointe de Planeureuse à 9 h. et du col des Essettes à midi, nous arrivions à 13 h. 30 à la cabane Dufour dont l' éloge et la situation merveilleuse feront sans nul doute le sujet d' articles ultérieurs dans notre organe.

De la cabane, un excellent chemin conduit en 2—2 h. 1/2 au fond de la vallée, à la Fouly.

Les sommités étaient voilées par les nuées à partir d' environ 3400 m. Mais le peu que nous avons aperçu ce jour-là nous a fait pressentir la vue superbe et le panorama grandiose dont on doit jouir de la cabane: l' immense glacier de la Neuvaz aux nombreuses ramifications, le tout couronné par les dentelures du Tour Noir et des Aiguilles Rouges du Dolent, et enfin la blanche coupole du Dolent lui-même.

En défalquant le supplément de temps que nous avons mis à traverser la Pointe de Planeureuse, la durée du parcours reliant les deux cabanes doit être approximativement de 5 à 6 h. 1/2 de marche et, en sens inverse, l' altitude étant à peu près la même des deux côtés, il ne doit pas y avoir de différence. Seule la traversée des rimaies qui s' aperçoivent moins bien d' en haut que d' en bas doit nécessiter quelques précautions.

Le chemin, très intéressant et varié par suite des différents massifs traversés, est facile et, par le beau temps et dans des conditions normales, des clubistes expérimentés peuvent certainement s' en tirer sans guide.

Nous ne doutons pas que cette nouvelle route qui, non seulement reliera soit « Orny », soit « Dupuis » à « Dufour » par « Saleinaz », mais encore constituera une nouvelle haute route de la partie suisse de la chaîne du Mont Blanc de Champex à la Fouly, contribuera encore à resserrer les liens qui nous unissent à nos chers collègues des « Diablerets ».

Feedback