Du Brienzer Rothorn à Harderkulm. Une randonnée à sensations sur le fil de l'arête

Proposte di gite

Tourentipp

Une randonnée à sensations sur le

fi l de l' arête

Du Brienzer Rothorn

à Harderkulm

Une arête de 20 kilomètres permet de rallier en une journée le sommet du Brienzer Rothorn ( 2349,. " " .7 m ) à Harderkulm, au-dessus d' Interlaken. Contrairement au classique Brienzer Rothorn–Brünigpass, cette escapade de moyenne montagne s' adresse aux alpinistes au pied sûr qui ne craignent pas le vide ( diffi culté T5 ). Sensations garanties!

Au loin, dans le ciel de Brienz, s' envole une épaisse fumée. Semblable à un aimant, elle attire une foule de touristes venus de tous horizons. En deux temps trois mouvements, nous voilà transpor- tés à notre tour par cette marée humaine, nous retrouvant au milieu d' enfants courant dans tous les sens et de touristes écarquillant les yeux devant l' engin qui les emmènera sur les cimes enneigées. Nous sommes en juin et, cette année, la neige est encore bien présente à 2000 m d' altitude. Un coup de siffl et, des passa- gers qui s' agitent, quelques secousses, puis la machine prend la route. Après quelques dizaines de minutes durant les- quelles nous traversons une forêt dense, nous arrivons à Planalp. Des gestes tout droit sortis des temps anciens permet- tent à cette ancestrale mais néanmoins clinquante et ingénieuse machine de se réhydrater et de nous porter vers les sommets.

Berne, Oberwald et Lucerne En prenant de l' altitude, notre vieux train à crémaillère se fraie un chemin à travers un épais brouillard qui nous empêchera de contempler le paysage dépeint dans les dépliants touristiques. Mais peu importe, le plus ancien chemin de fer à crémaillère à vapeur de Suisse nous conduit, quelles que soient les conditions, au sommet du Brienzer Rot- Deux pieds ne suffi sent pas toujours pour l' ascension du Tannhorn Une arête gazonnée pour le moins effi lée Quelques névés restant sur les fl ancs du Gummhorn Photos: P a trice Schr ey er/Outdoorphotogr aphy horn. Célèbre point de vue, il est aussi le point de rencontre des frontières des cantons de Berne, d' Obwald et de Lu- cerne. Nous quittons les foules pour nous diriger vers ce qui sera notre péri- ple de la journée: une arête effi lée à sou- hait qui nécessite du sang-froid et un cœur bien accroché. Bien vite, nous re- marquons que la neige a été plutôt abon- dante cet hiver. De nombreux névés se dressent sur notre chemin et nous obli- gent à rester vigilants. Près de Chruteren- boden, nous apercevons, cachées sous la neige, quelques chaînes le long des ro- chers. Elles doivent certainement, après la fonte, faciliter cette traversée rocheuse. Espérons que la suite de cette randonnée sera moins enneigée! Les mains au secours des pieds Comme pour nous remercier de ne pas avoir rebroussé chemin, le soleil fait son apparition et nous barde de ses plus beaux rayons pour le reste de la journée. Surplombant les eaux turquoises du lac de Brienz, la Brienzergrat nous émerveille pas après pas. Pourtant proches de la ci- vilisation et de ses commodités, nous avons l' impression d' être seuls au monde, ne pouvant compter que sur nous-mêmes pour gérer le vide. Par en- droit, l' arête vraiment étroite ne nous permet pas de relâcher notre concentration. Arrive le pied du Tannhorn, pre- mière grande diffi culté de notre chevau- chée. Le sentier laisse peu à peu place à une sente parfois peu visible qui se faule à travers les abruptes pentes gazon- nées et la rocaille. Deux pieds, pourtant bien entraînés, ne suffi sent pas toujours à escalader l' arête rocheuse. L' appel du sommet grandissant, le recours aux mains s' avère plus qu' utile pour progres- ser effi cacement. C' est également depuis le sommet du Tannhorn que cette ran- donnée prend son envol, tant au sens propre qu' au sens fi guré. Cette arête, nous y sommes et nous n' allons pas la Observation et repos entre les multiples collines du Schnierenhörnli Vue depuis le Gummhorn sur le lac de Brienz Petit regard en arrière pour apercevoir Brienz au loin Photos: Patrice Schreyer/Outdoorphotography L E S A L P E S 9 / 2 0 0 5 quitter de sitôt. Un côté plonge dans les eaux splendides du lac de Brienz, l' autre domine la région de l' Emmental. Paradis des randonnées en peaux de phoque en hiver, l' itinéraire est moins connu en été.

Avancer colline après colline Le sentier s' élargissant et la déclivité di- minuant, nous en profi tons pour nous ravitailler avant l' ascension du sommet suivant: l' Ällgäuhorn. Répit de courte durée pour l' attention remise à l' épreuve lors de l' escalade du sommet du Schnie- renhörnli. Schnierenhörnli, un nom bien Sur notre gauche, les trois bernoises: l' Eiger, le Mönch et la Jungfrau nous accompagnent En route pour le dernier sommet de cette escapade: l' Augstmatthorn Informations pratiques Temps de marche/diffi culté: 8 h – 9 hDiffi culté: T5. Terrain exposé diffi cile, quelques passages d' escalade, parfois sans chemin. Nous conseillons d' effec tuer cette randonnée dans le sens Brien- zer Rothorn à Harderkulm, car la dénivel- lation positive est moindre.

Distance/dénivellation: 20 kilomètres1200 m de montée, 2150 m de descente.

Variantes: possibilité d' ajouter 1 h 45 en redescendant d' Harderkulm à Interlaken.

Possibilités de retraite: du Wannepass sur l' Emmental, de l' Ällgäu Lücke sur l' Emmental ou Brienz, du Gummhorn sur l' Emmental et de Blasenhubel sur Brienz. Dès l' Augstmatthorn, le chemin devient fa- cile et les possibilités de sortir de l' itiné raire sont nombreuses.

Transports: train jusqu' à Brienz puis funi- culaire Harderkulm–Interlaken ( de 9 h à 18 h toutes les demi-heures du 1 er mai au 31 octobre ).

Matériel: de bonnes chaussures de marche, éventuellement bâtons. Prévoir de l' eau en suffi sance car il n' y a pas de possi- bilité de ravitaillement.

Saison: de la fonte des neiges aux pre- mières neiges.

Cartes: CN 1: 25 000 feuilles 1209 Brienz et 1208 Beatenberg.

L E S A L P E S 9 / 2 0 0 5 drôle surtout lorsqu' il est prononcé par un Romand… Hörnli signifi ant petites cornes, nous serions aveugles de ne pou- voir présumer de la suite. Une, deux, trois, quatre, inutile de compter le nom- bre de petites buttes que nous venons de gravir et celles restant à conquérir, nous risquerions de nous décourager. Tel le train à crémaillère avançant dent après dent, nous avalons colline après colline cette arête devenue moins impression- nante, mais dont le paysage ne cesse de nous charmer. S' étendant du Titlis au massif de la Blüemlisalp, en passant par les célèbres Eiger, Mönch et Jungfrau, sans oublier les Wetterhorn, Schreck- horn, Lauteraarhorn, Äbenifl ue et Breithorn, le panorama vaut bien les quelques efforts consentis sur ce Rieder- grat. Le Gummhorn franchi, une por- tion moins aérienne se dresse et la concentration peut enfi n céder la place, pour quelques courts instants, à la contemplation. Enivrés par tant de beauté, nous abordons l' ascension de la dernière grande diffi culté plus aisément. En parcourant les rochers de l' Augstmatt horn, les locataires des lieux ajouteront encore un peu de ravissement à cette es- capade. Déjouant les lois de la gravité, les familles de bouquetins escaladent et dé- valent les roches avec une agilité que les acrobates doivent leur envier.

Finir seuls notre pélerinage Six heures d' une marche en moyenne montagne des plus intéressantes et le dernier sommet, l' Augstmatthorn, est atteint. Au loin se dessine, en ombre chinoise, l' arête effi lée et mamelonnée, terminée par ce qui fut notre point de départ, la gare supérieure du Brienz Rothorn Bahn. La verte prairie de Schönbüel, ses vaches et ses herbages luxuriants nous ramènent en douceur vers la civilisation. Derniers regards en direction de la quinzaine de kilomètres d' une arête le plus souvent aérienne et sans réel sentier avant la descente qui nous emmènera à Harderkulm. Après les pâturages, la forêt et son brin d' om bre nous invitent à continuer notre rou- te. Cette ultime portion, particulière- ment aisée, nous fera croiser la route d' autres marcheurs montés depuis Inter- laken ou ayant emprunté le funiculaire d' Harderkulm. Ayant déjà largement profi té des beautés offertes depuis cette arête, nous ne gravissons pas le sentier menant au point de vue de Rotefl ue. Sans doute aussi avons-nous envie de terminer notre pèlerinage seuls, sans nous mêler aux autres touristes venus admirer cette magnifi que région. C' est avec un ravissement certain que nous atteignons Harder kulm. De là, villes, montagnes et lacs s' esquissent devant nous. Panorama digne d' une carte pos- tale, le paysage qu' offre la région de la Jungfrau est un spectacle fantasmagori- que et une sublime récompensea F l o r i a n e B o s s, Le s G e n e ve y s - s u r- C o f f ra n e Photos: Patrice Schreyer/Outdoorphotography L E S A L P E S 9 / 2 0 0 5 Depuis le sommet de l' Augstmatt, nous apercevons Suggiture, annonçant les pâturages de Schönbüel Un dernier coup d' œil sur les montagnes avant de nous enfoncer dans la forêt nous emmenant à Harderkulm

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