Hard rock aux Mähren

Claude et Yves Remy, Jaman

La culture verticale: faire fleurir les gollots Perdus dans le haut du Pfaffenhuet, au Wendenstock, nous terminons celle qui est à La face sud du Tällistock ce jour l' une de nos plus belles escalades: « Stars away ». Déjà nous dévalons en rappel le fil du pilier sud-est, tout en lorgnant les parois environnantes. A droite, au loin, on distingue l' énorme ventre du Reissend Nollen, tandis qu' à notre gauche se profile la face sud du Mähren, encore vierge d' itinéraire direct.

Imaginez Imaginez une longue falaise calcaire, d' orientation sud, qui s' étend sur plus de dix kilomètres et comporte des sommets culminant aux alentours des 3000 mètres. Parmi eux, le Tällistock et le Titlis. Cette longue muraille, accusant parfois 1000 mètres de dénivellation, entrecoupée çà et là de profondes gorges, présente des pans de rocher et des tours évoquant de gigantesques proues de navires échoués, qui s' élèvent sur 300, voire 400 mètres, rigoureusement verticaux.

Certains ont comparé cet enchevêtrement démesuré de parois à des massifs dolomitiques, et le rocher à celui du Verdon. Mais... peut-on comparer l' incomparable?

Le Wendenstock, appelé plus communément « le Wenden », est un site absolument unique. Il faut y aller pour le croire!

C' est sur cette dernière que nous fixons notre prochain grand projet. Il va nous hanter tout l' hiver...

Par un jour de mai 1989, nous arrivons dans le Gadmertal pour essuyer un violent orage. Le bonjour local, en quelque sorte. Au lendemain matin, le ciel est couvert, les parois sont noires de traînées d' eau. Trop impatients, nous décidons néanmoins de monter, « juste pour voir ». Cependant les sacs sont tout de même volumineux. Une heure trente plus tard nous voici au pied d' un éperon qui nous apparaît comme le donjon d' un château. Dans son flanc gauche on repère les voies de la partie inférieure du Mähren, œuvres du fameux tandem des lieux: Peter Lechner et Kaspar Ochsner.

D' emblée nous sommes entièrement rassurés sur la parfaite qualité de la roche. Alors nous commençons à ouvrir et équiper directement l' itinéraire, en espérant qu' il sera le plus beau et le plus long possible.

Après plusieurs mètres d' escalade, Yves, le leader de notre cordée, arrive à hauteur d' une bonne prise de main. Il profite de placer temporairement un crochet et s' y suspend ( selon la possibilité de l' endroit, pitons, friends ou coinceurs rocks sont aussi utilisés ). Sur le brin de corde laissé libre, il haie précautionneusement la perceuse, puis apparemment sans effort il perce, fixe le gollot et redescend la machine.

Dès lors allégé et assuré, il poursuit dans ce dédale de verticalités. Plus haut, une zone surplombante ralentit son rythme. Il hésite avant de négocier une traversée aérienne entre deux toits. La suite? Elle semble très lisse et déversante. Un vent léger mais frais achève notre volonté; rappels.

Le jour suivant nous voit de retour sous un ciel gris.

Yves quitte le relais par la droite, puis en ascendance sur la gauche s' élève par d' invisi déformations rocheuses. Petits trous, réglettes étroites et pas toujours crochetantes, obligent à une technique sans faille afin d' en une succession de mouvements par- 1 Autres fidèles et amoureux des lieux: M. Pitelka, D.Wei-bel, V.Amman,T. et R. Ulrich, M. Grossen.

fois incertains, où l' homme s' efforce de se faire léger. Mais pour l' instant les pas en libre sont encore fortement assistés d' artificielle. Ouvrir, ce n' est pas parcourir!

Hélas, les caprices de la météorologie nous empêchent de continuer.

Les amoureux du Wenden Ceux qui courtisent le Wenden sont rares, mais l' amour qu' ils témoignent pour « leurs montagnes » est aussi profond qu' intense.

Parlons des plus passionnés: Peter Lechner, Kaspar Ochsner et son amie Ruth Baldinger. Des noms qui probablement ne vous disent pas grand-chose... Et de toute façon, les intéressés ne cherchent pas à être connus, ce sont des gens extrêmement discrets et mo-destes1. Peter Lechner est un « cas »; on dirait qu' entre le Tällistock et le Titlis, tout lui appartient! Il n' hésite pas, avant ou après son astreignant travail ( il possède une excellente boulangerie-pâtisserie dans les environs ), à se rendre dans son massif fétiche pour une demi-journée « d' inspection ». Et lorsqu' on en connaît l' accès, une longue et très raide montée, on mesure mieux la signification de sa passion exclusive pour le Wenden.

Homme d' action, il tire un grand plaisir de ce qu' il fait, mais ne parle que vaguement de ses réalisations, et sans aucun souci d' infor. Cependant, il ouvre inlassablement des voies très importantes par leur ampleur et leur engagement. Pour les équiper, toujours du bas, il emploie du matériel souvent très usagé. Il adore les vieilles cordelettes abandonnées au pied des parois! Et surtout, il jubile lorsqu' il les place dans des lunules. Parfois il fore carrément deux grands trous à la perceuse afin d' enfiler ses reliques, perdant plus de temps et d' énergie que s' il plaçait des gollots. L' inventeur de la mèche courbe, ce serait lui! L' exposition de ses voies est sidérante, même dans du 6c, bien en dessus de points parfois hum... douteux. Ainsi ses voies ont-elles acquis une mauvaise réputation, car lors d' éprouvantes traversées de plus de 10 mètres sans assurage, c' est les nerfs de toute la cordée qui subissent le « style Lechner ». Dès lors, on comprend que les voies de ce génie de l' escalade, né en 1943, soient auréolées d' un mythe qui s' amplifie.

Kaspar Ochsner lors de la première ascension de « Sternschnuppe » ( 4e longueur ) Ruth Baidinger et Kaspar Ochsner habitent également au cœur de la Suisse. Grâce à un emploi lié à la montagne, l' un et l' autre se ménagent la liberté nécessaire à leur dévorante passion, dans ce pays où le sponsoring est quasi inconnu.

Voilà 15 ans que Kaspar a commencé à découvrir les hauteurs qui dominent ces fonds de vallées alpestres. Quelques courses dans d' autres sites confirment ce qu' il sait: il a chez lui, sous la main, tout ce qu' il veut et du meilleur! Des parois de toutes hauteurs, de longues ascensions glaciaires ou mixtes sur de prestigieuses montagnes, du granite et du calcaire inégalables. En 1979, il jette son dévolu, en compagnie de Peter Lechner, sur les puissants escarpements de la chaîne des Wendenstöcke. Une folle passion va alors naître. L' extraordinaire alignement de ces tours verticales a pendant longtemps repoussé les alpinistes. Les itinéraires existants utilisent les rares lignes de faiblesse. En fait, tout reste à faire! Leurs premières voies sont encore inaugurées dans un style « classique », mais les difficultés franchies sont bien plus élevées que celles qu' avaient connues leurs prédécesseurs. Kaspar ne se contente pas que du Wenden; il étend son activité à l' ensemble des Alpes uranaises et bernoises, ce qui le conduit après une dizaine d' années à devenir le plus actif et le meilleur ouvreur de Suisse centrale. Il possède également un palmarès alpin à rallonge, que l'on devine extrêmement important lorsqu' on apprend qu' il a parcouru huit différents itinéraires dans la face nord de l' Ogre local, l' Eiger.

Cet homme doté d' un inaltérable enthousiasme et d' une extraordinaire « force tranquille » est également un véritable artiste d' al; au départ de chacune de ses voies, il peint une illustration qui accompagne chaque nom.

A propos, connaissez-vous cette anecdote? Un jour, Ruth - avec qui il ouvre toutes ses récentes voies - lui propose de passer le jour de Noël dans la face nord de l' Eiger.

- Bonne idée, lui répond Kaspar, on fait la classique, ainsi le soir on est à la maison en famille.

- Ah non! Je veux un bivouac sympa, rien que nous deux en amoureux!

Quand on sait que les désirs d' une femme sont des ordres...

Apocalypse-rock La météo annonce beau fixe sur tout le pays. Notre moral et nos forces sont gonflés à bloc lorsque nous retournons au Mähren en plein été.

L' approche de cette paroi constitue déjà une épreuve. Il faut monter le long de raides pentes herbeuses et de caillasse. Des chamois se déplacent par bonds légers, tandis que nous nous agrippons pour franchir quelques redressements rocheux.

Grimper est un régal, mais hisser le sac devient vite une corvée qui casse le rythme et les bras. La perceuse, deux batteries, 50 gollots plus l' outillage nécessaire, c' est lourd. Heureusement que le sac ne frotte pas trop contre le rocher. Plus haut nous butons sous un énorme surplomb, qui s' évite par la gauche à l' aide de prises franches. Nous croisons une fissure rectiligne au profit d' une dalle compacte, et non sans mal débouchons dans une grotte bien agréable. Par le flanc droit de la grotte, nous gagnons le haut du donjon. Sous un ciel bleu et sans nuage, nous apercevons enfin le reste du « château ».

Une arête facile nous conduit au pied de dalles marquées de nombreuses cannelures.

Leur partie supérieure est surmontée d' un impressionnant bouclier, vraisemblablement le haut de cette diabolique paroi. Un véritable défi d' escalade.

Mais, perdus dans la contemplation de ce monde extraordinaire, nous n' avons pas aperçu au loin quelques nuages qui sont attirés à grande vitesse par la chaîne du Wenden. Un courant d' air frais et humide s' installe, tandis que nous enfilons les vestes. Et quelques minutes plus tard, alors que le fond du Gadmertal baigne encore dans le soleil, ici tout change très vite et devient menaçant.

A regret nous rebroussons chemin, tout en sachant que la descente n' est pas envisageable par notre voie, à cause des traversées et des surplombs. D' un coup, la pluie s' abat avec violence et l'on n' y voit plus guère. De l' épe, Yves descend le long des cordes sous un véritable déluge. Peut-être vaudrait-il mieux attendre que la vallée se remplisse d' eau, ainsi on rentrerait à la nage...

Mon frère réapparaît sur nœuds prusik, écœuré: « Je suis descendu au bout des cordes et j' étais à plusieurs mètres du rocher, dans un monstre dévers. Il faut descendre plus à droite ». Nous revoilà à la grotte. Le piège serait de s' y réfugier; nous poursuivons donc directement la descente par la voie de P. Lechner. Un bruit d' enfer retentit et les éclairs projettent nos ombres par saccades. L' eau collectée crée de gigantesques cascades qui giclent à plus de 10 ou 20 mètres des parois, dans une violence inouïe. Les mouvements désordonnés de l' air et du brouillard emportent dans un brassage hallucinant ce monde devenu apocalyptique.

Suspendus au relais que nous renforçons, nous avons le sentiment d' être bien fragiles, constamment ballottés par la force du vent, complètement trempés et transis. J' aimerais bien voir ici la tête d' un fabricant de « gore-tex »...

A quelques mètres on ne distingue plus rien, et l'on communique encore moins. Vingt-cinq ans de cordée commune représentent en de telles circonstances un atout précieux. Dans la nuit totale, nous atteignons la base du pilier. Mais la folie n' est pas terminée. Il n' y a ici aucun endroit pour se protéger, il faut descendre!

Les raides pentes d' accès sont transformées en un vertigineux toboggan rayé de nombreux ruisseaux qui labourent le terrain et emportent des pierres dévalant de partout.

Le versant sud de la chaîne Mähren-Pfaffe n h u et/We n-denstöcke Bref, nous jouons aux quilles, et c' est quelque peu traumatisés que nous arrivons, bien plus tard, dans la vallée. Ouf!

De plus en plus de moutons dans le tunnel Dans le courant des années 1970, l' escalade libre de haut niveau commence à intéresser un nombre grandissant de grimpeurs. Cependant la qualité du matériel en place n' est pas encore clairement définie; il existe les pitons et les coins de bois, les coinceurs et les gollots. Dès 1980, ces derniers vont s' imposer comme l' accessoire le plus fiable, et du même coup élargir les possibilités d' escalade en dalle.

Photo Claude Remy Les gollots permettent de pousser à l' ex la difficulté pure, et laissent envisager les chutes avec une certaine sérénité. De nombreuses voies sont d' ailleurs infranchissables sans leur emploi. Dans les Alpes, ils apportent une appréciable sécurité en cas de retraite.

Dès le milieu des années 1980 apparaît la perceuse autonome, qui facilite considérablement le forage des trous. Cependant, cette machine a parfois entraîné une consommation excessive de gollots posés à tort et à travers, transformant ainsi certains secteurs de falaises au détriment des voies existantes et de la nature. On regrettera surtout, parmi ces abus, la quasi « destruction » des voies déjà en place, et leur gommage historique. En « façonnant » des voies très protégées, qui croisent et recroisent les itinéraires préexistants ( généralement plus engagés ), on détruit l' âme de ces derniers. L' usager ne sait plus dans quelle voie il grimpe, et ne peut plus s' imprégner d' un style d' escalade en particulier. Espérons que les grimpeurs sauront réagir à cette uniformisation générale.

Autre aberration: poser des gollots dans des itinéraires anciens afin de remplacer les pitons ou pour éviter le placement de coinceurs douteux peut être un acte louable; mais fixer des gollots sur des dalles compactes, franchies en libre par les premiers ascensionnistes, qui ont signé ainsi des performances parfois excep- Perçage pour la pose d' un gollot M 10, au début de la 6e longueur de « Vrenli » tionnelles, apparaît comme un acte scandaleux et régressif. Cette attitude malheureusement fréquente est très inquiétante, car elle fait fi de la signification morale de l' escalade, ainsi que de son histoire. Respecter le passé, c' est se respecter soi-même.

Le diable de concert Prudemment cette fois, nous avons attendu la stabilité d' une haute pression étendue sur toute l' Europe pour revenir du côté du Wenden. En arrivant au pied du Mähren, une surprise désagréable nous accueille: une partie de l' équipement que nous laissons ici durant nos absences a disparu! Mais, juste à gauche, du matériel et des cordes fixes indiquent un nouveau « chantier ». Au vu des nombreuses lunules, c' est signé Lechner, et nous distinguons là-haut nos cordes!

Nous perdons ainsi plus d' une heure à récupérer notre bien, sans trouver nos dégaines. Elles sont remplacées par des antiquités... En remontant, cette fois en escalade, Yves s' évertue à passer notre voie presque tout en libre. Çà et là, nous rajoutons des gollots pour renforcer l' équipement. Soudain, comme par magie, une corde descend du ciel, puis très vite arrive à notre hauteur « l' esprit du Wenden ». C' est Peter qui vient nous engueuler parce que nous avons enlevé « ses » cordes fixes! Heureusement que nous sommes deux pour lui expliquer que ce sont « nos » cordes. Et à propos: « Où sont nos dégaines? » Mais le diable s' envole en quelques poussées sur ses jumars, et gagne le sommet de l' éperon où nous pensions le retrouver. Sacré Peter, disparu aussi rapidement qu' apparu! Par où et comment, c' est un mystère et à ce jour nous n' avons toujours pas nos dégaines. Il paraît que Peter cache, quelque part dans ses « montagnes chéries », un véritable trésor de matériel trouvé ou dérobé aux visiteurs... Vous voilà avertis!

Nous reprenons notre ouverture, et en peu de temps et trois longueurs parmi les plus aisées de l' itinéraire, nous débouchons sur une bonne vire au pied de l' immense mur terminal. Une batterie est coulée, je trie le matériel, tandis que Yves longe la vire à droite. Il revient soucieux et lâche d' un coup: « J' en ai marre, je ne vais pas plus haut, on termine la voie ici! » Mon sang ne fait qu' un tour et il s' ensuit une « discussion » dont le volume sonore fait dégringoler les rares pierres branlantes de tout le massif. Passons, seul le résultat compte: on continue.

Inutile de préciser qu' aucun mot ne fut prononcé ni pour atteindre la prochaine grotte en épuisant notre seconde batterie, ni en redescendant... Ce n' est qu' en arrivant à la voiture que nous nous remettons d' accord en poussant le cassettophone à fond, afin d' écouter « notre bonne musique », du hard rock évidemment. Les groupes comme Motörhead, Iron Maiden, Judas Priest, sont nos classiques, entrecoupés d' Accept, Ozzy ou des nouveautés telles Helloween ou Gun' s Roses. Pour varier nous écoutons aussi le très drôle chanteur et grimpeur américain David Lee Roth ou le guitariste héros de la fin des années 1980, Jo Sa-triani, ainsi que le théâtral Alice Cooper.

Vrenli, la plus belle fille de la vallée La dernière journée passée sur le Mähren en 1989 a failli ne pas avoir lieu. D' abord, fin septembre je suis très occupé par l' organisa du Festival international du film alpin des Diablerets. Lorsque enfin je suis libre et que la météo est favorable, Yves s' endommage un genou, et il doit subir des ponctions régulières, avec risque d' opération s' il ne reste pas tranquille.

Il s' ensuit plusieurs jours de mauvais temps, et d' importantes chutes de neige plâtrent le pays à partir de 1200 mètres. Heureusement, succède à cela une longue série de beau temps.

Fin octobre, nous décidons, malgré la brièveté des jours, de terminer cette voie qui nous tient à cœur. Mon frère subit encore quelques ponctions, et pour la montée il emporte des bâtons de ski. Nous partons « légers », c'est-à-dire sans matériel de bivouac, mais malgré cela nos sacs sont pesants. Vu l' importance de l' itinéraire nous démarrons de nuit.

Peu avant la mi-journée, nous sommes au dernier point atteint précédemment. Tout en progressant nous observons les réelles beautés du paysage, mais nous n' avons pas le temps d' y rêver ni de nous restaurer. De toute façon, rien n' est prévu pour nos estomacs.

Vue depuis la grotte de « Vrenli » Nous gravissons directement une zone fortement déversante, suivie d' une fissure athlétique. Puis des grandes dalles aux déformations superficielles et au rocher rugueux proposent une escalade encore plus délirante qu' en bas. A cela s' ajoute l' ambiance particulièrement grandiose des lieux: les dimensions démesurées de ces parois verticales, ainsi que des lignes fuyantes qui descendent vers la vallée. Tout en bas, les fermes apparaissent bien petites.

Comme déjà dit, ouvrir, ce n' est pas parcourir. La pose des points d' assurage nous contraint parfois à les utiliser comme points de repos ou de progression. Yves, alors intraitable, veut que l'on redescende la longueur afin de la remonter en tête si possible en libre. « Pour une cotation honnête », affirme-t-il.

Inlassablement, nous poursuivons notre quête vers le haut, dans un silence de paix rompu par de rares paroles et le ronronnement incongru de la machine.

Quel privilège de grimper à pareille altitude, à cette saison, en t-shirt et seuls!

Mais l' incertitude de notre « voyage » prend fin avec les derniers rayons du soleil, lorsque nous débouchons sur les grandes vires qui accèdent au sommet, marquant ainsi le terme de notre ascension.

Alors mon frère me déclare: « Connaissant maintenant la voie jusqu' en haut, jamais je ne me serais pardonné de ne pas l' avoir achevée. » Ainsi la moitié de mon sale caractère est soulagé!

« Vrenli » est actuellement notre plus belle escalade. Est-ce l' aboutissement de notre carrière ou seulement une étape?

En bas, au pied du Mähren, une lumière s' allume et une « youtsée » s' élève. C' est notre père, venu à notre rencontre pour nous apporter à manger et à boire.

Renseignements pratiques et techniques Le secteur Mähren—Reissend Nollen possède plus de 50 voies, en majorité importantes, souvent équipées et récentes; presque toutes sont de niveau minimum 6b obligatoire. Ajoutons à cela un certain nombre de projets en cours et d' autres réalisations non répertoriées, qui laissent ainsi subsister dans ce massif un zeste de grande aventure. Nous présentons brièvement ici un choix de voies modernes, équipées, parmi les plus belles et plus longues du massif, et les plus exceptionnelles de Suisse.

A noter l' accès pédestre: 1 heure 30 par de raides pentes; souliers de randonnée vivement recommandés.

Matériel: corde de 90 mètres ( les retours s' effectuent en rappel. ) Rocks pour toutes les voies. Les friends sont indiqués par F. Est indiquée la difficulté obligatoire ( cotation française ), puis celle en libre avec les éventuels points d' aide ( pa ).

MShren Toutes les voies sont d' ampleur et comportent souvent des passages engagés et/ou exposés. Ces itinéraires sont tous réalisables dans la journée, au départ et retour de Wendenalp, mais il ne faut pas traîner!

Choix des 3 plus belles: Œil de Cyclope, Vrenli, Caminando.

1. « Œil de cyclope »: P. Lechner, M. Pitelka et T. Ulrich, 1988/89. 6c/A1 ( 7b ). Longue voie très expo et engagée. Prendre friends.

2. « Vrenli »: C. et Y. Remy, 1989. 6c/A1 ( 7b, 4 pa ). La plus longue des voies du massif présentées ici. Soutenue mais bien équipée.

3. « Sternschnuppe »: R. Baldinger, K. Ochsner et D. Weibel, 1988. 6bA0(6c. Bien équipée, et accessible parmi les voies dures. F 2%.

4. « huit »: R. Baldinger et K. Ochsner, 1987. 6b/A0 ( 6c, même difficulté que Sternschnuppe, mais un peu plus expo et soutenu. F1.

5. « Stars away »: C. et Y. Remy, 1988. 6b/A0 ( 6c, semblable à Sternschnuppe.

6. « Excalibur »: V. Amman et P. Lechner, 1983, 6b. Expo! F 2, 3.

7. « Blaue Lagune »: K. Ochsner et T. Ulrich, 1986. 7a/A0 ( 7b +, 1 longueur ), soutenu et expo! Peut-être la plus belle du secteur Wenden.

8. « Andorra »: M. Grossen et K. Ochsner, 1986. 6bA1 ( 7b+, 4 longueurs! L' avant longueur n' a pas encore été parcourue en libre ). Soutenu et expo.

9. « Elefantenohr »: K. Ochsner et P. Lechner, 1985. 6bA1 ( 7b +, 2 longueurs ); soutenu et expo. F1 Vi, 2.

Gr. Wendenstock ( 3042 m ) PfaffenhuetKl. WendenstockReissend Nollen

-_n; bloc Wendenalp ( 1603 m ) Vl' p "

10. « Jednicka n° 1»:T. et R. Ulrich, M. Pitelka et D. Weibel, 1988. 6cA0 ( 7b+ et 7c, soutenu et expo. F1, 2, 3.

11. « Aureus »: M. Grossen et K. Ochsner, 1988. 6aA0 ( 6b ). La plus accessible; une bonne introduction au Wenden.

12. « Batman »: H. et U. Bühler, 1989. 7a/A1 ( 7bsoutenu mais bien protégé.

Rappel dans « Vrenli » 13. « Carminando »: R. Baldinger, et K. Ochsner, 1989;6bA1 ( 7a, soutenu.

14. « As de cœur »: P. A. Steiner et Fr. Stu-denmann, 1986; 6b/A1 ( 7a, pa ), F1 à 3.

15. « Dingo »: R. Baldinger et K. Ochsner, 1989/90, en cours d' ouverture. Même beauté et difficulté que Caminando.

Indiquons aussi que le pilier sud-ouest du Pfaffenhuet, haut de 600 mètres, est parcouru par la voie de M. Brechbühl et H. P. Trachsel, 1968, une belle « classique » équipée de pitons, 6a/A1 ( 6b ).

Le Reissend Nollen offre également une autre longue voie ( 870 m ), qui remonte une ligne de fissures-couloirs, réalisée en 1976 par E. Gross et W. Kensen. Il s' agit d' une classique, moins belle que le pilier sud-ouest du Pfaffenhuet, équipée de près de 200 pitons, VA1 ( 6b.

Brièvement encore, indiquons que sur la même chaîne, le Tällistock ( premier sommet situé à gauche ), moins haut en altitude et d' accès plus bref, possède quelques voies qui peuvent constituer une intéressante introduction au massif, sans pour autant égaler en beauté et engagement celles du Wenden! Nous conseillons la très belle classique « Inwy-ler-Bielmeier », 1960, 6a/A1 ( 6b, ( nombreuses traversées ) et la voie des « Welsches » ( P. Maillefer et P. A. Steiner, 1983 ) 6b/A1 ( 6c.

A l' extrémité droite se trouve le Titlis ( 3239 m ), point culminant de la chaîne. Le pilier sud-est, ouvert en 1960, est une vieille classique mixte, équipée de pitons ( rocher parfois douteux ). Les deux voies modernes situées à gauche n' ont pas remporté le succès escompté. Il faut préciser que l' éloignement et la sauvagerie des lieux sont encore plus marqués qu' au Wenden, et le rocher moins bon.

Signalons encore que la voie « Truth of human desire » n' est ni aussi dure ni aussi engagée que les premiers ascensionnistes l' ont annoncé.

Vifs remerciements aux « amoureux du Wenden » pour l' aide qu' ils ont apportée à la rédaction de cet article: Ruth Baldinger, Kaspar Ochsner et Peter Lechner.

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