III. Dix-neuvième compte-rendu du Comité central du Club Alpin Suisse (1882)

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

III. Dix-neuvième compte-rendu du

Comité central du Club Alpin Suisse Année 1882.* )

Messieurs et très honorés Collègues, Le règlement et l' usage m' obligent à vous présenter un rapport succinct sur la marche des affaires auxquelles s' intéresse le Club alpin et sur les objets qui ont été en délibération dans l' Assemblée des délégués des sections, hier après-midi.

Il n' y a rien eu de bien nouveau dans l' histoire du Club alpin, pendant l' année qui vient de s' écouler. Il est aujourd'hui à peu près ce qu' il était il y a un an. Le nombre des membres est de 2591, ainsi que vous le verrez par un catalogue qui sort de presse ( Mitglieder-Verzeichniß, etc., juin 1882 ). Le rapport annuel de l' année dernière en accusait 2574. 11 y a donc, en 1882, 17 membres de plus qu' en 1881. Cette augmentation est due principalement à la formation d' une nouvelle et 29 me section, celle de Bienne, qui compte déjà 46 membres, et qui paraît disposée à travailler avec fruit. Nous lui souhaitons la bienvenue. Dans les anciennes sections, le chiffre total des entrées n' a pas compensé celui des sorties. Une seule section est restée stationnaire, celle du Rossberg, avec 19 membres. Dix sections ont augmenté, savoir: Berne {185 — 191 ), Oberaargau ( 32—34 ), Oberland ( 106— 107 ), Neuchâtel ( 79—86 ), Mythen ( 21 —24 ), Toggenburg ( 20—21 ), Titlis ( 19—20 ), Monte Rosa ( 77—81 ), üto ( 312—318 ) et Winterthour ( 66 — 70 ). Toutes les autres ont subi une diminution plus ou moins sensible: Aarau ( 17—16 ), Zofingen ( 44—38 ), Sentis ( 60—57 ), Bâle ( 124—117 ), Blumlisalp ( 30—26 ), Burgdorf ( 31—29 ), Wildhorn ( 23—20 ), Moléson ( 108—103 ), Oenève ( 371-359 ), Tœdi ( 97—96 ), Rhœtia ( 113— 112 ), Pilate ( 96—84 ), S'-Gall ( 102—101 ), Alvier ( 32—27 ), Gothard ( 51—48 ), Diablerets ( 273-266 ) et Bachtel ( 66—64 ). En somme, dans les anciennes sections le chiffre des sorties l' emporte de 29 sur celui des entrées. Dans la plupart des cas, la diminution est due à des circonstances accidentelles, et il n' y a pas lieu à l' attribuer à quelque cause générale. On aurait pu craindre quelque suite fâcheuse des discussions de l' année dernière. Si un effet de ce genre s' est produit, c' est à un degré si faible qu' il en est presque inappréciable. Nous en félicitons le Club alpin, et nous y voyons une preuve de sa vitalité. Il constitue évidemment une association trop fortement unie et reposant sur des bases trop solides pour qu' un dissentiment passager, dût-il même en résulter de vives contestations entre deux partis presque égaux, puisse porter atteinte à son développement normal.

Parmi les compagnons qui nous ont quittés depuis notre dernière réunion à Bâle, plusieurs sont sortis 36 du Club pour n' y plus rentrer, et en laissant au milieu de nous des vides difficiles à remplir. Nous avons perdu, entre autres, un des vétérans de la génération d' Agassiz, un des hommes dont le nom seul nous faisait honneur, M. Edouard Désor, de Neuchâtel. Notre prédécesseur, M. Rod. Lindt, lui a déjà rendu un juste hommage dans un post-scriptum de son rapport de l' année dernière. /Jahrbuch, 1881-1882,, pag. 549. ) C' est pourquoi nous nous bornerons jourd' hui à ce simple rappel. L' œuvre accomplie par cet infatigable travailleur fera nécessairement l' objet de quelque étude propre à être publiée sous les auspices des sociétés qui s' honoraient de le compter parmi leurs membres. Le Club alpin ne sera pas le dernier à remplir ce devoir de piété. Donnons aussi une pensée à M. Binder, de la section Uto, rédacteur de l' Alpenpost. Le Club alpin faisait une part de sa vie; personne ne s' y intéressait et ne s' en occupait plus que lui, et il lui a rendu de réels services par la manière intelligente dont il comprenait ses devoirs comme rédacteur d' un journal, organe officieux, sinon officiel, des sections où domine la langue allemande. Donnons enfin une pensée à ce jeune homme de la section de Berne, M. v. Rütte, qui vient d' augmenter d' un nom la liste des victimes que les Alpes ont faites cette année, et qui ne se doutait pas qu' il allait payer si cher son goût pour la montagne lorsque, il y a quelques jours seulement, il recevait de notre caissier central ses insignes et son diplôme de membre du Club alpin.

Un proverbe dit que l' argent est le nerf de la guerre. Heureusement que nous n' avons pas de guerre en perspective, car ce n' est pas de nerf que nous faisons provision en ce moment. L' année dernière a, pour longtemps, terminé l' ère des boni. Elle a vu la fortune du Club s' augmenter d' une centaine de francs. Cette année, il y aura un déficit, qui, autant du moins qu' on peut le prévoir dès aujourd'hui, s' élèvera à environ fr. 4000. Les raisons en sont consignées dans notre circulaire de fête, et je crois inutile d' y revenir. Après les vaches grasses, les vaches maigres. Le temps des vaches maigres est celui de l' économie. Nous le rappelons à tous nos collègues, et nous ferons nos efforts pour ne pas l' oublier nous-mêmes.

Le Comité central a voté cette année deux subsides pour des cabanes nouvelles, savoir fr. 600 pour une cabane à la Scesaplana, sur le territoire de la section Rhsetia, et fr. 1200 pour la cabane du Bergli, dans l' Oberland, qui demandait à être entièrement reconstruite. A propos de cabanes, je vous rends attentifs à une exposition que vous trouverez dans une salle voisine. C' est l' exposition de nos cabanes à Salzbourg, à propos de la réunion internationale des Clubs alpins qui a eu lieu dans cette ville. Ceci me rappelle que je vous dois un mot sur les rapports que nous avons soutenus avec les associations étrangères qui poursuivent sur un autre terrain un but analogue à celui que nous nous sommes proposé en Suisse. Ils ont été aussi excellents, aussi pleins de cordialité que possible avec tous, sans exception, et principalement avec les sociétés allemandes et autrichiennes. Si je mentionne ces sociétés d' une manière spéciale, c' est que nous avons été appelés à entretenir avec elles des relations plus fréquentes. Le Club alpin suisse a été représenté à Salzbourg par un délégué officiel, M. le professeur Forel, qui y a fait, avec un plein succès, un rapport développé sur la question des glaciers, en général, et plus particulièrement sur les travaux entrepris au glacier du Rhône. Deux membres du Comité central, MM. de Constant, vice-président, et Cart, secrétaire, ont également assisté à cette brillante réunion, et ils ne peuvent assez se louer de l' accueil qui leur a été fait. Peut-être se rappelle-t-on que certaines propositions, tendant à constituer une fédération internationale des Clubs alpins et autres sociétés analogues, devaient être discutées à Salzbourg. Nos délégués avaient reçu à ce sujet des instructions précises, en vue de sauvegarder notre indépendance. Ils n' ont pas eu besoin d' y recourir pour la défendre. Ces propositions ont trouvé peu d' écho, et tout porte à croire qu' elles n' aboutiront à aucun résultat, du moins sous leur forme actuelle.

Je ne trouve guère d' incident particulier à noter dans le développement de notre activité. L' entre des assurances pour guides n' a pas donné de résultat nouveau. Les chiffres sont à peu près les mêmes que l' année dernière. Le nombre des guides assurés est de 144, presque tous Bernois, pour une somme totale de fr. 354,000. II est fort à souhaiter que cette institution réussisse et prenne un développement qui corresponde aux services qu' elle pourrait rendre. Le Comité central s' y emploie de tout son pouvoir, ainsi que le prouvent les propositions soumises hier à l' Assemblée des délégués, tendant à mettre au bénéfice de l' assurance les guides des cantons où il n' existe pas de patente officielle. Nous prions instamment les comités de section, et particulièrement ceux des sections de montagne, de faire leur possible pour que les guides de leur ressort soient informés des facilités qu' ils trouveront à participer à l' assurance. Il faut surtout qu' ils ne comptent pas sur des secours, en cas d' accident, autrement que par la voie régulière ouverte à tous, qui est désormais celle de l' assurance. Il faut qu' ils sachent que le Club alpin envisage le sacrifice qu' il s' impose en payant une part de leur prime comme l' équivalent de ce qu' il dépensait autrefois en dons et contributions charitables. Tout guide qui peut s' assurer et ne le fait pas, risque de faire retomber sur sa famille la peine de sa négligence.

Peter Egger, de Grindelwald, est le dernier pour lequel il ait été consenti une exception à cette règle, et cette exception confirme la règle. Il s' était assuré pour la saison' d, soit jusqu' au 1er octobre. L' ac fatal est survenu quelques jours après ce terme écoulé, et dans une course entreprise pour le service du Club alpin. Mon prédécesseur, M. Lindt, a rendu compte dans son rapport de l' année dernière ( Jahrbuch, 1881—1882, pag. 545 ) des premiers résultats de la collecte ouverte en sa faveur. Elle a produit une somme totale de fr. 7440 ( fr. 6401. 55 du Club alpin suisse, y compris fr. 500 de la société d' as Zurich; fr. 530 de Clubs alpins étrangers, sections ou membres; le reste de particuliers ). La section Oberland a été chargée de s' entendre avec la famille pour le meilleur emploi à donner à cette somme, qui a servi, essentiellement, à racheter de la masse en liquidation une maison et quelques fonds de terre attenants. Ainsi la veuve et les orphelins auront au moins un toit. Je suis chargé d' être ici, auprès de tous les donateurs, l' organe de leur vive reconnaissance.

Les cours de guides n' ont pas été nombreux cette année. Il y en a eu un, sous la direction de M. le professeur Wolff, à Stalden en Valais. Il a été fait conformément au programme officiel et fort suivi; les examens par lesquels il s' est terminé ont été jugés satisfaisants, à peu d' exceptions près. La caisse centrale a alloué un subside de cent francs. Espérons que cet exemple sera contagieux. Les résolutions votées hier pour admettre au bénéfice de l' assurance, sans autre patente, les guides qui auront subi certaines épreuves et offriront certaines garanties, doivent encourager les sections montagnardes à s' intéresser plus vivement que jamais à l' instruction des guides de leur ressort.

L' Annuaire a paru dernièrement. Vous l' avez vu. Il témoigne du soin et du zèle avec lesquels le rédacteur, M. Wseber, de Berne, continue à remplir sa tâche annuelle. La matière y abonde, et les morceaux d' un intérêt durable n' y sont point rares. Une observation, cependant, a été présentée. On a trouvé que l' illustration pourrait en être plus riche, plus artistique. Le Comité central verra si quelque amélioration pourrait y être introduite; mais il ne sera guère facile de faire prochainement tout ce qu' on voudrait, tout ce qu' il faudrait faire, peut-être. Des amélioration coûteuses supposent des finances plus prospères que ne le sont celles du Club alpin suisse.

L' Itinéraire a été fort en retard. Il s' agissait d' un territoire étendu, difficile, presque ignoré. M. de Fellenberg a voulu en faire l' objet d' un travail complet, ce qui l' a obligé à des études approfondies et l' a forcé à dépasser de beaucoup les limites ordinaires de ces publications. C' est presque un volume. Il a dû recourir aussi à des collaborateurs, qui, malgré leur bonne volonté, n' ont pas toujours été prêts au moment fixé. Ces causes, et d' autres encore, expliquent suffisamment un retard que l' auteur a été le premier à regretter. Nous croyons que tous ceux qui liront ou consulteront son ouvrage lui pardonneront de le leur avoir fait attendre. Il n' a rien été publié de plus complet, jusqu' à présent, sur aucun territoire des Alpes; c' était un véritable service à rendre aux alpinistes que de leur débrouiller ce coin de terre, un service d' autant plus méritoire qu' il était moins connu et que le dédale alpestre y est plus enchevêtré que partout ailleurs.

Les travaux au glacier du Rhône suivent leur cours régulier, conformément au programme arrêté d' un commun accord par le Gletscher-Collegium et par le Bureau topographique fédéral, et approuvé par votre Comité central. La direction en a été confiée à M. Held, un des ingénieurs du Bureau topographique. Nous sommes assurés qu' elle est en bonnes mains. Le Gletscher-Collegium, qui continue h remplir ses fonctions avec zèle et régularité, est unanime à rendre hommage à ses connaissances et à ses aptitudes. D' après les dernières nouvelles, tout allait bien, et l'on peut espérer que cette campagne aura un plein succès malgré que le temps n' ait pas été favorable. On doit achever cette année le levé

Il ne me reste qu' à dire un mot des décisions prises hier dans l' Assemblée des délégués.

Les comptes de l' année 1881 ont été approuvés. MM. Trümpi - Blumer, de Glaris, et Schelling, de Neuchâtel, ont été nommés réviseurs pour ceux de l' année 1882.

Nous étions dans l' embarras, hier, au sujet de la fête pour l' année prochaine. Aucune section de la Suisse allemande n' en réclamait l' honneur; nous y avions même éprouvé des refus positifs en faisant de discrètes ouvertures. Il s' était bien présenté une section de la Suisse française, mais éventuellement et pour le cas seulement où il n' y aurait pas de section allemande sur les rangs. Cette réserve était naturelle. Il est de règle que nos fêtes aient lieu tour à tour à l' est et à l' ouest, au nord et au sud, au centre et aux extrémités, dans les sections de langue allemande et dans celles de langue française. Deux fêtes de suite dans la Suisse française, cela eût été sans précédent. Nous avons donc proposé à MM. les délégués d' ajourner la question jusqu' au 1er janvier, de manière à laisser aux sections, qui le pourraient et le voudraient le temps de produire leurs offres. Si, au Ie' janvier, aucune offre ne nous était parvenue de la Suisse allemande, nous, aurions accepté l' offre éventuelle faite par une section romande. J' ai le plaisir de vous annoncer que cette proposition a produit immédiatement le résultat que nous en espérions. La section de Berne demande la fête pour l' année 1883, et propose pour président de fête M. Rod. Lindt, à Berne, ancien président central.

Sur les questions relatives à la part de la contribution à verser dans la caisse centrale, à la surveillance et à l' entretien du mobilier des cabanes, et à l' assurance des guides, toutes les propositions du Comité central ont été adoptées sans modification.

Il en a été de même pour la participation du Club alpin à l' Exposition nationale à Zurich. Le crédit accordé à cet effet à la caisse centrale a été fixé à fr. 3000, et des pleins-pouvoirs nous ont été donnés pour en faire le meilleur usage possible. Maisr ainsi que nous le disions hier dans un message lu à l' Assemblée des délégués, le Comité central entend n' être pas seul à supporter toutes les dépenses que nécessitera l' Exposition. Outre le concours des amateurs, des collectionneurs, des spécialistes, des industriels, nous attendons celui des sections, et tout d' abord celui de la section de Zurich. Les avantages qu' elle retirera de l' Exposition, dont elle jouira dans des conditions particulièrement favorables, qu' elle aura chez elle, l' intérêt qu' elle prend à tout ce qui regarde le Club alpin, ses ressources, son esprit de dévouement, l' occasion unique enfin: tout l' oblige à un sacrifice exceptionnel. Ce devoir est senti et sera rempli. Les sections qui ont leur siège non à Zurich même, mais dans le canton de Zurich, comprendront aussi que l' Exposition attend d' elles une marque de sérieux intérêt. Il en sera de même, nous l' espérons, non seulement des sections qui, par leur proximité de Zurich et leurs relations d' affaires avec cette ville, sont naturellement appelées à lui prêter un concours plus efficace, mais de toutes les section*. Nous estimons que chaque section doit tenir à cœur d' envoyer à Zurich un objet au moins, qui soit sa contribution collective, qui porte son nom et atteste sa présenee. Chaque section doit ouvrir une souscription parmi ses membres ou voter un crédit dans ce but, chacune selon sa position et ses ressources. En un mot, nous envisageons l' Exposition du Club alpin comme devant être notre œuvre commune, l' œuvre combinée du Comité central, des sections et de leurs membres, et nous le leur mettons sur la conscience.

Enfin, la proposition de Neuchâtel relative aux démarches à faire pour obtenir des Compagnies de chemin de fer une réduction de prix en faveur des membres du Club alpin voyageant par groupes ou individuellement, a été adoptée. Le Comité central a été chargé de faire le nécessaire.

J' ai épuisé la série des objets sur lesquels je devais appeler un moment votre attention. Il ne me reste qu' à faire des vœux pour la prospérité du Club alpin. Sa fortune n' est pas destinée à s' augmenter, du moins prochainement; mais il peut grandir d' une autre manière, en zèle, en activité, en dévouement à l' intérêt public: c' est ce que nous lui souhaitons.

E. R.

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