Impossible!

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Pierre Vittoz, Lausanne

L' été nous a ramené un sport parmi les plus récents: le ski sur les pentes les plus raides des grandes montagnes. On a vu des photos extraordinaires, dont quelques-unes sont d' ailleurs outrageusement penchées; mais même les plus honnêtes de ces documents font frissonner des chevronnés de la montagne.

Penser que Saudan est descendu en quatre heures d' un grand sommet himalayen! Qu' il a passé en glissant et en évitant de s' accrocher là où certains étaient fiers d' avoir tenu avec piolet et crampons.

Suivant que vous lisez ces récits dans votre quotidien ou dans une revue spécialisée, le vocabulaire change. Le point de vue aussi. Le journal parle de « skieurs de l' impossible » et laisse deviner une vitesse folle. Exaltation de journalistes en mal de copie? Plus probablement désir de sensationnel chez les lecteurs, puisqu' on a le journalisme qu' on mérite.

La revue parle de « ski de couloir », et met le skieur au deuxième plan. Bien sûr qu' il existe un vedettariat parmi les alpinistes. Bien sûr aussi que le danger est reconnu - quoique l' accident soit rare, grâce à un entraînement et une sûreté technique dont on n' a guère idée. Mais le ton est autre, et surtout la revue alpine évite le terme d' impossible. On en a tant vu depuis cinquante ans, depuis dix ans!

L' exploit d' aujourd sera bientôt dépassé, oublié. Tout le monde le sait. Et pourtant nous en faisons grand cas. Par journalistes interposés, nous couvrons de gloire un jour une skieuse, le lendemain un cycliste, puis un footballeur. Probablement par transfert psychologique, parce que nous avons besoin d' un impossible, et besoin aussi d' une réussite sur l' impossible. Peut-être aussi parce que nous n' avons plus, chevillé au corps, une certitude au-delà de notre vie, et qu' alors, à défaut d' éternité, nous manifestons ainsi notre soif de dépasser la condition humaine.

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