La chute

Alex Christen, Altdorf

Nous venons de descendre l' arête nord du Weisshorn. Une course qui nous a demandé beaucoup d' efforts, mais qui nous a aussi beaucoup apporté. Nous voici maintenant, mon camarade de Genève et moi, sur la large selle neigeuse d' où on monte 12 Stebler, F.G., Sonnige Halden am Lötschberg. Beilage zum Jahrbuch des SAC, XLIX. Berne 1913, p. 101, fig. 34.

13 Tegethoff, E., op.cit ., pp. 137-166.

14 Grellet, P., Pérégrinations valaisannes de la Furka au Léman. Société d' histoire du Valais romand. Sion ig6o, p. 231; Ritz, R., Über die Ortsbenennung und Sagen des Eringerthal, Jahrbuch des Schweizerischen Alpenclub. Berne 1869-70. Berne 1870, p. 377; Duby, H., Saas-Fee und Umgebung. Berne 1946 ( rééd .), p. 91; Loup, R., Contes de Grimentz- Cahiers valaisans de folklore, 4. Genève 1928, pp. 7-12, Les sorcières et les fées; Carroz, U., Contes d' Arbaz Cahiers valaisans de folklore, 6. Genève 1928, pp. 7—12, Les sorcières et les fées; Luyet, B., Contes de Savièse. Cahiers salaisans de folklore, 7. Genève 1929, pp. 35-30, Les fées.

15 Constantin et Désormaux, Dictionnaire savoyard. Paris/An-necy 1902, p. 189.

16 Bertrand, JB., Le folklore de St-Maurice. Cahiers valaisans de folklore. Sierre 1935, pp. 29-31; Gielly, G. de, La grotte des Fées de St-Maurice ( Valais ). Vevey 1865. D' après le comte de Seyssel, à Virignin ( Bresse ) ilexiste une « grotte des fées » dans laquelle on aurait découvert des armes et des bijoux sarrasins. Seyssel, Cte M. de, Deuxième Royaume de Bourgogne et les empereurs. Bulletin de la Société « Le Bugey », I. Belley 1909, pp. 23-24.

" Reinach, S., Cultes, mythes et religions, III, p. 388; Gras, C, Essai de classification des monuments préhistoriques du Forez- IS Tournier, J., L' oliphant des Portes. Les Sarrasins dans le Bas Bugey. Le Bugey. Société scientifique, historique et littéraire, XVII, ig. Belley, septembre 1925, p. 507; Manabréa, De la marche des études historiques en Savoie. Chambcry 1839, pp. 54-55- par une pente assez douce au Bishorn. C' est parla que passe notre itinéraire de descente, nous le savons.

Mais le soleil de l' après nous brûle impitoyablement. Nous sommes au début d' août. De- puis des semaines déjà, un ciel valaisan d' un bleu profond, sans un nuage, s' étend au-dessus de nous. C' est donc sans enthousiasme que je m' engage dans la contre-pente. J' ai de la peine à avancer. La neige est ramollie, si bien que j' enfonce à chaque pas jusqu' aux chevilles. Je regarde si mon camarade me suit. Mais il n' a pas quitté l' endroit on nous avons fait une pause, et il me dit avec quelque hésitation:

— En fait, on n' est pas oblige de remonter sur un quatre mille. On peut aussi descendre directement sur la cabane de Tracuit.

J' accueille favorablement sa proposition, et nous examinons la situation. La pente de glace file vers le glacier sur trois cents mètres, très raide, parfois proche de la verticale, à ce qu' il me semble. Loin au-dessous de nous, de nombreux touristes bronzent près de la cabane. Notre entreprise paraît un peu osée, même si je constate, plus ou moins consciemment, que notre voie de descente est bordée à droite par des rochers et se termine sur un glacier plat. Mon ami me rassure:

— On est bien descendu sans encombre, l' autre jour, du Tiefenmattenjoch!

En effet, nous avons emprunté aussi un versant glacé pour descendre de la Dent d' Hérens.

— On va montrer aux gens là-dessous comment on descend une pente de glace! fait mon ami, un peu fanfaron. Et il s' engage pour la première longueur. La neige dure nous oblige rapidement à chausser les crampons. C' est maintenant à mon tour de prendre la tête. Je descends prudemment un ressaut derrière lequel je disparais aux yeux de mon compagnon. Le névé est ici dur comme de la pierre, et les crampons peuvent à peine y mordre. J' ai du mal à installer un relais. Alors je crie à mon camarade:

- Ça ne va pas, il faut revenir sur nos pas!

Mais une réponse me parvient:

—Je viens voir!

Et il vient en effet, mais pas comme il l' avait prévu. Il dégringole du ressaut et file comme une flèche vers l' abîme.

Vite! me retourner, sauter loin de la paroi! Mais déjà la corde me précipite la tête en bas dans le vide. Par un effort désespéré, je réussis d' abord à me remettre dans la bonne position. Puis la corde me retourne à l' envers. Un second essai réussit. Mais mes forces sont épuisées, je m' abandonne sans résistance à cette course folle. Je ne trouve plus mon souffle, je crie. La rimaye s' ouvre au-dessous de moi, je vole par-dessus. Enfin la glissade s' achève!

Après avoir repris mes esprits, je prends conscience de ce qui est arrive, et je suis heureux de constater que je suis vivant. Et mon camarade? Je lève la tête pour regarder en arrière, là où il doit se trouver. Lui aussi, il lève la tête et me dit en riant:

- Au moins nous sommes en bas!

Au fond, ça ne s' est pas si mal passé! Certes, mes habits sont déchirés et la peau de mes bras et de mes jambes est sérieusement râpée. Je saigne et j' ai mal. Mais je n' ai rien de grave. Mon camarade est moins bien arrangé. Il s' est foulé les deux chevilles. Son piolet est resté dans la rimaye ou quelque part plus haut. Il faudra des bras secourables et le mulet d' un berger pour le ramener dans la vallée.

Le lendemain, je fais soigner mes blessures par le médecin de St-Nicolas, puis je monte le chemin raide et caillouteux de Grächen pour rendre visite à mon camarade d' école, le pasteur du lieu. Assis devant sa maison, nous sirotons un verre de Malvoisie. Loin au-dessus de nous, sur l' autre versant de la vallée, se dresse majestueusement dans le soleil couchant le Bishorn, ce quatre mille que nous avons dédaigné.

Tout cela s' est passé il y a fort longtemps - pi' s de quarante ans! Mais, dans mes souvenirs, c ite aventure reste bien présente - autant que les ,non-tagnes du Valais.

Tradui' par A. Rigo

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