La Conquête du Mont Logan.

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

La Conquête du Mont Logan.

A 8 heures du soir, le 23 juin 1925, la caravane de l' expédition du Club Alpin Canadien atteignait le sommet du Mont Logan, 6033,4 m. au-dessus de la mer, après un trajet de 80 km. de glacier. Cette montagne est la plus haute du Canada et la deuxième du continent ( le Mont McKinley, dans l' Alaska, a une altitude de 6218,8 m. ).

Elle est située dans l' angle sud-ouest du territoire Yukon, à 42 km. nord-est du Mont St-Elie ( 5471 m ., sur la frontière Canada-Etats-Unis ), à 34 km. de la pointe la plus proche de la frontière à l' ouest et à 120 km. de l' océan Pacifique. Bien que visible de la mer à plus de 200 km ., le Mont Logan était inconnu qu' en 1891, quand il reçut son nom en l' honneur de Sir William Logan, fondateur et ancien directeur du « Geological Survey of Canada ». La région est la plus glaciale du monde entier et comporte plus de 3300 km2. Le Mont Logan, roi de toute la région, s' élève à 4300 m. au-dessus des glaciers, et son massif peut être regardé comme le plus grand du monde entier. Au nord et au sud, la montagne a des parois de quelques milliers de mètres tellement à pic que la neige ne peut pas y rester, et à l' est et à l' ouest, il y a deux sommets subsi-diaires, le McArthur Peak ( 4376,9 m .) et le King Peak ( 5206,6 m. ). Si la montagne même était coupée au niveau de 5000 m ., on lui trouverait 18 km. de longueur, pendant que le glacier principal, au nord, le Logan glacier, a plus de 7 km. de largeur et plus de 80 km. de longueur —et il y a des dizaines d' autres glaciers partout.

L' ascension du Mont Logan avait depuis longtemps tenté les alpinistes de premier ordre, mais la victoire finale fut due surtout à une préparation admirable, à une réelle bonne fortune aux moments périlleux, à une adresse merveilleuse et à une résistance héroïque.

Des préparatifs minutieux pendant les mois de février et mars avaient rendu possible le succès de l' expédition. En février, l' ensemble de l' expédition — composée de six hommes, six chevaux, deux grands traîneaux, six petits traîneaux, chacun de sept chiens, avec 9½ tonnes de provisions — quittait la côte de la mer pour établir les huit « camps » sur la montagne. Le temps était froid à souhait: 45° Fahrenheit au-dessous de zéro en février et 35 ° au-dessous en mars. La route était très difficile à frayer. Après 140 km. sur terre, il y eut 70 km. sur les glaciers Chitina, Logan et Ogilvie, et dans un certain endroit, il y avait presque 3 km. à passer sur une étroite vire déglace, très périlleuse pour les chiens ( les chevaux avaient été laissés à l' entrée du glacier ). Pendant une nuit, une avalanche tomba près du groupe, qui, heureusement, en fut quitte pour la peur.

M. H.F. Lambart, du Club Alpin Canadien, fonctionnaire de l' adminis canadienne, qui était le chef-adjoint de l' expédition, donne dans le « National Geographie Magazine » un admirable récit de l' ascension. Le Mont Logan est tellement au nord qu' il arrive à avoir comme température 30° Fahrenheit au-dessous de zéro même en plein été. Mieux encore, il est LA CONQUÊTE DU MONT LOGAN.

toujours balayé par de forts vents glaciaux. Pour donner une idée du massif, ajoutons que sur le Mont Logan, à plus de 5000 m. d' élévation, il y a un massif de plus de 72 kilomètres carrés d' étendue.

Il est impossible de rendre compte des difficultés, des tourmentes, des crevasses, de la basse température qu' eut à surmonter cette Odyssée alpine, mais il faut noter qu' il fallut 44 nuits de bivouac sur les quatre glaciers ( Chitina, Logan, Ogilvie et King ) à ces alpinistes entraînés et exercés pour faire les 160 km. entre l' extrémité du glacier Chitina, le sommet et le retour. L' expédition loue beaucoup ses sacs de couchage d' édredon et ses matelas Face sud du Mont-Logan vue du S' Elie Toute suivie par {'expédition .) à air. Ces derniers étaient indispensables, étant donné ce séjour de plus de six semaines sur les glaciers, parce qu' ils étaient des isolateurs parfaits contre le froid de la glace, d' autant plus vif que la température des nuits était quelquefois au-dessous de 32° Fahrenheit sous zéro.

La caravane souffrait beaucoup du hâle malgré l' emploi de la « Lanoline » — il nous paraît que ces alpinistes doivent apprendre l' usage de la bonne pommade suisse du Dr Sechehaye pour éviter de tels cas à l' avenir.

Il est très intéressant de constater que, jusqu' à 5500 m ., on put, de tempsen temps, remplacer les crampons par les vraies raquettes à neige canadiennes ( faites avec du boyau d' élan du Canada, de 1 m. à l,60 m. de longueur sur 30 à 50 cm. de largeur, garnies de cordes comme une raquette de tennis, les trous très petits et très serrés ).

LA CONQUÊTE DU MONT LOGAN.

L' expédition portait, pour établir les repères, mille baguettes de saule, d' un mètre chacune, lesquelles étaient plantées dans la neige à 30 m. d' inter valle et furent de véritables phares d' espérance et de sécurité pour les alpinistes épuisés après la conquête finale, leur sauvant la vie dans les tourmentes effroyables.

Vers 4 heures de l' après, le 23 juin, la caravane plaçait sa dernière baguette, se croyant tout près du pic qui semblait être le vrai sommet. Jugez de son désappointement quand elle trouva, en l' atteignant à 16 h.3O, que le sommet véritable, plus de 130 m. plus haut, était à près de 5 km. plus loin, de l' autre

Le Mont Logan vu du nord-ouest

côté d' une dépression de quelque 300 m. de profondeur. En dépit de ce contretemps imprévu, le groupe attaqua la dernière pente, sans délai et sans démoralisation et, enfin, à 20 heures, « avec une émotion curieuse d' in, presque irréelle », les six intrépides foulaient la pointe la plus élevée du Canada: moment culminant de bien des mois de travail et d' anxiété.

Le sommet est de forme triangulaire, petit, avec les côtés bombés, en forme de gland; au-dessous, c' est le vide pour quelques mille mètres jusqu' au Seward glacier.

Après avoir joui seulement 20 minutes de leur victoire sur le sommet, parce que le temps était mauvais et l' heure tardive, les conquérants commencèrent la descente, laissant un récit de leur exploit dans un petit tube de cuivre qu' ils ensevelirent dans la neige. Le thermomètre indiquait 4° Fahrenheit au-dessus de zéro.

A peine la caravane était-elle dans la dépression entre les deux derniers sommets qu' un ouragan terrible survint; et, à 1 heure du matin, les alpinistes faisaient un abri dans la neige au moyen des piolets et des raquettes, à une altitude de près de 5770 m. au-dessus de la mer, par une température de 12°Fahrenheit au-dessous de zéro. L' épreuve était terrible, et chacun était en très mauvais état à l' aube; tous souffraient plus ou moins de doigts gelés pendant la nuit, et l' un des alpinistes avait eu tous les orteils gelés pendant son sommeil — à cause de chaussettes trop étroites. La nuit de tourmente et de froid avait fait son œuvre: aveuglés, gelés, ils savaient bien que si, le jour, il faisait le même froid que la semaine précédente, ils étaient perdus.

Dans la matinée, cependant, errant çà et là dans la neige qui tombait et dans le brouillard, ils eurent la bonne fortune de découvrir une des baguettes de saule dont la montée était jalonnée. Leur soulagement était tellement grand que la perche avait l' air d' être aussi grande qu' un poteau de télégraphe, dit M. Lambart. Avec un nouveau courage la caravane suivit les perches, mais dans l' orage on ne pouvait laisser le dernier de la cordée quitter une baguette avant que la prochaine fût trouvée. En dépit de leurs lunettes de neige, ils avaient des illusions d' optique, dont leur état d' épuisement était cause. Les membres de l' expédition étaient méconnaissables, avec les longs glaçons gelés à leurs barbes et à leurs passe-montagnes, teintés de rouge à cause des lèvres saignantes. Enfin, au crépuscule du 26 juin, l' ouragan prit fin, le 27, il fit beau temps, et le 4 juillet ils posaient le pied sur la terre ferme, après 44 jours de glace et de neige.

Malheureusement, les ours avaient saccagé la plupart des provisions dans les caches les plus basses —dites « bear-proof » —mais enfin, le 6 juillet, la caravane atteignit, saine et sauve, le fleuve Chitina. Pendant cinq jours, on travailla pour faire deux radeaux, chacun pour trois passagers, avec cinq grandes poutres de cinq mètres de longueur; et, sur un de ces « bateaux » primitifs, le 11 juillet un groupe descendit 96 km. de la rivière Tourbillon-nante en douze heures seulement.

Cependant, l' autre équipe fit naufrage au bout de 15 km ., le désastre lui coûtant nombre de beaux clichés de M. Carpe, le photographe emèrite de l' expédition; mais heureusement personne ne s' était noyé, et le 15 juillet, tous étaient réunis pour s' embarquer sur mer le 22 juillet.

Les six alpinistes qui firent l' ascension finale étaient: M. A.H. Mac Carthy, de Wilmer, Colombie britannique et Sumnit, New Jersey, chef; M. H.F. Lambart, d' Ottawa, chef-adjoint; le colonel W.W. Foster, de Vancouver ( le « médecin » de l'expédition ); M. Allen Carpe ( le photographe ), représentant du Club Alpin Américain; M. N.H. Read, de New York; et M. Andrew Taylor, guide, autrefois à Ottawa.

Douglas Stevenson. ( D' après le récit de M. H.F. Lambart. )

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