La Lenzerheide vue d' en haut Sur le fil des arêtes

Deux chaînes de montagnes bordent la Lenzerheide. Tout en étant bien visibles, elles permettent aux amateurs d' arêtes de découvrir des itinéraires peu fréquentés.

Sur la carte, des traits indiquent qu' un sentier longe la crête qui domine Churwalden, appelée Öfen, et mène jusqu' au Parpaner Schwarzhorn. Mais ils s' arrêtent là, tout comme le balisage sur le terrain, et seules quelques traces témoignent du passage de chamois et de randonneurs qui redescendent par l' arête nord jusqu' à la Farurfurgga. Il n' empêche que la possibilité d' emprunter ce passage permet de faire une randonnée circulaire dans une zone peu connue en dépit de la proximité du Weisshorn et du Parpaner Rothorn, deux sommets accessibles en téléférique.

L' itinéraire commence à l' Alp Farur, au-dessus de Tschiertschen, et contourne tout d' abord le Gürgaletsch. On quitte la civilisation et ses remonte-pentes pour pénétrer dans un vallon isolé, le « Tälli », au haut duquel débute une superbe chevauchée de quelque trois heures sur les arêtes jusqu' à l' Alpstein grison.

Si ce nom rappelle celui du massif homonyme situé dans le nord-est de la Suisse, la topographie évoque elle aussi cette région. En effet, la série de dents entre Stelli et Marchtschuggen fait penser – toutes proportions gardées – aux Churfirsten, qui s' élèvent en plan incliné depuis le Toggenburg pour plonger leurs falaises dans le lac de Walenstadt. Mais, tout en étant plus modeste que cette chaîne bien connue, « notre » crête nous donne tout de même l' impression de danser sur les arêtes jusqu' à l' ascension finale menant au Parpaner Schwarzhorn. C' est un sommet sur lequel on aime s' attarder quelque peu. On mettra cette halte à profit non seulement pour reprendre des forces et se désaltérer, mais aussi pour se repérer. Car ce point est idéal pour étudier l' itinéraire par lequel, en hiver, les adeptes du hors-piste relient Arosa à Domat-Ems en un jour. On peut d' ailleurs, en plein été, anticiper le plaisir hivernal en suivant le même parcours pour redescendre vers le nord, pour autant que les conditions soient bonnes et qu' il n' y ait plus aucun résidu neigeux.

La dernière partie de l' itinéraire mène à l' Alpstein en passant par l' arête de la Tschingla. Au moment où il faut se résoudre à quitter les hauteurs, on aperçoit à l' ouest la crête presque rectiligne qui s' étend, de l' autre côté de la Lenzerheide, entre le Piz Scalottas et le Dreibündenstein ( Rocher des Trois Ligues ). Le nom de cette cime rappelle l' alliance que conclurent au XV e siècle la Ligue grise, la Ligue de la Maison-Dieu et la Ligue des Dix Juridictions. Par le pacte de 1524, elles se dotèrent d' une constitution commune et formèrent une république qui subsista jusqu' en 1798. Après avoir connu une guerre entre puissances étrangères dans sa partie septentrionale, le canton des Grisons rejoignit la Confédération suisse en 1803. Environ un siècle plus tard, la section Rhätia du CAS érigea un obélisque de 2 mètres de hauteur sur le Dreibündenstein pour commémorer ces événements historiques.

Si la seconde randonnée décrite se termine sur ce même sommet, elle a son point de départ au Piz Scalottas, accessible en télésiège depuis la Lenzerheide. Un restaurant d' altitude permet même, avant de l' entamer, de prendre un café que l'on savourera tout en admirant le panorama: à l' ouest, le Domleschg et le Heinzenberg dominé par le Piz Beverin; au sud/sud-est, le Piz Ela, derrière lequel pointe le massif de la Bernina avec ses glaciers, puis, plus à l' est, le Piz Kesch. Vers le nord s' étend, sur un peu plus de 6 kilomètres, une crête qui, malgré une succession de légères montées et descentes, donne l' impression de ne jamais quitter les hauteurs. Parmi les remontées mécaniques qui marquent son flanc, même le téléski qui se hisse jusqu' à l' arête ne porte pas atteinte à la majesté du paysage.

C' est au Stätzerhorn, à 2574 m, que culmine l' itinéraire. De là, le regard embrasse toute une série de montagnes, du massif de la Calanda à la chaîne calcaire du Prättigau entre la Schesaplana et la Sulzfluh. Constitué de rocher friable, ce sommet requiert un minimum de prudence malgré un sentier bien marqué et un terrain qui n' a rien de véritablement vertigineux. En redescendant du Ful-horn, le randonneur retrouvera rapidement l' herbe, puis tout un champ de myrtilles. Si elles sont mûres, il aura choisi la bonne saison...

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