La randonnée fait revivre les anciens chemins incas Trek au Pérou

Trek en haute montagne et lit douillet ne sont plus incompatibles en Amérique du Sud: depuis une année, « Mountain Lodges of Peru » ( MLP ) attire les amoureux de la nature au royaume des Incas en leur proposant des gîtes confortables et respectueux des principes écologiques.

Le trek « tout confort » est de plus en plus en vogue, et les adeptes de la randonnée ont depuis toujours un faible pour les Andes péruviennes. En proposant des gîtes inédits, « Mountain Lodges of Peru » ( MLP ) vise une clientèle nouvelle. Les amoureux de la nature qui n' hésitent pas à faire jusqu' à huit heures de marche quotidienne en haute altitude peuvent éviter l' inconfort des nuits sous tente. Ainsi, ils découvrent ce pays sud-améri-cain dans de meilleures conditions pour récupérer durant leurs brèves vacances. Le succès de cette formule est indéniable puisque la moitié des nuitées disponibles étaient déjà réservées à l' ouverture de la saison ( mi-mars ). La plupart des clients qui partent ainsi à la découverte de la civilisation des Incas et du Machu Picchu viennent d' Amérique et d' Europe, car cette forme de trek a son prix. En effet, il faut compter environ 250 à 300 dollars par jour pour le ravitaillement, l' héber et le transport.

Le trek du Salcantay commence à Cuzco. Nous avons le souffle un peu court dès l' arrivée à l' aéroport de la capitale inca, située à 3400 mètres. Mais malgré l' alti, les occasions agréables de s' habi à l' air raréfié ne manquent pas. Pepe, notre guide de montagne, nous attend à l' hôtel. Les instructions qu' il nous donne pour notre périple de six jours sont simples. Bonnes chaussures; pullover et imperméable, lunettes de soleil et crème solaire dans le sac à dos pour la journée. Les mulets portent les bagages. Impatients de partir, nous sommes convaincus que seul le manque d' oxygène au col de Soray, à près de 4500 mètres, pourra nous arrêter.

Le lendemain matin, un minibus nous emmène dans une région où domine le brun. Plus haut, dans la grisaille, on devine la présence de neige et de glace. En quatre heures, nous atteignons Mollepata, où Pepe prend la direction des opérations. Bien que nous nous trouvions à environ 3300 mètres, il fait chaud et sec. Au menu d' aujourd, quatre heures et demie de marche et 500 mètres de montée. Dominant le fond de la vallée, le chemin se hisse à travers prairies et pâturages, passant près de petites fermes où les cochons nous saluent en grognant et les chiens en aboyant. Plus loin, à l' ho, une famille d' agriculteurs nous fait signe devant leur modeste demeure. A la tombée du jour, nous arrivons à notre destination.

Nous avons atteint le gîte du Salcantay, niché dans un petit haut-plateau à 3800 mètres. On entend le bruit sourd d' un groupe électrogène. Le bâtiment évoque un hôtel africain de grand standing. Grâce à son toit de chaume et aux matériaux indigènes qui le constituent, il s' intègre parfaitement dans le paysage. Nous prenons possession des clés à la réception, puis savourons, au bar, un « pisco sour », la boisson nationale ( eau-de-vie de raisin additionnée de blanc d' œuf, de sirop et de sucre ). Contents d' enlever nos chaussures, nous entrons dans nos chambres douillettes, les seules à être chauffées loin à la ronde. Par manque d' habitude, nous n' utilisons guère le jacuzzi aménagé dans le jardin. Malgré l' acclimatation, certains d' entre nous ont d' ailleurs mal à la tête en raison de l' altitude. Entre-temps, le ciel s' est dégagé, laissant apparaître les majestueux glaciers suspendus et les cimes enneigées au milieu desquelles trône le Salcantay à près de 6300 mètres.

Après un jour supplémentaire d' accli et une promenade tranquille, l' itinéraire qui franchit le toit de notre randonnée à plus de 4500 mètres nous met à rude épreuve. Dans le brouillard et les bourrasques de neige, chacun cherche son rythme. La respiration se fait difficile, la température baisse et les conversations tarissent. Dame météo nous a abandonnés. Les cloques font leur apparition et il est réconfortant de savoir qu' au besoin, quelques chevaux chargés des bagages peuvent servir de « luges de secours ». Mais les quadrupèdes, oreilles plaquées en arrière, peinent eux aussi à avancer sur le chemin raide et étroit. Il faut les encourager par des gestes et des mots tantôt affectueux, tantôt plus fermes.

Après quatre heures et demie d' ef, nous atteignons, dans un tourbillon de flocons, le col de Soray, qui est plus haut que la Pointe Dufour. Nous ne pouvons que deviner la paroi sud du Salcantay, toute proche et haute de presque 3500 mètres. Il doit faire autour de 0° C: rapides poignées de mains gantées, bises furtives sur des joues encapuchonnées, nous ne perdons pas de temps à nous féliciter mutuellement de notre victoire. Trois heures et demie plus tard et 900 mètres plus bas, nous arrivons au gîte de Wayra. En ce « lieu du vent », il n' y a pas un souffle et le brouillard est bas. Le panorama serait superbe... A défaut, nous apprécions le confort et la convivialité du lieu, sans oublier de fêter avec un bonne bouteille de rouge le passage du point culminant de notre chevauchée.

Le voyage se poursuit le lendemain. Ponts suspendus, petits domaines agricoles et torrents rugissants ponctuent le chemin qui, peu à peu, quitte la vallée. Nous traversons ensuite la forêt vierge et longeons des plantations de café. Des orchidées surprennent le regard du randonneur attentif, tandis que des sources d' eau chaude invitent à prendre, au passage, une petit bain revigorant. Il y a dix ans, des guérilleros se cachaient dans cette forêt humide. Aujourd'hui, les paysans espèrent avoir part à la manne croissante du tourisme. Pepe nous confirme que les habitants des vallées ont retrouvé un certain optimisme.

Selon Regine Vogel, responsable de la communication pour « Mountain Lodges of Peru » en Europe, l' idée de la nouvelle formule est simple. « Très populaire au Népal depuis des décennies et de plus en plus prisé en Suisse, le trek de gîte en gîte peut également s' imposer au Pérou », dit-elle.

La concrétisation des projets ambitieux a été plus ardue. Difficultés à l' achat de terrains, cherté des travaux de construction et problèmes épineux de transport se sont traduits par de nombreux retards.

Cela étant, les logements offrent un confort unique à cette altitude. Les gîtes comptent au maximum dix chambres et assurent un service de qualité. Ils se situent – cerise sur le gâteau – dans un paradis de la randonnée; qui plus est, encore peu fréquenté.

Les concepteurs des quatre gîtes ont également fait œuvre de pionnier en matière d' environnement. C' est ainsi que les matériaux ont été amenés sur les chantiers à l' aide de chevaux. Les travaux de construction ont fourni un emploi à près de 250 indigènes pendant une année, tandis que l' exploitation des quatre sites assure un revenu à quelque 200 familles. Par ailleurs, six personnes s' occu exclusivement de la protection des alentours des gîtes. Enfin, l' élimination des déchets fait l' objet d' un projet unique en Amérique du Sud. Vingt points de collecte sont répartis le long des 80 kilomètres de l' itinéraire. Des muletiers passent régulièrement pour les vider et emportent les détritus à Cuzco afin de les faire valoriser.

La fin du périple approche: le Machu Picchu ( sur la crête, au centre ) est à une journée de marche.

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