La Simmeflue/BE au printemps. Entre sentier alpin et via ferrata

La Simmeflue/BE au printemps

Un chemin s' élève, presque vertical, dans une paroi ensoleillée; sécurisé par des câbles de métal, il parcourt 700 m de dénivelé jusqu' à un sommet d' où la vue est splendide. Pour la descente, un agréable sentier zigzague dans la pente raide à travers une forêt sauvage. Bienvenue au Sunnighorn ( P. 1397 ), le premier sommet de la Simmeflue, au-dessus de Wimmis/BE

« Souvent déjà, en passant à Wimmis, j' avais contemplé la raide paroi de la Simmenfluh. Le 15 mai 1904, enfin, j' ai trouvé le chemin qui mènerait à son sommet 1 », écrivait Paul Montandon il y a près d' un siècle.

Depuis la route du Simmental, qu' on vient de Thoune ou de Spiez, on comprend bien la motivation de l' alpi: malgré son altitude modeste, cette imposante paroi de calcaire, entrecoupée de forêts qui ressemblent à autant de glaciers suspendus, a de quoi stimuler l' imagination. Y monter à pied paraît, à première vue, impossible. Paul Montandon ( 1858-1948 ), membre d' honneur du CAS et des sections Altels, Berne et Blümlisalp, de l' AACB et de l' Alpine Club, s' attacha à prouver le contraire. Les Préalpes, avec tout ce qu' elles peuvent avoir d' inattendu, de rocailleux et d' aventureux, étaient son terrain favori – après la haute montagne, bien entendu.

Une ascension pénible

Vers 1900, les plus hautes cimes du pays avaient, toutes ou presque, été escaladées par tous les côtés. Par contre, les remparts de calcaire proches de Thoune étaient en grande partie inexplorés. Sept jours après son observation, le 22 mai 1904, Montandon ajouta une note dans son carnet de courses: avec Eduard Müller et son épouse Sarah il avait escaladé la « Simmenfluh par la voie directe du pont de Wimmis, par le ‹ Grippeli › et Hürlenen ». Son commentaire sur cette première ascension par la paroi sud-est: « Montée de Wimmis à la Simmenfluh: pénible, très longue, torride. Presque entièrement dans la forêt, l' itinéraire, sans grand intérêt, ne mérite pas d' être parcouru plus d' une fois. Par contre, l' arête sommitale est très plaisante, surtout si l'on s' aventure jusqu' au premier sommet. »

Brasier dans la montagne

De nos jours, la vue depuis la crête est toujours aussi belle et la montée donne chaud malgré le couvert des arbres. Mais elle n' est plus pénible ni inintéressante. Car aujourd'hui, la paroi est équipée d' un itinéraire sécurisé. Celui-ci fut construit suite à un évènement qui a laissé des cicatrices profondes. L' été 1911 fut l' un des plus chauds du XX e siècle. Le 20 août, la foudre mit le L' abîme se creuse: vue sur le village de Brodhüsi, la rivière Simme, Wimmis et les montagnes autour du lac de Thoune Photo: Daniel Anker 1 Le carnet de courses de Paul Montandon com- prend 17 volumes et plus de 7000 pages. Il est con- servé au Musée alpin suisse, Berne. Simmenfluh est l' ancienne orthographe utilisée.

Le versant sud-est de la Simmeflue depuis la carrière au- dessus de Brodhüsi: on peine à croire qu' un sentier mène au sommet de cette paroi Le chemin, dont de nombreux tronçons sont sous le couvert des arbres, est bien signalé. Sur la photo, le premier passage raide Les marches ont été taillées dans la roche par gott-fried Lüthi, garde forestier et garde-chasse, et ses quatre camarades entre 1932 et 1934. Pour 90 centimes l' heure, ils n' ont pas lésiné sur les coups de marteau et de burin Photos: Daniel Anker A l' abord de la paroi proprement dite: le chemin fait une boucle à droite, puis repart à gauche vers la forêt Malgré les apparences, ce marquage n' est pas une erreur: le sentier du versant sud-est de la Simmeflue est autrement plus difficile qu' un chemin de randonnée pédestre classique feu à un sapin desséché sur le Sunnighorn, la cime est de la Simmeflue. Le feu se propagea mais on parvint à l' étouffer. Il dut cependant rester de la braise dans le sol, car début septembre, le feu se ra-viva. Le 4 septembre, la Simmeflue était entièrement engloutie par les flammes. Sa paroi sud-est, légèrement concave, paraissait un âtre géant. La route du Simmental dut être fermée, le village de Brodhüsi, évacué. Cinq cent pompiers et soldats s' activèrent jour et nuit mais sans la pluie, qui tomba d' abord le 15 septembre puis, plus abondamment, six jours plus tard, la Simmeflue aurait flambé encore longtemps. Cent hectares de forêt furent la proie des flammes. Aujourd'hui encore, malgré le reboisement, la montagne est moins verte qu' elle ne l' était avant l' incendie.

Une protection s' impose

En 1932, suite à la catastrophe, Gottfried Lüthi, garde forestier et garde-chasse à Photos: Daniel Anker Le chemin du Sunnighorn ne respecte certes pas les règles pour la construction de via ferrata. Mais il faut dire qu' il ne prétend pas à ce titre...

depuis l' automne 1911, les arbres ont repoussé. Mais la Simmeflue n' est toujours pas aussi verte qu' avant le grand incendie de 1911 Quatre membres ne sont pas de trop pour franchir certains pas-sages. on est à la limite entre randonnée pédestre et escalade Wimmis, fut mandaté par l' Etat de Berne pour réaliser un chemin dans le versant sud-est. Il devait dégager la Simmeflue des restes d' arbres brûlés et en planter de nouveaux; en outre, il fallait construire des protections contre les éboulements. En l' espace de deux ans, avec quatre collègues, il réalisa un travail exemplaire: l' équipe plaça des marches, construisit des murs de soutènement, installa des broches de fer et des câbles. Une grande partie de ce matériel a été remplacé depuis mais une partie de l' assurage d' épo est toujours en place. Le tracé du chemin parcourt une paroi qui, vue d' en bas, semble impossible à escalader. Il met à profit chaque zone boisée, évite soigneusement les couloirs menacés par les éboulements, se cramponne aux vires et aux écailles les plus stables: une œuvre de génie. Il passe près de deux grottes qui invitent au repos. Vers celle du haut, Gottfried Lüthi a aménagé une source car la face est exposée au soleil et l' ascen donne soif. Le nom de Sunnig- horn – cime ensoleillée – lui fut donné par Paul Montandon, qui l' utilisa dans les légendes de ses photos de la Simmeflue.

Les différents itinéraires

Par le versant sud-est: sentier sécurisé, réservé aux randonneurs au pied très sûr, ne souffrant pas du vertige. Nombreux câbles en aciers et prises de main à même le rocher Difficulté/Dénivelé/Horaire: T4800 m/montée: 2 h 15; descente à Burgholz: 1 h 45, descente à Brodhüsi: 1 h 15 Equipement/Saison: matériel de ferrata inutile, casque utile ( risque de chutes de pierres)/du printemps à la fin de l' automne, particulièrement beau en mai de nombreux câbles sécurisent les passages les plus difficiles. Les Amis de la montagne de Wimmis entretiennent le sentier; ce sont eux qui ont construit la croix au sommet du Sunnighorn et qui remplacent les deux livres d' or lorsqu' ils sont pleins Un coup de pouce dans un passage clé: les prises de main sont marquées de peinture jaune Points de départ et d' arrivée: Brodhüsi ( 626 m ), sur la ligne de bus Thoune– Reutigen–Wimmis, et gare de Burgholz ( 642 m ) sur la ligne Zweisimmen–Wim-mis–Spiez ( arrêt sur demande ) Montée: de l' arrêt de bus de Brodhüsi, suivre la route en direction du Simmental, puis monter sur la droite, où le Sunnighorn est indiqué sur un pilier de béton. Suivre le sentier marqué blanc-bleu-blanc jusqu' au nid d' aigle ( banc en bois et livre d' or ). Nombreux câbles métalliques, itinéraire facilement reconnaissable. Prendre à gauche par un couloir qu' à l' intersection au pied d' une falaise. Continuer dans le couloir boisé jusqu' au Grippelisattel ( dépression sur l' arête, sans nom sur la CN ), monter sur l' arête est et continuer par le rocher jusqu' à la croix sommitale du Sunnighorn ( P. 1397 ) Descente à Burgholz: du Sunnighorn, revenir à l' intersection au pied du Grip-pelisattel. Suivre une vire exposée ( indication « Fliederhorn »; câble ) jusqu' à la Photos: Daniel Anker Le cairn du sommet de la Mittagflue ( 1421 m ), sommet central de la Simmeflue. Thoune, ville de garnison, semble être à un jet de pierre de là depuis le sommet du Sunnighorn, l' Eiger, le Mönch et la Jungfrau vous saluent. Le sommet est de la Simmeflue figure en bonne place parmi les belvédères de l' oberland bernois prochaine intersection, prendre à gauche, descendre sur le chemin en zigzag à travers la forêt du Chienberg pour rejoindre le chemin de la carrière. Prendre à droite puis, à l' intersection, poursuivre dans la même direction en descendant légèrement. Après une étable, traverser le pâturage ( pas de chemin ) jusqu' à la route du Simmental, puis rejoindre la route du Diemtigtal. Suivre la route qui traverse la rivière Simme jusqu' au moulin de Burgholz et la gare du même nom ( 643 m ) Descente à Brodhüsi: du Grippelisat-tel ( voir plus haut ), le chemin dévale la face nord en zigzaguant dans la forêt. Départ marqué d' une flèche rouge; passages de terre et de gravats. Arrivé sur une route forestière, la suivre vers la droite et peu après, repartir à gauche sur un chemin qui serpente jusqu' à la carrière. Reprendre le sentier marqué blanc-bleu-blanc pour Brodhüsi Autres sommets: pour atteindre les deux autres sommets de la Simmeflue, prendre à droite à la deuxième intersection, près de la source ( indication « Heiti » sur un rocher ). Le chemin monte à travers la forêt dans le versant sud de la Mittagflue, dépassant une cavité de 15 m de profondeur. Au point où le chemin est le plus proche de la crête, monter sur l' arête ouest et la suivre, sans chemin, par une bosse puis sur le point culminant de la Mittagflue ( P. 1421 ). Poursuivre sur le fil de l' arête ou légèrement au sud, passages d' escalade facile, sous-bois. Retour sur le chemin de « Heiti », qui redescend avant de monter au Hinterhorn; un gros cairn marque le point où l'on quitte le chemin pour monter au sommet ( 1422 m ). Pour le détour par les deux sommets, compter 45 minutes Autres variantes: poursuivre sur le chemin de « Heiti » jusqu' à Chrindi ( 1359 m ), puis par Unders Heiti jusqu' à Erlenbach ( 681 m ) ou par Günzenen jusqu' à Reutigen ( 622 m). a Daniel Anker, Berne ( trad. ) Le chemin de la descente, à travers la forêt du chienberg, est tout aussi fascinant que le tracé du sentier informations générales Cartes/Guide: CN 1: 25 000, feuilles 1207 Thoune et 1227 Niesen ou feuille 2519, Region Thunersee. Ueli Mosimann, Alpinwandern in den Voralpen zwischen Saane und Reuss, Editions du CAS, 2006. Martin Gerber, Clubführer Berner Voralpen, Editions du CAS, 1997. Eugen E. Hüsler, Daniel Anker, Wandern vertikal. Die Klettersteige der Schweiz, Editions AT, 2004. Iris Kürschner, Klettersteige Schweiz, Rother Wanderführer, 2006 ( guides en allemand uniquement )

La posta dei lettori

Leserbriefe

Courrier des lecteurs

Feedback