Le glacier de Rosenlaui d'après les source historiques

Heinz J. Zumbühl, Berne

« Le glacier de Rosenlaui passe pour un des plus beaux de Suisse; il doit cette réputation avant tout à sa grande pureté, qui contraste vivement avec la surface sale du glacier de Grindelwald. (... ) Le magnifique bleu de la glace, qui surpasse l' azur du firmament, est indescriptible; ni le pinceau, ni la plume ne peuvent rendre un tel spectacle. » DESOR 1847:87/88.

20 Au glacier de Rosenlaui, après un orage 1. Introduction Le glacier de Rosenlaui est niché dans la grande cuvette exposée au NNE, située entre le Grosses Engelhorn ( 2782 m, à l' Ele Gstellihorn ( 2854.7 mle Dossenhorn ( 3138.2 m ) -le Ränfenhorn ( 3259 mle Rosenhorn ( 3689.3 m au Sle Mittelhorn du Wetterhorn ( 3704 m et point culminant, à l' ouest ) et le Wellhorn ( 3191.6 m ).

Le glacier s' écoule en un large ruban depuis la zone d' accumulation centrale et peu inclinée du bassin du Wetterhorn ( environ 3000 m ), au-delà d' un gradin de calcaire de malm qui reste libre de glace, même quand le glacier est en crue ( vers 2400-2200 m ), jusqu' à la région d' ablation disposée en large éventail, avec un front d' arrachement du côté du Wellhorn et une langue qui s' avance du côté du Dossenhorn. Jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle, le Gletscherhubel partageait la masse glaciaire en deux morceaux de langue, un à l' ouest et un à l' est ( cf. RL 66 * p. 259 ). La langue ouest se terminait à 1500 mètres environ ( pont vers les moraines d' avancée maximale à 1485 m ) entre la base du Gletscherhubel et le flanc du Wellhorn; la langue orientale s' étendait à 1700 mètres environ, au pied du Grosses Engelhorn. Cette ancienne extension du glacier est bien visible aujourd'hui sur une vue aérienne ( vue21 p. 237 ) où on la reconnaît à l' absence de végétation arbustive.

Avec sa surface de 6,2 km2, le glacier de senlaui' se classe parmi les petits glaciers de vallée de l' Oberland bernois. Sa longueur maximum de 5,2 km ( longueur moyenne: 4,1 km ) est un peu inférieure à celle du glacier supérieur de Grindelwald ( longueur maximum 5,5 km, surface 10,1 km2 ); il correspond donc environ aux deux tiers du glacier supérieur de Grindelwald. Aujourd'hui encore, la zone frontale, large de plus d' un kilomètre et demi, est formée de deux parties. Tandis qu' une masse glaciaire compacte s' avance à l' est ( extrémité de la langue, en 1986, à 1840 m environ ) en offrant un joli coup d' ceil depuis le sentier de la cabane Dossen sur la moraine latérale, le front ouest tombe brusquement, en formant de dangereuses avalanches de glace, sur des rochers calcaires raides et polis comme une glissoire.

Par bonheur, le terrain plat, en avant du glacier ( situé au XIXe siècle à une altitude de 1485-1550 mètres environ, entre le Gletscherhubel à l' est, l' extrémité de la langue au sud, les rochers calcaires de la Schwarzeflue à l' ouest et la gorge de Rosenlaui au nord ) est relativement bien structuré par des rochers, si bien qu' on dispose, même lorsque les images sont de moins bonne qualité, de points de repère permettant d' établir l' état du glacier.

Un élément favorable à notre étude est le fait que le glacier de Rosenlaui était situé dès 1770, mais surtout au XIXe siècle, sur la voie classique de l' Oberland bernois, de Grindelwald à Meiringen par la Grande Scheidegg, et qu' il était relativement facile d' accès, si bien que nous disposons d' une documentation iconographique importante, même si elle est moins riche que dans le cas du glacier de Grindelwald.

Cependant, le glacier de Rosenlaui n' est entré que tardivement dans la conscience de la population et des voyageurs, par le fait qu' il n' est pas à proximité immédiate d' un village ni d' un col d' une certaine importance; ainsi, les Carte 6 Extensions du glacier de Rosenlaui et positions maximales du front durant la période postglaciaire excavation vallum morainique documents graphiques et les textes antérieurs à 1750 font défaut2. De plus, jusqu' à la seconde moitié du XIXe siècle, seule l' extrémité de la langue ouest, au-dessous du Gletscherhubel, était représentée dans la plupart des dessins.

Nous en sommes donc réduits aux méthodes de la science naturelle pour reconstituer l' histoire du glacier avant 1780 ( géomorphologie, sols et bois fossiles, datation au 14C ).

2. Les données et les sources historiques les plus anciennes Le rempart morainique extrême a pu être daté à l' aide du sol fossile d' une fouille ( cf. p. 264 ); il remonte au tournant des XVIe et Kleines Wellhorn 200 m Extensions du glacier et positions maximales du front {établies d' après les vallums morainiques et dos sources historiques. Peu sûres dans les zones marginales et sur la langue est ) probablement du Moyen Age ou plus ancien XVIe et XVIIe siècles ( langue ouest ) XIXe siècle: 1827/28 ( maximum de 1824 ) 1846 ( maximum des années quarante et cinquante ) et peut-être XVIe/XVIIe siècles en ce qui concerne la langue est probablement 1969 ( 1971 ) XVIIe siècles. D' autres fouilles, nombreuses, n' ont malheureusement pas apporté de résultat, à savoir qu' on n' a pas découvert d' autre sol fossile.

La plus ancienne représentation historique du glacier de Rosenlaui est une gravure au burin ( RL 01.1* p. 238 ) de Daniel Dürringer ( 1720-1786 ) figurant dans le Eisgebirge des Schweizerlandes de G. S. Grüner, paru en 1760. Elle montre, entre les Engelhörner, relativement bien rendues ( à gauche ), et le versant est du Wellhorn, abrupt et sombre, car il est dans l' ombre, un fleuve couvert de pyramides irrégulières à une ou deux pointes, qui doivent représenter la glace sous la forme de séracs. Les six grands blocs rocheux, dessinés au milieu des pyramides de glace - et dont certains ressemblent à des tables glaciaires renversées - représentent probablement le Gletscherhubel, mais sans grande précision. Dans le texte, GRÜNER ( 1760,1: 64 ) attire l' at sur le partage en deux langues au-des-sous du Gletscherhubel: « Mais ce glacier semble avoir son alimentation des deux côtés. En bas, il est assez plat; mais en haut, il est très abrupt, aussi bien dans sa partie médiane que dans ses deux bras ». La mention d' un glacier « assez plat » dans le bas signifie probablement que la glace atteignait le pied de la Schwarzeflue et du Gletscherhubel; mais la question reste posée de savoir jusqu' où elle allait sur la partie plate. Cet état du glacier est confirmé par la description de son apparence. « Il est pourvu de belles pyramides hautes et brillantes, dont les plus petites paraissent bien avoir 50 à 60 pieds ( 15-20 m ). Ces tours de glace sont d' une couleur bleu clair brillante; à cause de celles-ci et des profonds abîmes entre elles, il ne peut donc pas être gravi ». ( GRUNER 1778,2:2/3 ).

Un pasteur et explorateur des Alpes, le Bernois Jakob Samuel Wyttenbach ( 1748-1830 ), comblé par la grande qualité de la représentation du glacier chez C. Wolf, exprimait à bon droit des critiques envers la gravure de l' ouvrage de Grüner: « Elle ( c'est-à-dire la représentation du glacier de Rosenlaui ) était peut-être bonne autrefois, mais aujourd'hui le glacier a une tout autre apparence»3. Il est presque certain que Wyttenbach voulait dire par « une tout autre apparence » la représenta- tion peu satisfaisante du glacier et non la différence de l' état du glacier. Comme on sait, un glacier en crue a une autre apparence qu' un glacier en retrait. On ne sait pas en quelle année D. Dürringer a vu et dessiné le glacier. La seule date établie est celle de la parution du Eisgebirge de Grüner que la gravure illustre: 1760.

La glace est représentée de façon encore plus schématique sur la gravure à l' eau de David Herrliberger ( RL 02 ): un fleuve couvert de cônes pointus réguliers. L' extrémité de la langue n' est pas visible de son poste d' ob ( dans la région de Rufenen, sur le versant opposé ) et ne peut donc être localisée avec précision, également par le fait de la schématisation. Le texte de HERRLIBERGER ( 1774, 1:16 ) semble fortement influencé par Grüner; pourtant certains détails semblent se référer à ses propres observations et sont plus précis que chez Grüner. « En bas, il est assez plat: mais en haut, autant le dos au midi que les deux bras sont très abrupts ». La mention du « dos au midi » est plus précise et désigne la partie du glacier située au sud. Une question reste ouverte: peut-on déduire de la mention « en bas, il est assez plat » que la langue glaciaire se terminait sous le Gletscherhubel, sur la terrasse plate au-dessus de la gorge de Rosenlaui, en formant une sorte de « Schweif » ( crinière ).

Un dessin à la craie, qui n' est ni signé ni daté ( RL 03 ), pose davantage de questions qu' il ne livre de réponses. Contrairement aux deux feuilles citées ci-dessus, la topographie y est assez bien rendue. Le glacier mis en évidence, très blanc, avec le Gletscherhubel sombre qui ressort bien, présente une très grande extension; cela est visible surtout du côté droit du glacier au-dessous du Wellhorn. La surface du glacier, prolongée vers le bas, est encore juste visible, ce qui indique que la langue ouest s' avançait très loin au-dessous du Gletscherhubel. Cette feuille anonyme, qui n' est malheureusement pas datée, remonte probablement au XVIIIe, peut-être même au XVIIe siècle.

3. La poussée du glacier de Rosenlaui dans les années 1770 La première représentation topographique précise du glacier de Rosenlaui est une des plus impressionnantes et des plus belles qui aient été faites de ce glacier. Il s' agit d' une peinture ( RL 04* p. 240 ) de Caspar Wolf ( 1735-1783 ), le paysage étant vu de l' alpage de Rufenen sur le chemin de la Grande Scheidegg, en fin d' après ( d' après l' ombre des Wellhörner sur le glacier ). Cette composition audacieuse place le Wellhorn au centre du tableau; il surgit comme un puissant cristal de quartz surdimensionné qui évoque symboliquement la montagne comme siège des dieux. Il est flanqué du côté droit par le Wetterhorn très abrupt, tandis qu' à gauche, à l' horizon, le Gstellihorn et le Dossenhorn marquent, l' un le bord, l' autre le milieu du glacier, en amont. Les trois sapins bizarres, caractéristiques de la manière de Wolf, soulignent encore la ligne médiane donnée par le Wellhorn. Le glacier à l' allure très puissante est représenté comme un dessus de pupitre blanc très incliné. La langue glaciaire qui s' avance le plus bas, peinte dans des tons gris-vert et gris-bleu, passe du côté ouest du Gletscherhubel et se termine sur une terrasse rocheuse, éloignée de 120 mètres environ des moraines extrêmes. Contre les flancs du Gletscherhubel se pressent d' autres masses de glace bien visibles. Elles s' avancent par-delà le gradin rocheux supérieur, haut de 130 mètres environ ( altitude 1550-1680 m ) et pas complètement Der Rosenlaui CAdscher ouf dem Scheidek un Cant-hern RL01.1 D. Dürringer, avant 1760: le glacier de Rosenlaui recouvert de glace. Elles s' étendent du côté est en direction de la terrasse rocheuse orientale, encore libre de glace. L' extrémité de la langue est donc représentée de façon très asymétrique. Cette peinture à l' huile remonte certainement à la période du voyage dans les Alpes, effectué entre 1774 et 1778, et présente probablement ( RL 04* p. 240 ) l' état du glacier en 1774 ou 1776. Wolf semble avoir parcouru la région de Rosenlaui en 1777, mais le volume de glace, moins important que sur le dessin de A. Ch. Besson, parle plutôt contre cette hypo-thèse4.

Le géographe français Alexandre-Charles Besson ( 1725-1809 ) se rendit dans l' Oberland bernois en 1777 et vit ainsi le glacier de Rosenlaui ( RL 05.1*, 05.2* p.245 ). Il a dessiné le glacier, vu d' une certaine distance, du chemin de la Grande Scheidegg à Meiringen, à l' al de Rufenen, c'est-à-dire presque du même endroit que C. Wolf. Dans la légende, Besson nomme les montagnes de l' arrière: à l' horizon à gauche, les Engelhörner ( qu' il nomme faussement « Bourg-hoerner » ), au milieu « le Tosse » et à droite le Wellhorn ( faussement désigné comme « partie du Metten berg » ).

Le glacier de Rosenlaui figurant au centre du dessin est décrit assez précisément par BESSON ( in ZURLAUBEN 1780, 1: LUI ): « Ce glacier va beaucoup en pente, & forme un amphithéâtre comme s' il y avoit des marches; il s' enfonce dans son milieu, & n' a que que très-peu de pyramides sur la droite, & une marême du même côté.

Un rocher qui est sur la gauche dans le haut ( il doit s' agir du Gletscherhubel ) a interrompu sa marche où la pente du terrain le portoit, & l' a forcé de se replier à droite, où il descend, & descendra encore plus, vu la masse énorme qui presse dans le haut, la pente rapide qu' il parcourt, & le peu d' obstacles qu' il trouve dans le bas; aussi n' a point d' enceinte, ou très-peu ».

Besson a bien saisi l' importance du Gletscherhubel, mais il ne parle pas de la langue est; seule est mentionnée la partie ouest et avancée du glacier. Par les mots « et descendra encore plus », Besson indique une poussée du glacier. Une telle crue est attestée par la moraine frontale représentée sur la gravure RL 05.2* p. 245, devant l' extrémité de la langue, par de petits points avec de nombreux blocs rocheux assez gros. A cette époque, le glacier se terminait à la hauteur de la terrasse de malm, aujourd'hui plus ou moins dégarnie, sous le Gletscherhubel, à 90-140 mètres environ de la moraine extrême des XVIe et XVIIe siècles ( pont ). Par rapport au tableau de Wolf ( RL 04* p. 240 ), la langue glaciaire a avancé surtout du côté est, directement sous le Gletscherhubel, de 150 à 200 mètres environ, en compensant en grande partie l' asymétrie du front glaciaire, asymétrie encore visible un à trois ans auparavant. Mais il est intéressant de constater que le front glaciaire de ce côté n' est pas encore à la hauteur du front ouest. Cette langue ouest ne semble plus avoir beaucoup progressé. L' extension du glacier, représentée plus tard par S. Birmann en 1827/28 ( RL 19* p. 250, RL 20* pp. 251 /250 ), n' était pas atteinte en 1777.

C' est peut-être le dessin à la plume, à la mine de plomb et au lavis gris attribué à A. Ch. Besson ( RL 05. 1 * p. 245 ) qui a servi de modèle à l' eau ( RL 05. 2* p. 245 ). Un des éléments intéressants en est une sorte de moraine médiane ou de creusementà la surface du glacier qui permet de reconnaître un cône glaciaire oriental ( Dossenhorn ) et occidental ( Wellhorn ). Le front est relativement raide, ce qu' il faut attribuer à la crue, ou au gradin rocheux de 20 à 35 mètres de hauteur, situé juste au-dessous de la langue. La moraine frontale, qui est rendue assez joliment et de façon détaillée sur la gravure, n' est qu' es sur le dessin à la plume.

Sur une aquatinte en couleurs ( RL 06.1* p. 243 ), on voit le glacier de Rosenlaui pour la première fois de près. D' une teinte brun-noir - la couleur dominante de ce paysage lorsqu' il n' est pas éclairé par le soleil - la structure du rocher calcaire du Gletscherhubel, à gauche, et de la Schwarzeflue ( sous le Wellhorn ), à droite, est fort bien rendue. La langue glaciaire gris-blanc, rayée de crevasses gris-bleu, se termine sur le plateau rocheux nu, assez plat, situé entre le cône d' avalanche de glace et la gorge de Rosenlaui, à 220-240 mètres au sud de la moraine extrême des XVIe et XVIIe siècles ( pont: P. 1485 ). L' aspect de la glace n' autorise pas de certitude quant à l' activité de la langue glaciaire à ce moment-là; en effet, le front relativement abrupt semble indiquer une période de crue, mais les parties latérales, pauvres en glace, suggèrent une fonte. Le fleuve de glace blanc est couronné par le Dossenhorn, partiellement enneigé. Les deux torrents glaciaires - celui de gauche provient de la langue orientale au-dessus du Gletscherhubel - sont visibles au premier plan, ce qui indique que l' artiste se trouvait immédiatement au nord-ouest de leur confluent, à proximité du groupe de personnages avec un peintre et un guide, traité tout à fait dans le style de Wolf. Cette belle gravure parut pour la première fois dans l' ouvrage Vues remarquables des montagnes de la Suisse, paru à Amsterdam en 1785 ( dans l' édi parisienne de 1780-1782, cette vue manquait ).

rlO4 C. Wolf, 1774 ou 1776: Le Wellhorn, entre le glacier de Rosenlaui et le Wetterhorn En ce qui concerne l' auteur et la date de cette gravure, on peut retenir deux possibilités:

a ) Selon l' inscription « Rosenberg pinxit », l' aquatinte en couleur est l' œuvre du paysagiste de Danzig Friedrich Rosenberg ( 1758-1833 ) qui fit un séjour en Suisse en 17826. C' est alors que furent dessinés les projets des 13 vues figurant dans l' édition d' Ams terdam des Vues remarquables de 1785 qui remontent toutes à Rosenberg. Cela signifie que ce peintre a dessiné le glacier de Rosenlaui en 1782 ( ou plus tard, mais certainement avant 1785 ) dans une phase de retrait. En comparaison de l' état du glacier chez Besson en 1777, la langue glaciaire a reculé en cinq ans de 80-150 mètres environ.

b ) Cependant, la critique met en cause l' authenticité de l' aquatinte ( ce qui entraîne une autre datation et une autre interprétation de l' activité du glacier ). D' après un spécialiste de Wolf, Raeber7, il s' agit chez Rosenberg d' un « émule et copiste inférieur » à Wolf.

La grande qualité topographique et artistique ainsi que la composition stylistique de ce tableau et l' ordonnance des personnages au premier plan peuvent faire supposer que Rosenberg disposait d' un modèle de Wolf, par exemple d' une esquisse à ll' huile La date de l' œuvre serait donc différente; ce n' est pas en 1782, mais probablement en 1774 que Wolf est venu à Rosenlaui ( d' après l' état du glacier, la date de 1776 est peu probable et celle de 1777 doit être écartée ). Que Wolf ait traité plusieurs fois le même sujet n' a rien d' extraordinaire - il a peint, par exemple, le glacier de Grindelwald inférieur une fois vu de près et une autre fois en tant que panorama ( cf. ZUMBÜHL 1980 ) -, mais ni dans le catalogue des œuvres de Wolf du Cabinet Wagner de 1779, ni dans le catalogue de l' œuvre dit « de Düsseldorf » ( où les glaciers, apparemment très importants pour Wolf, sont mentionnés en première place ) il n' est question d' une seconde vue du glacier de Rosenlaui. Cela indique bien que Rosenberg n' a pas eu recours à un modèle peint par Wolf.

Cette vue de Rosenberg semble avoir servi de modèle, probablement au début du XIXe siècle, à l' aquatinte de petit format RL 06.2, dont la qualité topographique est faible.

4. La phase de recul à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle Sur la feuille cartographique numéro 11 de I' Atlas Suisse de Meyer et Weiss ( Mu lier manque ici ), le glacier de Rosenlaui figure dans le coin gauche supérieur ( RL 07 ), mais aucun nom n' est indiqué; seules les Engelhörner sont nommées. Le relief de neige et de glace du glacier de Rosenlaui est imprimé en ombre bleue par-dessus la topographie noire, et tout en bas figure le contour de la langue. Une ligne double pourrait représenter le ravin bien marqué, d' origine tectonique, courant du SW au NE et au fond duquel coule le torrent glaciaire provenant de la partie orientale. Cela signifierait que l' extrémité de la langue se situait alors à 330-450 mètres environ8 au sud du confluent des deux torrents glaciaires. Le glacier se terminait probablement en forme de cône, au pied du gradin postérieur, au sud de la terrasse rocheuse aujourd'hui dégarnie, à environ 1580 mètres ( longueur minimale du glacier vers 1650 mètres d' altitude ).

Sur le relief des Alpes bernoises et valaisannes à l' échelle 1:108000 de J. E. Müller ( 1752-1833 ), le glacier de Rosenlaui est figuré en blanc dans la zone des névés et par une structure de cercles dans la zone frontale ( RL 08 ). On y voit distinctement les bras oriental et occidental avec le Gletscherhubel entre deux. Pour l' essentiel, les données de I' Atlas SUISSE y sont confirmées. On peut donc voir que le glacier avait déjà beaucoup fondu entre 1777 ( Besson ) et 1797 et se terminait en un front peu attrayant.

Du miniaturiste de Winterthur Johann Jakob Biedermann ( 1763-1830 ), nous avons une jolie aquarelle de grand format intitulée « Le Glacier, nommé Rosilaui » ( RL 10.2* p. 246 ). Biedermann a vécu à Berne de 1778 à 1799, d' abord comme élève du paysagiste H. Rieter, puis comme dessinateur et graveur. De 1799 à 1801, il a publié quatre feuilles de format grand aigle, à savoir Wildegg, Lucerne, Kandersteg et enfin le glacier de Rosenlaui ( WEBER 1981: 308)9. Ces quatre gravures au trait aquarellées sont mentionnées pour la première fois dans l' ouvrage d' Ebel Anleitung... die Schweiz zu bereisen ( 2e édition 1804 ); il y est indiqué que les illustrations « représentent les particularités de la Suisse depuis la plaine jusqu' aux glaciers ». La magnifique qualité de ces vues a déjà été reconnue à l' époque. Ebel écrit en effet ( 1804, 1: 147 ): « Ce sont de vrais tableaux qui comptent parmi les plus remarquables de ce genre artistique. Tout... est... d' une beauté insurpassable ».

La biographie de Biedermann, ainsi qu' un filigrane sur papier marqué « J. Ruse 1800 » de la gravure au trait RL 10.3, permettent de dater approximativement cette vue de 1800/1801 ( éventuellement 1799 ou plus tôt encore ).

Le paysage est vu de la terrasse de rochers 10, à proximité du confluent des deux torrents glaciaires; on voit à gauche, à l' hori, les parois de quartzite " brun-jaune du Gletscherhubel; droit au sud le Dossenhorn enneigé; au milieu du tableau les névés en amont du glacier de Rosenlaui, et du côté droit les couches de calcaire plissé, redressées et brun-jaune, de la Schwarzeflue au-dessous du Wellhorn. Une comparaison de cette aquarelle avec le paysage au naturel permet d' apprécier la précision extraordinaire de la peinture de Biedermann.

Le glacier est blanc avec quelques crevasses d' un vert-bleu sombre et un cône d' avalanche vert clair à gauche ( au-dessous du Gletscherhubel ); il se terminait en une langue étroite à l' extrémité sud de la terrasse rocheuse, plus ou moins plate, qui se trouve à 40-60 mètres environ du pied du gradin suivant. Le glacier se terminait donc vers 1800/1801 à 300 mètres environ du pont au-dessus de la gorge de Rosenlaui ( et donc de la moraine extrême des XVIe et XVIIe siècles ). En comparaison avec le tableau de Rosenberg peint 18 ans auparavant ( RL 06.1* p. 243 ), la glace s' est retirée de 80 à 120 mètres au moins. La question de savoir si le glacier était en crue ou en fonte à cette date ne peut être résolue avec certitude.

Il est possible que Biedermann ait réalisé d' après nature l' aquarelle RL 10.1 dont le premier plan est resté inachevé - les eaux et les rochers sont indiqués par quelques traits de pinceaux gris clair et gris foncé - et qu' il ait retravaillé plus tard en atelier l' aquarelle RL 10.2* p. 246 en lui ajoutant au premier plan une composition typique du romantisme ( un groupe de chasseurs en train de boire autour d' un chamois abattu à la chasse ). Cette aquarelle a servi ensuite de modèle à des gravures à l' eau de grand format et magnifiquement coloriées. « Les gravures coloriées par Biedermann lui-même se caractérisent par des coloris particulièrement frais et fins. Des tons clairs gris et bleutés sont délicatement rehaussés par des accents rouge clair » ( KELLER 1947: 16 ). Cela est valable non seulement pour l' aquarelle RL 10.2* p. 246, mais aussi - et surtout - pour la gravure au trait RL 10.3. Cette image montre toutefois comment un artiste doué arrive à rendre un glacier impressionnant, même s' il est peu étendu et peu séduisant, en tirant parti de la topographie environnante, de la lumière ( ici une atmosphère ensoleillée d' après ) et en montrant la profondeur de l' espace ( le fleuve de glace s' étend jusqu' aux sommets glacés du Dossenhorn dans le lointain, et il est dominé d' un ciel transparent ).

Lorsque le savant zuricois H.C. Escher de la Linth se rendit au glacier de Rosenlaui, le 12 août 1810, l' aspect du glacier était si peu spectaculaire qu' il n' en fit même pas un croquis. Dans ses notes manuscrites, il ne dit que peu de chose sur l' extension de la langue glaciaire.

« Le glacier de Rosenlaui tombe entre l' En et le contrefort nord du Wetterhorn si ( »i.a:r m: Roskni, viiX^fì CL.l.. !„ II-.I..«,, abruptement qu' il est très déchiqueté et présente donc toutes sortes de formes glaciaires. Ses moraines ne sont pas bien visibles, à cause de la forte pente, mais se confondent avec les éboulis; elles contiennent parmi diverses sortes de calcaire, également du gneiss »u.

Dans le carnet de voyage de J. R. Wyss Voyage dans /'Oberland bernois, seule la beauté du paysage de la région de Rosenlaui est mentionnée; on y cherche en vain des indications concernant l' histoire du glacier. « Le glacier de Rosenlaui s' insère dignement dans cet environnement grandiose. C' est un de ces coins de pays où on pourrait - pour parler comme Goethe - rester assis des jours entiers à dessiner, à flâner et à se parler à soi-même infatigablement ». ( WYSS 1817, 2: 703 ).

A partir de ces deux sources ( Escher: vers 1810, Wyss: probablement vers 1814/15 ), on 243 RL06.1 F. Rosenberg ( éventuellement C. Wolf ), 1782 ( peut-être 1774 ?): extrémité de la langue du glacier de Rosenlaui sur le plateau rocheux qui s' étend à l' ouest du Gletschertobel ( à gauche ). Au fond, le Dossenhorn 1 \.\."î i, »; l' M di; H \si.yM Jfnury /, ^ peut supposer que l' extrémité du glacier ne présentait pas un aspect particulièrement attrayant et se trouvait au-dessus de la zone de malm plate, entre le Gletscherhubel et la Schwarzeflue, dans la région du gradin, quelque part entre 1550 et 1700 mètres. Cela est confirmé par un dessin à la mine de plomb et au pinceau, passé à l' aquarelle, de Ludwig Vogel ( 1788-1879 ), daté du 20 août 1815 ( RL 12 ). De l' hôtel de Rosenlaui, le regard porte au SSE sur les Engelhörner qui se dressent jusqu' au ciel, sur la cuvette située entre le Gstellihorn ( à gauche ) et le Dossenhorn ( à droite ) et enfin sur les parois rocheuses du petit Wellhorn. Sur la moitié gauche, le Gletscherhubel est dessiné d' un trait ferme comme une sorte de grande lettre arabe, puis, au milieu de l' image, on voit la surface irrégulière du glacier. Comme la fin de la langue glaciaire n' est pas dessinée, alors qu' elle est visible de là par forte glaciation, on peut supposer que le glacier avait alors beaucoup fondu et se terminait derrière les parois rocheuses du milieu de l' image qui, malheureusement, le cachent.

5. La période de crue ( depuis 1815 ?) jusqu' en 1824 et l' état stationnaire avec faible retrait jusqu' en 1840 On ne sait pas actuellement quand la crue des années 1820 a commencé. Cependant, à partir des documents iconographiques ( qu' on ne peut pas beaucoup exploiter, RL 12 ), de l' histoire du climat et des variations de longueur des langues glaciaires des glaciers inférieur et supérieur de Grindelwald ( cf. ZUMBÜHL 1980 ) ainsi que du glacier du Rhône ( cf. p. 197 ), on peut dire que cette crue doit avoir commencé en 1815/1816.

FOREL écrit ( en 1884, 5: 301 ) d' après les informations de N. Kohler de Meiringen: « Le maximum d' allongement a été atteint vers 1824 ». Les premières et aussi les meilleures images de cet état de crue du glacier de Rosenlaui au XIXe siècle sont celles de Samuel Birmann.

Sur le carnet de petit format de ses croquis coloriés à l' aquarelle ( RL 19* p. 250 ) et daté de septembre 1827 ( donc trois ans après l' allon maximal au XIXe siècle ), on voit que la langue du glacier de Rosenlaui est encore très imposante. La masse de glace a complètement recouvert le gradin rocheux de 20 à 35 mètres de hauteur et s' arrête sur la région de calcaire de malm très poli, aujourd'hui en grande partie dégarnie, à 60 mètres environ au sud du pont de bois 13 jeté sur la gorge de Rosenlaui. C' est de là probablement que Birmann a réalisé son aquarelle, et c' est là aussi que se trouvent les moraines historiques extrêmes. A voir la représentation que Birmann fait de la langue glaciaire - un fleuve d' un blanc pur strié de crevasses gris-bleu sur ses bords, qui étend sa griffe puissante jusque dans la gorge -, on a l' impression que le front glacaire abrupt se pousse en avant.

Sur le panorama grand format à la plume et rehaussé d' aquarelle ( RL 20* pp. 250/251 ) de juin 1828, dessiné de l' alpage de Rufenen, avec les Engelhörner à gauche et le Wellhorn à droite, le glacier de Rosenlaui est saisi avec une précision extrême. Les rayons matinaux du soleil font du glacier blanc-gris le sujet central du dessin.

L' extrémité de la langue ( au-dessous du Gletscherhubel ) se partage, suivant la confi- guration topographique du sol rocheux en gradins, en une langue supérieure et une langue inférieure. Une puissante rimaye, d' un bleu soutenu, sépare ces deux langues.

Le front glaciaire inférieur est celui qui s' avance le plus loin; il se termine près de la gorge de Rosenlaui, mais sans atteindre les moraines extrêmes des XVIe et XVIIe siècles. Cependant, il n' existe aucune autre source qui fixe visuellement une pareille extension du glacier, ce qui prouve qu' il a atteint là, dans les années 1820, son extension maximale du XIXe siècle. Pour la première fois, on voit également l' extension de la glace au-dessus du Gletscherhubel, entre les langues est et ouest. Il semble que c' est à cette époque de crue, au milieu des années 1820, que s' est formée la moraine moyenne des trois vallums au-dessus et au sud du Gletscherhubel ( altitude entre 1800 et 1830 mètres ). D' autres fouilles n' ont malheureusement pas apporté d' éclaircisse sur cette situation. Une étude intéressante et décorative d' un détail du glacier ( RL 21 ) montre un pont de glace ( ou un portail glaciaire ) en forme de rocaille, colorié à l' aqua en bleu profond. Il est possible que Birmann ait réalisé cette esquisse du champ est, non recouvert de glace.

Deux dessins à la plume et au lavis, datés de 1829 ( RL 22 et RL 23 ), semblent être des études réalisées en atelier et non d' après nature. Le glacier de Rosenlaui ( d' un aspect analogue à l' image RL 20* pp. 250/251 ) se termine entre les Engelhörner et les Wellhörner que Birmann a bizarrement représentés de façon peu réaliste et surélevés. On retrouve cette topographie déformée des rochers et des sommets dans d' autres vues de Birmann, par exemple celle du glacier de Grindelwald, d' un style romantique et dramatique14.

A la même époque, c'est-à-dire en 1828 ( peut-être 1829 ), le savant naturaliste soleurois F.J. Hugi se rendit sur le Gletscherhubel d' où il décrit le glacier de Rosenlaui: « Tout en bas, aux pieds de l' observateur, le glacier se brise de nouveau contre des falaises, et pousse ensuite sa queue jusque dans l' ombre de puissants sapins... Le glacier de Rosenlaui est connu comme le plus clair des glaciers.

RL05.1 A.Ch.Besson, 1777: le glacier de Rosenlaui en période de crue RL05.2 A.Ch.Besson, 1777: le glacier de Rosenlaui avec une moraine frontale bien dessinée ( sur la base du document RL05.1* Aucun débris de pierre ne l' encombre, aucune tache ne trouble son vêtement couleur du c/e/»(HUGI 1830:134 ).

Une vue de la région de Rosenlaui illustrant le Naturhistorische Alpenreise, et qui rend le paysage de façon schématique par quelques traits ( RL 27 ), donne quelques informations sur la géologie, mais non sur l' extension du glacier. Les trois traits en forme de S, à l' extré de la langue, peuvent être interprétés comme une confirmation des représentations de Birmann.

D' après les données qu' on doit à FOREL ( 1884, 5: 302 ) ou à son informateur Köhler, le glacier de Rosenlaui est resté stationnaire entre 1830 et 1840 ou ne s' est retiré que légèrement. Les documents nous permettent ici d' apporter quelques précisions.

Les aquarelles détaillées de S. Birmann datant de 1827-1829 confirment que le glacier conserva d' abord sa grande extension. En revanche, une série de dessins et gravures datant des années 1830 attestent une certaine ablation à l' extrémité de la langue ( RL 29/30/34 ).

Sur la lithographie joliment coloriée de Ni-colas-Marie-Joseph Chapuy ( 1790-1858 ), le fleuve de glace se termine sur la terrasse rocheuse ( à environ 1500-1530 mètres ) près du confluent actuel des deux principaux torrents glaciaires ( RL29*, p.247)15.

Comparativement à l' état du glacier sur les aquarelles de Birmann de 1827/28, la fin de la langue a reculé d' environ 50-70 mètres. Elle est concave, c'est-à-dire en train de fondre, et la surface de la glace est fortement inclinée; elle se trouve sur le gradin rocheux, à nouveau visible, près de l' arête rocheuse, à environ 120 mètres du pont de bois ( moraines extrêmes des XVI/XVIIe siècles ). La différence est frappante entre ce tableau et celui de Birmann de 1827 ( RL19* p. 250 ), où la langue convexe et raide recouvre complètement le gradin rocheux. La lithographie fait partie des vues publiées en 1830 sous le titre Glaciers Suisses. On ne peut malheureusement pas déterminer avec précision la date du passage de Chapuy à Rosenlaui.

Sur le dessin à la mine de plomb passé à l' aquarelle et partiellement à la gouache de Johann Rudolf Bühlmann ( 1802-1890 ), daté du 11 juin 1835 ( RL 30* pp. 252/253 ), le glacier de Rosenlaui colorié en gris-bleu et en blanc se termine au sud du gradin rocheux, haut de 20-30 mètres, déjà mentionné; il a donc de nouveau reculé de 10 mètres environ et s' est éloigné de l' arête rocheuse. L' angle de vue est plus large que chez Chapuy et le point de vue plus élevé, si bien qu' on peut mieux localiser le bord du glacier, qui paraît maintenant plus abrupt. Sur l' esquisse de Bühlmann, le portail glaciaire se trouve du côté du Wellhorn, c'est-à-dire à droite sur l' image, tandis qu' il est à gauche chez Chapuy. Le partage de l' extré de la langue en deux, observé déjà par RL10.2 J. J. Biedermann, 1800/1801: le glacier de Rosenlaui avec une langue terminale en forte décrue Birmann en 1827 ( RL 20* pp. 250/251 ), est encore visible en 1835.

Deux mois après Bühlmann, en août 1835, le paysagiste norvégien de renom Thomas Fearnley ( 1802-1842 ) a dessiné lors de son voyage en Suisse le glacier de Rosenlaui, à côté d' autres glaciers ( RL 34*, p. 253 ). Son point de vue se trouvait plus au sud-est et probablement plus haut que celui de Bühlmann, si bien que nous voyons mieux la partie du glacier orientée au NE et moins bien le front.

La calotte de glace, dessinée à la mine de plomb, est rayée de puissantes crevasses. Bien que Fearnley soit plus précis que Bühlmann comme dessinateur - on le voit au Dossenhorn à l' arrière -, la localisation de la fin de la langue est plus facile chez Bühlmann, car il a également dessiné le gradin rocheux. Mais pour l' essentiel, la situation du glacier ne change quasiment pas chez Fearnley.

Lorsque Agassiz se rendit avec ses amis à Rosenlaui en 1838, il s' intéressa à l' érosion glaciaire, mais non à l' activité de la langue; en revanche, il célébra la beauté du glacier: « Le glacier de Rosenlaui passe pour un des plus beaux de Suisse; il doit cette réputation avant tout à sa grande pureté qui contraste vivement avec la surface sale du glacier de Grindelwald. Il se termine au bord d' un gouffre monstrueux d' une profondeur épouvantable RL29 N.M. J. Chapuy, entre 1830 et 1835(7 ): le glacier de Rosenlaui avec une langue terminale en forte crue où l'on entend gronder le torrent du bras glaciaire supérieur... Le magnifique bleu de la glace, qui surpasse l' azur du firmament, est indescriptible; ni le pinceau ni la plume ne peuvent rendre un tel spectacle » ( DESOR 1847: 87/88 ).

Ainsi le « gouffre monstrueux », au bord duquel le glacier se terminait, est l' étroite arête de la gorge de Rosenlaui. La description montre bien que le glacier n' avait pas changé de position depuis 1835.

Tout comme Desor et Agassiz, Meiners s' était déjà exprimé sur la beauté du glacier de Rosenlaui, lorsqu' il lui rendit visite, le 26 juillet 1782 ( 83 ?). La langue du glacier avait alors une extension un peu moins grande qu' en 1838.

« Là où s' arrêtent les rochers du Wetterhorn descend le plus beau des glaciers que j' aie jamais vus: celui de Rosenlaui, au pied de l' En. Ce glacier l' emporte même sur le glacier supérieur de Grindelwald par le bleu de sa couleur et la propreté de sa glace. Il surpasse tous les autres glaciers par la hauteur de ses pyramides de glace, par la largeur et la profondeur apparente de ses crevasses » ( MEINERS 1788, 2:68 ).

6. La grande extension des années 40 et 50 du siècle passé On ne sait pas quand cette croissance a commencé; elle s' est faite à partir de l' extré d' une langue déjà bien avancée. FOREL ( 1884, 5: 301 ) prétend que « il a diminué lentement de 1840 à 1860 ». Mais cela ne peut pas être exact si on se réfère aux sources historiques. Le premier document qui contredit Forel est une peinture extraordinairement belle de Johann Gottfried Steffan ( 1815-1905)16 datant de 1846 ( RL 41* pp. 254/255 ). Steffan se trouvait à 20 mètres environ à l' est du pont actuel ( P. 1485 ) et il a peint à l' arrière à gauche les Engelhörner, au milieu le Gletscherhubel, à droite à l' horizon, en direction du sud, le Dossenhorn, au premier plan les rochers de malm dégarnis et, à droite, la profonde faille de la gorge de Rosenlaui. Le sujet central du tableau est, bien sûr, le glacier de Rosenlaui, d' un blanc éblouissant. La structure de la glace et spécialement les crevasses sur le bord du glacier sont colorées en gris-bleu. Le front glaciaire se termine sur le gradin rocheux de 20-30 mètres de hauteur qui se trouve à 100-120 mètres environ de la moraine d' extension maximale ( XVI/XVIIe siècles ), une partie de ces rochers étant de nouveau recouverte par la glace. En comparaison des images de 1835 ( RL 30* et RL 34* p. 253 ), le fleuve de glace semble avoir progressé de 20 mètres environ. Le bord du glacier, bien visible jusque sous la Schwarzeflue ( à droite ), est abrupt et rayé de crevasses, ce qui confirme la progression. Le format horizontal et la vue super grand angulaire donnent au tableau une dimension qui n' apparaît pas dans la réalité.

Sur le dessin de grand format à la mine de plomb et à l' aquarelle ( RL 42* p. 256 ) de Johann Caspar Koller ( 1808-1887 ), un neveu du peintre animalier Rudolf Koller, la langue du glacier de Rosenlaui se termine sur la terrasse rocheuse, située entre le Gletscherhubel et le versant est du Wellhorn. Cette langue est rendue avec beaucoup de détails et de précision: elle est passée à l' aquarelle en blanc, bleu clair et bleu foncé et marquée de nombreuses crevasses. Si on compare cette vue à celle de Steffan, de 1846, le glacier semble s' être retiré de 20 à 30 mètres. Par rapport à la vue de Rosenberg ( 1782; RL06.1* p.243 ), le glacier a une extension plus grande de 80 à 100 mètres. Le front glaciaire se trouvait probablement au-dessus de la bande rocheuse, au confluent du torrent supérieur oriental et du torrent occidental, à proximité des puissants blocs rocheux au milieu du dessin.

Cette vue a certainement été réalisée avant 1851 ( le texte du carton qui l' enveloppe précise qu' il s' agit d' un cadeau fait en 1851 ), peut-être dans les années 1847/48. Cette datation s' établit à partir de deux autres vues du glacier de Rosenlaui dues à Koller, à savoir une aquarelle passée à la gouache, signée et datée par Koller de 1847 ( RL 43.1 ), ainsi qu' un dessin au crayon passé au lavis à la sépia ( RL 43.2 ) datant de 1848. Les deux vues, de format oblong, ont le même sujet que la feuille RL 42* p.256, c'est-à-dire le glacier de Rosenlaui; mais, de façon inexplicable, il est caché en grande partie par de hauts sapins, si bien qu' il n' est pas possible de déterminer l' état de la langue glaciaire. Il est probable que la feuille RL 42* p. 256 a servi de modèle en atelier pour la représentation du glacier.

Un dessin à la plume datant de la fin des années 1840 ou du début des années 1850, intitulé « Rosenlauiglätscher » ( RL 49.1 ) se trouve dans un carnet de croquis d' Anton Winterlin ( 1805-1894 ); il est également trop vague pour permettre une localisation précise du front. La langue glaciaire se termine au pied du Gletscherhubel, sur la terrasse rocheuse. Cette vue a été copiée à plusieurs reprises. Sur une lithographie ( RL 49.2 ), la topographie est presque mieux rendue que sur l' original ". Le tableau de John Brett ( 1830-1902 ), une vue hyperréaliste du glacier de Rosenlaui ( RL 58* p. 257 ) de petit format, datée du 23 août 1856, est un d' œuvre de la peinture paysagiste préraphaélique18. Le fleuve de glace présente, à côté de la dominante d' un blanc pur, une surface de glace grise et bleu-violet rendue avec minutie. La cascade de glace se poursuit sans rupture de couleur dans les lambeaux de brouillard et le ciel couvert; devant cet arrière-plan violet-gris-blanc se dresse majestueusement le Dossenhorn.

Le glacier de Rosenlaui est sur ce tableau d' une beauté cristalline et d' une clarté glaciale; tout sentiment de menace ou d' inacces est absent. Le glacier et les Alpes entières deviennent le lieu d' une étude scientifique - ce qui est montré de façon exemplaire chez Brett.

Quelles données cette image unique en son genre nous livre-telle pour l' histoire du glacier? On peut la comparer avec l' aquarelle de J. C. Koller ( RL 42* p. 256 ), bien que Brett ait peint le glacier d' un point de vue moins éloigné. Depuis 1847/48, la partie orientale de la langue immédiatement sous le Gletscherhubel a progressé visiblement de 30 à 50 mètres environ. La crête glaciaire, raide et ondulée, de la langue glaciaire trahit également une progression. Comme le front glaciaire occidental vers la gorge de Rosenlaui ou le Weissbach ne figure pas sur le tableau de Brett, on ne peut rien dire de l' activité de la langue glaciaire dans cette région.

Brett a peint ce tableau - qui est sa première vue des Alpes 19 - d' après nature, selon les maximes des Préraphaélites. La géologie est rendue avec une précision scientifique et méticuleuse. Observez, par exemple, les parois de quartzite brun-beige du Gletscherhubel, la surface polie du malm ou les trois blocs rocheux aux angles arrondis au premier plan. BENDINER ( 1984: 242 ) suppose que Brett a voulu illustrer ici la théorie sur les glaciers de L. Agassiz ( cf p. 282 ) qui était très controversée à l' époque.

Ce tableau fut exposé pour la première fois en 1857 à la Royal Academy de Londres; il fut non seulement admiré sans réserve par J. Ruskin, mais aussi salué par un autre personnage comme « la reproduction la plus belle et la plus fidèle de tous les glaciers que l' en récent pour les voyages en Suisse ait suscitée ». Brett avait peint ce tableau « à la fois comme géologue et comme artiste»20.

En même temps, ou une année après cette vue quasi photographique de Brett, donc en 1856 ou 1857, Frédéric Martens ( env. 1809-1875 ) a pris une photo du glacier de Rosenlaui avec ses puissants amoncellements de glace blanche, le Gletscherhubel et le Gstellihorn à l' arrière ( RL 59.1* p. 258 ). La langue glaciaire se termine sur le gradin rocheux à 120 mètres environ du pont ( P. 1485 ). On reconnaît bien la moraine latérale qui s' est formée à cette époque sur la terrasse rocheuse et qu' on voit encore aujourd'hui.

Une comparaison avec l' aquarelle de S. Birmann ( RL 19* p. 250 ), réalisée trente ans auparavant ( 1827 ), montre que le glacier restait impressionnant vers 1856, mais était devenu nettement plus petit, comme on le voit à la hauteur de la glace au-dessous du Gletscherhubel.

Sur la lithographie plus récente de E. Ciceri, publiée en 1859 dans l' album de grand format La Suisse et la Savoie, des personnages ont été ajoutés pour donner l' échelle de grandeur ( RL 59.2 ). Sur la vue de petit format intitulée « Glacier de Rosenlaui » ( RL 61 * p. 258 ) lithogra-phiée par Léon-Jean-Baptiste Sabatier ( début du XIXe siècle - 1887 ), l' angle de vue, plus grand que chez Brett, permet de voir toute la langue glaciaire, y compris le bord ouest, dans les années 1856-1858. Le front glaciaire est rendu pratiquement de la même façon que chez Brett, mais avec moins de détails. Du côté gauche de l' image, le glacier paraît avoir avancé un peu. On reconnaît bien aussi l' arête de glace abrupte et ondulée au milieu de la langue. La lithographie RL 62 où figure le chemin qui conduit à la langue, montre le glacier vu d' une plus grande distance.

Le premier relevé à la planchette ( cartographiquement exact ) du glacier de Rosenlaui est la carte 34, Meiringen, à l' échelle 1:50000, datant de 1860 ( RL 66* p. 259 ). On y voit pour la première fois le partage de la langue dû au Gletscherhubel. La langue ouest, longue de 590 mètres environ, atteignait alors la terrasse rocheuse polie qui se trouve à 65 mètres au sud du confluent des deux torrents glaciaires, et le bras glaciaire oriental, long de 400 mètres environ, arrivait à 280 mètres avant le pont du chemin du Gletscherhubel. L' extrémité de la langue ouest se trouvait donc en 1860 à environ 170 mètres des moraines extrêmes des XVIe et XVIIe siècles et du pont ( P. 1485 ). Une comparaison avec la photo de Martens ou la lithographie de Sabatier montre que l' extré de la langue avait reculé ( en quatre ans environ ) de près de 50 mètres. La langue orientale, au pied des Engelhörner, se terminait à 50-60 mètres en arrière de la moraine de 1824. Ces valeurs de l' année 1860, somme toute assez réalistes, ne sont relativisées que par le travail souvent imprécis de J. Ansel-mier21 ( cf. p.213 ).

Trois photos datant des années 1863-1867 attestent le rapide retrait de la langue occidentale; elles ont été prises du pavillon nouvellement bâti au nord-est du confluent des deux torrents glaciaires.

Sur la stéréophotographie de W. England ( RL 67* p. 260 ) qui date probablement de 1863, RL30 J. R. Bühlmann, 11 juin 1835: la langue du glacier, entre le Gletscherhubel ( à gauche ) et les flancs du Wellhorn ( à droite ) la langue s' est de nouveau retirée de 110 à 120 mètres par rapport à l' état de 1860 ( elle se trouve à 280-290 mètres du pont ). Un an plus tard, en 1864, Adolphe Braun ( 1811-1877 ) a photographié la langue glaciaire qui rétrécit toujours plus, à partir du même point, également avec des touristes au premier plan ( RL 72* p. 261 ). On voit bien, grâce aux crevasses latérales toujours plus grandes, que la glace fond et que le climat a changé. La langue située au pied du gradin a maintenant presque le même aspect que sur la gravure au trait de J. Biedermann datant de 1799-1801 ( RL10.2* p. 246 ). Braun est revenu, trois ans plus tard, au glacier de Rosenlaui. Il n' y avait plus alors qu' un petit reste de langue glaciaire. Depuis 1860, le front avait encore reculé de 190 mètres et se trouvait à 360 mètres en arrière du pont, donc au sud. Sept ans après, en 1874, le glacier se terminait à 550 mètres au sud du pont, comme l' atteste la première édition de l' Atlas Siegfried, feuille 397, Guttannen ( RL 77 ).

Il est assez difficile de reconstituer l' histoire récente du glacier, car nous n' avons pas de relevés réguliers pour la période 1880-1988; durant 36 ans, les données manquent totalement et, pendant 33 ans, on a simplement indiqué si le glacier avançait ou reculait. La raison principale de cette faible quantité de relevés ( 39 ) est l' instabilité du front d' arrache ouest du côté du Wellhorn, qui faisait de tout travail de mensuration une entreprise périlleuse à cause des fréquentes avalanches de 1846/56 à nos jours, le glacier de Rosenlaui a reculé de 840-860 mètres environ ( mesuré selon l' axe ouest ); le front d' arrachement du côté du Wellhorn se situe actuellement à 880 mètres des moraines extrêmes ( pont: P. 1485 ).

Durant la même période, quatre poussées de moindre importance ont pu être observées ( v. fig. 5 du dépliant ): 1881-1886 ( et 1891 ) env. +115 m ( valeur interpolée env. +170 m ); 1919-1923 valeur inconnue ( valeur interpolée env. +130-140 m ); 1961-1972 env. +89 m ( valeur interpolée env. +120-130 m ). Comme le glacier voisin- l' Obérer Grindelwaldgletscher- RL34 T. Fearnley, juillet/août 1835: le glacier de Rosenlaui en 1959, le glacier de Rosenlaui a atteint en 1960 sa plus faible extension ( env. 1110 à 1120 mètres en arrière des moraines du maximum des XVIe et XVIIe siècles ). La toute dernière avance de 1979-1986 ( valeur interpolée d' au moins +60-80 m ) a fait apparaître, à l' ex orientale du glacier, une langue bien reconnaissable au-dessous du chemin de la cabane Dossen ( longueur estimée depuis 1969: au moins +120-200 m)22.

8. Le glacier de Rosenlaui comme sujet secondaire des vues du Wellhorn et du Wetterhorn au XIXe siècle Le glacier de Rosenlaui est vu plus souvent de loin que de près, du nord-nord-est, en tant que partie d' un paysage de montagne dominé par le Dossenhorn, le Wellhorn et le Wetterhorn. Le point de vue était fréquemment la région de Gschwantenmad/Schönenboden/ Schwand avec le torrent du Reichenbach au premier plan ( à 1,5-2,5 km au nord-est de Rosenlaui sur le chemin de Meiringen ). Sur près- que toutes ces vues, l' extrémité de la langue du glacier de Rosenlaui est cachée, si bien qu' on ne peut guère en déduire l' extension du glacier. On ne peut tirer parti que de la partie du glacier située du côté du Wellhorn, qui est représentée avec plus ou moins d' exactitude. On peut aussi tirer quelques informations du gradin rocheux de malm, situé à 2200-2400 mètres, au milieu du glacier ( sous le Dossenhorn ) et qui ressortait plus ou moins suivant la hauteur de la glace.

RL41 G. Steffan. 1846: avance du glacier de Rosenlaui qui n' est plus qu' à 100-120 mètres environ des moraines de la plus grande extension Du point de vue quantitatif ( plus de la moitié des documents de notre catalogue ) comme du point de vue qualitatif, c'est-à-dire pour l' histoire de l' art, ces représentations de Rosenlaui sont très importantes. Au début du XIXe siècle, nous avons les vues des petits maîtres ( Lafond, Lory ). Dans les années 1840-1850, ce sont les œuvres des grands peintres paysagistes comme Diday, Calarne, Castan; ils sont relayés par les premiers photographes, tels Martens, Braun, Soulier et Bisson.

La première œuvre d' une certaine importance est celle de Simon-Daniel Lafond ( 1763-1831 ). Cette gravure au trait aquarellée de grand format ( RL 13 ) montre au premier plan le Reichenbach, derrière lequel se dressent les sombres Wellhörner, flanquées des Wetterhörner et du glacier de Rosenlaui. Comme ce dernier n' est visible que dans la partie centrale et supérieure, on ne peut guère faire des observations sur l' état du glacier.

Gabriel Lory père ( 1763-1840 ) a dessiné la puissante architecture des Alpes avec les Wellhörner au milieu, le Rosenhorn tout blanc à gauche et le Wetterhorn à droite ainsi que l' Eiger tout petit ( RL 14.1 ). Son point de vue était tout proche de celui de Lafond, entre Schwand et Gschwantenmad, avec le regard dirigé au sud-sud-ouest. La belle couronne de montagnes est passée au lavis bleu-vert et contraste ainsi avec le premier plan au crayon. Sur le modèle de ce dessin, réalisé probablement d' après nature, Lory a peint en atelier une aquarelle de grand format ( RL 14.2 ). Un groupe de voyageurs et un troupeau de chèvres animent le premier plan. Aujourd'hui, on voit de cet emplacement le front d' arrache du côté du Wellhorn avec les rochers calcaires nus et polis situés au-dessous. A l' époque de Lory ( RL 14.2 est daté de 1817, mais le dessin original est peut-être plus ancien ), l' extrémité du glacier se trouvait bien plus bas dans la vallée et n' était donc pas visible.

Un peu plus tard, Gabriel Lory fils ( 1787-1846 ) a dessiné presque le même paysage que son père ( RL 15.1* p. 262 ) vu d' un endroit situé plus près du ruisseau de Rosenlaui. Le sens vertical accentue encore l' architecture magnifique des montagnes; les Wellhörner ( au milieu ) flanquées du glacier de Rosenlaui, le Dossenhorn qu' on ne voit que partiellement et le Wetterhorn avec le glacier de Hengsteren ont l' air d' un groupe de cristaux surdimensionnés avec leurs aiguilles et leurs arêtes. Au-dessous des parois calcaires beige-verdâ-tre du petit Wellhorn, on reconnaît les parties latérales du glacier, peintes en gris-bleu clair. Il est frappant de voir sur les tableaux des deux Lory ( aussi bien RL 14.1 que RL 15.1 ) un enneigement du Grand Wellhorn et du Wetterhorn bien plus important qu' aujourd.

Le dessin finement rehaussé à l' aquarelle RL 15.1* p. 262 a servi de base à l' aquarelle RL 15.2. Le dessin à la plume RL 16.1 a servi de modèle pour l' aquatinte RL 16.2 qui fut publiée sous le N°21 à Paris en 1822 dans l' album pour bibliophiles intitulé Voyage pittoresque de l' Oberland Bernois23.

A côté de ces exemples de peinture romantique, dans lesquels la nature n' est pas saisie topographiquement ni de façon réaliste, mais bien spirituellement, on trouve aussi des oeuvres importantes qui témoignent d' un grand art du paysage. Citons le dessin à l' en de chine passé à l' aquarelle ( RL 18.1 ) du peintre Ernst Ferdinand Oehme ( 1797-1855)24 né à Dresde, dessin qui s' approche par sa précision et sa sobriété d' un plan d' architecte. Oehme a dessiné cette belle vue d' après nature du massif des Dossen-/Well-/Wetter-horn, à son retour d' un voyage de trois ans en Italie, les 6 et 7 septembre 1825, dans la vallée de la Scheidegg ( NEIDHARDT 1985 b: 231 vue 146, 328 ). Du glacier de Rosenlaui, on ne voit que le bord du côté du Wellhorn, dont la teinte va du blanc au gris foncé. Oehme semble avoir été très impressionné par la grandeur majestueuse et la rudesse du monde alpin où il se reconnaissait. Le tableau du Wetterhorn de grand format ( RL 18.2; NEIDHARDT 1985 a: vue 6, 13 ) qu' il a peint d' après ce modèle quatre ans plus tard, donc en 1829, pour son protecteur, le prince Frédéric-Auguste, repré- RL42 C. Koller, 1847/1848: la langue du glacier de Rosenlaui RL66 J. Anselmier, 1860:1a feuille topographique à l' échelle 1:50000, utilisée comme modèle pour la Carte Dufour. On distingue nettement les deux bras par lesquels se terminait alors le glacier de Rosenlaui ( partagé par le Gletschertobel ).

sente le point culminant des paysages de montagne d' Oehme.

La plaine du Gschwantenmad où coule le Reichenbach forme un premier plan vaste et large et repousse les sommets dans le fond de l' image ( on comprend mal pourquoi le Wellhorn est étêté tant sur l' aquarelle que sur la peinture ). L' alpage en pleine lumière, très vert, caractérisé comme zone habitée par la présence d' hommes et d' animaux, d' un pont de bois et d' un chalet d' alpage, contraste avec la solitude inviolée des sommets géants qui dressent majestueusement leurs cimes glacées dans le ciel bleu. Plus encore que sur l' aquarelle, le glacier de Rosenlaui ( en haut à gauche ) n' est ici qu' un sujet secondaire. Mais cette peinture montre pourtant bien que Oehme ne cherche pas l' expressivité et la symbolique existentielle au sens où l' entend son maître, C. D. Friedrich, mais qu' il tend à un réalisme pictural assorti d' une atmosphère poétique tributaire du romantisme. Un an plus tard, c'est-à-dire en 1830 ( bien que cette date ne soit pas certifiée ), le Neuchâtelois Maximilien de Meuron ( 1785-1868 ) a peint également la vue classique de Rosenlaui - Wellhorn -Wetterhorn à peu près du même point de vue que Oehme, mais en petit format ( rl 28 ). Le glacier, reproduit avec beaucoup de détails, ne semble pas avoir atteint l' avance extrême des XVIe et XVIIe siècles, si on se fonde sur la moraine latérale au-dessous du Wellhorn ( à droite sur l' image ). Une peinture de l' écrivain Gottfried Keller ( 1819-1890 ), datée de 1840, n' est guère utilisable pour l' étude du glacier. Au premier plan on voit un éboulement qui ne se trouve pas à cet endroit en réalité, tandis qu' à l' arrière figurent le glacier de Rosenlaui et les pyramides des Grand et Petit Wellhorn ainsi que la cime blanche et trop abrupte du Wetterhorn ( RL36 ). Il est probable que Keller, alors âgé de 21 ans, n' a pas réalisé cette peinture d' après nature, mais d' après un modèle, sûrement une gravure ( peut-être une aquatinte de F. Meyer ).

Keller est plus heureux en paroles, lorsqu' il cherche à caractériser la peinture de paysage qui oscille entre les maximes du romantisme et celles du réalisme. Il écrit dans Henri le Vert: « Elle ne consiste pas à chercher et imiter des lieux remarquables et célèbres, mais à contempler et à essayer d' illustrer la grandeur et la beauté paisible de la nature; parfois c' est tout un paysage comme ce lac avec les forêts et les montagnes qui l' entourent, parfois c' est un seul arbre ou même un petit coin d' eau et de ciel ». ( Keller 1958,1:215 ).

Dans l' œuvre du Genevois François Diday ( 1802-1877)25, fondateur de « l' école suisse de paysage », œuvre qu' on peut classer dans le romantisme pathétique tardif, on trouve aussi plusieurs vues de Rosenlaui, en majorité de grand format. La peinture RL 38* p. 263 montre le glacier de Rosenlaui éclairé par le soleil matinal, d' une teinte blanc-gris bleuté, à côté du Wellhorn qui se dresse au centre de l' image. Le glacier dont on ne voit que le bord des séracs, n' est pas rendu très exactement du point de vue topographique; il s' insère dans un lointain arrière-plan de montagnes, et Diday ne semble pas avoir parcouru lui-même la région.

La répartition de la lumière et de l' ombre, depuis le premier plan clair ( avec le torrent écumant et un arbre déraciné ) en passant par le centre sombre ( avec de hauts sapins ) jusqu' à l' arrière assez clair ( avec les sommets du Dossenhorn et du Wetterhorn entourés de nuages ), crée une atmosphère mouvementée, sombre et sauvagement romantique, très caractéristique de Diday.

Les autres vues de Rosenlaui peintes par Diday ( surtout RL 45 et RL 46 ) se distinguent très peu les unes des autres ( de légères différences sont visibles dans l' angle de vue, la lumière, le premier plan ). C' est pourquoi la chronologie ne joue pas un très grand rôle. Tous les tableaux ont en commun une atmosphère sombre. Dans un cas ( RL 45 ) le bord du glacier du côté Wellhorn, dans l' ombre, est représenté de façon trop puissante et dramatique. Sur le dessin RL 44, le glacier est coloré à la craie blanche; les sapins du premier plan empêchent de déterminer l' état de la langue glaciaire. Les peintures de Diday ( comme les études d' après nature de Calarne ) correspondent en majeure partie au programme de la peinture alpestre formulé par D. Hess en 1822 dans son article intitulé Conversation au chalet sur l' art, programme prôné par le profes- seur saxon Wahrmund: « Le vrai ami de l' art, doué dans plusieurs domaines, ne veut pas toujours des sentiments doux, il veut aussi des sentiments élevés! Il ne veut pas toujours entendre des airs de flûte lydiens, mais aussi, pour changer, le tonnerre de cataractes rugissantes et le fracas d' avalanches qui roulent; il veut voir de grandes masses d' ombres par contraste avec quelques points de lumière bien choisis... des troncs arrachés par la foudre précipités dans l' abîme de la gorge... » ( HESS 1822: 139ss. cité in ZELGER 1977: 124 ). Alexandre Calarne ( 1810-1864)26, un élève de Diday, a réalisé, lui-aussi, une série de très beaux tableaux, en général dans le sens vertical, représentant le massif du Wellhorn et du Wetterhorn, semblable à un groupe de cristaux étages, avec le torrent du Reichenbach au premier plan; les diverses vues ne se différencient que dans les détails ( RL 37, 40, 54, 55, 56 et RL 53* p. 265 ). L' atmosphère de ces peintures est différente de celle de Diday: claire, transparente, plus précise topographiquement, mais ces vues réalisées en atelier paraissent souvent académiques ( ZELGER 1977:

RL67 W. England. 1863(7 ): le glacier de Rosenlaui en forte décrue après 1856 121 ). Le glacier de Rosenlaui y figure un peu par hasard, en tant qu' élément du paysage. On ne connaît pas de vue proche ou de détails d' un glacier peints par Calarne. Cela provient vraisemblablement du fait qu' il n' allait pas en haute montagne, car sa santé ne le lui permettait pas ( ANKER 1987: 108 ).

Le glacier de Rosenlaui est spécialement bien représenté sur une étude à l' huile dans le sens vertical et de format plutôt petit, réalisée entre 1850 et 1854 ( RL 53* p. 265 ). L' ensoleille y est intense ( à l' opposé des toiles de Diday ) et le glacier est représenté de façon réaliste, surtout du côté du Wellhorn, et présente une teinte blanc-gris clair et beige27. On y voit distinctement que le glacier atteint la terrasse rocheuse au nord-ouest du Gletscherhubel. Le gradin rocheux, relativement grand et libre de glace au centre du glacier, permet de constater que celui-ci n' avait RL72 A. Braun, 1864: le glacier de Rosenlaui pas atteint son extension maximale du XIXe siècle.

Dans les années 1850, Calarne eut comme Diday28 un grand succès dans toute l' Europe avec ses tableaux. Cela est compréhensible, car il répondait au sentiment romantique de la nature, propre aux voyageurs aisés de son temps, et à leur admiration des montagnes suisses, mais en plus, il mettait la peinture au service du patriotisme de ce XIXe siècle.

Sur un dessin au crayon de Georg Meyer ( 1814-1895 ), daté d' août 1849, le glacier de Rosenlaui se présente comme une cascade de séracs qui tombe en vagues, teintée à l' aqua en gris-bleu toujours plus foncé ( RL47.1 ). On reconnaît bien sur cette vue la langue orientale qui recouvrait alors complètement le sol rocheux au-dessous de Dossenpletschen. Le rocher n' est visible qu' au milieu du glacier, à une altitude de 2200-2300 mètres environ, sous la forme d' une tache grise.

Un an plus tard, en septembre 1850, J. G. Steffan ( cf. RL 41 * pp. 254/255 ) a peint le RL74 A. Braun, 1867: le glacier de Rosenlaui dont la langue a diminué, de 1863 à 1867, de quelque 70 à 80 mètres paysage classique de Rosenlaui dans une lumière radieuse. La composition présente un équilibre parfait entre le Dossenhorn ( à gauche ), le double sommet des Wellhörner qui se dresse au centre et le Wetterhorn ( à droite ) avec ses parois rocheuses abruptes. Le premier plan clair ( partie nord-est du Gschwantenmad ), le centre sombre ( silhouette du Gletscherhubel, pied des Engelhörner ) ainsi que la couronne imposante des cimes lumineuses à l' arrière ( Dossen-, Well- et Wetterhorn et en bas la cime de l' Eiger, toute petite ) font un bel effet de profondeur. Le glacier très ensoleillé, très brillant, de couleur gris-blanc, est peint avec beaucoup d' exactitude topographique; le niveau de la glace est haut. Au-dessus de ce magnifique paysage de haute montagne s' étend un ciel d' arrière bleu foncé, partiellement couvert de cirrus pareils à des voiles. Cette peinture prouve, tant par son sujet que par sa mise en œuvre artistique, que Steffan a bien mérité sa RL15.1 G. M. Lory fils, entre 1817 et 1821: vue du nord-est sur le glacier de Rosenlaui, le Wellhorn et le Wetterhorn réputation de « Calarne allemand»29. Les chromos pour touristes de Ferdinand Sommer ( 1822-1901 ) et de son élève Ferdinand Hodler ( 1853-1918 ) appartiennent au genre cartes postales des petits maîtres. Ce sont les œuvres d' un « Hodler avant Hodler»30, dont la création lui ouvrit tout de même les portes de l' art ( BRÜSCHWEILER 1984: 11 et MÜHLE-STEIN/SCHMIDT 1942: 12 ). Son apprentissage chez Sommer, à Thoune, dura de la fin de 1867 ou du début 1868 jusqu' à la fin de 1870, donc trois ans. Le fabricant de cartes postales Sommer était bon commerçant; il utilisait les peintures de Diday et de Calarne comme modèles. On connaît de sa main cinq vues de Rosenlaui, avec le Wellhorn, le Wetterhorn et le haut du glacier ainsi qu' un groupe de chalets des plus charmants au premier plan ( RL 79-RL 83 ); on ne voit certes pas les détails du glacier, mais les proportions sont mieux conservées que sur des vues analogues de A. Winterlin ( RL 51.1 et 52.2 ). De F. Hodler, nous avons trois répliques du chalet avec Wellhorn, Wetterhorn et glacier de Rosenlaui qui sont peintes à grands traits, presque grossièrement ( BRÜSCHWEILER 1984: 100;RL84-RL86)31.

La vue du glacier de Rosenlaui, entre le Dossenhorn et le Wellhorn ( RL 87 ), du jeune Emile Cardinaux ( 1877-1936 ) datant de 1896 se réclame au contraire d' un style original. Comme le gradin rocheux au milieu de la cascade de glace semble déjà en grande partie libre de glace, cette vue atteste la forte diminution de volume du glacier à la fin du XIXe siècle.

Datation au carbone 14 pour le glacier de Rosenlaui Hanspeter Holzhauser, Zurich A l' est du pont sur la gorge de Rosenlaui ( P. 1485 ), le chemin suit un rempart morainique sur lequel des arbres déjà hauts ont pris racine. La moraine marque ici la limite de la langue glaciaire occidentale et a été déposée lors de la période de crue du XIXe siècle ( cf. pp. 244, 252 ). Dans l' intention de trouver un sol fossile sous les dépôts morainiques, on a fait un profil sur le versant extérieur de la moraine ( RL A 1, carte 6 p. 235 ). Il s' est avéré que le rempart repose directement sur le rocher. A la base est apparu un horizon de sol fossile qui contenait de petits morceaux de bois et des aiguilles de sapin. On a prélevé ce matériau et des parcelles de bois afin de procéder à la datation.

L' analyse du sol au 14C a donné les âges suivants:

Substance organique résiduelle:

51070yBP(UZ-1037 ) Acide humique:

22075yBP(UZ-1038 ) L' échantillon de bois était trop petit pour une datation conventionnelle au 14C, si bien qu' on a dû recourir à l' accélérateur tandem AMS ( EPFZ ). Le résultat est de 51590 yBP ( UZ-2178 ), ce qui correspond à l' âge des substances organiques résiduelles. La formation des ombelles a commencé vers 510 yBP, et elle était achevée avant 220 yBP. L' âge de RL53 A. Calarne, entre 1850 et 1854(7 ): le Wellhorn et le Wetterhorn avec le glacier de Rosenlaui l' acide humique est vraisemblablement trop bas: comme le sol ne se trouve pas à une grande profondeur sous la surface et qu' il est recouvert de matériaux morainiques, on peut penser qu' il y a eu contamination par le sol récent. La poussée du glacier de Rosenlaui s' est produite en tout cas entre 51070 yBP et 22075 yBP, et il est probable que le rempart morainique s' est formé pendant la première période de crue des temps modernes, c'est-à-dire au tournant des XVIe et XVIIe siècles. Cette datation confirme les résultats de la recherche des sources historiques, à savoir que ce rempart a dû se former avant la crue du XIXe siècle.

Du côté ouest de la gorge de Rosenlaui, le même terrain en avant du glacier est également bordé d' un rempart morainique qui peut être considéré comme la suite du premier. Sur son versant extérieur se trouvent en surface des résidus d' arbres divers, victimes d' ava. Quelques morceaux de troncs sortent aussi du rempart, ce qui a soulevé l' espoir de dater la moraine. Un échantillon en a été prélevé pour une datation au 14C. En outre, on a trouvé, à quelques mètres de cette moraine extrême, une racine in situ dans une fissure de rocher.

Ces deux échantillons de bois ont été datés, mais leur âge n' a pas répondu aux attentes: aussi bien le bois extérieur au rempart que celui qui était intramorainique sont modernes pour le 14C ( UZ-1023 et UZ-1024 )... Les arbres ne sont donc morts qu' au XIXe ou même au XXe siècle, et leur chute ne peut pas être mise en rapport avec une crue du glacier.

Traduction d' Annelise Rigo

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