Le Schwarzberghorn. Une ambiance de Grand Nord

Le Schwarzberghorn

La région de Mattmark dans le Haut Saastal valaisan– et plus précisément le Schwarzberghorn – constitue un terrain idéal pour la pratique du ski tardif. Avec ses airs de Grand Nord et ses décors grandioses, ce sommet a tout pour ravir les amateurs de calme et d' apesanteur.

Plusieurs dizaines de secondes que je me laisse glisser quand soudain, après un virage, je fais halte. Une étrange sensation me traverse: où sommes-nous? Les vastes champs peu inclinés que nous parcourons depuis ce matin n' ont rien d' ordinaire. Banquise du Grand Nord? Antarctique? La perspective vers les sommets qui nous entourent, pourtant si familiers, ne me permet pas de me rattacher à mes souvenirs. Les eaux du barrage de Mattmark me rappellent finalement à la réalité: les neiges que nous foulons n' ont rien de très exotique et je retombe en Valais aussi vite que je m' en étais échappé!

Ski tardif en petit comité

Le mois de juin sonne souvent le glas de la saison de ski de randonnée. Pourtant, cette année, nous voulons la prolonger autant que possible. Il nous faut démarrer passablement haut si nous ne voulons pas passer de longues heures à porter nos skis. Aux 4000 habituellement pris d' assaut durant cette période, nous préférons un sommet moins couru. La région de Mattmark, dans le Haut Saastal, dangereuse au cœur de l' hiver, offre quelques possibilités intéressantes en saison avancée, lorsque la neige ne fait pas défaut. Parmi celles-ci, le Schwarzberghorn ( 3609 m ), au sud du très convoité Strahlhorn, devrait faire l' affaire. On le gravit parfois en reliant Zermatt au Saastal ou à Macugnaga, mais l' Adler voisin draine nettement plus de monde sur la Haute Route Zermatt–Saas Fee. Cela nous assurera probablement une certaine tranquillité.

Les séracs qui défendent l' accès au sommet du Schwarzberghorn nous rappellent que l'on chemine sur un glacier Photo: S téphane Mair e

Des conditions de rêve

Les transports publics ne desservant pas encore le barrage, nous abandonnons notre véhicule sous la digue de pierres. Les deux tunnels de la rive gauche du lac ne sont pas un obstacle aujourd'hui et lorsque nous en sortons, nous pouvons très vite poursuivre à ski. Par un large arc de cercle, nous gagnons lentement le Schwarzberggletscher. La démesure des lieux ne tarde pas à nous interpeller: l' étendue des champs neigeux ne doit pas rendre aisée l' orientation en cas de brouillard! Le versant oriental du Strahlhorn, imposant rempart rocheux sillonné de voies d' alpinisme difficiles, nous tiendra compagnie la journée durant. Ses teintes chaleureuses contrastent fortement avec la blancheur immaculée du vaste plateau que nous traversons. Notre longue errance au sein de ces décors grandioses nous mène lentement au pied d' une barre de séracs, premier véritable accident de terrain depuis que nous avons entamé la course. Par quelques conversions dans une pente terminale plus raide, nous parvenons à proximité du bivouac Citta di Luino CAI. Juché sur l' arête frontière, il domine un abîme impressionnant. Tout sur ce versant italien paraît démesuré et à quelques kilomètres, l' amphithéâtre du Mont-Rose nous De rares mais majestueux séracs accentuent la beauté de l' itinéraire La photo trompe! Les pentes sous le sommet sont raides. Elles constituent d' ailleurs l' unique difficulté de la course. Au fond à gauche, on aperçoit le Lagginhorn et le Weissmies Sous l' imposante muraille du Strahlhorn, les plateaux conduisant au Schwarzberghorn ( au-dessus des skieurs à droite ) Photos: S téphane Mair e rappelle que nous sommes face à la plus vaste paroi des Alpes. Nous déposons nos skis au pied des rochers sommitaux, que nous gravissons sans mal jusqu' au point culminant. S' ouvre alors le tableau fabuleux des étendues glaciaires qui s' abaissent en direction de Zermatt. Au loin, les cimes qui ont fait la réputation de la région complètent l' œuvre de Dame Nature. Le Piémont baigne dans ses habituelles brumes et, de notre îlot, nous contemplons ce spectacle, émerveillés.

Une longue descente en apesanteur

Alors que nous rechaussons nos skis, nous n' imaginons encore guère le plaisir que nous procurera la descente. Les premiers mètres raides négociés, nous revenons à l' aplomb des séracs. Devant nous, un boulevard comme en offrent rarement les Alpes valaisannes. Le peu de déclivité des pentes nous laisse redouter quelques minutes de ski de fond en cas de neige trop mouillée. Très vite, chacun de nous constate qu' il n' en est rien et que nous descendons à l' heure idéale. La faible inclinaison des champs neigeux les préserve probablement d' une exposition trop directe. La facilité déconcertante avec laquelle nous enchaînons les cour- Photos: Stéphane Maire Du sommet on jouit d' une vue splendide. A l' arrière au centre de la photo, la gigantesque paroi de Macugnaga du Mont-Rose ( paroi est ) bes, l' impression de disposer de tant d' espace, les décors merveilleux que nous traversons: tout contribue à faire de ces minutes un pur instant de bonheur! Perdus dans nos rêves, nous revenons sur terre à contre-cœur... a Stéphane Maire, Commeire Informations pratiques Accès: de Visp, suivre Stalden puis Saas Grund. Prendre ensuite direction Mattmark et remonter la vallée jusqu' au barrage. Parking sous la digue Difficulté: AD+. Pentes peu soutenues dans l' ensemble. Prendre garde sous le sommet, selon les conditions. Arête rocheuse sommitale sans difficultés. Orientation complexe par brouillard Dénivelé: 1400 m Horaire: 5 h ( montée ) Matériel: matériel standard de randonnée à ski sur glacier. Piolet et crampons inutiles Carte: CN 1: 25 000, feuilles 1348 Zermatt et 1349 Monte Moro; pour les itinéraires à ski: CN 1: 50 000, feuille 284 S Mischabel Topo: Egon Feller et Roger Mathieu, Skitouren Oberwallis, Ed. du CAS, Berne 2002, course n° 556. Pour le texte français, cf. Philippe Metzker, Ski alpin Alpes valaisannes, Ed. du CAS, Berne 1989, course n° 556 Période: dès que la route est ouverte qu' à Mattmark ( se renseigner à l' OT de Saas, tél. 027 968 66 44 ), quoique l'on puisse aussi partir plus bas selon l' enneigement Descente de rêve sur le barrage de Mattmark. Difficile de revenir à la réalité après de si belles courbes! Les rares séracs qu' on aperçoit sur la photo sont visibles de loin et ne représentent pas de véritables dangers. L' itinéraire est en pente douce et on peut profiter pleinement du décor Au panorama s' ajoutent de nombreux 4000 qui ont fait la renommée de Zermatt. De g. à d. on aperçoit le Breithorn, le Cervin, la Dent Blanche et l' Ober Gabelhorn

Autour du Griessstock et du Spielauerstock

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