Le tour du val de Bagnes. Chamois, nature sauvage et un bout d'Himalaya

rofonde découpe dans les couches géologiques qui bâtissent les Alpes valaisannes, le haut val de Bagnes permet un retour à la nature primitive. A l' amateur des sciences de la terre, il fait entrevoir le chaos de la naissance, le grondement des éboulements et la terreur des débâcles d' origine glaciaire. Sans cesse agitée par le vent, l' edelweiss y raconte les courtes nuits de juillet éclairées d' un quart de lune,les tempêtes d' août lorsque la neige vient troubler la fête, les contrastes de l' automne si chaleureux à l' adret et si glacial à l' ubac.. " " .Souveraine,la nature y a le dernier mot.

La deuxième plus grande réserve naturelle de Suisse

Au randonneur qui sait se faire discret, le spectacle se révèle à la hauteur de toutes les attentes: chamois broutant les pentes,bouquetin escaladant les à-pics,marmotte sans cesse aux aguets, hermine rapide, perdrix timide ou lièvre

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LE TOUR DU VAL DE BAGNE

Chamois, nature sauvage et un bout d' Himalaya

LE TOUR DU VAL DE BAGNE

T E X T E / P H O TO S François Perraudin, Le Châble

LES ALPES 8/2004

discret se dissimulant à la vue de l' aigle, roi des airs, planant sur son territoire. Le tour du val de Bagnes se situe presque entièrement en zone protégée, dans la deuxième plus grande réserve naturelle suisse en superficie derrière le Parc national des Grisons. La région entière avait été pressentie pour devenir elle aussi un parc national, mais les Bagnards n' en ont pas voulu. Si, depuis, elle jouit d' un statut fragile, le maintien d' une exploitation agricole alpestre y est en principe garanti et la flore protégée comme la faune. Aucun aménagement touristique nouveau n' y est autorisé, le camping interdit en dehors de la place de Bonatchiesse et tout nouvel aménagement normalement soumis à autorisation. Dans ce haut val, le visiteur est invité à ne laisser que les traces de ses pas et à ne rien prendre d' autre que des photographies.

Le barrage de Mauvoisin

En parcourant cette région de montagne massive et altière, on est loin d' imaginer qu' elle est percée de fond en comble par l' œuvre des hommes. De 1951 à 1958, la construction du barrage de Mauvoisin a bouleversé le mode de vie des Bagnards. Depuis, le tumulte des nombreux torrents fait place au silence, mais le barrage, prolifique en électricité, a également créé de nombreux emplois. Au centre de cet imposant réseau de galeries, il accumule les eaux d' un lac de 226 hectares, couleur émeraude, derrière une impressionnante voûte de béton haute de 250 mètres.

Rude montée ou raccourci?

Si la première étape constitue un rude parcours initiatique à l' altitude, elle donne au randonneur un aperçu de l' économie locale de Bagnes qui vit désormais du tourisme de Verbier. La vie était difficile autrefois, on se battait pour l' eau ( le bisse d' irrigation du Levron en témoigne par 500 ans d' histoire mouvementée ). Elle y est plus facile aujourd'hui, sans que toutefois le Bagnard ait perdu contact avec ses racines. En témoignent ces vaches noires de la race d' Hérens. Pour tous ceux qui veulent s' épargner la fastidieuse montée, la télécabine du Châble aux Ruinettes offre un fameux raccourci. En plein domaine skiable, la cabane du Mont Fort est aux portes de l' évasion durant l' été. Elle répond d' ailleurs parfaitement aux attentes des randonneurs: cuisine simple mais de qualité, petites chambres au coucher nordique, douches à l' étage.

Le Sentier des chamois

Au départ de la seconde étape, le Sentier des chamois présente de nombreux... bouquetins, surtout à ceux qui se lèvent tôt! Véritable balcon sur le val de Bagnes, face aux Combins majestueux, il offre une vue plongeante sur les villages.. " " .Jadis on montait jusqu' à Louvie couper les herbes des pentes à la faucille et le bétail résidait dans ce haut lieu, trouvant abri dans de superbes écuries. Sous leur lourd toit de dalles, elles dissimulent une astucieuse voûte de pierres sèches qu' aucun ciment ne consolide. Aujour-

AL DE BAGNES AL DE BAGNES

La première étape du tour du val de Bagnes constitue un rude parcours initiatique à l' altitude.. " " .Vue sur Verbier et sa vaste cuvette, moteur de l' économie de tout l' Entremont Pho to :F ra nç oi s P err au din LES ALPES 8/2004

d' hui, Louvie coule des jours paisibles autour d' un lac accumulant ses eaux pour abreuver Verbier. Les Combins se reflètent dans ce miroir régulièrement perlé par le museau des truites et on peut partager le gîte avec les pêcheurs dans le refuge de Louvie, aux couchettes aux noms évocateurs de Jean-Jacques Rousseau,. " " .Gershwin,. " " .Dalaï Lama ou Descartes.

Un hôtel centenaire

Le parcours devient plus sauvage à partir du Dâ: Bec d' Aigle et Tête du Sarshlau offrent une vue plongeante à partir de sentiers blottis contre la forte pente. Avant d' apercevoir les moutons des superbes écuries du Crêt et du Vasevay, il n' est pas rare de rencontrer le chamois fugitif ou le fier bouquetin. Franchir le seuil de l' hôtel de Mauvoisin, c' est un peu ouvrir le livre d' histoire de ce site particulier.. " " C' est jouir d'«une présence centenaire,qui demeure comme liée aux forces originelles », écrit Francis Perraudin, son ancien tenancier. En plein goulet taillé dans la montagne, au pied de la sombre face du Pleureur qui crache sa caillasse effritée à coups d' éboulements, de ravines ou d' avalanches, on revit le pas feutré des braconniers et des contrebandiers. Au passage, on admire le bar-

Dans le vallon de Sovereu, avant de repartir à l' assaut de la Tête du Sarshlau. A l' arrière, le Petit Combin Sur le Sentier des chamois et aux alentours de Louvie, les randonneurs ont souvent l' occasion d' observer la faune Pho to s: Fr an çoi s P err au din LES ALPES 8/2004

rage construit par Albert Maret,le croisement continu des bennes de béton, la fierté du haut mur. Témoin de tant de conversations secrètes, le café n' a pas changé, pas plus que le plancher des chambres dont le bois crisse sous les souvenirs.

Nature sauvage

Autour du lac de Mauvoisin, les troisième et quatrième étapes sont certes sauvages mais reposantes. Un contraste propre à l' ensemble de la randonnée, qui fatigue le corps mais libère l' esprit. Le décor en terrasses est tout d' abord ébranlé par le fracas des cascades crachant toutes leurs eaux. Puis viennent le sifflement du vent sur les crêtes qu' affectionne l' anémone pulsatile, l' alerte des marmottes ou le soufflet nasal du chamois surpris dans son jardin. Le Combin de la Tsessette règne en seigneur sur les lacs de Chanrion, de Boussine et de Tsoffeiret. Nous voici aux portes de l' Italie. Il y règne un climat très doux, le fœhn auquel la noble edelweiss résiste jusqu' à l' automne règne en maître absolu. C' est à Chanrion que les vaches trouvent leur dernière pâture avant de s' en retourner en plaine. Parties de Lourtier au printemps, elles suivent la croissance des herbages au fil de remointzes peuplées provisoirement par les bergers. Le tout-terrain et la traite automatique ont remplacé le gros chaudron de cuivre, mais plus que jamais le fromage de Bagnes conserve l' excellence de ces riches herbages d' altitude.

Un bout d' Himalya

Lors de la cinquième étape, l' arrivée au col des Otanes couronne le périple. Le paysage cristallin, les chutes de glace striant le Grand Combin et le glacier de Corbassière balayé inlassablement par un vent froid rappellent l' Hi. La cabane Panossière, détruite par une avalanche en 1988, a été reconstruite en lieu sûr, plus belle qu' avant. Petit joyau de technologie solaire, on l' aperçoit de loin, haut perchée sur la moraine.

Le dernier jour, le tour du val de Bagnes devient plus calme.. " " .A l' automne mélèzes de Bruson brillent de tout leur or sur les flancs du Rogneux: parade finale dans une atmosphère féerique. Sous la Payanne, les myrtilliers recouvrent le sol d' un tissu de velours aubergine. La nature s' offre aux doux rayons de midi alors que la neige blanchit déjà les sommets.. " " .Fasciné par la mer de brouillard qui rappelle les immenses glaciers d' antan, par la clarté de l' air et par la beauté des contrastes, on voudrait ne plus redescendre!

Les hauts de Verbier accueillent quelque 500 vaches réparties dans 4 alpages de qualité Au Bec d' Aigle, le chemin est très escarpé: on a l' impression de basculer entre les vallons de Louvie et de Sovereu Le refuge des bouquetins, à Louvie, et le majestueux massif des Combins LES ALPES 8/2004

Informations pratiques

Exigences: 6 étapes journalières de 4 à 7 h chacune. Dif-ficulté T2 à T3. Les chemins sont tous balisés et entretenus, des chaînes facilitent la traversée à certains endroits exposés.. " " .Quelques passages aériens. T4 pour la traversée du glacier qu' il est toutefois possible de contourner.

Période: De juin à octobre, avec une préférence pour septembre et ses merveilleux contrastes.

Hébergement/ravitaillement: Le point de départ et de retour est le Châble ( 800 m ), doté de divers petits musées, hôtels, restaurants, banques et commerces de détail. Les têtes d' étapes sont des cabanes et des hébergements d' al parfaitement équipés.

Bibliographie/cartographie/informations: François Perraudin, Guide du tour de val de Bagnes de randonnée, Oc-tavius, avec cartes au 1:50 000, disponible chez l' auteur ( www.frperraudin.ch ou 027 776 17 07 ). Maurice Brandt, Guide des Alpes Valaisannes 2. Du Gd-St-Bernard au Col Collon, éditions du CAS, 2001 ( pour les accès aux cabanes ). Pour des variantes, voir aussi Bernhard Rudolf Banzhaf, Randonnées alpines en Valais, Ed. du CAS 2004. CN 1: 25 000, feuilles 1325 Sembrancher, 1326 Rosablanche, 1345 Orsières, 1346 Chanrion. Informations et carte pédestre spécifique: Verbier/Bagnes Tourisme, www.verbier.ch, tél. 027 775 38 88, fax 027 775 38 89, info@verbier.ch.

Itinéraire

1 re étape: Le Châble–cabane du Mont Fort CAS

Montée: 1640 m; durée: 7 h Au départ du Châble, traverser le Cotterg et monter dans la combe jusqu' aux mayens du Bougne et Patier, où l'on rejoint une route brièvement goudronnée, qui conduit sur le chemin de Saint Christophe ( 1583 m ). Celui-ci monte en forêt jusqu' au Château ( 1750 m ). De là, il suit une route peu inclinée avant de reprendre sa raide ascension jusqu' à la chute du Bisse. On longe dès lors l' ancien bisse du Levron qui traverse toute la cuvette verbiéraine jusqu' au Grenier, d' où l'on monte en direction des Ruinettes, que l'on évite vers la droite par la route carrossable jusqu' à son épingle ( 2149 m ). Suivre vers la droite en lisière de forêt jusque dans la combe des Fontanets, où l'on monte sur le bisse supérieur, qui conduit jusqu' à la cabane du Mont Fort ( 2457 m, gardien Daniel Bruchez, tél. 027 778 13 84 ).

La présence deVerbier offre toutefois un raccourci efficace, qui monte du Châble aux Ruinettes en 20 petites minutes par 2 télécabines. Il ne reste dès lors qu' une heure trente jusqu' à la cabane du Mont Fort.

2 e étape: Cabane du Mont Fort CAS–Louvie–Mauvoisin

Montée: 912 m; descente: 1528 m; durée: env. 7 h L' entrée dans la réserve naturelle du haut val de Bagnes s' effectue par le fameux Sentier des chamois jusqu' au col Termin. De là, poursuivre au Plan da Gole, où l'on peut faire un crochet par la cabane de Louvie ( 2207 m, gardienne Anne Gattoni,tél.027 778 17 40 ) avant de grimper à l' assaut du promontoire du col du Bec d' Aigle ( 2567 m ). Raide descente sur le Dâ, dans le vallon de Sovereu, avant de repartir à l' assaut de la Tête du Sarshlau ( 2639 m ). Le relief plus doux de l' écurie du Crêt puis la descente, en passant par l' écurie du Vasevay, jusqu' à la route carrossable précèdent l' ultime montée vers le pont de Mauvoisin et l' hôtel du même nom ( 1841 m, famille Florey, tél. 027 778 11 30 ).

Les lacs du plateau de Tsoffeiret au-dessus desquels se dresse le majestueux Combin de la Tsessette Pho to s:

Fr an çoi s P err au din Le glacier de Brenay vu depuis les hauts de son ancienne moraine C' est à la cabane de Chanrion que s' achève la troisième étape du tour du val de Bagnes

Pour les personnes partant depuis les Ruinettes, il est conseillé de passer la nuit au refuge de Louvie car l' étape serait très longue jusqu' à Mauvoisin.

3 e étape: Mauvoisin–cabane de Chanrion

Montée: 800 m; descente: 180 m; durée: 4 h Franchir le barrage de Mauvoisin et suivre la route qui pénètre dans les falaises de la rive droite, jusqu' aux abords des écuries de Giétro. A Pierracarô, un sentier poursuit jusqu' au lac de Tsofeiret. Descendre un passage aérien et glissant, mais équipé de chaînes, qui conduit au pied du glacier du Brenay. Un pont franchit son torrent au moment où il s' engouffre dans une gorge tumultueuse. De là, poursuivre jusqu' à la cabane de Chanrion ( 2462 m, gardien Jacky Farquet, tél. 027 778 12 09 ) qui n' est plus très loin.

4 e étape: Cabane de Chanrion–Mauvoisin

Montée: 497 m; descente: 1120 m; durée: 4 h 25 Descendre jusqu' au pont situé juste au-dessous du Lancet pour remonter en face, sur un sentier raide. Prendre à droite après le Tsè des Tsardons. C' est là que surgit l' im face du Grand Combin de la Tsessette. Traverser quelques moraines, puis un torrent par un pont pour monter vers le goli de la Tsessette ( 2516 m ). Il est parfois asséché en été. Après un passage vertigineux, le chemin se fait plus paisible et descend de larges terrasses jusqu' à l' Ecurie de la Lia d' où des tunnels conduisent à Mauvoisin.

5 e étape: Mauvoisin–cabane Brunet

Montée: 1770; descente: 910 m; durée: 6 h Aller à La Tseumette puis continuer jusqu' au P. 2520. De là, obliquer à gauche en direction du col des Otanes. Une descente sur la cabane Panossière vous fait pénétrer dans le décor himalayen du massif des Combins. Aborder le

Montée depuis Mauvoisin en direction du col des Otanes, avec les Monts Rouges et la Ruinette à l' arrière Une partie de cette randonnée peut également se faire en hiver: au col des Otanes à la découverte du petit Himalaya LES ALPES 8/2004

glacier de Corbassière immédiatement en contrebas de la cabane, pour le traverser en pente descendante jusqu' à la moraine. Il est possible de suivre le sentier sous le glacier pour contourner celui-ci. Un sentier grimpe en pente raide jusqu' au col des Avouillons ( 2649 m ). Une fois descendu sur Pron Sery, longer la Dyure jusqu' à Etiertse, avant de monter en pente douce jusqu' aux écuries de Sery. On rejoint la route qui descend sur la cabane Brunet ( 2103 m, gardien Hervé Maret, tél. 027 778 18 10 ).

6 e étape: Cabane Brunet–Le Châble

Montée: 500 m; descente: 1780 m; durée: 7 h Au départ de la cabane Brunet,suivre la route carrossable, puis emprunter le sentier direction ouest menant au belvédère de la Treutse,où la vue sur la vallée de Bagnes est inédite. Longer ensuite les flancs du mont Rogneux en passant par le joli goli de Servay ( non mentionné sur la carte ) et la Chaux avant de monter au mont Brûlé ( 2572 m ). Suivre la ligne de crête en direction de la Tête de la Payanne jusqu' au P. 2052, qui précède le Plan de la Coutille. Descente versant ouest jusqu' au Larzey pour poursuivre direction est puis, après le P. 1915, direction sud-est au travers des forêts bagnardes pour rejoindre la route. Une descente agréable, quoique longue, conduit le randonneur aux mayens de Bruson puis du Châble. a

Pho to s: Fr an çoi s P err au din Goli de la Tsessette: situé à 2517 m d' altitude, ce petit lac est souvent asséché en été. C' est dans ses environs que se réfugient les chamois lorsque, à l' automne, les randonneurs ont déserté la contrée Vue sur les Dents du Midi depuis les hauts de l' alpage du Larzey, dans la descente sur Bruson LES ALPES 8/2004

Escalade libre / Compétition

Arrampicata libera e di competizione

Sport- und Wettkampfklettern

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