L'éboulement du Rossberg

Hermann Yögeli, Zoug

TOPONYMIE DU ROSSBERG On trouve le nom Rossberg sur les anciennes cartes Siegfried dans les lieux-dits Unter- et Ober-rossberg. Il couvre la région actuelle de 1' Alpli de Zoug. A l' origine, cette dénomination désignait un pâturage à chevaux ( Rossweide ) sur le versant nord de cette montagne; elle s' étendit finalement à toute la chaîne, et l' indication du mode d' ex, le pâturage ( Weide ), fut abandonnée.

La signification du terme Gnipen, désignant le sommet occidental du Rossberg est plus difficile à découvrir. Ce nom est cité déjà au XIVe siècle dans les archives d' Aegeri au sujet du territoire soumis à la domination autrichienne; celui-ci commence au Genippen et s' étend jusqu' au Keyser-stock.

Ce mot germanique désigne un outil de sellerie. La forme légèrement creuse des selles explique aisément pourquoi ce nom apparaît souvent en toponymie aux emplacements où un ensellement se affreusement aériennes. A présent, c' est sans hésitation que je pose le pied sur le tranchant de l' arête. L' abîme du fond duquel nous avons émergé a perdu son air terrifiant.

Vu que j' avais maintenant subi l' épreuve du feu, la paroi nord de la Lenzspitze ne voulut sans doute pas m' imposer une épreuve plus dure. Le lendemain, à mon grand soulagement, elle se montra dans sa plus grande partie revêtue d' une neige où le pied suffisait à creuser des pas.

Traduit par Edmond Pidoux dessine entre deux sommets ou deux crêtes voisines.

La forme actuelle du Gnipen ne correspond plus du tout à cette appellation, car on ne retrouve plus une dépression du terrain à cet endroit. Il faut avoir recours aux anciennes formes topographiques d' avant l' éboulement pour reconnaître la justesse de ce terme. Deux témoins de la catastrophe, le médecin K. Zay et le curé F. Zay, tous deux originaires de Goldau, ont dessiné de manière très expressive l' aspect du Gnipen avant cet événement. Selon ce croquis, deux puissantes parois de rochers étagées l' une sur l' autre, le Schwendigrat et la Steinbergerflue, s' élevaient de la pointe du Gnipen en direction du nord-est. Elles étaient séparées du Schattenberg, au pied nord-est du Righi, par une étroite bande gazonnée, ressemblant à une gigantesque lame de serpe de cordonnier.

Le Chaiserstock, ( 1426 m ), nom de la pointe du Rossberg située le plus au nord-est, délimitait le territoire soumis à la domination autrichienne. Ce rôle est également mentionné au XIVe siècle dans les archives d' Aegeri. La relation entre le nom de ce sommet et l' empereur est évidente.

Il est assez ardu de déceler l' origine du terme Türlistock, désignant la seule des quatre eminences du Rossberg qui ne se trouve pas sur la ligne de crête principale, mais en dehors de celle-ci, à I' ex d' une arête divergeant vers le nord-est. La filiation entre le nom de ce sommet et la petite porte de frêne qui, dans l' ancien assolement triennal, reliait la jachère commune aux terres cultivées et entourées d' une haie, reste incertaine.

Le Wildspitz, nom du sommet culminant du Rossberg, n' est cité que dans l' index alphabétique des £uger Namens Studien d' Albert Iten ( 1969 ), mais n' est pas mentionné dans le texte lui-même. Dans son ouvrage très complet Grund und Grat ( 1945 ), Paul Zinsli emploie le mot Wildli, pour qualifier une région élevée, rude et éloignée des voies de communication. Selon lui, Spitz correspond en général à une pointe rocheuse ou à un sommet. Pour le Wildspitz, cela ne correspondra bientôt plus à la réalité. En effet, malgré l' opposition contresignée par de nombreux amis de la montagne zougois, une route a été construite jusqu' à la chapelle et sera prolongée jusqu' au Wildspitz.

LA GEOLOGIE DU ROSSBERG Le Rossberg est une montagne relativement jeune si l'on compare son âge avec celui des Alpes.

A la fin de l' ère secondaire, durant le crétacé, la plaque africaine a commence une lente rotation vers le nord autour d' un axe situé près de Gibraltar. L' ancienne Méditerranée, appelée Téthys, dans laquelle se sont accumulés les sédiments du trias, du jurassique et du crétacé, s' est alors rétrécie de 650 à 150 kilomètres. Par ce processus, les couches sédimentaires déposées au fond de la mer se sont d' abord plissées, puis ont forme des géanti- clinaux et se sont finalement entassées en trois unités gigantesques: les nappes austro-alpine, pennine et helvétique. Ce fut l' heure de la naissance de cet immense arc montagneux s' étendant des Alpes à l' Himalaya. Ce phénomène imposant a duré 50 millions d' années et s' est terminé au milieu du tertiaire, pendant le miocène. C' est ce que nous montre le célèbre affleurement de Balerna on les sédiments du pliocène reposent horizontalement, en discordance avec les couches du jurassique, du crétacé et du miocène, dressées presque à la verticale. De plus, selon des études récentes, ces mouvements orogéniques ne se sont pas entièrement stabilisés; ainsi, on a observé en mer, près de Pile de Crête, des sédiments récents traversés par des couches du crétacé obéissant à une poussée dirigée du sud vers le nord. De même, les séismes du Frioul et du sud de l' Italie sont une preuve évidente de la pression de la plaque africaine contre celle de l' Adriatique.

Enfin, de nouvelles mesures, effectuées dans la région alpine, ont mis en évidence une élévation des sommets d' un centimètre par année environ. Il n' est donc pas exclu d' imaginer, au bout d' un temps suffisamment long, nos Alpes avec des cimes de cinq mille mètres, si l' érosion ne vient pas réduire cet exhaussement à néant. Car, présentement, elle parvient tout juste à le compenser. Les Alpes, qui devaient originellement culminer à dix mille mètres, ont été vigoureusement attaquées par l' érosion et les masses de débris en résultant ont été entraînées par des anciens cours d' eau, le Rhin, l' Aar, la Linth et la Reuss sous leur premier aspect, vers un résidu de mer assez étroit, la mer helvétique; ils y formaient de puissants deltas en constant accroissement. Anciennement, l' Aar a forme au sud-ouest le delta du Napf; en Suisse centrale, c' est la Reuss préhistorique qui est à l' origine du Rossberg, tandis que la Linth abandonnait ses alluvions dans la région de Höhronen et le Rhin ses matériaux en un gigantesque éventail s' étendant du Hörnli dans l' Oberland zuricois jusqu' au lac de Constance. Le bras de mer qui occupait approximativement notre Plateau actuel s' étalait donc du sud-ouest au nord-est; il était relie à la Téthys par la dépression du Rhône et de la Saône, tandis que, au nord-est, il communiquait par le Plateau souabo-bavarois avec le bassin de Vienne et la mer pannonique.

Les galets, débris les plus grossiers, se sont amoncelés à proximité des Alpes et ont forme des poudingues en se consolidant; les sables, en raison de leur finesse, se sont sédimentés dans une mer peu profonde ( jusqu' à 200 mètres ) et ont donne naissance aux grès, tandis que les particules les plus ténues, les boues en suspension dans l' eau, se sont transformées au loin en marnes. Ces trois roches forment ce qu' on appelle la molasse. Ce terme a été inventé par le physicien de Saussure qui l' utilisa en premier lieu pour désigner le grès facilement pulvérisable du pays de Vaud ( du latin mola: la meule ). Par la suite, ce mot fut appliqué à l' ensemble des trois grosseurs de grain des sédiments formant des deltas.

Aux endroits où il peut étudier de bons affleurements, l' observateur attentif détermine souvent les trois variétés de sédiments que nous avons citées, les poudingues, les grès et des strates de marnes rouges et vertes. Cela semble donc infirmer la théorie précédente selon laquelle les grands fleuves déposaient leurs alluvions dans la mer helvétique d' après leur grosseur: les galets tout près des Alpes, les grès dans les eaux peu profondes et les boues plus loin, vers la haute mer. Mais cette apparente contradiction est aisément explicable. Au tertiaire, le fond de la mer était encore très instable, et il s' est abaissé constamment. Les régions côtières ont ainsi été inondées et sont devenues des mers épicontinentales; le sable s' est dépose sur les galets, puis les boues sur le sable lorsque l' affaisse se poursuivait. On peut aussi imaginer des périodes contraires, où le fond se relevait et où des côtes immergées réapparaissaient ( régressions marines ), ce qui explique le dépôt des galets sur le sable. La puissance des poudingues, qui atteint 6000 mètres au voisinage des Alpes, montre bien l' ampleur de l' affaissement continu du bassin molassique.

Par intermittence, la liaison de la mer helvétique avec la Téthys était coupée par des bancs de sable allongés, édifiés par un courant du sud-ouest au nord-est; ceux-ci fermaient donc des bassins dont l' eau s' adoucissait peu à peu.

A la base de la série de la molasse, les alluvions provenant des Alpes se sont accumulées dans une mer helvétique communiquant avec la Téthys: c' est la molasse marine inférieure.

A l' oligocène ( chattien et aquitanien ), l' apport d' eau de mer fut interrompu par le processus dont nous venons de parler; la mer se transforma en lac et ses sédiments forment la molasse d' eau douce inférieure. Les restes fossilisés de plantes et d' ani qu' elle contient montrent qu' il s' agit d' êtres ne pouvant vivre que dans l' eau douce.

Au miocène ( burdigalien et helvétien ), les deltas peu inclinés qui étaient recouverts de luxuriantes forêts marécageuses subtropicales furent inondés par l' affaissement du fond de la mer. Il en résulta la molasse marine supérieure. Celle-ci forme une étroite zone orientée du sud-ouest au nord-est et s' étendant de Lucerne à Zoug par Gisikon et la presqu'île de Buonas, sur la rive occidentale du lac de Zoug. Le Lion de Lucerne est sculpté dans cette roche, de même que les marmites du Jardin des glaciers de cette ville.

A la fin du miocène ( tortonien et sarmatien ), l' afflux d' eau salée cessa complètement et la mer helvétique s' adoucit définitivement, la faune et la flore s' adaptant aux nouvelles conditions. Les matériaux apportés par les cours d' eau primitifs sur les deltas devenus énormes forment la molasse d' eau douce supérieure qui combla parfaitement la mer déjà considérablement amenuisée.

Ce n' est que dans la dernière période du tertiaire que naquit le Rossberg. Une ultime et violente poussée du sud brisa les bancs de poudingues qui ne pouvaient pas se plisser en raison de leur rigidité, et les propulsa vers le haut, le long des failles ainsi formées. Nous devons à ce coup de boutoir les magnifiques montagnes molassiques, telles que le Righi, le Rossberg et le Speer, la plus élevée de toutes avec ses 1950,5 mètres d' altitude.

LE ROSSBERG, UN NUNATAK DE LA DERNIÈRE GLACIATION.

Durant la glaciation de Wurm, le Rossberg se dressait fièrement au-dessus des glaciers de la Reuss et de la Muota. De ses flancs, de petits glaciers locaux descendaient dans la vallée de Hüri jusqu' à goo mètres d' altitude environ pendant le stade maximum de cette période. Un superbe cirque rappelant ces glaciers est visible à 1308 mètres sur l' Oberrossberg. L' un d' entre eux s' allongeait sur la pente nord-ouest du Rossberg et s' unissait à 1025 mètres au lobe du glacier de la Reuss recouvrant le lac de Zoug. Le très beau vallum morainique du Rufiberg, orienté du nord au sud à une altitude de 1070 mètres, était à l' origine une moraine latérale du glacier principal: elle fut ensuite reprise et alimentée par les glaciers locaux occupant le flanc nord-ouest du Gnipen, le chaînon le plus occidental du Rossberg, et se transforma ainsi en moraine médiane.

De même, sur le Chaiserstock, le contrefort oriental du Rossberg dont le sommet culmine à 1426 mètres, une langue glaciaire rejoignait le glacier de la Reuss et celui de la Muota, dans la vallée d' Aegeri. On s' attendrait vraisemblablement à y trouver une moraine médiane, mais celle-ci n' est pas apparue à cause de la forte déclivité du glacier du Chaiserstock qui ne sculpta qu' un fond de cirque glaciaire, la surface de la glace devant atteindre 1150 mètres, c'est-à-dire la même altitude que les moraines latérales de droite du Mostelberg. En raison de ces conditions, une moraine médiane ne pouvait prendre naissance qu' au nord de Ramenegg ( 1143 mètres ) et près de Sod ( 1110 mètres ).

Au débouché de la vallée de Hüri dans celle d' Aegeri, la glace ne s' élevait que jusqu' à 1020 mètres, ce qui donnait une impressionnante chute de séracs de 130 mètres de dénivellation sur un kilomètre de distance; elle était due à l' alimentation assez précaire des glaciers locaux.

Pour conclure, citons encore le paysage arctique particulier que créait un lobe du glacier prin- cipal qui pénétrait dans la vallée de Hari. Ce lobe se terminait par une falaise de glace de 100 mètres de haut et les graviers fluvioglaciaires accumulés à travers la vallée avaient formé un lac de barrage dont le niveau se situait vers goo mètres d' altitude. Sur ses eaux flottaient de majestueux icebergs issus du glacier local du Rossberg qui prenait fin au bord dece lac.

l' éboulement et ses conséquences le 2 septembre l8o6, jour fatidique Ce glissement de la montagne eut lieu le 2 septembre 1806, en fin d' après, vers 16 heures environ; il se déroula à une vitesse extraordinaire. En effet, il ne fallut que 3 à 4 minutes pour que les masses de rochers se décrochent, glissent et s' accu au fond de la vallée de Goldau. L' onde de choc fut si impétueuse qu' elle déplaça des personnes, des arbres et même des morceaux de bâtiments à travers l' atmosphère. Deux garçons et deux fillettes qui gardaient des chèvres sur la rive nord du lac de Lowerz furent projetés en l' air, puis recouverts par les débris de l' éboulement.

L AMPLEUR DE LA CATASTROPHE La masse de poudingues ( Nagelfluh ) qui parcourut à folle allure une trajectoire de 4 kilomètres de longueur sur 100 mètres de largeur mesurait 40 millions de mètres cubes, ce qui correspond à peu près à un train de marchandises de 12000 kilomètres ( chaque wagon long de 12 m contenant 40 m-1 ).

A l' arrivée, les blocs, dans leur course effrénée, se sont entassés les uns sur les autres et se sont répandus en éventail, formant quatre flux distincts qui ont recouvert en quelques secondes les villages de Goldau, Rothen et Busingen. Une surface de 6,5 kilomètres carrés fut dévastée. La partie principale de l' éboulement s' arrêta contre le flanc abrupt du Righi à l' altitude de Fallboden ( 648 m ). Même le lac de Lowerz fut atteint par une branche latérale de la masse éboulée qui produisit un raz de marée; celui-ci submergea l' île de Schwanau, endommageant la demeure de l' er et la chapelle, et inonda finalement le petit village de Seewen en détériorant et détruisant des maisons. Entre Seewen et Lowerz, dix hommes trouvèrent la mort dans les flots.

Cette catastrophe naturelle raya soudainement de la carte une région florissante et ses coquets villages; 457 personnes succombèrent, 206 parvinrent à s' échapper de justesse et seulement 14 furent sorties encore vivantes de ce chaos de ruines.

En outre, 102 maisons d' habitation, 2 églises et 220 granges et étables furent anéanties en quelques secondes par cet amoncellement de rochers.

HEURS ET MALHEURS D' UN GROUPE DE BERNOIS EN VOYAGE En 1849, on a fixé sous l' auvent de la chapelle de Goldau deux plaques de marbre commémorant la mort tragique d' un groupe de Bernois dans la catastrophe du 2 septembre 1806. Ces deux inscriptions se trouvent maintenant sous la tribune de l' église paroissiale de Goldau et rappellent le destin terrible de ces victimes.

Parmi ces onze Bernois, on comptait plusieurs personnalités dont le colonel Victor de Steiger, officier au service de la Hollande et membre de l'«honorable Grand Conseil de Berne ». Il y avait en outre, ainsi qu' en témoigne le docteur Karl Zay dans son Récit de Véboulement, le colonel Ludwig May de Schöftland et son fils, ainsi que le jeune Kaspar Ludwig d' Arbon, pupille du colonel. Il y avait encore un dénommé Jahn de Gotha ( Allemagne ), ainsi que deux personnes de Brestenberg, au bord du lac de Hallwil, MM. May et Rudolf Jenner, ce dernier membre du Grand Conseil argovien. Citons encore M. de Diesbach de Liebegg et sa femme, née de Wattenwyl de Fraubrunn, accompagnés de deux dames de Ber- thoud, Marguerite de Diesbach et Suzanne Fankhauser.

Leur programme, établi depuis un certain temps déjà, comportait l' ascension du Righi comme but commun d' excursion; la notoriété de ce sommet et de son panorama avait franchi depuis longtemps les frontières de notre pays. Au grand regret des participants, elle avait dû être renvoyée à plusieurs reprises au cours de l' année 1806 à cause des déplorables conditions météorologiques. Le Ier septembre, on se décida enfin à donner le feu vert au projet. On partit du château de Brestenberg et l'on atteignit le même jour la petite ville pittoresque de Zoug située sur la rive nord-orientale du lac du même nom. Là, le temps ne semblait pas devoir s' améliorer à brève échéance et l' humeur du groupe s' en ressentit nettement. On proposa même d' interrompre l' excur à cet endroit. Mais l' optimisme des jeunes l' emporta sur la réserve des aînés et, l' après du 2 septembre, le jour même de la catastrophe, tous se rendirent par bateau à Arth, localité située à l' extrémité méridionale du lac, où ils abordèrent à 16 heures. Le docteur K. Zay, l' ami de M. Rudolf Jenner, étant parti ce jour-là pour Schwyz, ce dernier proposa à ses compagnons de voyage de s' y rendre sans tarder, après avoir gravi le Righi. Après de vives discussions, ce programme particulièrement éprouvant fut abandonné, en raison de l' heure tardive et du ciel couvert. Alors les jeunes, fortement influencés par le mouvement littéraire préromantique Sturm und Drang, engagèrent le guet d' Arth, J. Felix de Rickenbach pour les conduire rapidement vers Schwyz. Les plus âgés, MM. May, de Diesbach et Jahn, lièrent connaissance avec deux Allemands cultivés autour d' une bouteille d' excellent vin à l' auberge de l' Aigle, au bord du lac de Zoug, établissement encore réputé aujourd'hui. L' un des deux étrangers était le conseiller de chancellerie Schmid et précepteur du prince Paul de Mecklenbourg-Schwerin; Rudloff, son compagnon, était employé à la chancellerie ducale du même Etat. Ils désiraient tous deux se rendre également à Schwyz. Selon le rapport de K. May, ils partirent ensemble, après avoir payé leur écot, quelques minutes seulement après le premier groupe. Ce fut là leur chance incroyable. D' excellente humeur, ils se dirigeaient donc tranquillement vers Goldau. Passant à Harmettlen, ils virent l' autre groupe atteindre les premières maisons pittoresques de Goldau. A ce moment précis, un craquement et un roulement assourdissants les firent sursauter de frayeur. Tournant leurs regards en direction du Rossberg d' où venait le fracas infernal, ils virent avec horreur s' écrouler du Gnipen des blocs de rochers, des sapins et des morceaux de maisons roulant les uns sur les autres ou volant en l' air. Ils se cramponnèrent pour résister au souffle violent. Un nuage de poussière jaunâtre s' éleva de la montagne et enveloppa lentement d' un linceul opaque l' est de l' alpe de Spitzibüel, au-delà de Goldau. D' abord fortement intéressés par ce spectacle unique - l' un d' eux sortit même sa longue-vue - nos cinq voyageurs prirent la fuite à toutes jambes lorsque l' avalanche de rochers, associée à un terrible tourbillon de poussière, dégringola presque jusqu' à leurs pieds. Ils ne s' éloignèrent que de quelques centaines de mètres, car la visibilité presque nulle les plongeait dans une insécurité grandissante.

Lorsque ce phénomène diabolique prit fin au bout de quelques longues minutes et que les cinq hommes se furent quelque peu remis de leur effroi, ils se risquèrent prudemment jusque vers l' en, maintenant couvert d' un dédale de rochers, où ils se trouvaient précédemment. Escaladant avec grande difficulté l' amoncellement de débris, ils rallièrent au plus vite le lieu où ils pensaient retrouver indemnes leurs compagnons du premier groupe. Mais ils n' en découvrirent pas la moindre trace malgré leurs efforts et leurs recherches minutieuses. Leurs appels désespérés restaient sans écho. Un silence impressionnant régnait maintenant et de fines particules de poussière retom-baient lentement. L' ampleur de l' éboulement leur apparut dans toute son horreur et l' espoir de sauver leurs amis s' éteignit tout à fait. Ils ne reverraient plus jamais ni le pauvre guide d' Arth, qui avait offert ses services si complaisamment, ni la femme de M. de Diesbach. Ce dernier, fortement traumatisé, se refusait à quitter les lieux et il fallut toute la persuasion de ses compagnons pour l' en loin de cet endroit de malheur. Ils l' ac à Zoug où, plus tard, d' autres amis s' efforcèrent vainement de le consoler de sa profonde douleur.

Le jour suivant, les quatre rescapés revinrent à Arth avec l' intention de demander au docteur K. Zay d' entreprendre tout ce qui lui était possible pour retrouver les disparus ou leurs objets personnels. Ils lui promirent de le dédommager de tous les frais engendrés par cette campagne de recherches.

Le médecin prit congé de ses hôtes sur la rive du lac où ils montèrent dans l' embarcation qui les re- conduisait à Zoug. Le docteur Zay, pourtant accoutumé aux circonstances funèbres, nota dans son agenda n' avoir jamais assisté à des adieux si déchirants.

A peine le bateau eut-il quitté la rive que le docteur se rendit rapidement à Goldau. Après ré- flexion, il conclut que les malheureux avaient dû être ensevelis sous les décombres proches de la chapelle de Goldau. Mais celle-ci était recouverte d' éboulis sur une épaisseur de plus de 30 mètres et même un habitué des lieux comme le docteur Zay n' aurait pu localiser la chapelle ou le pont y conduisant. Il en déduisit qu' il était absolument impossible, dans ces conditions, d' exhumer les victimes.

LETYMOLOGIE DE « BERNERHOCHI » La charmante colline qui s' élève entre Goldau et Seewen, point culminant ( 555 m ) de la route reliant ces deux localités, porte le nom de Bernerhöchi ( eminence des Bernois ). Contrairement à l' opi courante, ce terme évoque non seulement le souvenir des victimes du groupe bernois dont nous venons de parler, mais encore un autre fait. Selon les notes du docteur K. Zay, en novembre 1806, le gouvernement bernois envoya à Arth, sous le commandement du capitaine Schlatter, une centaine d' hommes employés à la reconstruction de la route entre Goldau et Lowerz, dans un endroit sauvage et particulièrement rocailleux, du nom de Fallenboden, à un kilomètre environ au sud de Goldau. Les Bernois montrèrent beaucoup de bonne volonté, et l'on excusa volontiers leur retard et leur lenteur déjà proverbiale! Malheureusement, les travaux furent interrompus peu après en raison du mauvais temps et d' un hiver précoce et rigoureux. Cela incita les hommes à rentrer chez eux plus tôt que prévu. C' est donc aussi pour cela que l'on baptisa Bernerhb' chi ce col duquel on jouit d' une vue panoramique sur les éboulements. La lettre suivante, écrite par le conseiller de chancellerie Schmid à Küssnacht, près du Righi, la nuit du 2 au 3 septembre 1806, apporte un autre témoignage de la catastrophe.

.'< A proximité du village de Goldau, nous vîmes soudain des blocs de rochers se détacher d' une altitude de3000 pieds au moins et dévaler la pente avec un vacarme assourdissant vers une vallée haute de 2000 pieds. Ce spectacle était des plus fantastiques, et nos amis suisses nous invitèrent à partager cette scène rarissime, présentant une analogie frappante avec les avalanches. La curiosité nous poussa même à nous servir d' une longue-vue pour mieux suivre l' événe. La distance nous séparant du sommet d' où se détachaient les rochers atteignait quelques lieues et nous pensions ne courir aucun danger. En outre, le pied de la montagne, peu incliné et couvert de forêts et d' alpages, semblait rendre impossible l' écroulement des masses en mouvement jusque tout au fond de la vallée. Le spectacle devenait de plus en plus captivant. Les blocs jonglaient avec les plus gros sapins, le tonnerre se répercutait puissamment et nous applaudissions, ravis. Tout à coup, la masse entière de la montagne se mit à vaciller jusque sous nos pieds dans un craquement sauvage. Le flanc énorme, long de plusieurs lieues, avec ses forêts, ses villages, ses chalets et ses troupeaux, ondula d' abord avec une lenteur angoissante, puis se précipita sur nous à la vitesse de I' éclair et avec une violence impitoyable, broyant tout sur son passage. Des blocs et des débris de toutes sortes passaient en sifflant sur nos têtes et une poussière étouffante et noire nous enveloppa ra- pidement. Nous attendions, terrorisés, le moment redoutable de notre anéantissement. Mais le tonnerre, miraculeusement, cessa et le calme revint peu à peu. L' épais nuage de poussière nous privait de toute vision. Cinq minutes plus tard, la désolation environnante nous apparut dans toute son horreur. Cette vallée florissante avec ses quatre villages avait disparu sous les rochers et les éboulis. Lorsque nous recherchâmes nos compagnons, six manquaient à l' appel... Nous, les sept rescapés, avions échappé à cet éboulement extraordinaire, en nous reculant prestement de quelques centaines de pas ».

UN AVERTISSEMENT PRIS A LA LEGERE A cette occasion, trois habitants de la région trouvèrent la mort pour n' avoir pas pris au sérieux la mise en garde de leur employé. En effet, les deux frères, Kaspar et Franz Bêler, et leur voisin Dominique Horat, ce 2 septembre 1806, s' entrete de choses et d' autres, pipe aux lèvres, autour d' un petit verre d' excellente eau-de-vie. Tous trois avaient la langue bien pendue et leurs propos étaient pleins de verve. Derrière le chalet des Bêler, leur ouvrier, Xaver Römer, fabriquait des tavillons pour le nouveau toit de l' étable. Il entendit des bruits sourds et des craquements sinistres en provenance du Gnipen; il fut pris d' une grande frayeur et courut vers les trois bavards qui ne semblaient pas percevoir les signes avant-cou-reurs d' un désastre. Malgré ses avertissements pressante selon lesquels la montagne tout entière allait s' écrouler et les anéantir, ils ne lui prêtèrent pas beaucoup d' attention, l' alcool ayant fort probablement déjà amoindri leur capacité de jugement. Seul Dominique Horat se leva, sortit du chalet, jeta un coup d' œil au Röttner Berg. Quelquefois déjà, il avait été ainsi menaçant; sans plus, il fit demi-tour et ralluma sa pipe.

A peine s' était rassis que la montagne craqua à nouveau fortement. Xaver, qui avait repris son travail, jeta violemment son outil à terre et cria aux hommes:

- Fuyez, si vous le pouvez, la montagne et la forêt s' écroulent sur nous!

Il courut aussi vite que ses jambes le lui permettaient en direction de l' ouest, et déjà des blocs de rochers bondissaient en sauts gigantesques à ses côtés. Il trébucha à trois reprises, atteint par une grêle de pierres et des masses de boue; trois fois, il se releva et parvint enfin, malgré la violence grandissante de l' éboulement, hors de la zone dangereuse. Son cœur battait à tout rompre et son corps était recouvert d' ecchymoses, mais il était vivant.

Nos trois compagnons, payant cher leur désinvolture, furent soulevés avec leur chalet sous les yeux de Xaver et engloutis à jamais quelque part dans les éboulis.

La réaction de Dominique Horat, lors de l' avertissement de Xaver Römer, est assez incompréhensible, d' autant plus qu' il avait souvent prédit, au cours des années précédentes, que « le territoire entier des communs, avec ses rochers et ses bois, s' écroulerait un jour ».

Mais il avait toujours prétendu que l' éboule se déverserait du côté de Sägel, ce qui l' a peut-être incite à ne pas prendre au sérieux les appels de détresse de Xaver.

CAUSES DE L' ÉBOULEMENT Le Rossberg est une montagne prédestinée aux éboulements. Dans son livre, Joseph Niklaus Zehnder ne recense pas moins de vingt glissements. Lorsque, d' Arth, on regarde le Gnipen, on aperçoit, à gauche du champ d' éboulis de 1806, une surface verte, lisse et relativement large qui n' est rien d' autre que le plan de glissement d' un éboulement préhistorique. Le promeneur attentif rencontrera d' autres traces de phénomènes analogues, et il ne faut pas exclure l' hypothèse d' une nouvelle catastrophe. Le pendage des couches rocheuses est sans aucun doute la cause primaire de l' effroyable événement du 2 septembre i 806; il est de 12 à 15 degrés au voisinage de Goldau et s' élève même à 30 degrés au Gnipen. Cette inclinaison des sédiments n' est cependant pas la seule raison de l' éboulement; s' y ajoute l' alternance des bancs de poudingues, des grès marneux et des couches de marnes, ces dernières jouant le rôle néfaste de strates de glissement. Le déplacement des assises de poudingues n' aurait guère été possible sous un climat sec; mais, et c' est ce qui nous amène à citer la troisième cause, les nombreuses pluies qui ont détrempé fortement les couches de marne, les ont transformées en un plan de glissement très gluant. Les années précédant l' éboulement furent très pluvieuses, surtout 1799, 1804 et 1805. En juillet de l' année de la catastrophe, ainsi que le rapporte le docteur K. Zay, il plut énormément, et de nouvelles pluies abondantes tombèrent deux semaines avant l' événement. Joseph Niklaus Zehnder mentionne aussi ce fait comme l' une des causes de l' éboulement. De plus, pendant l' hiver 1805/06, personne ne se rappelait avoir vu une telle abondance de neige. Enfin, n' oublions pas que, lors du soulèvement des couches de molasse au pliocène, des diaclases perpendiculaires ont du se former et découper les bancs supérieurs de poudingues en grands blocs presque rectangulaires. L' érosion a agrandi les fentes et les fissures, par lesquelles l' eau de pluie s' infiltra jusqu' aux couches de marne gris-vert sombre qui l' absorbèrent comme une éponge et se transformèrent en un plan de glissement funeste. Les jeunes bergers connaissaient ces failles, surtout la plus grande près de la Steiner-bergfluh, appelée lange Kehle ( grande gorge ), dans laquelle l' eau s' était accumulée. A cet endroit, devenu la partie latérale de la niche d' arrachement le 2 septembre 1806, ils s' amusaient à jeter des troncs d' arbres pourris qui rebondissaient avec grand fracas contre les bancs de poudingues et s' écrasaient tout au fond, dans une mare d' eau. Ailleurs encore, notamment dans la forêt de protection de Steinerberg apparaissaient des lézardes qui s' élargissaient sensiblement, puisqu' on était oblige de les franchir sur des ponts provisoires.

Ces signes alarmants se manifestèrent déjà bien des années auparavant et furent reconnus comme tels par des notables. Ainsi, le général Franz Lud- wig von Pfyffer apprécia le danger de la situation lors de son ascension du Gnipen, d' où il effectua des mesures topographiques destinées à la confection de son célèbre relief de la Suisse primitive, qu' on peut encore admirer au Jardin des glaciers de Lucerne. De même, le curé A. König, qui conduisit une excursion au sommet du Rossberg en 1800, se rendit compte de l' état menaçant de la montagne et consigna ses observations dans son carnet de notes.

Le Rossberg détient donc un record peu glorieux. Le géologue réputé J. Kopp, décédé il y a peu, a identifié vingt glissements grands et petits lors du levé cartographique du flanc sud du Rossberg qu' il fit à la demande de la Commission de géologie de la Société helvétique de sciences naturelles. En gros, trois quarts de la pente méridionale, délimitée d' un côté par l' arête du Rossberg et de l' autre par le pied de la montagne, sont recouverts d' éboulis de poudingues et de marnes qui proviennent, presque exclusivement, de glissements d' âge préhistorique. Comme déjà indiqué, les pâturages et les prairies que l'on voit d' Arth à gauche de l' éboulement de 1806, forment une pente unie et parallèle à celui-ci. Elle matérialise la trace d' un glissement préhistorique, reconquise depuis longtemps par la végétation. Ces deux éboulements sont les plus importants de tous les glissements de terrain découverts dans la région du Rossberg. De telles catastrophes se sont probablement produites à cette place lors du retrait du glacier de la Reuss, à la fin de la grande glaciation et celle de la glaciation de Wurm, la dernière en date. Les nombreux blocs de poudingues du Rossberg, retrouvés dans les moraines du Zugerberg et du Walchwilerberg, en sont les preuves irréfutables.

De même, le bloc de rocher de 150 mètres cubes, découvert dans la région de Knonau pendant la construction de l' autoroute, constitue un témoin marquant de ces éboulements du Rossberg. Il fut déposé au nord de cette artère et classé comme monument naturel. Signalons enfin les grosses roches à l' ouest de Birmensdorf qui proviennent également du Rossberg et rappellent ses éboulements de la fin des périodes glaciaires. Le glissement de terrain de Rothen, à l' ouest du Nolberg ( 1120 m ), s' est déroulé durant la période historique. Le docteur K. Zay parle, en effet, d' un village du nom de Rothen se trouvant avant 1354 à l' endroit même où la chapelle du même nom fut ensevelie en 1806. Selon l' archiviste officiel Dettling, des documents ont prouvé que ce village fut détruit en 122a. Il a donc à deux reprises subi le même sort tragique.

ÉBOULEMENT OU GLISSEMENT DE TERRAIN?

Selon l' avis autorisé de l' archéologue cantonal de Lucerne et géologue notoire J. Speck, la catastrophe de Goldau n' est pas un éboulement, mais plutôt un glissement de terrain. Pourtant, Albert Heim, le maître incontesté de la géologie alpine, le docteur Karl Zay, dans son ouvrage très complet intitulé La région de Goldau, avant et après et Joseph Niklaus Zehnder, dans son livre intéressant L' éboulement de Goldau, parlent tous d' éboulement. Néanmoins, l' événement du Rossberg n' est rien d' autre qu' un glissement de terrain dont les forces mécaniques obéissent aux mêmes principes que ceux mis enjeu lors de la formation de plaques de neige.

PARALLELE ENTRE UNE AVALANCHE DE PLAQUES DE NEIGE ET UN GLISSEMENT DE TERRAIN Pour qu' une avalanche de plaques de neige se déclenche, il faut que, sur une pente inclinée, se soient accumulées des couches de neige de différentes épaisseurs et de qualités diverses. Le grain de chaque couche peut être fin ou grossier, ce qui se traduit par des résistances variables. La strate dans laquelle les cristaux de neige ont subi une forte transformation et dont la cohésion avec les autres paquets de neige est devenue faible, constitue la surface de glissement.

Sur la crête délimitant le haut de la pente se trouve le champ de tension ou zone de traction. Lorsque la traction devient trop grande, les couches de neige se morcellent jusqu' au plan de glissement ( niche d' arrachement ) et glissent sur celuici vers le bas. La surface de glissement de la neige est limitée en aval par le remblai, c'est-à-dire l' endroit où la pente s' affaiblit et forme ainsi une zone de compression, en opposition à la zone de traction. Au-dessus de cette limite, toute la plaque de neige se met en mouvement et se brise en mille morceaux.

On constate exactement les mêmes phénomènes dans la zone du glissement de Goldau. Tout en Comparaison entre une avalanche de plaques de neige et un éboulement Schéma de l' arrachement d' une avalanche de plaques de neige Profil du sondage 20 Couches restées en place Couches arrachées Couche de glissement Surface de glissement haut, au Gnipen ( 1558,6 m ), on voit la zone d' ar perpendiculaire à la surface de glissement et limitée latéralement par de puissantes couches de poudingues et des strates plus minces de grès plus ou moins marneux. Le plan de glissement est constitué par une couche de marne gris-vert sur laquelle d' épais paquets de roches ont glissé comme sur une planche savonneuse. Plus bas, à l' altitude de 940 mètres environ, se trouve le remblai où les plaques rocheuses ont culbuté les unes sur les autres et se sont fracassées en débris petits et grands. L' appellation glissement de terrain est donc tout à fait justifiée en dépit de l' usage courant du terme éboulement.

La couche de glissement ( grossière et lâche ) présente une faible résistance au battage 406080100 Résistance au battage w en kg DEFINITION D UN EBOULEMENT II est difficile de donner une définition exacte du mot éboulement, car il est rarement mentionné dans la bibliographie. Dans les Annales du Club alpin Suisse ( 18e année ) 1882-83, l' illustre géologue Albert Heim a publié une étude fouillée sur l' éboulement de Flims dans laquelle il écrit les considérations suivantes.

" Chaque éboulement est composé de sa zone d' arrache, à l' origine, de sa trajectoire et de sa zone de déjection. Jusqu' à présent, on n' a étudié que cette dernière. La roche s' est séparée par des crevasses perpendiculaires aux couches, puis a glissé et s' est écroulée selon le pendage de celles-ci. A Goldau, des intercalations de strates marneuses ont joué un grand rôle, tandis que la constitution des roches de la région de Flims ne permet pas d' envisager lamême cause; c' est pourquoi nous devons rechercher la raison de l' éboulement dans un travail d' affouillement effectué lors du creusement de la vallée. Ainsi que le montrent la position des couches dans la zone d' arrachement et les lambeaux de strates dans la zone d' accumulation, l' éboule de Flims n' est pas un éboulement de rochers proprement dit, mais un glissement de rochers ».

A. Heim opère donc une distinction entre éboulement au sens strict du terme et glissement de rochers ( mouvement dirigé vers le bas, couche sur couche ). Il dit encore: « Sous faction de l' érosion, l' écorce s' écaille, couche après couche, en lambeaux plus petits. Malgré son importance, l' éboulement de Flims n' est pas l' écroulement d' une montagne tout entière; il n' a pas créé de trou béant dans la crête principale. Ce n' est que l' enlèvement d' une lamelle en comparaison de la masse montagneuse prise dans son ensemble; c' est un

»La configuration géologique du massif des Diablerets explique la cause de ces éboulements, si l'on exclut la légende, selon laquelle ils résulteraient des combats entre les diables valaisans et vaudois. Ce massif doit, en effet, sa hauteur et son aspect au chevauchement des couches rocheuses dont les plissements sont bien visibles en de nombreux endroits.

Selon les indications du professeur Renevier, les couches géologiques sont fortement repliées, ici et là, et la cohésion interne de la roche y est devenue très lâche. En d' autres lieux, nous observons un décollement complet de certaines Formation de fissures Au-dessous du remblai, la surface de glissement est identique ou presque à la surface de la neige Surface de y glissement strates dans des roches de même nature et dans des plissements semblables. Il en résulte souvent de vastes fissures ou des crevasses. A ï' emplacement de la fracture, les couches sont empilées comme des coquilles, avec leur côté convexe vers l' extérieur; soit par la forte érosion de leur support, soit, peut-être, par l' action des infiltrations d' eau par les fissures supérieures, elles perdent leur assise et s' écroulent dans la vallée. » De plus, les processus mécaniques de l' éboule des Diablerets s' expliquent par le profil géologique. C' est pourquoi, je voudrais préciser que, dans l' éboulement, l' arrachement des masses rocheuses se fait sous un angle droit, aigu ou obtus par rapport aux couches, tandis que, dans le glissement de terrain, les roches décollées glissent parallèlement aux couches sédimentaires constituant la montagne.

Traduit par C. Aubert

Feedback