L'épicerie de village: chacun y trouve son bonheur. Des montagnes et des hommes

Graziella Scartazzini-Clalüna a la tête sur les épaules. Elle tient deux épiceries de village dans la vallée grisonne de la Bregaglia: l' une à Promontogno, l' autre à Soglio. Du lundi au vendredi, le quotidien de cette petite femme menue au visage sérieux est rythmé par les horaires d' ouverture, les arrivages et les livraisons de marchandise.

En descendant du car postal à Promontogno, les alpinistes venus du monde entier aperçoivent l' épicerie près du pont et cela leur rappelle qu' ils ont oublié d' em avec eux des lacets de réserve, des piles de rechange pour leur lampe de poche et autres babioles. En entrant dans le magasin, leur regard tombe sur la tourte aux noix Scartazzini. Et pour l' as du Piz Badile, un sachet de fruits secs, c' est si pratique et si léger! Parfois, le client veut juste prendre un dernier bain de civilisation avant de partir à l' as des pentes escarpées, des couloirs et des parois rocheuses.

Au pied du Piz Badile Nichés tout en bas dans un creux de rocher au bord du lit de la Maira, le moulin, la maison d' habitation, la villa avec la boulangerie au rez-de-chaussée, l' épice et le pont forment un ensemble architectural imposant. De fin novembre à mi-janvier, cette partie resserrée de la vallée, au pied des géants de granit du Val Bregaglia, ne reçoit pas un rayon de soleil. C' est ici que Graziella et Gian Andrea Scartazzini sont chez eux, avec leurs fils Giulio et Vittorio. Des poules les approvisionnent en œufs frais. Du moulin se fait entendre le bruit des meules au travail.

Ceux qui s' imaginent que la vie à la montagne est reposante comprennent très vite que la réalité est tout autre en considérant l' emploi du temps de Graziella Scartazzini-Clalüna! Si le magasin de Promontogno et celui de Soglio tournent sans problème avec deux employées à temps partiel, c' est parce que la patronne fait presque tous les jours la navette entre les deux. Elle travaille dans les coulisses, rapide et efficace, que ce soit au dépôt, derrière le comptoir, à l' embal ou à la caisse, pour aider à ranger, charger et décharger. Elle a en tête des milliers de petits détails, sait se montrer ferme quand il s' agit de négocier avec les représentants, de commander ou de re-

Pour Graziella Scartazzini-Clalüna ( à droite ), chaque client est également une rencontre, surtout pendant l' hiver, lorsque Promontogno est privé de soleil pendant des semaines Pho to s:

Eli sab et h Ba rd ill LES ALPES 9/2004

fuser des articles de l' inventaire classique ou des nouveautés. Car le client est roi.

Des clients venus de près et de loin Les habitués de l' épicerie de Graziella ne viennent pas tous de la vallée, car l' Italie est trop près. La petite ville de Chiavenne est ainsi devenue, au cours des dernières décennies, un paradis des achats pour ceux qui n' hésitent pas à faire le déplacement. Mais il y a bien longtemps que les échanges transfrontaliers ne se font plus à sens unique. Pina Rosina, de Villadi près de Chiavenne, travaille par exemple à l' épicerie de Soglio.

Sur un espace restreint, tout l' assorti de première nécessité est proposé ainsi qu' un choix d' articles que l'on peut se permettre accessoirement. La boulangerie et la boucherie, les produits laitiers, les fruits et les légumes frais côtoient les semences, les cartes postales, les bâtons de randonnée et les balais. Sur la table s' empilent les ouvrages de référence actuels sur les montagnes, la faune, la flore et les hommes de la région, ainsi que des guides de randonnée et du CAS. A l' ar, on trouve en rayon des spécialités de la région: miel de châtaignier, Bergeller Alpenbitter ( eau-de-vie aux herbes de montagne ), châtaignes séchées ou crème de châtaigne. Sans oublier le pré-sentoir avec les produits Knorr et Maggi pour la préparation de soupes instantanées. L' inventaire répond aux besoins du quotidien et des travaux se répétant d' année en année: laine à tricoter des chaussettes, boutons, fil et aiguilles, foulards et casquettes, lunettes de soleil, cos-métiques de production locale, un choix de produits de nettoyage et de lessive, sans oublier les aliments pour chats et les bouillottes. Le visiteur plonge avec délice dans ce mélange de bruits, d' odeurs et de couleurs.

Je pourrais écrire un livre! La marche des affaires dépend du temps et des saisons. Parfois, les clients se bousculent dans le magasin et les vendeuses doivent se mettre en quatre pour satisfaire tous les vœux. On y fait aussi des rencontres insolites, la conversation s' amorce alors sur l' échange de quelques banalités ou des dernières nouvelles. L' humeur du client est palpable: les soucis ou la gaieté, l' entrain ou la déprime, la tristesse et la colère peuvent se lire sur certains visages. Graziella Scartazzini-Clalüna est non seulement une bonne gérante: elle sait aussi écouter de manière discrète. Bien souvent, le simple fait d' être pris au sérieux permet de surmonter une peine. Avec toutes ces impressions prises sur le vif, Graziella pourrait facilement écrire un livre.

Retour dans la vallée Graziella Scartazzini-Clalüna a passé son enfance dans une ferme. Après l' école obligatoire, qu' elle suivit à Maloja, elle fit une dixième année de scolarité avec orientation en économie familiale au centre de formation Palottis, à Schiers. Elle travailla ensuite comme cuisinière, d' abord au foyer des apprentis de Samedan, plus tard à la cantine de l' école technique de Winterthour. Pendant toute cette période, elle resta liée à sa vallée et joua le premier rôle dans « La stria » ( la sorcière ), une pièce de théâtre ayant pour cadre le Val Bregaglia et qui fut présentée dans la vallée. Cet hiver théâtral marque un tournant dans la vie de Graziella: elle tombe amoureuse de Gian Andrea, fils de meunier, originaire de Promontogno. Ils se marient en 1985 et s' installent au bord de la route du fond de la vallée. Tous les membres de la famille sont des passionnés de la montagne. Les dimanches sont réservés au ski et aux autres sports de montagne.

Une épicerie, une boulangerie, un moulin et une carrière Une entreprise familiale mixte, alliant quatre branches d' activité dans les secteurs artisanal, industriel et commercial, à l' exemple de l' entreprise de Gian Andrea et Graziella Scartazzini à Promontogno, est une formule ayant caractère de modèle économique. Trouver le bon dosage entre production et négoce, entre qualité et quantité, entre indépendance et autonomie est un perpétuel exercice de haute voltige. En tant que propriétaire, la famille est dépositaire d' un savoir de base pouvant être transmis à tout moment aux générations futures, lorsque les structures économiques hautement développées viennent à s' effondrer. Et qui sait, il se peut que l' épicerie de village prenne un jour une toute nouvelle signification: celle d' un point de rencontre incontournable entre indigènes et étrangers, chroniqueurs, nouveaux résidents tombés sous le charme de la région, artistes, paysans, thérapeutes, chasseurs, cueilleurs et touristes d' un jour. a

Elisabeth Bardill, Schiers ( trad. ) A Promontogno, l' épicerie se trouve dans la maison jaune devant le pont. A droite, la villa des parents cachant le moulin, la boulangerie et la maison de Gian Andrea et Graziella Scartazzini-Clalüna Paysage hivernal à Soglio, avec le Piz Badile LES ALPES 9/2004

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Le marché du livre

Paul Hertig Un rêve inachevé …

Sutter Druck SA Grindelwald 2003. ISBN 3-907841-02-6

Ce petit opuscule illustré de quelques photographies présente le projet d' un chemin de fer du village de Gryon au sommet des Diablerets. L' auteur s' inté non pas au côté technique, mais nous montre l' arrière humain de ce projet conçu au début du siècle passé mais jamais réalisé.

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