Les Aetas sont retournés dans leur montagne

Dix ans après l' éruption volcanique du Mt Pinatubo

Les Aetas sont retournés dans leur montagne

Pour les habitants des régions sinis-trées, une éruption volcanique rime avec ravages et déracinement. Les Aetas, une tribu établie sur les flancs du volcan Pinatubo de l' île de Luçon, dans l' archipel des Philippines, ont subi tout cela après l' éruption du 15 juin 1991, qui a ravagé l' espace de vie des quelque 37 000 membres de cette ethnie. Dix ans plus tard, certains sont revenus dans la montagne.

Il y a dix ans, le 15 juin 1991, l' éruption du Pinatubo, au centre de l' île de Luçon, sema la terreur parmi plus d' un million d' habitants. La catastrophe fit, selon les estimations officielles, 932 victimes et contraignit des centaines de milliers de personnes à prendre la fuite. Les plus durement touchés furent les Aetas, établis sur les flancs du volcan. La plupart refusèrent de quitter le lieu qui les avait vus naître et se cachèrent dans des cavernes. C' est pourquoi quelque cinq cents Aetas perdirent la vie. Les autres furent évacués à temps et relogés ailleurs, devant changer drastiquement leur mode de vie. Depuis, beaucoup sont retournés dans « leur » montagne pour reconstruire une nouvelle vie, à l' image de June Canduli, 39 ans.

Les foudres d' Apo Namaljari, le dieu de la montagne Les Aetas, premiers habitants du centre de Luçon, vivent depuis plusieurs siècles sur les flancs du volcan Pinatubo, s' éle à 1745 m au-dessus de la mer de Chine Méridionale, dans de petites communautés vivant de la culture de la terre et de la chasse. Ils se distinguent des Philippins par leur couleur de peau foncée, leurs cheveux courts et crépus et leur petite taille – ils mesurent rarement plus d' un mètre cinquante.

Les Aetas se sentirent menacés dans leur mode de vie traditionnel par le projet d' une société pétrolière, visant à exploiter la chaleur de la terre sur les flancs de la montagne: « Ils offensent Apo Namaljari, le dieu de notre montagne. Celui-ci nous punira !» Le 15 juin 1991, le Pinatubo entra en éruption. Il y eut alors des évacuations dramatiques, certains Aetas refusant de quitter la montagne.

Nouveau départ au village de Target Dans les camps, outre le fait de vivre dans un environnement complètement inhabituel, les Aetas rencontraient avant tout des problèmes avec la nourriture. En effet, ils mangent rarement de la viande ou du poisson, préférant se nourrir de « camote », une sorte de patate douce. De plus, ils grignotent sans cesse des racines et des baies. « Manger des nouilles accompagnées de sardines nous causait des maux d' estomac », se rappelle June Canduli, en se tenant avec malice le ventre à deux mains. Depuis l' éruption, une centaine de familles sont revenues au Pinatubo pour élire domicile dans la zone de danger « 10 à 15 km ». C' est aussi le cas de June, qui est retourné voilà quatre ans dans la montagne, avec sa femme et ses cinq enfants. Au village de Target, sur un coin de terre abandonné, il a trouvé une seconde patrie, où il essaye, comme beaucoup d' autres, de se reconstruire tant bien que mal une nou-

Les Aetas sont désormais retournés sur « leur » montagne et ont construit de nouvelles communautés; à l' image, le village de Target En 1999, le volcan Pinatubo, sur l' île de Luçon aux Philippines, a connu une violente éruption qui ravagé l' espace de vie des quelque 37 000 Aetas installés sur ses flancs

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LES ALPES 8/2001

velle vie. « Pour nous, la vie est très difficile ici » réfléchit June. « Avant l' éruption, nous cultivions dans notre village des mangues, des ananas, des avocats, des « jackfruits », du riz et du café. Ici, sur le sol sablonneux, nous pouvons seulement planter ces plantes à tubercules nommées « gabi », quelques légumes et des camotes. » Mais l' éruption du Pinatubo a aussi créé de nouvelles sources de revenus. Ainsi, les pierres ponces, utilisées dans l' industrie du vêtement pour délaver les jeans, les charbons de bois des arbres détruits par la lave et les touristes rapportent un peu d' argent. Et depuis peu, les habitants du village ont découvert une autre source de revenus: les touristes japonais et américains éprouvent une fascination extrême pour le matériel militaire de la Seconde Guerre mondiale, qu' ils conservent comme souvenir. A propos de la pièce maîtresse de la collection, une mitraillette japonaise, June remarque: « Avant, nous, les Aetas, chas-sions les sangliers; aujourd'hui, nous courrons après des mitraillettes !» a

Willy Blaser, actuellement à Angeles City ( trad. )

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