Les Alpes Bernoises

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Avec un goût sûr et beaucoup de travail méthodique, les éditeurs G. Bridel & Cie. sont arrivés à élever un vrai monument à nos Alpes Suisses, en édifiant à leur gloire quatre volumes de grand luxe.

Débutant par les Alpes Vaudoises, ils ont continué par les Alpes Fribourgeoises, puis par les Alpes Valaisannes, et clôturé par les Alpes Bernoises. En disant „ clôturé ", c' est peut-être trop s' aventurer, car l' œuvre pourrait s' étendre encore à d' autres chaînes suisses. Les massifs de la Suisse centrale, les montagnes grisonnes et tessinoises seraient dignes aussi de prolonger le plan des éditeurs. Le volume des Alpes Bernoises, que nous avons à signaler aujourd'hui, ne le cède en rien, malgré les difficultés de l' époque, à ses devanciers. Les illustrations de M. F. Boissonnas sont comme toujours d' une grande beauté et très bien choisies. L' impression par la. maison Sadag à Genève est réussie dans l' ensemble. A côté des planches concernant la haute montagne — dont quelques-unes sont parfois d' une exécution un peu dure — il y a une foule de petits motifs se rapportant à la vie des populations de l' Oberland. Ces motifs sont presque tous frais et charmants. Voyez par exemple ces croquis de bûcherons, ou de paysans à la fenaison, et que dites-vous de ce fouillis d' ombël au Kiental ou encore de cette exquise „ cure d' Aeschi "?

Parmi les planches dans le texte ou hors texte, il y a des jeux de lumière et de nuages tout-à-fait réussis, rappelant les célèbres clichés de M. Vittorio Sella dans les Hautes-Alpes. Une orée de forêt „ dans le Diemtigtal ", où le soleil pénètre dans les sous-bois, est un rêve idyllique. On a fait du chemin depuis quelques années, dans la photographie alpestre. Celle-ci a été, si je puis m' exprimer ainsi, comme spiritualisée. Si l'on compare l' illustration des „ Alpes Bernoises " avec celle d' un ouvrage similaire, „ Die Jungfrau und das Berner Oberland " par Th. Wundt — un livre splendide à l' époque où il a paru — on peut aisément discerner l' évolution.

Si les „ Alpes Bernoises " constituent un livre de salon et parlent surtout par l' illustration artistique, le texte ajoute certes aussi à l' importante de l' œuvre. Notre collègue, M. Bug. de la Harpe, un spécialiste du genre, auteur de plusieurs guides appréciés, a su faire les descriptions des belles vallées bernoises et de leurs robustes sommets avec beaucoup de sagacité. Il n' est pas facile de traiter avec brièveté un aussi vaste sujet et M. de la Harpe est arrive — dans ses dix chapitres — à condenser ses descriptions, tout en évitant l' aridité des nomenclatures.

En outre, M. de la Harpe a en l' idée combien judicieuse de s' adjoindre un collaborateur infiniment précieux, en la personne du Dr H. Dübi, l' excellent rédacteur de notre annuaire et probablement l' alpiniste suisse connaissant le mieux nos montagnes. Je n' en veux pour preuve que ses successives nominations de membre honoraire du Club alpin Anglais, puis de la Société royale de Géographie de Londres. Ce sont là des honneurs rarissimes qui, grâce au travaux du Dr Dübi, rejaillissent sur la Suisse entière.

Deux chapitres du livre des „ Alpes Bernoises ", l' Oberhasli et la vallée de Gastern, ont été traités d' une main sûre par le Dr Dübi. Ils contiennent entr' autres de très savoureux détails historiques.

Et puis, la collaboration d' un écrivain „ Vaudois " avec un savant „ Bernois ", à une époque on l'on recherche avec ardeur à raffermir les liens unissant les Confédérés, n' est pas aussi une recommandation patriotique pour le beau livre des „ Alpes Bernoises ".

Ce livre, glorifiant le fier massif bernois, l' un des plus solides bastions de notre eher pays, mérite assurément de figurer dans toutes les bibliothèques publiques ou particulières.J- Gallet ( membre honoraire C.A.S. ).

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