Les femmes, l'alpinisme et l'escalade

Corinne Stutz, Zurich; Hanspeter Sigrist, Oberbalm Une certaine image En feuilletant les revues spécialisées, on constate rapidement que l' alpinisme, dans ses manifestations les plus spectaculaires ou extrêmes ou encore dans les expéditions, se présente essentiellement comme une affaire d' hommes. Les femmes n' apparaissent que rarement et, généralement, à titre d' accompa de leur mari ou ami. Exceptionnelles sont les femmes qui s' affirment indépendantes. Quelques spécialistes sortent, certes, du lot commun. Des pages en couleur leur sont alors consacrées - pour autant qu' elles Le thème évoqué par le titre n' a été que rarement traité dans la littérature spécialisée. Que faut-il en penser? S' est seulement déjà posé la question de manière si directe ou n' a jamais été vraiment soulevée dans les discussions?

Jusqu' ici, à n' en pas douter, une certaine catégorie de femmes a représenté majoritairement le sexe féminin dans les diverses activités de l' alpinisme. La plupart d' entre elles préfèrent les activités spécifiques de groupe, telles que les randonnées à ski, le ski de haute montagne, les expéditions et les randonnées d' altitude. D' autres préfèrent s' en tenir à un partenaire particulier, pour peu qu' un intérêt soit partagé - et étant entendu qu' il serait peut-être mal vu de changer souvent de compagnon. Peu de femmes, en conséquence, se risquent à former des cordées féminines pour des courses extrêmes. Lorsque pourtant cela se produit, c' est généralement une sorte d'«aventure », moins par défaut de compagnes compétentes, de résolution ou de confiance mutuelle que par manque d' affirmation de soi. Cette manière de faire, hors des habitudes, est pourtant la condition naturelle de l' indé.

Compte tenu de l' évolution marquant tous les sports, il est désormais pensable que le rôle des femmes se modifie sensiblement dans le domaine de l' alpinisme, plus particulièrement dans ses nouvelles formes. L' esca libre et la pratique du parapente, plus précisément, paraissent suffisamment attrayantes pour convenir aux femmes dynamiques et dégagées de préjugés.

A la « Tête de Chien », dans la Barre inférieure ( Monaco ) aient le style qui convient et qu' elles se montrent aux lecteurs en pleine action et dans un vêtement de gymnastique multicolore. Une certaine image de la femme est ainsi fixée. La femme choisie apparaît sous son meilleur jour, des plus avenantes, sûre d' elle, fière et dotée de l' inévitable esprit de compétition. En bref: telle qu' elle doit être pour plaire au lecteur. Tout cela laisse cependant l' impression que les articles en question ne proviennent que rarement des intéressées elles-mêmes ou sont dictés par leur besoin propre de s' exprimer. De fait, il semble bien que c' est d' abord l' effet publicitaire qui soit recherché. La jeune femme pratiquant l' esca est dès lors poussée sur l' avant comme une « superfille », simultanément sorte de jouet publicitaire et concurrente inaccessible pour les hommes qui ne peuvent que pâlir de jalousie devant ses performances.

Les ouvrages illustrés les plus récents traitant de l' escalade de haut niveau ne nous aident guère plus à situer les femmes et à répondre à notre première question. Les représentantes du sexe féminin y sont ou inexistantes ou laissées sur la touche. Triste constat et qui donne à réfléchir!

La femme et ses différences Heureusement, nos recherches dans les revues nous ont fait découvrir tout de même quelques articles où la femme se présente avec sa propre vision des choses. Elle trouve alors du plaisir à vivre intensément dans la nature, déclare ses préférences, connaît ses forces et ses faiblesses et définit ses buts. Elle considère l' escalade comme l' expression idéale de son besoin de mouvement, sans chercher nécessairement la performance. Elle se juge elle-même comme un être complexe et ne se laisse pas volontiers diriger. Elle regarde ses caractéristiques biologiques avec leurs désavantages et admet ses incertitudes. En conséquence, elle donne de la valeur au plaisir et au sentiment même si, ce faisant, elle suscite souvent l' incompréhension, celle des hommes, évidemment, dont les conceptions restent dominantes et normatives.

La femme peut bien se concevoir dès lors, selon les constatations faites, comme une accompagnatrice attrayante, particulièrement intéressée et capable de progresser, mais non comme une alpiniste ou varappeuse de haut niveau. ( Mais quelqu'un est-il d' un autre avis ?) Qu' on en reste au statu quo, et disparaissent alors la plupart des problèmes qui surgissent lorsque les femmes brisent l' image que l'on se fait conventionnellement d' elles.

Nombreuses seront les femmes qui confirmeront ce dernier constat. Les athlètes de compétition n' en sont-elles pas réduites à courir derrière leurs collègues masculins et à se partager la portion congrue du prestige, tout en y laissant leur féminité? La question renvoie-t-elle à une réalité ou n' est que l' expression d' une jalousie? Cela confirme-t-il le fait qu' il n' y a rien de pire que des femmes se faisant concurrence?

Conscience de ses possibilités Questions sans réponses claires! Le rôle de la femme en alpinisme semble donc bien faire problème. Mais problème pour qui? Certaines femmes, on le sait, accomplissent des performances extraordinaires. Quelques-unes en ont rendu compte elles-mêmes.

Enthousiasme autour de la petite jeune fille qui passe en tête du Ville degré! Mais qu' est que cela signifie? Si cet exploit fait sensation, cela est dû à sa rareté. Objectivement considéré, il perd de son éclat et redevient normal, puisqu' il serait possible d' aller encore plus loin.

Jusqu' ici, les performances en montagne ont été mesurées à l' aune d' individus. Une « collectionneuse de huit mille » dépasse toutes ses semblables après avoir vaincu quelques sommets seulement. Une alpiniste de haut niveau crée l' événement en surmontant la face nord de l' Eiger. Une spécialiste de l' es passe des voies du IXe degré et parcourt des itinéraires alpins difficiles, réalisant une série de premières féminines. Du point de vue de l' alpinisme féminin, ce sont là des exploits mais, pour l' alpinisme tout court et pour les femmes, il n' y a là rien d' extraordinaire, puisqu' on s' accorde pour dire justement que, dans certains domaines, les femmes seront bientôt capables de faire encore mieux.

C' est aux femmes de saisir les chances qui se présentent, tout particulièrement dans les nouvelles disciplines alpines. Pour pouvoir exiger, lors de compétitions d' escalade, des prix en espèces semblables à ceux remis aux hommes - pour des performances actuellement à peine moindres - les femmes doivent se préparer semblablement. Les nombreuses et diverses possibilités d' entraînement, y compris les « escalodromes » urbains, offrent à tous et toutes les mêmes conditions d' entraî. Jamais comme maintenant les chances n' ont été aussi grandes de faire jouer les capacités personnelles, d' autant plus que les préjugés ne sont plus de mise.

Les jeunes filles font montre souvent d' un sens du mouvement beaucoup plus développé que celui des jeunes gens du même âge. Si elles ne l' utilisent que rarement, c' est qu' elles ne sont pas prêtes à reconnaître leurs forces et à travailler à leur développement.

L' escalade, un sport de femmes?

Sans talent, sans les dispositions et les équilibres psychologiques adéquats, aucun homme aujourd'hui ne peut plus parvenir à un haut niveau dans le domaine de l' alpinisme. Il est jugé à ses performances, à son caractère, voire à son mode de vie. Si les femmes veulent être traitées sur un pied d' égalité - et elles le veulent de plus en plus souvent - elles doivent aussi soumettre leurs possibilités et dispositions à la critique. Les nouvelles formes de jeu, qui n' exigent qu' à un moindre degré la cohésion du groupe, vitale en alpinisme classique, devraient leur convenir. Sans qu' il soit nécessaire de mener une vie vagabonde, on peut trouver assez de temps à côté de sa préparation sportive pour réfléchir et maîtriser ses incertitudes. Lorsque les femmes se cachent derrière leur mari, c' est qu' elles croient trop peu en leurs capacités et ratent par là même une occasion de prendre confiance en elles-mêmes. Elles excusent trop facilement leurs hésitations par un manque de courage ou de capacités physiques, même lorsqu' elles disposent en fait de réserves qui leur permettraient de surmonter l' obstacle.

Le courage et la force sont encore largement reconnus comme indispensables à l' es. »,. A l' arête d' Oberdörf 1er " .'( Jura soleurois ) calade. Toutefois, outre les dispositions psychiques, le sens du mouvement et de l' équili prend désormais une place grandissante. Cette qualité est une potentialité chez la femme et devrait dès lors l' inciter à prendre confiance en elle-même non seulement pour son développement général, mais encore pour viser à des performances de haut niveau.

Adapté de l' allemand par Gil Stauffer

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