Les Gastlosen

C. et Y. Remy, Bossière VD

Principale chaîne de montagnes des Préalpes fribourgeoises, les Gastlosen - qu' on appelle parfois les Inhospitalières en traduction française - se situent bien à l' intérieur du pays, comme pour se cacher aux regards. Ce qui les a préservées des excès du tourisme.

Le secteur le plus intéressant pour le grimpeur d' aujourd se situe au nord du massif, auquel on accède par le petit village de Jaun ( prononcé à l' allemande ), ou Bellegarde pour les Romands. Mais ce dernier nom ne figure pas dans la liste des localités postales. Jaun doit être mis en relation, chose évidente, avec le nom de la rivière qui a creusé la vallée: la Jogne. Pourquoi n' a pas montre que certaines langues glaciaires ont avancé, cette année, sur une distance nettement plus grande que l' année précédente, malgré la fonte plus importante. On n' a pas examiné en détail les cas particuliers où l' onde, transmise dans le glacier, atteint son extrémité, ni les cas où la progression accélérée du front est due à la forte production d' eau de fonte et au glissement qui en résulte ( comme le montrent les mécanismes décrits à la page 170 ). C' est le glacier de 1' Allalin qui a gagné le plus en longueur ( 105 m ) cette année; en automne 1980, une grande partie de sa langue terminale a de nouveau glissé à une vitesse accrue pendant quelques temps. L' avance inattendue et étonnamment rapide du glacier de Findelen, décrite et illustrée dans la dernière chronique, s' est un peu ralentie par rapport à l' année passée.

Trad. C. Aubert baptisé Jogne, en français, le village lui-même? Mystère.

La rivière a ceci d' étonnant encore, qu' elle baigne les deux versants de la chaîne sur la moitié de la longueur totale de celle-ci, en décrivant une épingle à cheveux autour du massif de la Chemi-giipfe pour changer de direction à 180 degrés.

Les Romands qui s' approchent du massif par Bulle et Charmey découvrent peu avant ce dernier village cette moitié nord de la chaîne et seraient près de s' écrier: « C' est les Dolomites! » Mais l' œil de l' alpiniste ou du géologue ne s' y trompe pas, remarquant ici l' absence des strates horizontales si caractéristiques de la dolomie. Les Gastlosen sont d' un calcaire compact, lisse de surface, en parois striées de fissures généralement verticales, creusées de couloirs et rayées de vires herbeuses.

La meilleure vue de la chaîne, versant ouest, s' offre du haut de la Hochmatt. Du sud-ouest au nord-est s' étend sur douze kilomètres environ la longue échine blanche pareille aux ossements d' un monstre échoué. Ici ou là des pentes, pas trop raides, montent jusqu' à la crête, offrant des passages ou des cols aux randonneurs dont le pied est sûr. Cependant, les parois de ce versant, souvent proches de la verticale, atteignent parfois plus de trois cents mètres. C' est dire l' importance du massif.

Cette barrière naturelle sépare trois cantons: Fribourg et Berne dans sa partie nord; Fribourg et Vaud dans sa partie sud. Ainsi donc au nord, elle fait également frontière linguistique. Une frontière qui n' est pas un mur: sur les deux versants on parle presque couramment l' allemand et le français, sans compter les patois.

De Suisse allemande, l' approche du massif emprunte l' agréable Simmental et le col du Jaun ( 151 i m ), où l'on découvre d' un coup le versant sud-ouest, la beauté altière des Marchzähne avec, en vedette, le Grenadier et l' Eggturm. Les escalades de ce secteur et de ce versant ont pour point de départ le village minuscule et fleuri d' Abländ. Une route goudronnée monte de là jusqu' au pied des parois, ou peu s' en faut: il reste quinze minutes de marche sur un sentier jusqu' à l' attaque de parois hautes de 200 ou 250 mètres, le Grand Grenadier présentant un pilier plus élevé encore: 300 mètres. Au rochassier s' offre un grand choix de voies, équipées ou en libre, de difficultés diverses en bon rocher.

Le versant nord-ouest de la chaîne a la forme d' une paroi longue et abrupte, haute de deux à trois cents mètres, d' un aspect plus massif et imposant. Le rocher, plutôt lisse, comporte des zones redressées, voire surplombantes. Parois compactes et minces fissures verticales exigent, sur plus d' une voie, la maîtrise de l' escalade artificielle.

Une bonne base d' attaque pour ce secteur, c' est le sympathique Chalet du Régiment, construit en 1945 par l' armée - d' où son nom. On y accède par Jaun et une bonne route qui se termine en parking. En 40 minutes, on gagne à pied le chalet, visible au dernier moment sur le col de l' Ober ( 1752 m ). Bien équipé et gardienne, saufen hiver, il offre le vivre et le couvert à des prix raisonnables.

Du chalet, quinze minutes suffisent pour gagner le pied de la Rüdigenspitze et du Gross Turm. Une demi-heure pour les autres parois. C' est dire que, de la terrasse, on peut suivre comme au spectacle les évolutions des grimpeurs.

Ces grimpeurs, ce n' est pas la foule. Longtemps, les Gastlosen ont été ignorées, sinon des gens du pays, qui ne se lassaient pas de les parcourir, mais parlaient peu, comme pour garder jalousement un secret. Aujourd'hui, malgré un nombre accru de visiteurs, ces montagnes gardent leur caractère amical et sympathique: ce sont de vrais alpinistes qui s' y rencontrent, et il est à souhaiter que le pays, ses coutumes, son esprit suscitent toujours le même respect.

I.A CONQUÊTE Ici, comme dans beaucoup de régions montagneuses, ce sont les chasseurs qui ont réalisé les premières explorations. Bien avant 1900, les sommets les plus accessibles des Gastlosen sont atteints, mais aucune voie de « difficulté alpine » n' a encore été parcourue. Les Gastlosen sont protégées par une crainte presque superstitieuse.

En two commence la première investigation alpine, qui va durer une quinzaine d' années. L' af est rondement menée. La proximité des sommets l' explique en partie: on peut, dans la même journée, cueillir deux ou même trois de ces aiguilles. De plus, un certain esprit de compétition anime les équipes de « prétendants », peu nombreux, mais qui s' activent sur les versants opposés.

Les Bernois, ce sont August Gysi, Walter Bühl- mann et surtout Hans König, qui a commence en 1890 par l' ascension de la Gastlosenspitze en compagnie de C. Montandon et R. Thomas. König a déjà l' esprit d' un grimpeur moderne. Il s' entraîne à monter à la perche ou à la corde. Sur les parois, il troque les lourds souliers à clous contre des espadrilles à semelle de chanvre.

Les Fribourgeois, dont certains habitent presque au pied de la montagne, commencent leur prospection en 1888. Albert Böschung ( manchot, il doit se débrouiller avec une seule main !) et Edouard Buchs, tous deux guides, s' attaquent au Petit Grenadier et à la Pyramide. Peu après se joint à eux le célèbre professeur de géologie Raymond de Girard, avec son guide virtuose Olivier Rime; puis encore E. Ruckstuhl et un autre professeur, Georges de Gottrau. Mais c' est bien R. de Girard qui mène tout ce monde au feu, et avec quel succès, puisqu' il met à son tableau, avec ses compagnons, seize sommets!

A l' opposé du style de König, Girard a recours à beaucoup de matériel, d' où l' engagement de porteurs et le caractère d' expédition que revêtent ses courses. Ce matériel consiste principalement en perches, parfois longues de dix mètres, qu' il faut dresser sur un emplacement aérien face à la paroi à vaincre. On les joint l' une à l' autre en y clouant des échelons. C' est un de ces édifices branlants qui a valu à un sommet des Pucelles son nom de 1' Echelle.

La plus sensationnelle réussite de Girard est sa première ascension de la tour du Grand Grenadier ( it septembre 1905 ), après des tentatives par Böschung et Buchs. L' équipement laissé sur place permit quelques répétitions. Les connaissances géologiques de Girard lui étaient d' une aide certaine dans la préparation et la conduite de ses courses. On le voit aussi s' équiper de crampons et de piolets, sans parler de son appareil de photo. Avec son collègue Gottrau, il nous a laissé de remarquables clichés. De sa plume enfin, une brochure bien illustrée: La conquête des Gastlosen.

Mais voici déjà une nouvelle race d' alpinistes pressés de faire mieux que leurs prédécesseurs.

Laissons narrer la « Damounaise » Betty Favre, dans une page des « Gastlosen » ( collection Trésors de mon Pays ), qu' elle intitule Les conquérants du Capucin:

« C' était en igo6, Girard arrivait avec ses aides et son inséparable échelle. Il avait trouvé ce moyen commode, mais d' une stabilité parfois problématique. Qu' elle fût une « Magirus » à rallonge ou faite de perches ou de carre-lets... c' était toujours l' éternel compromis « nécessaire » entre Girard et la montagne. Ses porteurs se chargeaient de l' amener à pied d' œuvre et lui, tel un prince, n' avait plus qu' à monter le pont-levis branlant jeté sur la crevasse et conquérir le sommet convoité.

Là-haut il lançait son en victorieux qui roulait de chalet en chalet pour venir frapper durement un amant né trop lard pour la conquête... Bornet, le boulanger qui rêvait d' être guide. Le Capucin, il l' aurait. Ses mains, ses pieds, son corps, il les utiliserait contre la pierre; il s' userait contre elle. Où l' échelle avait été dressée, lui, Auguste Bornet passerait. Sans échelle... il le voulait ainsi.

Demain, c' est le grand jour. C' est l' escapade vers la montagne, son bonheur, sa vie. Déjà il est prêt. Moulé dans son pantalon et sa veste kaki, ce grand diable a belle allure. Sac au dos, sans oublier le chapeau dont il vérifie la plume de coq, la queue de marmotte et l' edelweiss; le piolet, le grand piolet sans lequel il ne serait pas un vrai alpiniste, et qu' il tient d' un geste viril. Rayonnant, vainqueur déjà, à longues foulées souples, il rejoint son Anglais. Et le lendemain, l' écho de sa réussite courait dans la vallée, gonflé de tous les détails de cette folle acrobatie.

Il avait abordé le fier Capucin, longeant la crevasse jusqu' où elle est presque comblée. Quelques mètres de varappefacile l' avaient amené sous le surplomb qu' une fissure rayait comme un rire à son adresse. Il fouillait la méchante bouche de pierre, mais ne trouvait rien à quoi s' accrocher. Une idée alors traversa cet esprit frondeur. Glissant sa main dans la fissure, il serra le poing. Dans sa rage impuissance, il se suspendit à ce poing... Il avait trouvé. Il n' avait plus qu' à répéter le même stratagème. Introduisant l' autre main, refermant le poing qui le rivait à la roche, et ainsi de suite sur trois ou quatre mètres, il avait passé. Un rétablissement sur les dalles qui fuyaient vers la crevasse béante, quelques minutes de varappe reposante le long d' une rainure, des ruines... il était au sommet.

Bornet avait vaincu le Capucin. »'On était en 1920, et le passage en question est classé aujourd'hui en Ve degré!

Au Grand Grenadier, les « nouveaux alpinistes » ont la même réaction: ils veulent se passer d' échelle. Tentatives nombreuses, mais ici l' adver est... compact. En 1934, des broches scellées viendrontà bout des 17 mètres de paroi. Mais bien vite le procédé est jugé inélégant. Déjà le souci d' esthétique!

Une très forte cordée - des habitués des lieux, à savoir G. Dessonnaz, O. Staub et L. Wuilloud -observera tous les versants de cette tour coriace et réussira enfin, en 1942, cette « première » splendide et longtemps attendue, commençant au pied même de la paroi pour franchir ses 300 mètres presque verticaux, avec 1 o pitons seulement ( mais rappelons-nous qu' à cette époque les grimpeurs avaient recours fréquemment à la courte échelle ).

Cependant, jusqu' en 1930, les alpinistes se contentent de reprendre les itinéraires déjà parcourus, ou bien inaugurent des traversées, comme celle des Marchzähne en 1924. Mais dès 1930 commence, d' abord timidement, la conquête des faces elles-mêmes.

S' illustre d' abord Fernand Pipoz qui, avec divers camarades, force les trois versants ouest des Pucelles, hauts de 300 mètres. Faces impressionnantes. Il faut la détermination de Pipoz pour venir à bout de celle du Vanil de la Gobette. Il doit y revenir plusieurs fois, une dalle lisse l' obli à forer des trous pour placer ses pitons. Cette réussite de 193g mérite le respect, si l'on songe au 1 L. Seylaz!B. Favre/L. Henchoz: Les Gastlosen. Coll. « Trésors de mon pays » - Editions du Griffon, Neuchâtel 1950 ( pp. 17 et 18 ).

matériel disponible. La voie est cotée aujourd'hui TD.

Toujours sur ce versant ouest, au mois d' août 1935, F. Bays et L. Wuilloud escaladent successivement les faces du Gross Turm et du Lochgrat, tandis qu' une autre cordée, composée de A. Knubel, A. Moehr, A. Stulz et F. Winckler, s' adjuge celle du Sparrengrat. Les mêmes, plus L. Wuilloud ( soit 5 personnes !), vont remonter, en 1938, la face ouest de la Rüdigenspitze par une cheminée dont les difficultés sont des degrés IV et V. Précédemment, ils avaient fait une première tentative, grimpant en espadrilles et halant leurs cinq paires de souliers à la corde... laquelle se rompit! La pluie survenant, il avait fallu remettre à plus tard la réussite de l' ascension. Au pied de la paroi ils ne retrouvaient que neuf chaussures!

Dès 1940 et pour dix années, les Gastlosen sont en effervescence. C' est la conquête systématique des voies et des faces, qui perdent leur auréole d' im. Début des ascensions difficiles avec pitons. On s' étonne de l' activité déployée par les grimpeurs à cette époque on les mobilisations prenaient beaucoup de leur temps.

L. Wuilloud devient bientôt l'«ouvreur des voies » par excellence: quinze premières en quinze ans! Il anime un groupe très actifdans lequel Otto Staub ( qui a voué sa vie aux Gastlosen, dont une pointe porte son nom ) et F. Winckler ( qui grimpe encore actuellement dans le massif !) sont également des éléments moteurs.

Il faut mentionner parmi ces « aventuriers » des années quarante R. Bugnard, R. Page, A. Aebi et U. Andrey. Ce dernier a ouvert des voies jusqu' en i960.

Parmi les nombreuses « premières » réalisées alors, l' une au moins doit être narrée: la traversée complète de la chaîne, les 24 et 25 juin 1944, par -faut-illedire?-L. Wuilloud et F. Winckler. Belle et fantastique chevauchée commencée au sud par lajumelle et achevée au nord par la Gratflue, soit une longueur de près de 12 kilomètres. Réussite d' autant plus remarquable, que les deux amis travaillent à Fribourg le samedi jusqu' à midi, puis 125 Le Chalet du Régiment au pied des Gastlosen ( Préalpes 127 Pfadflue: la haute paroi de joo mètres de la face nord-fribourgeoisesouest Pholos: C. Remy 126 Les Sattelspitzen 128 Au pied de l' Eggturm Photo: Ed.Pidoux enfourchent leurs vélos pour gagner la Villette. De là, à pied, par les pâturages, ils montent à vive allure aborder l' arête et n' interrompent leur escalade qu' à la nuit. Quelques journaux les protègent, au bivouac, du gel nocturne encore vif en juin. Pendant la nuit, ils observent de grandes lueurs vers le sud: probablement des bombardements sur l' Italie...

Le lendemain, toujours en forme, ils franchissent arête après arête, aiguille après aiguille, avec l' intermède de longs rappels. Le soir, ayant achevé leur traversée, ils doivent rejoindre par une marche devenue fatigante les vélos laissés à la Villette. Un dernier effort les ramène, pédalant, à Fribourg. On mesure cet exploit, quand on connaît un tant soit peu les distances, les lieux, les obstacles!

Durant ces années fertiles en conquêtes, arrive un trio redoutable qui s' est déjà fait connaître. Il s' agit du couple Betty et Ernest Favre, avec l' insé L.M. Henchoz. Venant de d' Œx, ils sont pour ainsi dire à pied d' œuvre. Ensemble, ils vont parcourir les Gastlosen en tous sens et ouvrir une dizaine de voies, particulièrement dans la section sud, plus proche de chez eux. Cela ne les empêche pas d' exercer une même activité dans les Alpes vaudoises, ainsi dans le massif de la Gummfluh, la montagne de d' Œx.

Jusqu' aux années cinquante, les voies nouvelles restent de la classe D/TD, avec emploi occasionnel de pitons et recours à l' escalade artificielle. Les parois compactes sont trop lisses pour les moyens de l' époque. Les grimpeurs des années 35-50 ont à leur disposition, pour leur progression, les lignes de faiblesse du terrain. Mais là se trouvent précisément mauvais rocher ou passages herbeux, ce qui a valu jusqu' à nos jours leur mauvaise réputation aux Gastlosen. Ce qui explique aussi l' abandon de nombreuses voies ouvertes à cette époque. En revanche, un pareil terrain est de premier ordre pour l' entraînement à la montagne en général. Preuve en soient les belles réussites du trio de d' Œx sur de grands itinéraires des Alpes.

Ainsi, en un temps relativement court, les Gastlosen auront-elles offert quarante voies nouvelles. En 1951 paraît le premier topo-guide édité par la section Moléson du CAS, et qui englobe les Préalpes fribourgeoises. Le secteur des Gastlosen est décrit par L. Wuilloud, avec l' aide de ses actifs compagnons.

Alors, comme s' il fallait se reposer après un tel déploiement d' énergie, il se passe peu de choses pendant plusieurs années.

En 1959, le court Pilier nord, lisse et déversant, du Capucin est franchi grâce à l' escalade artificielle ( dont quelques gollots ) par G. Gilliard et R. Vuanoz, qui récupèrent et rendent le mousqueton laissé dix ans plus tôt par une cordée conduite par E. Remy lors d' une tentative. Ainsi reprend le combat. Sur les faces prometteuses, des cordées entreprenantes se manifestent, où l'on compte T. Marti, R. Pipoz, A. Strickler, P. Trachsel, M. Baumann, V. Carrard et J.C. Wenger. Mais le fait le plus marquant est signé, en automne 1961, pardeuxjurassiensde Bienne, qui viennent à bout de la puissante paroi ouest du Gross Turm. Par cette escalade, R. Bregnard et M. Perrenoud font découvrir ce qu' offrent ici les « directissimes ».

Les plus forts dans ce genre commencent à se manifester en 1966. Il s' agit de D. Corminboeuf et E. Sonney. Ils ouvrent ensemble deux voies, puis Sonney poursuit sa moisson de voies nouvelles en compagnie de celle qui deviendra sa femme, Denise Remy. Il devient un fin connaisseur et spécialiste du massif, qu' il explore aussi en hiver. Il ne se contente pas d' ouvrir une dizaine d' itinérai ( dont 3 dans la face ouest du Gross Turm !), mais il les équipe de manière sûre et efficace, si bien qu' ils deviendront classiques. Sonney est aussi le premier à grimper en chaussures souples ( EB ) sur ce terrain. Leur utilisation ne semblait pas jusque-là rationnelle, vu la réputation « herbeuse » du massif. Mais les nouveaux itinéraires ne méritent plus cette qualification. Les chaussures souples sont même indispensables pour certaines des voies nouvelles.

En 1972, le CAS lui-même produit une nou-

t .y

129 Face nord-ouest du Sparrengrat: voie de tgys ( pilier à 132 Waldeckspitze: voie des Trapézistes gauche de la Grotte ) 133 Face nord-ouest de la Diinneflue: le mur sommital de la 130 Glattewandspitze: face sud. Au départ de la voie Bylitisvoie Ula-Bong 131 Dalle de la Wandflue velie version du topo-guide, entièrement revue et corrigée par un expert en la matière, Maurice Brandt.

Jusqu' au milieu des années septante, on atteint ledegrédedifïicultéTDsup ., avec une importante aide artificielle d' Aï et A2. En libre, on touche le V +. Nombreuses sont les voies récentes, à la fois belles et équipées. Enfin, c' est vers la section nord que se déplace l' intérêt des grimpeurs.

Après 1975, l' exploration s' intensifie encore: plus de trente voies vont s' ouvrir. Cela tient à un groupe d' amis très unis et actifs, tous habitués de la région. J.C. Sonnenwyl en est le leader incontesté. D' abord avec F. Duding, puis avec P. Morand, il va résoudre plusieurs des problèmes majeurs des Gastlosen, en particulier au Gross Turm et au Sparrengrat, mais ses deux d' œuvre sont la première de la face ouest ( 300 m ) de la Pfadflue, qui nécessite des bivouacs en hamac, et celle de l' élégant pilier sud, en directe, au Grand Grenadier. Ces voies sont restées bien équipées, mais, vu leur difficulté extrême, peu de grimpeurs ont goûté aux plaisirs qu' elles procurent.

Autre véritable virtuose des Gastlosen: E. Lorétan qui, souvent en compagnie de son amie Nicole Niquille, inaugure des voies dont les difficultés, franchies en libre lors de la « première », forcent l' admiration et sont du VIe degré, sans conteste, dans les cinq voies de la Waldeckspitze.

Autre cordée des plus actives, et dans plusieurs sections: celle de C. et Y. Remy, qui n' en sont plus à leurs coups d' essai. Ils commencent leur prospection en 1977 et retendent systématiquement à tout le massif. Ils ouvrent des voies, parfois coup sur coup, en une seule journée. Certaines -agréable surprisesont presque ou même entièrement en libre, alors que l' escalade artificielle est depuis longtemps la technique obligée pour progresser en terrain vierge des Gastlosen. Innovation bienvenue en ces dernières années: les voies nouvelles sont baptisées d' un nom. Enfin, le niveau des difficultés atteint un bon ED, soit en libre le VI, et l' artificielle sur crochets, coinceurs, copper-head, jusqu' à A3.

:'77 134 Profil de la paroi nord-ouest de la Pfadflue, Photos: C. Rcmv Certaines de ces escalades peuvent rivaliser avec des voies du Verdon, comme la Voie du Couchant à la Pfadflue, comparable à celle du Naziaque, à l' Escalès.

Ainsi, les Gastlosen sont-elles devenues une hau te école de la « grimpe ». Mais il faut se souvenir que les sommets culminent à 2000 mètres ( Dent de Savigny, 2252 m ), ce qui confère au massif un caractère alpin qu' on ne doit pas sous-estimer. Le mauvais temps survient vite, il ne faut pas partir trop léger, mais prévoir l'«en-cas ».

ESCALADES HIVERNALES II faudrait parler des hivernales, mais les renseignements ne sont que fragmentaires. Dans un hiver doux, les conditions d' escalade dans le massif peuvent être proches de celles de l' été, ou même pareilles. Le versant ouest, moins ensoleillé, conserve un aspect plus rude, mais les voies des faces, surtout les directes en terrain presque vertical, ne sont guère transformées... Il ne faut pas en conclure trop vite à leur facilité.

Le 8 décembre 1927, le Chat est gravi par R. Bulliard et C. Mauroux.

Le 10 mars 1946, les Petites Sattelspitzen sont traversées dans le sens normal par P. Macherel et H. Schmid. Le même mois, M. Duperrex et M. Henchoz atteignent la Jumelle.

Le 2 février 1961, W. Munter et H. Streit remontent la cheminée de la Rüdigenspitze: c' est le début de la conquête des faces en hiver.

Le 20 février 1966, M. Baumann et R. Pipoz ouvrent une voie nouvelle dans la face ouest de la même pointe. Belle réussite!

Le 23 février 1969, E. Lettry et A. Villiger parcourent la voie des Biennois au Gross Turm. Sur la même face, trois ans plus tard, en janvier, R. Chabloz et E. Oberson franchissent la voie du contrefort nord-ouest.

Il reste une grande entreprise à réaliser: la première traversée hivernale des Gastlosen ( déjà tentée plusieurs fois ces dernières années ).

ESCALADES SOLITAIRES Cette pratique de l' alpinisme a connu un développement dès les premières conquêtes, vers 1900, en particulier lors de reconnaissances par R. Girard. Mais la discrétion des grimpeurs nous prive de renseignements. Signalons qu' en septembre 1969 G. Thomet, seul, a fait le Gross Turm par la voie des Biennois. Mais, ces dernières années, c' est surtout E. Lorétan qui a réussi plusieurs importantes premières en solo.

ENCHAÎNEMENTS La mode, sinon la manie actuelle, est d' aller toujours plus vite et de faire de suite dans la même journée deux ou trois itinéraires, sinon plus. A noter que la chose s' est pratiquée dès les débuts de la conquête du massif vers 1900. Quelques grimpeurs des années cinquante font, par exemple, dans la journée, une voie du versant nord-ouest du Sparrengrat, descendent en rappel par la Hangflue, puis font une autre voie à la Rotespitze. C' est depuis 1975 que ce genre d' escalade se développe sur des voies extrêmes, ainsi en un jour, Voie 1976 au Gross Turm et Voie 1975 au Sparrengrat.

Choix de quelques voies équipées dans l' ensemble de la chaîne des Gastlosen ( description du nord au sud ) VERSANT SUD-EST Glattewandspi tze ( qui signifie le Miroir ). Une croix se trouve au sommet.

Voie Wenger. Classique, TD inf., 3 heures, 220 mètres.

Belle voie entièrement libre en dalles. IV, V et un passage V/V +. L' itinéraire dans le bas n' est, ,78 pas très évident et commence au centre de la paroi pour se terminer sur l' arête de droite.

Voie Bylitis. Classique, TD soutenu, 3 heures, 220 mètres.

Belle voie libre en dalles, V/V +. Itinéraire pas toujours évident qui se déroule au centre de la paroi.

Sur cette paroi, les variantes et croisements d' itinéraires sont nombreux.

Gastlosenspitze Pilier sud-est. Classique, TD inf., 4 heures, 220 mètres.

Belle escalade sur un rocher massif dans le bas et un peu herbeux dans le haut. Itinéraire esthétique le long du pilier. IV, V et quelques pas d' Aï.

Grand Grenadier Pilier sud-est, directe.Voie peu répétée ( emporter quelques coinceurs et crochets ), ED très soutenu.

Splendide escalade mixte de très grande classe. Echappatoire possible à mi-hauteur. Il s' agit de la plus haute voie de ce versant: 300 mètres.

Petit Grenadier Pilier sud, directe. Classique, TD, 5 heures, Ai/ A2 et V/V +.

Très belle escalade esthétique, en excellent rocher, sur le pilier.

Pyramide Voie de la Cheminée des Maisons. TD, 4—5 heures, 200 mètres.

Intéressante escalade variée, avec une première partie dans une cheminée ( longtemps humide ) et la partie sommitale en dalles. Ai et V/V +.

Grand Pouce ( en allemand: Daumen ) Dièdre de la face sud ( Carrard ), classique, TD inf., 2 heures, ioo mètres.

Belle escalade pour laquelle il est conseillé de démarrer par une large fissure à l' aplomb du dièdre.V et Ai.

VERSANT NORD-OUEST DE LA CHAINE Eggturm Arête ouest. Grande classique du massif, D, i à 2 heures, 120 mètres.

Très belle escalade libre qui se déroule sur un rocher massif. Peut agréablement être complétée par la traversée des Marchzähne. IV avec un passage de V.

Waldeckspitze Cinq voies, de haut niveau technique ( ED ), principalement en libre sur un excellent rocher, parcourent le versant nord-ouest. Voies de 80 à 120 mètres.

Pfadflue Sommet nord-est Deux très belles voies, hautes de 300 mètres, s' élèvent le long de cette magnifique paroi. L' une, en plein centre, de grande ambiance, et l' autre sur le bord droit, le long d' un système de dièdres. Voies ED soutenues, principalement artificielles, parcourues quelquefois.

Sparrengrat Quatre voies nouvelles parcourent la face. Seule la voie de 1975, équipée, est devenue presque une classique. Belle voie mixte, ED, 7—9 heures, 220 mètres, A2, V +.

La voie commence dans le bord droit du V inversé et s' élève sous le toit, puis s' échappe vers une grotte à droite, pour remonter le pilier à gauche et joindre une vire qui mène au dernier ressaut sommital.

Diinneflue Voie Sonney ( 1971 ), TD sup., 5 heures, 180 mètres, équipée.

Voie mixte qui se déroule au centre de la face sur un beau rocher compact.

Gross Turm Puissant bastion, formé d' un excellent rocher, où sont tracées sept voies parallèles, dont quatre sont des classiques de TD sup. à ED, Escalade mixte, compter 4 à 6 heures par voie. Emporter quelques coinceurs pour renforcer l' assurage.

Lochgrat Voie de la face. Classique, D inf., 1 à 2 heures, 180 mètres. Jolie voie de libre.

Rüdigenspitze On peut recommander trois voies de 180 mètres, qui sont classiques. La Directe. TD, 4 heures, V, A1/A2. Belle voie, plus libre qu' artificielle. Pilier Nini. TD sup., 5 heures, A1/A2, Vmixte. Con-seillée avec sortie par le Canard, qu' une magnifique peinture ( un canard justement ) signale au départ de la brèche.Voie Marti. D, 3 heures. Très belle escalade libre.

Wandflue La dalle de 150 mètres de haut de la face sud-est n' a été que récemment parcourue. Quelques itinéraires équipés et en libre se déroulent sur un rocher absolument fabuleux et très compact. Excellent entraînement à l' escalade en adhérence, dans un cadre agréable.Voies de D sup. à TD sup. ( ioo à 120 m ).

Zuckerspitz Voie de la face sud-est. Intéressante escalade mixte, classique, TD inf., 2 heures, 120 mètres, Ai, IV +. Bon entraînement.

Dent de Ruth Pilier sud ( voie Trachsel ). Jolie voie mixte en rocher massif, classique, TD, 3 heures, 150 mètres, A1/A2, V.

L' accès par des pentes raides est délicat.

Pilier Diehl. Voie D, très classique, 3-4 heures, 200 mètres. La première moitié est coupée de plates-formes et d' herbe, mais la voie est jolie et se déroule sur un bon rocher. IV avec un passage de V et deux pas d' Aï.

Les Pucelles La traversée du sud au nord des Pucelles est une classique. La remontée de la Jumelle ( IV à V )

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