Les parcs antionaux de l'Alaska

Chlaus Lötscher, Homer ( Alaska, usa )

1 Le National Park Service, 222 W, Seventh Avenue 13, Anchorage, Alaska 99513 ( usa ), fournit toute information utile sur les parcs nationaux de l' Alaska.

Règlements de protection et de comportement L' ensemble des parcs nationaux de l' Alaska compte 13 parcs proprement dits, auxquels s' ajoutent des réserves ( « pre-serves » ) et des objets isolés dignes de protection ( « monuments » ). Leur surface totale s' élève à 210000 km2 environ. Leur degré de conservation est ancré dans des lois plus ou moins contraignantes. Certaines parties d' un parc, par exemple, sont décrétées régions sauvages, ce qui signifie qu' elles sont soumises au règlement de protection du paysage le plus sévère que le Congrès américain puisse édicter. Tout le territoire du parc qui n' est pas désigné comme « sauvage » peut être aménagé jusqu' à un certain point pour le tourisme ( routes, places de camping, télésièges, etc. ), alors que les contrées placées sous la protection la plus rigoureuse ne doivent en aucun cas être modifiées. Quant aux réserves, ce sont des parcs où la chasse est autorisée1.

Les « monuments » sont des particularités du paysage naturel ou culturel placées sous la même réglementation que celle des parcs. Dans ce cas, la protection ne s' étend pas à un écosystème tout entier, mais à un objet bien déterminé, tel qu' un cratère, une montagne ou un site archéologique.

Le plus ancien parc national de l' Alaska est celui du Denali, appelé naguère parc du Mont McKinley. Il a été érigé en 1917, une année seulement après la fondation de celui de Yellowstone, premier parc des Etats-Unis. En 1980, deux semaines avant la fin de son mandat, le président Jimmy Carter signait l'«Alaska National Interest Lands Act » ( anilca ). Cette loi a permis l' agrandissement des parcs déjà existants et la création de huit nouvelles zones protégées. Violemment combattue par l' Etat de l' Alaska et par les milieux économiques, elle est cependant la mesure de protection la plus importante des Etats-Unis et n' a pas son équivalent dans le monde entier.

Le touriste qui désire visiter sans guide les régions reculées de ces parcs doit en connaître à fond la réglementation. Il s' agit non seulement de précisions concernant la varappe, le trekking ou la traversée des rivières, mais encore du comportement à adopter vis-à-vis des animaux sauvages, des ours en particulier. Il faut, en effet, éviter toute action qui pourrait les perturber. De plus, le visiteur doit disposer d' une bonne expérience en matière de premiers secours car, le plus souvent, il se fait déposer à un certain endroit par un avion qui ne vient le rechercher qu' après plusieurs jours ou semaines, pendant lesquels tout contact avec le monde extérieur est interrompu. Exposé à de nombreux dangers, dont l' hypothermie n' est pas le moindre, il ne doit abandonner aucun déchet derrière lui, ni les enfouir, pour éviter que les animaux ne les déterrent. Les feux de camp ne doivent pas être allumés sur un sol recouvert de végétation, mais seulement sur des cailloux ou du sable, car les plantes ne poussent que très lentement sous le climat alpin ou arctique. Les pierres utili- sées à l' édification d' un foyer doivent être remises à leur place avant le départ, de même qu' il faut extraire des cendres tout ce qui n' est pas combustible, papier d' alumi, etc. La maxime est donc la suivante: « Ne laisse rien sur ton passage, sauf tes empreintes, et ne prends rien d' autre que des photos! » Avant de partir en excursion, il est donc absolument indispensable de se renseigner sur les règlements en vigueur auprès du Service des parcs nationaux.

La majorité des treize parcs nationaux s' étend sur des régions montagneuses présentant un intérêt certain pour l' alpiniste.

Les trois quarts de siècle d' existence du parc national du Denali Le Mont McKinley, joyau du parc Lors de la première ascension du Mont McKinley, en 1913, par Harry Karstens, Walter Harper, Robert G. Tatum et Hudson Stuck, ce dernier consignait dans son rapport: « Jamais un homme n' a joui d' un panorama aussi superbe que celui qui s' offre à nos yeux de la cime de cette haute montagne isolée. Quelle puissance et quelle légèreté à la fois se dégagent de ce monde d' éperons rocheux, d' arêtes, de crevasses et de glaciers! » De retour à son camp de base, il ajoutait cependant, en considérant les difficultés qu' il lui avait fallu vaincre pour atteindre son but: « Aucune journée de ma vie ne m' a apporté autant d' efforts, de tourments et d' épuisement que celle-ci, mais quel bonheur et quelle satisfaction en retour! » Ce superbe spectacle n' est pas toujours offert aux alpinistes qui parviennent à la cime de cette montagne. Lors de mon ascension avec Bill Baker, le brouillard voile petit à petit les arêtes, alors que nous gravis- Le Mont Rüssel ( Alaska Range ), vu du lac Chela- tua.

( Parc national du Denali ) Le Mont McKinley ( Denali ) et Kesugi Ridge, dans l' Alaska Range. ( Parc national du Denali ) 400 Miles Les 13 parcs nationaux d' Alaska 1 Glacier Bay National Park and Preserve 2 Wrangell-St. Elias National Park and Preserve 3 Kenai Fjords National Park 4 Denali National Park and Preserve 5 Lake Clark National Park and Preserve 6 Katmai National Park and Preserve 7 Aniakchak National Monument and Preserve 8 Yukon-Charley Rivers National Preserve 9 Bering Land Bridge National Preserve 10 Cape Krusenstern National Monument 11 Kobuk Valley National Park 12 Noatak National Preserve 13 Gates of the Arctic National Park and Preserve sons les derniers mètres de la montée; mais je réalise, grâce aux nombreux jalons indiquant l' itinéraire, que nous avons atteint le point culminant. Hudson Stuck avait découvert, lui aussi, une perche plantée en 1910 dans la glace du sommet septentrional par les chercheurs d' or Pete Anderson et Billy Taylor. Ce tronc d' épicéa, long de cinq mètres, devait prouver aux habitants de Fairbanks la réussite de cette première. Cependant, la distance le rendait invisible et l'on se mit à douter du succès de cette expédition; en effet, quatre participants avaient prétendu avoir tous atteint le sommet, ce qui se révéla faux par la suite. Charles McGonagall avait fait demi-tour peu avant le but en déposant le tronc d' arbre qu' il avait transporté jusque là, et Thomas Lloyd, le chef de l' en, avait, lui, abandonné bien auparavant! En voyant ce piquet. Stuck a pu donc rétablir la vérité et dissiper le doute qui s' était répandu dans les « saloons » de Fairbanks.

Le thermomètre est descendu à -34 °C, un vent âpre a décoré de givre la barbe de Bill et gelé ma moustache. Nous ne nous attardons pas au sommet, puisque nous n' avons pas d' expériences scientifiques à réaliser comme Hudson Stuck, mais nous prenons seulement quelques photos et nous nous félicitons de notre succès. Actuellement, plus de mille alpinistes entreprennent, chaque année, l' as du Mont McKinley, mais la moitié d' entre eux à peine parvient au sommet. La montagne est donc presque aussi animée que la seule route qui donne accès au parc. Les conditions étaient totalement différentes en été 1968, lorsque, accompagné de mon ami Heinz Allemann, je me suis trouvé pour la première fois au pied du Mont McKinley. Pendant trois semaines consacrées à l' as de diverses montagnes de la région du glacier de Ruth, nous n' avions alors rencontré presque personne et notre aventure fut fantastique. A cette époque, la plupart des sommets de l' endroit avaient déjà été vaincus et l'on avait ouvert quelques grands itinéraires, tel celui de Cassin sur le Mont McKinley. Mais il n' était pas encore question de l' intense activité qui est devenue aujourd'hui habituelle2.

Naissance du parc national Le parc national du Mont McKinley, appelé aujourd'hui « parc du Denali », a été établi en 1917. Il ne protège pas seulement la montagne elle-même, la plus haute du continent nord-américain, mais encore toute la contrée avoisinante, constituant l' une des régions sauvages les plus précieuses de l' Alaska. Le mérite de cette création ne revient pas à un alpiniste, mais à un chasseur, le naturaliste Charles Seldon qui, sans relâche, s' est efforcé de convaincre le Congrès américain dans ce but. Le temps pressait à cette épo-que-là déjà, car l' exploitation de la mine d' or de Kantishna avait porté des atteintes notables au paysage et la chasse au mouflon, au caribou et à l' élan était pratiquée sur une base commerciale. En 1906, Seldon avait exploré pour la première fois la région s' éten au nord du Mont McKinley, où il avait hiverné avec Karstens de 1907 à 1908. Il ac- 2 Cette année-là, le Mont McKinley a été gravi sept fois et le Mont Foraker, pour la quatrième fois seulement, avec l' ouverture d' une nouvelle voie sur son arête sud, restée inviolée jusqu' à présent.

quit ainsi une connaissance profonde de la faune indigène et devint le chef incontesté de la campagne pour la fondation de ce parc.

Lors de la votation de la loi ANILCA en 1980, les territoires du parc et de la réserve adjacente ont été considérablement agrandis ( surface actuelle: 24395 km2 ) en englobant, en particulier, les cimes granitiques des Kichatna Spires, sises au sud-ouest. C' est, pour celui qui ose s' aventurer dans des montagnes isolées, extrêmement reculées et difficiles du point de vue technique, un véritable paradis de l' escalade, offrant des défis réellement originaux.

Le parc national de Kenai Fjords Nous progressons dans une neige très profonde et granuleuse et les skis, munis de peaux de phoque, s' enfoncent comme dans du beurre sous mon poids, augmenté de celui de mon sac à dos lourdement chargé. Des buissons d' aulnes rendent ardue la montée étroitement délimitée, d' un côté, par les crevasses du glacier d' Exit et, de l' autre, par des ressauts rocheux. Nous ne disposons que de peu de place pour éviter les obstacles et, lors d' une pénible conversion, je tombe à la renverse et me trouve profondément enfoui dans la neige. Obligé de déchausser mes skis et d' enlever mon sac pour me remettre d' aplomb, je reprends mon chemin en laissant une belle « baignoire » sur mon passage. Nous parvenons finalement dans une petite combe qui servira de place idéale pour notre campement.

Le matin suivant, nous comptons poursuivre notre itinéraire en empruntant le glacier. Deux ou trois ondulations du terrain nous en séparent encore; bientôt se déploie devant nos yeux l' immense plaine blanche de la mer de glace de Harding, située à 1000 mètres d' altitude et mesurant 80 sur 50 kilomètres. Elle alimente quinze glaciers qui descendent jusqu' à la mer, dont les plus longs - ceux de Tustumena et de Skilak - s' étendent sur 32 kilomètres de longueur. Ce haut plateau englacé est constellé de nunataks, îlots rocheux entourés de glace de toutes parts. Certains ressemblent à de magnifiques pyramides, d' autres rappellent des cathédrales. La majeure partie des sommets entourant cette plaine ne portent même pas de nom. Le but de notre journée est une eminence en forme de dôme que nous gravissons en grande partie skis aux pieds, avant d' utiliser nos crampons. Le ciel brumeux dessine un gigantesque halo autour du soleil et la lumière diffuse transforme l' étendue de glace en un désert blanc et informe.

Pas un souffle ne se fait sentir, ce qui est rare le long du golfe de l' Alaska où la mer pénètre en fjords profonds jusqu' au cœur de la chaîne des Monts Kenai. La côte très déchiquetée offre des paysages d' une beauté sauvage; elle est constituée de rochers façonnés et polis par l' action continue des glaciers qui descendent du plateau de Harding directement dans la mer. Leurs fronts de vêlage engendrent sans cesse des icebergs sur lesquels les phoques s' ébattent volontiers.

Le parc national de Kenai Fjords a aussi été créé grâce à la loi anilca de 1980. Il s' étend sur une surface de 2700 km2 et possède une faune remarquable. Les environs de la partie supérieure du glacier de Tustumena, situés à la limite du parc et de la réserve de gibier, offrent une occasion unique d' observation des mammifères terrestres autochtones. A plusieurs reprises, j' ai aperçu, à cet endroit, des ours bruns, des élans, des moutons de Dali, des chèvres sauvages, des coyotes et des marmottes, ainsi que des lagopèdes et quantité d' oiseaux chanteurs. Outre les ours péchant le saumon dans les torrents, on peut voir le long des fjords des phoques, des loutres de mer et de rivière, de grandes colonies de goélands et des dizaines de milliers d' oiseaux aquatiques, nichant dans les rochers. Le parc national de Kenai Fjords constitue aussi un but intéressant pour les amateurs de kayak.

Le parc national du Lac Clark Vingt minutes avant d' atteindre le sommet du Mont Iliamna, Heinz Allemann et moi apercevons un DC-3 décrivant une grande boucle au-dessus de nous, puis une seconde nettement plus basse. Le pilote nous a certainement détectés dans notre ascension de ce trois mille mètres et nous avons piqué sa curiosité. Puis l' avion disparaît dans un gros cumulus et nous poursuivons notre chemin. Quelques minutes plus tard, nous entendons à nouveau le ronflement des moteurs et voyons l' avion sortir des nuages au-dessous de nous, sur le glacier de Tuxedni. Il remonte le long du flanc de la montagne et passe droit devant notre nez. Je prends rapidement une photo tandis que mon compagnon fait des signes au pilote.

Une année plus tard, le pilote de cet avion découvre cette photo, publiée dans un livre de la Société géographique de l' Alaska. Dans une lettre écrite de son domicile en Virginie, il me fait part de sa surprise et de celle de son copilote finnois, lorsqu' ils nous ont découverts, agrippés à la montagne. Pour lui, c' était le souvenir le plus original de sa carrière, car il n' aurait jamais pensé trouver âme qui vive en un endroit aussi reculé et éloigné de la civilisation.

En effet, le Mont Iliamna, un volcan actif de la ceinture de feu du Pacifique-Nord, s' élève solitaire dans le paysage environnant. Un autre volcan, le Mont Redoubt ( 3108 m ), dont la dernière éruption date de 1990, se dresse, tout aussi isolé, plus au nord, tandis que l' anse de Cook délimite le parc à l' est. Vers le sud et l' ouest, nos regards errent sur de vastes étendues vierges et absolument inhabitées. C' est là que coule la rivière Tlikakila, entre des massifs montagneux escarpés, du col de Lake Clark vers le lac du même nom. Ce cours d' eau est imprégné de tant de splendeur sauvage qu' il a été classé dans le registre national des « wild and scenic rivers ».

Après la descente impressionnante de cette rivière en canot pneumatique, nous arrivons à l' endroit où il était convenu qu' un avion vienne nous chercher. C' est le dernier jour de septembre et l' automne tire déjà à sa fin dans ce coin perdu de l' Alaska. Notre avion est bel et bien venu mais, pour une raison inconnue, il n' a pas amerri sur le lac. Nous plantons nos tentes une nouvelle fois dans la forêt de bouleaux et la nuit tombe, une nuit qu' aucun de nous deux n' oubliera jamais. Le vent se lève en tempête et débouche des deux vallées parallèles de Tlikakila et de Chokotonk vers le lac avec une telle violence que son mugissement se répercute pendant des heures contre les versants des montagnes. Nos tentes résistent à l' arrache grâce à la protection des arbres et des buissons. Plus tard, en nous rendant plus au sud, au village d' Iliamna, nous avons appris que le vent avait atteint la vitesse de 165 km/h lors de cette tempête. Dans cette région soumise à l' influence de la mer de Bering, à l' ouest, et à celle du golfe de l' Alaska, à l' est, des coups de vent d' une telle violence ne sont pas rares.

Créé en 1980 également, le parc national du Lac Clark s' étend sur une surface de 16370 km2, dont la majeure partie est recouverte de montagnes, des collines plus basses s' élevant sur le quart nord-ouest. Les deux volcans Redoubt et Iliamna, situés dans les Monts Chigmit, en sont les points culminants. La rivière Tlikakila traverse, du nord-est au sud-ouest, tout le parc dont la moitié occidentale est occupée par les contreforts de la chaîne de l' Alaska. L' accès au parc est malaisé et sa visite difficile. Le lac Clark, qui a donné son nom au parc, s' étend dans le sud sur 64 km de longueur et sur environ 5 km de large. Plusieurs cabanes ( lodges ), utilisées surtout par les pêcheurs de saumon, se dressent sur ses rives. Port Alsworth est la seule localité se trouvant à l' intérieur du parc et de la réserve. Outre la Tlikakila, les rivières Chilikadrotna et Mulchatna se prêtent aux descentes en canot pneumatique. Toutes deux coulent vers l' ouest, puis se jettent, en tournant vers le sud, dans la baie de Bristol.

La faune de ce parc ressemble beaucoup à celle des autres. Ses rivières constituent des frayères pour les saumons, l'on rencontre des moutons de Dali dans les montagnes et j' y ai vu, à plusieurs reprises, des ours et de nombreux élans le long de la Tlikakila. D' ail, le parc tout entier est un lieu de prédilection de l' ours brun.

Le parc national de Katmai Le glacier que nous survolons ne porte aucun nom. Il s' écoule de la Four Peaked Mountain le long du flanc occidental du Mont Douglas, presque jusqu' à la baie de Kamishak, proche de l' anse de Cook. La grande plaine qu' il forme après la deuxième chute de séracs me semble constituer un emplacement favorable pour l' atterrissage, et j' en informe le pilote. Il prépare sa manœuvre en effectuant un premier survol, au cours duquel il touche légèrement le sol avec les skis de l' appareil, afin de tasser la neige. Après une volte, il descend à nouveau, les patins s' enfoncent dans la neige molle en soulevant un nuage blanc, mais il tire sur le manche pour remonter. Après une dernière boucle, la piste semblant bonne, nous atterrissons pendant que le pilote dit: « Espérons que nous n' aurons pas besoin de dégager la machine! » Mais cela ne s' avère pas nécessaire et, peu après, éblouis par la neige et le soleil, nous partons avec nos bagages à la conquête de ce monde blanc.

Nous sommes quatre aujourd'hui. Nous avons prévu une semaine complète pour gravir le Mont Douglas ( 2153 m ), un volcan éteint, et pour grimper sur la Four Peaked Mountain, ainsi que sur quelque autre sommet plus petit et sans nom, si le temps de ce mois d' avril nous est propice. Le beau temps persiste depuis plusieurs semaines et nous nous réjouissons de notre tour à ski. Après avoir monté nos tentes dans la neige et dressé un muret d' enceinte, nous mettons les peaux de phoque sous nos skis et montons sur une petite eminence, d' où nous assistons à un coucher de soleil coloré, éclairant l' immensité d' un paysage inconnu sur lequel descend rapidement un froid glacial.

Une semaine plus tard, c' est la pleine lune qui éclaire les montagnes. Il est une heure du matin, dernier moment pour se mettre en route pour le Mont Douglas. Il faut se dépêcher car l' avion qui vient nous rechercher est prévu pour neuf heures. Quelques heures plus tard, nous abordons une dépression de terrain, dernier obstacle qui nous sépare du tronçon terminal de notre ascension. Mais un vent coupant ralentit notre progression et, le temps ne suffisant plus, nous décidons de rebrousser chemin. Nous retournons au camp, que nous atteignons en même temps que l' avion. Durant toute cette semaine, à l' exception de l' ascension du premier soir et d' une réédition de la même excursion lors d' une éclaircie, nous n' avons pu réaliser aucun autre projet. La météo du golfe de l' Alaska nous a joué un mauvais tour... Un brouillard épais et de fortes chutes de neige ont réduit la visibilité à tel point qu' on se voyait à peine d' une tente à l' autre. Nous sommes restés cinq jours durant assis sous tente ou dans un igloo creusé dans la neige.

Le Mont Douglas est le plus septentrional de tous les volcans du parc national de Katmai. Alors qu' il se trouve actuellement dans une phase de repos, tous les autres sont encore actifs, en particulier le Mont Martin ( 1894 m ) et le Mont Mageik, qui émettent constamment des nuages de vapeur. Le Mont Katmai est entré en éruption en 1912 et son activité a été douze fois supérieure à celle du Mont St Helens, récemment. Le sommet a explosé, formant un cratère de 1600 mètres de profondeur et de 4,8 km de diamètre. Depuis lors, il se remplit peu à peu d' eau produite par la fusion d' un glacier qui y a pris naissance. En direction de l' ouest, un nouveau volcan, nommé Novarupta, est apparu dans une vallée longue de 24 kilomètres que ses cendres, imprégnées de gaz, comblent petit à petit. La première expédition scientifique qui a exploré la région, apercevant partout de nombreuses fumées s' échappant des cendres, a dénommé ce lieu la « vallée des Dix Mille Fumées ».

A partir de Ranger Station ou de Lodge Brooks Camp, atteignables seulement par la voie des airs, les touristes se rendent quotidiennement en bus dans cette vallée, d' où il est possible d' atteindre le Novarupta au cours d' une promenade très agréable. Quant à nous, nous avons choisi une chaude journée de juillet pour nous rendre là-bas à pied, sur ces champs de cendre agglomérée. Le soleil joue avec les nuages et les teintes du paysage se renouvellent, passant du brun au gris, puis du doré au magenta. Les sacs à dos sont pesants car ils contiennent le matériel nécessaire aux cinq jours que nous projetons de passer dans cette vallée. Dix heures plus tard, nous atteignons une fume- Le Mont Griggs et la vallée des Dix Mille Fumées.

( Parc national de Katmai ) rolle du Novarupta. Nous sentons sous nos pieds, à travers les semelles, la chaleur de la vapeur s' échappant du sol. Arrivés par la suite au sommet du Trident ( 1849 m ), nous jouissons d' une vue splendide. Ce volcan est le plus jeune de la chaîne de Katmai et son aspect actuel ne date que de 1975. Un nuage de fumée en forme de champignon couronne ce dôme de lave noire, tel la bouffée d' une pipe gigantesque.

Ce paysage volcanique a été déclaré monument naturel national en 1918 déjà et mis au bénéfice du statut de parc national en 1980, conjointement à un agrandissement de la surface protégée à 16564 km2. Les nombreux visiteurs viennent ici non seulement pour la beauté de l' endroit, mais aussi pour l' observation des ours bruns péchant le saumon au pied de la chute que forme la rivière Brooks. Certains touristes s' adonnent aussi à la pêche du saumon ou de la truite arc-en- ciel. Les conditions météorologiques sont les plus favorables en juin et en juillet, alors que le mois d' août connaît souvent des vents tempétueux. La contrée qui s' étend à l' est, le long de la route de Shelikoff, est souvent plongée dans les nuages et reçoit beaucoup de précipitations. Elle est très retirée et d' accès difficile, ce qui explique que nombre de ses sommets sont restés vierges jusqu' à présent.

Le parc national de Wrangell - Saint Elias C' est dimanche matin et, depuis mardi dernier, Heinz Allemann et moi sommes confinés dans notre tente minuscule, dressée dans la toundra alpine au pied du Mont Drum ( 3661 m ), cime la plus occidentale des Monts Wrangell. Nous sommes prisonniers d' un temps détestable qui, en cette fin d' août, ne nous apporte que de la pluie et encore de la pluie avec, chaque soir, une petite éclaircie qui nous fait faussement espérer une amélioration pour le lendemain. Cependant, aujourd'hui, la situation météorologique semble se modifier: le ciel est toujours nuageux, mais la pluie a cessé. Malheureu- sement, nous sommes arrivés au terme de notre séjour et Jack Wilson, « pilote des bois », viendra nous chercher demain avec son avion dans une clairière de la forêt en contrebas. N' avons vraiment plus le temps d' entreprendre une ascension et al-lons-nous capituler?... Cette pensée est à l' opposé de la mentalité de mon camarade et ses arguments étouffent mes soucis concernant nos finances. « Imagine-toi, me dit-il, lorsque nous nous promènerons demain soir dans les rues de Gulkana, nous verrons le Mont Drum éclairé par le soleil et nous n' y serons même pas allés! » Cette idée m' est insupportable. Le jour se lève quand notre décision est prise et nous nous dirigeons sur le glacier, recouvert de neige fraîche et profonde, vers l' arête sud-ouest de la montagne dont nous projetons l' ascension. Nous installons notre tente à l' endroit précis où, qu' une semaine auparavant, nous avons été surpris par la tempête qui nous a contraints à descendre dans la toundra. Nos sacs à dos sont devenus légers, car nous n' avons presque plus de victuailles.

Dans la vallée des Dix Mille Fumées: le cratère du Novarupta. ( Parc national de Katmai ) Vue sur le volcan Trident.

( Parc national de Katmai ) Nous grimpons le long de l' arête fortement enneigée, tout d' abord sous un ciel sans nuage. Manque de chance, une écharpe de brouillard nous accueille au sommet et nous prive du panorama escompté, toutefois sans ternir notre joie. Cette cime avait été vaincue pour la première fois quatorze ans plus tôt et personne n' y était revenu depuis lors. En ce 26 août 1968, alors que nous suçotons notre dernière orange durcie par le gel, nous sommes heureux de cette victoire et de pouvoir bientôt fièrement déambuler dans les rues de Gulkana!

Depuis lors, la situation n' a guère changé dans les Monts Wrangell, qui font partie depuis 1980 du parc national de Wrangell -Saint Elias. Cette chaîne se compose de plusieurs hautes montagnes d' origine volcanique, mais fortement englacées. Le point culminant est le Mont Blackburn ( 4996 m ), suivi du Mont Sanford ( 4949 m ). Seul le Mont Wrangell ( 4317 m ) présente encore une certaine activité volcanique, faisant fondre en permanence la carapace de glace qui enrobe son sommet. Le pavillon de chasse situé au bord du lac Chelle, au nord de notre place d' atterrissage, est fermé et tombe en ruines. Le gibier, composé de caribous, d' ours bruns, de moutons de Dali et d' élans, prospère ainsi à l' abri des chasseurs. Le large fleuve Copper délimite, à l' ouest, le parc dont la superficie atteint 53370 km2, la moitié étant une réserve. A l' est s' élève la chaîne de Saint Elias, qui fait suite à celle des Monts Wrangell; elle sépare le parc de son homologue canadien, le parc national de Kluane. Ensemble, ils constituent l' un des objets du « patrimoine mondial » de l' UNESCO. Le Mont Saint Elias ( 5490 m ), cime la plus élevée du parc, a donné son nom à toute la chaîne, qui compte quelques autres sommets de plus de 5000 m. Au sud des Monts Wrangell et de la rivière Chitina, qui sépare ces deux chaînes, s' étend le versant nord des Monts Chugach, appartenant également au parc.

Ce parc national est délimité par la mer vers le sud-est. Les baies d' Icy et de Yakutat, dépendances du golfe de l' Alaska, pénètrent profondément à l' intérieur des terres. Les nombreux glaciers, aux dimensions parfois impressionnantes, débouchent dans la mer en plusieurs endroits. Le glacier le plus spectaculaire est celui de Malaspina, dont la surface immense est la plus vaste du monde, à l' exception des zones polaires3. Plusieurs endroits abritent des sites historiques. Au nord, on voit encore les ruines de la ville fantôme de Chisana, témoin de la dernière ruée vers l' or. A l' ouest de Chisana, Nabesna possède une mine souterraine, en ruine également. A peu de distance du hameau de McCarthy, entre les chaînes de Wrangell et de Saint Elias, se situe la mine de cuivre de Kennicott, abandonnée elle aussi. Une voie ferrée reliait autrefois cette exploitation au petit port de Cordova. Des routes desservent 3 La même performance est revendiquée également pour le Hielo Continental, en Patagonie. ( Red. ) Saint Elias Range: Cathedral Glacier, ainsi que les Monts Hubbard et Kennedy ( à droite ). Région frontière entre le 101 parc national Wrangell-Saint Elias, Alaska, et celui de Kluane, au Canada ) Saint Elias Range: la face ouest du Mont Hubbard. ( Parc national Wrangell-Saint Elias ) maintenant Nabesna et McCarthy. Plusieurs fleuves côtiers et rivières offrent de magnifiques possibilités d' excursions en canot pneumatique et en kayak. Les descentes de la Chitina et de la Nabesna sont faciles, celles du Copper et de la Nizina présentent quelques difficultés, tandis que le cours de la Tana est jalonné de passages périlleux, réservés aux connaisseurs.

Les parcs nationaux de Wrangell - Saint Elias et de Kluane forment un ensemble montagneux fascinant et l'on peut s' étonner du nombre réduit d' alpinistes qui s' y aventurent. Les Monts Sanford et Drum sont les plus renommés. On note aussi quelques ascensions occasionnelles du Mont Saint Elias et une expédition annuelle au Mont Logan ( 6020 m ), en territoire canadien, le deuxième sommet le plus élevé de l' Amérique du Nord.

Quelles sont les raisons de la faible fréquentation des autres cimes? A l' exception du Logan et du Saint Elias, il n' existe guère d' autre montagne aussi prestigieuse ou à la mode que le Mont McKinley. Nombreux sont ceux qui n' apprécient guère les longues périodes de mauvais temps dues à la proximité du golfe de l' Alaska, de même que les frais d' excursion très élevés. A l' exception du Logan, du Saint Elias et du McKinley, il est donc probable que ces montagnes resteront encore longtemps le paradis des individualistes!

Parc national des Portes de l' Arctique Six heures nous sont nécessaires pour nous rendre de la rivière Alatna aux Arrigetch Peaks. L' itinéraire est difficile, surtout au début, où nous nous frayons un passage dans les buissons. Nous atteignons ensuite un sentier déjà tracé par des touristes, ce qui nous facilite la marche. La mi-août étant déjà passée, la vallée resplendit de toutes ses couleurs automnales, sous un ciel limpide.

Des cimes granitiques impressionnantes ferment la vallée par un cirque de tours et de dents dont les silhouettes découpées, les arêtes vives et les parois lisses se colorent en brun doré au soleil du matin. La tribu esquimaude Nunamiut, qui habite la chaîne de Brooks, appelle ces montagnes abruptes « Arrigetch », ce qui signifie « les doigts tendus de la main ».

Du point de vue géologique, ces pointes hautes de 2000 mètres environ constituent, pour le grimpeur, une sorte d' oasis au milieu des roches calcaires friables de la chaîne de Brooks. Très retirées, elles accueillent rarement des visiteurs. Nous avons atteint ces splendides formations rocheuses à partir de la petite localité de Bettles, tout d' abord au moyen d' un hydravion qui nous a déposés sur un plan d' eau formé par la rivière Alatna. Puis nous avons traversé celle-ci avec notre canot pneumatique et poursuivi notre excursion le long du ruisseau Arrigetch.

Cette vallée, le joyau du parc, n' est pas le seul paysage intéressant. La semaine précédente, nous avions descendu en canot le cours d' eau Killik qui coule de la chaîne de Brooks vers le nord, pour se jeter dans la puissante rivière Colville. La toundra arctique qu' il traverse offre, au mois d' août, un spectacle unique: telle un tapis d' Orient, elle déroule une débauche de couleurs où se mêlent le rouge des feuilles fanées du raisin d' ours et les taches d' or des saules. Une par- tie des troupeaux de caribous de l' Arctique central, ayant passé les mois d' été sur la côte septentrionale, rejoignent maintenant, par la vallée du Killik, leurs pâtures d' hiver situées au-delà de la chaîne de Brooks. Par milliers, ils cheminent impassiblement le long de la rivière, car ils ne craignent pas, à ce moment-là, les ours grizzlis qui se goin-frent de myrtilles, au lieu de les attaquer. Les élans, en revanche, sont timides et ne présentent pas encore le comportement imprudent qu' ils adoptent habituellement en septembre, au moment du rut. Nous apercevons, à plusieurs reprises, des colonies d' oies du Canada, posées sur des bancs de galets, prêtes à entamer leur migration vers le sud. Quelquefois, les hurlements d' une meute de loups nous réveillent le matin ou nous bercent le soir. Jamais, lors de mes tournées dans les régions sauvages de l' Alaska, je n' ai vu de si près autant d' ani sauvages que dans cette vallée du Killik.

La sommité la plus élevée de ce parc national, le Mont Igikpak ( 2594 m ), se dresse près des sources de la rivière Noatak, qui s' écoule en direction de l' ouest. Le parc, établi en 1980 également, mesure 34290 km2 et tire son nom « Portes de l' Arctique » d' un col situé à l' est, entre deux montagnes. Frigid Crags ( 1892 m ) et Boreal Mountain ( 2032 m ). Bob Marshall, le naturaliste américain qui a fondé l' organisation de protection de l' envi « Wilderness Society », a gravi ces deux sommets au début des années trente et a baptisé cette région « Gates of the Arctic ». Il avait, en effet, l' habitude d' attribuer un nom à toutes les cimes inconnues, pratique abandonnée depuis lors afin de garantir, jusqu' au moindre détail, le caractère sauvage de ce parc national, le plus septentrional des Etats-Unis.

A l' exception de la localité esquimaude d' Anaktuvuk Pass, la présence humaine est presque totalement inconnue dans ce parc. Quelques cabanes ici et là, le sentier le long du ruisseau Arrigetch, et c' est tout! L' admi du parc a même racheté un pavillon pour touristes, édifié au bord du lac Walker, pour le détruire par le feu.

L' exploration de cette nature sauvage de la zone arctique et subarctique demande moult expérience et préparatifs. A l' excep peut-être de la région d' Arrigetch, on n' a pas la moindre chance de rencontrer âme qui vive, même lors d' un séjour de plusieurs semaines. Au-delà de la limite des ar- bres, le terrain est ouvert et assez facile à parcourir, tandis que les régions forestières recouvertes de taillis sont souvent impénétrables. En outre, le sol est spongieux à tel point que l'on est rapidement trempé, non seulement par la pluie, mais aussi par le marécage. De juin à août, c' est la saison des moustiques qui attaquent le touriste sans pitié. L' automne arrive déjà au début d' août et le thermomètre descend facilement au-des-sous du point de gel lors des nuits claires du milieu de ce mois, lorsque le temps d' obscu s' allonge fortement. J' ai passé une soirée inoubliable au bord du cours inférieur de la rivière Alatna. Ayant bu trop de thé, je suis sorti de la tente vers quatre heures du matin. L' air était glacial, la pleine lune éclairait la rivière en lançant des éclats bleu acier. Tout à coup, un castor a plongé bruyamment dans l' eau, interrompant brièvement le silence nocturne. Les voiles soyeux d' une aurore boréale se développaient dans le ciel en une danse lente et secrète. A ce propos, des Esquimaux racontent qu' on peut entendre chanter les aurores boréales. Il me reste beaucoup à apprendre avant de posséder cette perception.

Le parc national de la Vallée du Kobuk Nos tentes sont enfin dressées et nous sommes tous fatigués de cette longue journée passée à pagayer, vent debout, sur le large fleuve Kobuk. Notre camp se trouve à trois kilomètres en aval d' Onion Portage, le site archéologique le plus important de l' Alaska. A l' époque glaciaire, il y a dix mille ans environ, des chasseurs s' installèrent près de ce point de passage de la rivière que les caribous traversaient à la nage lors de leur migration annuelle entre les plaines de l' Arctique et leurs pâtures d' hiver. Ils les guettaient et en abattaient assez facilement quelques-uns au moyen de lances, d' arcs et de flèches.

Notre campement occupe une petite clairière s' ouvrant dans les taillis d' aulnes et séparée de l' eau par un banc de galets. Dans le calme vespéral, nous distinguons bientôt, à proximité de nos tentes, des froissements de feuilles et des bêlements. Une harde de caribous s' approche par une piste marécageuse, débouche des aulnes dans la clairière et chemine vers nous le long de la rive. Mais ils se rendent soudain compte de notre présence et semblent désorientés. Ils se retournent et progressent à petits pas vers l' aval, en faisant fréquemment halte pour prendre le vent. Peu après, ils traversent par centaines le fleuve à la nage. Malgré la lenteur du courant, ils se laissent dériver et atteignent la rive opposée où se dresse une falaise infranchissable, les obligeant à rebrousser chemin. Nous réalisons à ce moment-là notre erreur, car nous avons planté notre tente à l' endroit exact où les caribous traversent ce fleuve depuis des siècles. Malgré notre fatigue, il ne nous reste plus qu' à transplanter notre campement à quelque distance de là.

Le parc naturel de la vallée du Kobuk a été fondé en 1980. Ses 7080 km2 comprennent, en majeure partie, le paysage fluvial qui borde le fleuve Kobuk sur 80 km environ, à vol d' oiseau. Au nord, il s' étend jusqu' aux Monts Baird et, au sud du Kobuk, il englobe de gigantesques dunes de sable mouvant, les seules de l' Alaska. Ce sable a été déposé par les glaciers et les cours d' eau il y a 24000 ans environ et le vent le déplace en permanence.

Le Kobuk est un cours d' eau large et lent qui se dirige d' est en ouest, vers la baie de Kotzebue ( appelée aussi baie de Hotham ), en décrivant de nombreux méandres à travers la forêt de sapins et de bouleaux, puis à travers la taïga. Les indigènes esquimaux le parcourent en canot à moteur pour la chasse ou la pêche au saumon avec des filets. De mi-août à septembre, cette région se pare de splendides teintes automnales et les forêts de bouleaux ressemblent à une mer de feuilles dorées. C' est à cette époque que les caribous émigrent vers le sud et que les saumons remontent vers leurs frayères. Néanmoins, ce parc ne présente aucun intérêt particulier pour les alpinistes.

Le parc national de Glacier Bay Ce parc est une véritable merveille de la nature avec ses langues glaciaires qui débouchent directement dans la mer en sculptant des falaises verticales. Les blocs gigantesques qui s' en détachent s' éloignent majestueusement le long du fjord, au gré des vagues créées par leur chute. Des baleines à bosse sautent hors de l' eau, troublant le reflet des cimes, lorsque les nuages, souvent très sombres, ne masquent pas ces der- nières; des bateaux de croisière, chargés de centaines de touristes enthousiastes, évitent les kayaks qui manœuvrent habilement entre les icebergs. Lors de sa première visite à Glacier Bay, le naturaliste américain John Muir écrivait dans son carnet de notes, en octobre 1879: « Ce soir, après avoir été le témoin de la découverte de ces sommets et de ces glaciers majestueux, inondés de lumière par les rayons du soleil couchant, il me semble inconcevable que la nature puisse offrir spectacle plus admirable! ». Glacier Bay est un fjord de cent kilomètres de longueur, doté de nombreuses anses et séparé du golfe de l' Alaska par une presqu'île, formée par les Monts Fairweather. Il y a deux cents ans, lorsque le navigateur britannique George Vancouver dressa la carte de cette région en 1794, cette baie était encore remplie de glace et ne formait qu' une petite échancrure dans la ligne de côte. Un siècle plus tard, John Muir découvrit une baie profonde et l' un de ses compagnons, un Indien Tinglit, qui avait séjourné, enfant, dans la baie voisine de Sum Drum, ne la reconnut qu' avec peine, tant elle avait changé d' aspect en raison du retrait de la glace.

Au bord du fleuve Kobuk. ( Parc national des Portes de l' Arctique ) Muir parle aussi fréquemment de feux de camp allumés avec du « bois fossilisé ». Ce bois fossile provenant d' anciennes forêts recouvertes par les glaciers, puis libérées par leur retrait, atteste de l' existence antérieure de la Glacier Bay. Ses rives constituent donc un laboratoire en plein air, où les naturalistes peuvent étudier la succession des différentes plantes dans leur reconquête d' un sol nu et rocheux. Les espèces végétales composant la toundra, telles que les mousses, les églantiers nains, les prêles et les dryades apparaissent en premier, suivies des aulnes, des saules et des peupliers, et finalement des sapins et des ciguës.

A Glacier Bay, le temps est influencé par le golfe de l' Alaska et le courant marin chaud du Japon. Les masses d' air humide apportent des précipitations abondantes, des vents tempétueux battent souvent ces contrées et la température reste fraîche, même en été. Les Tinglits étaient très impressionnés par ces conditions météorologiques et John Muir rapporte dans ses notes de voyage le fait suivant: « Un jour, alors que je prenais un peu de café et du pain dur, mon compagnon, M. Young, m' informa que les Indiens apeurés parlaient de faire demi-tour. Ils craignaient que les canots ne se brisas-sent ou que toute l' expédition ne connût des difficultés mystérieuses, si je persistais à continuer. Ils lui avaient demandé pourquoi je voulais à tout prix gravir des montagnes lorsque le vent soufflait si fort. Et lorsqu' il leur a répondu que c' était juste pour le plaisir de la découverte, Toyatte ( un Indien Tin-glit ) lui avait répliqué:

Non seulement ces fjords et ces hautes montagnes offrent des spectacles grandioses, mais encore la faune marine, composée de baleines à bosse, d' orques, de baleines grises, de marsouins, de phoques, d' otaries et de loutres de mer, est unique au monde. Sur terre, vivent aussi toutes les espèces de mammifères de l' Alaska et les nombreuses rivières abritent des frayères à saumons. Dans le nord, l' Alsek est un cours d' eau très prisé des pilotes de kayaks ou de canots pneumatiques.

En 1925, Glacier Bay est devenu un monument national grâce aux efforts de John Muir et, en 1980, lors de son agrandissement à la surface de 13080 km2, il a été transformé en parc national.

Le monument national d' Aniakchak Le cratère d' Aniakchak est, avec sa surface de 48 km2, la plus grande caldeira du monde, à l' intérieur de laquelle s' élèvent plusieurs cônes volcaniques. Les scientifiques estiment qu' elle n' a pas plus de dix mille ans d' âge. La dernière éruption s' est produite en 1931, au cours de laquelle la « jungle verte » qui la recouvrait est devenue, ainsi qu' un voyageur l' a écrit, « l' antichambre de l' enfer: un sol noir, des parois noires, de l' eau noire, des trous noirs et profonds et des cheminées émettant des vapeurs noires ». Une expédition géologique a découvert Aniakchak en 1920 et l'on a déjà proposé, à cette époque, de faire bénéficier ce cratère du statut de monument national. Mais ce n' est qu' en 1980 que l'on y est parvenu et, avec la réserve adjacente, la surface totale atteint 2440 km2. L' intérieur de la caldeira est occupé par un lac d' où s' échappe la rivière Aniakchak.

Cette contrée, influencée par les conditions météorologiques de la mer de Bering et du golfe de l' Alaska, est souvent plongée Cytises dans la toundra arctique.

( Parc national des Portes de l' Arctique ) dans les nuages et le brouillard; elle reçoit beaucoup de précipitations et les visiteurs y sont rares. Des hydravions peuvent cependant amerrir sur le lac lorsque le temps le permet et les touristes descendre la rivière Aniakchak, qui s' écoule vers l' est, en kayak ou en canot pneumatique. Toutefois, le rapide marquant le passage de la paroi de la caldeira est difficile.

Le monument national du Cap Krusenstern Le cap Krusenstern est devenu un monument national grâce à la colonisation de l' Alaska par les Esquimaux. Des archéologues y ont découvert des restes d' un établissement humain remontant à 6600 ans environ. On a décelé 114 littoraux placés les uns derrière les autres, les plus anciens étant les plus éloignés de la rive actuelle.Vivant de la mer, les Esquimaux ont dû chaque fois déplacer leurs habitations en direction du nouveau rivage et les protéger au moyen d' une nouvelle butte de galets. Le cap Krusenstern se trouve au bord de la mer des Tchouktches, au nord de la grande localité de Kotzebue, et la superficie de ce monument national mis sous protection en 1980 s' élève à 2662 km2. Aujourd'hui encore, des Esquimaux y passent l' été à chasser et à pêcher.

La réserve nationale du Détroit de Bering Pendant la dernière glaciation, un isthme, appelé Beringia, reliait la Sibérie à l' Alaska et ce monument national en est un témoignage. C' est un paysage volcanique orné de sources chaudes et de nappes de lave sculptées par l' érosion, sur lesquelles s' étend la toundra. Certaines vastes falaises abritent les lieux de nidification d' une foule d' oiseaux de mer, tandis que d' autres rivages portent des traces archéologiques intéressantes d' anciens établissements esquimaux. De nos jours, ces tribus s' adonnent à l' élevage du renne.

Cette réserve, qui s' étend sur 11 270 km2, est accessible de Nome par avion ou par une route qui se termine à proximité de sa limite 108 méridionale. Elle prendra une importance encore plus grande par la suite, lorsque son pendant, situé sur la rive sibérienne du détroit de Bering, sera également mis sous protection, formant ainsi une réserve naturelle englobant l' ensemble de l' ancien territoire de Beringia.

La réserve naturelle de Noatak Cette réserve comprend le fleuve Noatak, long de 340 km, et son bassin versant qui s' étend, au nord, sur les Monts Delong et, au sud, sur les Monts Baird. Sa source se trouve à l' intérieur du parc national des Portes de l' Arctique, à l' ouest du Mont Igikpak, et son embouchure, dans la baie de Kotzebue. Cette contrée sauvage est recouverte de toundra alpine au-dessus de la limite des arbres; des forêts de sapins, de bouleaux et de saules occupent le fond des vallées. La réserve, d' une superficie de 26544 km2 et fondée en 1980, possède une frontière commune avec les parcs nationaux des Portes de l' Arctique et de la vallée du Kobuk. En raison de son emplacement favorable à la recherche et de son caractère typique de toundra, elle a été répertoriée par l' UNESCO parmi les « réserves de la biosphère ».

Le fleuve Noatak, inscrit dans le registre des « wild and scenic rivers », est un but d' ex très apprécié, particulièrement son cours supérieur. Le village esquimau, construit en bordure de ce cours d' eau, est situé hors du domaine de la réserve. On peut y rencontrer des ours grizzlis, des moutons de Dali, des caribous, ainsi que des gerfauts et des faucons pèlerins, malgré leur rareté relative.

La réserve nationale de Yukon-Charley Rivers Cette réserve, également établie en 1980, s' étend sur 10226 km2 et protège les rives de la Charley et du Yukon voisins, régions historiquement importantes en raison de la ruée vers l' or qu' a connue l' Alaska. Cette vallée a été exploitée sur cinq kilomètres par les or-pailleurs et elle en porte encore des traces visibles: un amoncellement désordonné de débris... Quant au reste de la réserve, il est occupé par des forêts vierges et sauvages de sapins et de bouleaux géants.

Le cours de la Charley, qui s' étend sur presque 200 km, se prête bien aux excursions en kayak et en canot pneumatique, tandis que le Yukon, nettement plus large, est navigable pour les canots à moteur. De gros bateaux à aubes y ont même circulé autrefois. Le gibier de cette réserve se compose d' élans, de quelques ours et de diverses espèces d' oiseaux. Dans le cadre d' un programme spécial de protection de la faune, on a réintroduit récemment le faucon pèlerin, espèce menacée, sur les rives de la Charley.

Traduit de l' allemand par Cyril Aubert Un dernier coup d' œil sur le parc national du Denali: le Mont Huntington toire, ni anecdote, la photo n' est pas très narrative; je n' ai pas envie de faire vivre des personnages avec les éléments. » Après avoir été assistant dans la publicité, il goûte au reportage mais n' y trouve pas son « expression personnelle ». Dès 1985, il se consacre principalement aux paysages, urbains ( périphérie des grandes métropoles ) et naturels. Il recherche les espaces un peu vides pour retrouver le silence et la solitude, et les traverse en voiture. « Je dois être dans un état de voyage; mes sujets sont liés à l' errance. » Il a ainsi parcouru l' Australie, le Venezuela, le Maroc, l' Egypte, photographié Syracuse, en Sicile, et se dirige vers l' Espagne, l' Anda où les paysages sont en voie de désertification. Il collabore à l' agence Métis, à Paris.

Parc national, Engadine Autour des cols suisses, en évitant la dominante verte En Suisse, Thibaut Cuisset a découvert la montagne ( au-dessus de 2000 m ), les cols « lieux de passage, mais aussi no man' s land où l'on ne s' arrête pas beaucoup. Le bord de route m' intéressait plus que les grands massifs, et la notion d' itinéraire me convenait parfaitement. J' ai découvert des espaces désertiques proches de l' Afrique ( Maroc ), quoique très habités. J' ai voulu éviter la dominante verte. » Et les montagnes suisses, où il ne s' est « jamais senti aussi bien dans un travail », lui ont donné l' idée de faire des photos « plus physiques, d' aller vers des itinéraires effectués à pied ».

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