Les variations des glaciers suisses 1956

PAR A. RENAUD

Avec 6 illustrations ( 80-85 ) LE GLACIER DE PARADIES A LA SOURCE DU RHIN DE 1868 À 1956 Placé sur la frontière entre le canton des Grisons et celui du Tessin, le Rheinwaldhorn ( altitude 3402,2 mètres ) domine un massif glaciaire assez étendu. A l' ouest, le Glacier de Bresciana est tributaire du bassin hydrographique du Tessin. Au nord, les glaciers de Lenta, Maighels, Lavaz,etc, alimentent le Rhin antérieur. Au sud-est enfin, le Rhin postérieur prend sa source au Glacier de Paradies ( Ursprung ) et reçoit tout à côté, sur la rive droite, les nombreux torrents émissaires du glacier suspendu du Zapport. La Carte Nationale de la Suisse ( Assemblage n° 267 ), levée en 1933 dans ces parages, situe la source du Rhin à l' altitude de 2308 mètres. En 1956, conséquence de la décrue glaciaire, le Rhin sortait du glacier un demi-kilomètre en amont et la cote de 2355 mètres.

Comparativement au site de Gletsch et à la source du Rhône, la région du Glacier de Paradies est beaucoup moins connue. A l' écart du grand tourisme, elle semble réservée à l' alpiniste et au naturaliste solitaires. On accède normalement à la source du Rhin en suivant l' itinéraire d' été de la cabane du Zapport ( altitude 2276 mètres ). Sur la plus grande partie du parcours, le sentier est souvent fort étroit et s' élève sur les terrasses escarpées de la rive gauche qui surplombent le torrent glaciaire profondément encaissé dans une gorge sauvage. En amont de la cabane, le vallon s' élar, le glacier apparaît enfin et l' horizon plus vaste découvre la grandeur et la tranquillité du versant sud du Rheinwaldhorn. Le Rheinwaldfirn recouvre presque complètement le flanc méridional de la montagne et constitue le bassin d' accumulation de la langue terminale du Glacier de Paradies.

On ne sait presque rien des variations de ce glacier avant 1868a. A partir de cette date, nous sommes par contre beaucoup mieux informés sur son comportement. Grâce, en effet, à la précieuse collaboration de M. F. Schmid, l' actuel chef de l' arrondissement forestier d' Hinterrhein, nous avons retrouvé des renseignements et des documents photographiques qui complètent les mesures statistiques déjà publiées et qui permettent de donner ci-dessous un aperçu complet des variations durant 88 ans jusqu' à nos jours. J' exprime ici ma vive gratitude à M. Schmid.

Le premier contrôle scientifique du Glacier de Paradies est dû F. Coaz ( 1822-1918 ) qui fut non seulement un chef de file pour les forestiers, mais aussi un grand naturaliste et un alpiniste connu. Il n' est pas inutile de rappeler qu' on lui doit, par exemple, la conquête de la Bernina ( 1850 ), les premières études sur les avalanches et les travaux de protection, l' organisation enfin du contrôle des glaciers avec la collaboration des forestiers ( 1893/94 ).

A la suite d' une période de hautes eaux dans l' Hinterrhein, Coaz fut chargé d' une enquête sur leurs causes qui le conduisit notamment au Glacier de Paradies, en octobre 1868. C' est alors qu' il marqua à la peinture les premiers repères à proximité du portail, sur la rive gauche. Ces marques furent retrouvées en 1872 par F. von Salis, puis en 1901 par le forestier de l' arrondissement d' Hin qui les utilisa pour mesurer le recul du front. On en trouve déjà le résultat dans le 22e rapport sur les variations de A. Forel. Dès lors, les contrôles furent plus fréquents et tout à fait réguliers même à partir de 1910.

1 Observations annuelles publiées par la Commission des glaciers de la Société helvétique des sciences naturelles avec la collaboration du CAS ( 77e rapport ).

» Fried, v. Salis: Die Gletscher in Graubünden ( in Jahrbuch des SAC, vol. XVIII, 1883 ).

La longue série des observations dont nous disposons témoigne, comme pour d' autres glaciers de cet ordre, d' un recul presque continu. Les rares années de crue sont celles de 1903 ( 3 mètres ), 1912 ( 11 mètres ) et 1917 ( 10 mètres ). La poussée de 70 mètres enregistrée en 1951 n' est pas une véritable crue; elle n' est qu' apparente et consécutive aux puissantes coulées d' avalanches de l' hiver 1950/51 qui recouvrirent la langue d' un névé temporaire de 5 à 6 mètres d' épaisseur. Deux ans plus tard, en 1953, la disparition définitive de ces résidus faisait réapparaître le front normal en décrue apparente de 133 mètres. De 1950 à 1953, le glacier recula donc en réalité de 63 mètres.

La récapitulation générale des variations de longueur du Glacier de Paradies, telle que l' a établie M. Schmid, se présente comme suit:

Période Nombre d' années Recul total mètres Recul annuel moyen mètres 1868-1901..

.... 33 245 208 444 383 7,4 10,9 17,8 35,7 1901-1920..

19 1920-1945..

.... 25 1945-1956..

.... 11 1868-1956..

.... 88 1280 14,5 Les repères de Coaz ont été soigneusement conservés par les forestiers. Des croix ont été taillées dans le rocher et, en 1956, complétées par des marques à la peinture. En outre, M. F. Schmid a effectué le 19 septembre 1956 un raccordement topographique entre ces repères et la base actuelle établie devant le glacier. Cette opération lui a permis de déterminer la valeur topographique réelle du recul du portail depuis 1868, soit 1321 mètres. L' écart n' est donc pas grand ( 41 mètres ) entre cette valeur et celle donnée par le tableau ci-dessus, résultat de la computation des mensurations annuelles ou périodiques faites par les forestiers depuis 1868. La constatation d' un écart aussi minime ( 3est très réjouissante et de nature à donner confiance dans les observations faites par des moyens souvent simples sur les variations des glaciers suisses depuis bientôt un siècle.

Un des aspects les plus intéressants de la variation de longueur du Glacier de Paradies depuis 88 ans est l' accélération de la décrue. Les périodes adoptées par M. Schmid pour analyser ce phénomène sont, d' autre part, d' inégale durée; mais elles correspondent à des phases naturelles au cours desquelles les variations ont été plutôt uniformes, avec des fluctuations plus fortes de l' une à l' autre.

Il me paraît enfin intéressant de noter que, de 1868 à 1956, le portail du Glacier de Paradies s' est relevé de la cote d' altitude de 2220 mètres à celle de 2355 mètres, soit de 135 mètres. Il est incontestable que ce fait est en relation avec le réchauffement simultanée de la température de l' air. On peut en calculer la valeur et la fixer à 0,83 degré par siècle, si l'on adopte le taux généralement admis d' une variation de température de 1 degré pour une différence d' altitude de 180 mètres.

Les lecteurs que ces corrélations intéressent trouveront des renseignements plus complets et des conclusions plus générales dans une récente étude de R. Haefeli1. L' auteur y relève avec raison que, dans les glaciers, le comportement des langues terminales représente le passé et celui des névés l' avenir. Entre ces deux pôles, la position de la limite inférieure du névé caractérise les conditions actuelles. Ainsi que l' a montré d' autre part R. Finsterwalder 2, il conviendrait d' accorder plus d' at à la position de cette ligne dans les contrôles glaciaires.

1 R. Hœfeli: Gletscherschwankung und Gletscherbewegung ( in Schweiz.B.auzeitung 1955/56 ).

2 R. Finsterwalder: Die zahlenmässige Erfassung des Gletscherrückganges an Ostalpengletschern ( in Zeitschrift für Gletscherkunde und Glazialgeologie, Bd. II, Heft 2, 1953 ).

Bern, 24 Okt. 01 Geehrter Herr Kreisförster, Endlich bin ich dazugekommen in meinem Tagebuch betr. das Zeichen, mit Oehlfarbe, zur Festsetzung des Gletscherschwundes im Paradies nachzuschlagen. Diese Stelle wird auch « .beim Ursprung»genannt und tauften wir i. J. 1873, d. 21 Juli die Klubhütte « zum Ursprung ». Ich habe auch die Rede gefunden, die ich bei Eröffnung der Klubhütte gehalten u. werde Ihnen dieselbe später zukommen lassen.

Nach demgrossen Hochwasser v. 1868 war ich von der Regierung beauftragt das verheerte Land zu bereisen u. Bericht über den Befund zu erstatten. Derselbe ist im Druck erschienen und sollte sich in Ihrem Archiv befinden. Bei diesem Anlass, Herbst 1868 besuchte ich auch das Hinter-Rlieintal und die Rheinquelle und brachte das von Ihnen nun wieder aufgefundene Zeichen an.

Ihre Angabe des Rücktritts des Gletschers seit 1868 um 245 m ist höchst werthvoll und werde ich dieselbe Herr Prof. Forel in Morges für seinen Jahresbericht über die Gletscher mitteilen.

Für dieses Jahr wird es nun wohl zu spät sein noch nach der Rheinquelle zu pilgern, aber nächstes Jahr könnte es möglich sein, dass ich Sie dahin begleite, wenn die Kräfte noch ausreichen werden.

Besten Dank für Ihr Schreiben und freundlichen Gruss.

J. Coaz Traduction Berne, 24 oct. 01 Honoré Monsieur le forestier d' arrondissement, Je suis enfin parvenu à consulter les notes de mon Journal qui se rapportent aux marques faites à la peinture à V huile pour la détermination du recul du Glacier de Paradies. U emplacement se nomme aussi « beim Ursprung » ( à la Source ) et, le 12 juillet 1872, nous baptisâmes la cabane « Zum Ursprung1 ». J' ai retrouvé également le discours que je fis lors de l' inauguration de la cabane et le ferai parvenir plus tard.

A la suite des hautes eaux de 1868, je fus chargé par le Gouvernement de parcourir la région dévastée et de faire un rapport sur la situation. Celui-ci a été imprimé2 et devrait se trouver dans vos archives. A cette occasion, je visitai aussi la vallée du Rhin postérieur et la source du Rhin et marquai les repères que vous avez retrouvés.

Votre indication relative au recul de 245 m depuis 1868 est de la plus grande valeur et je la communiquerai au Prof.Forel à Morges pour son rapport annuel sur les glaciers3.

// est actuellement trop tard pour aller cette année en pèlerinage à la source du Rhin; mais il se pourrait que je vous y accompagne l' automne prochain si mes forces le permettent encore.

Meilleurs remerciements pour votre lettre et cordiales salutations.

J. Coaz 1 Actuellement cabane du Zapport. a Leipzig 1869. 322e rapport-1901 -Annuairedu CAS XXXVIIe année, 1902.

L' ENNEIGEMENT ALPIN 1955/56 L' hiver 1955/56 succéda tardivement à un bel automne ensoleillé et sec. Dans les Alpes, les premières chutes de neige eurent lieu à la fin d' octobre et les 24 et 25 novembre. Les mois de décembre et de janvier furent anormalement chauds, surtout sur le Plateau et au nord des Alpes. Les précipitations de ces deux mois furent très inégalement réparties et provoquées essentiellement par un régime de courants d' ouest qui commença en tempête le 30 décembre, puis rendit le temps très instable jusqu' à l' arrivée, le 31 janvier, d' une vague de froid qui fit de février 1956 le mois le plus froid enregistré au nord des Alpes depuis 1893 et, au sud, depuis 1901. Durant 23 à 26 jours, le sol ne dégela plus, même sur le Plateau où les moyennes journalières de température oscillèrent entre —18 degrés et—23 degrés. Au Jungfraujoch, le minimum fut enregistré le 14 février par—36 degrés. Dominées par les courants du nord-est, cette période de froid intense fut aussi très sèche et ne contribua naturellement pas à accroître l' enneigement hivernal déjà déficitaire.

La période de froid de l' hiver 1956 coïncida donc assez exactement avec le mois de février et prit fin le 29 par un réchauffement qui survint presque aussi brusquement que la vague de froid au début du mois. Ce changement de régime apporta quelques chutes de neige bienvenues, mais aussi très inégalement réparties et de courte durée; seul le Tessin reçut entre le 19 et le 25 mars d' abon précipitations avec de la neige jusque dans les régions basses.

Le maximum de l' enneigement temporaire du Weissfluhjoch sur Davos fut atteint les 8/9 mars. Il ne dépassa pas la hauteur de 225 centimètres, inférieure à la moyenne des vingt dernières années. Au Säntis, également, on nota le 8 avril un maximum de hauteur de 300 centimètres, plutôt modeste. La moyenne fut dépassée par contre au Col du Saint-Gothard ( fin mars ) avec une hauteur de neige de 380 centimètres.

Quant à l' enneigement alpin proprement dit, le plus important pour l' économie des glaciers, il évolua de façon assez anormale, étroitement lié qu' il fut à un printemps et à un été de caractère inhabituel. En effet, la puissante masse d' air froid eurasiatique dont le mois de février avait subi la première offensive manifesta de nombreux retours, notamment en avril ( 5 au 8; 17 au 24 ) qui fut froid sur les deux versants des Alpes et peu favorable au ski de printemps, marqué par de nombreux accidents dus aux mauvaises conditions d' enneigement des glaciers.

En mai, le temps resta très variable et le mois de juin anormalement froid ne connut qu' une période chaude à laquelle succéda, le 9, une brusque baisse de température et une situation très instable. Ainsi, dans les Alpes, entre 2500 mètres et 3000 mètres, les alternances de fonte et de réenneigement se succédèrent d' avril à fin juin, époque à laquelle le maximum d' enneigement fut atteint, notamment aux Clarides et dans le Massif de la Silvretta. A ces altitudes, la couche neigeuse diminua dès lors et l' étiage de fin septembre accusa des résidus annuels sensiblement normaux, plutôt modestes.

Au-dessus de 3000 mètres, Venneigement alpin progressa durant tout Vété sans passer par le maximum habituel de la fin de juin. Il s' agit là d' un fait tout à fait exceptionnel dû à une fonte estivale insignifiante dans les régions supérieures. Le mois de juillet, en effet, fut extrêmement pluvieux et la température du mois d' août fut anormalement basse, de 0,5 degré à 2 degrés même selon les régions. Vété 1956 ( juin, juillet et août ) appartient aux plus froids connus dans nos Alpes, et il faut remonter à 1841 pour retrouver dans les observations très complètes de l' Observatoire météorologique de Bâle un été plus froid. En outre, le mois d' août fut particulièrement défavorisé par un nombre excessif de jours de pluie, et la hauteur totale des précipitations, partout supérieure à la moyenne, atteignit 200 % en Valais et même 300 % au Tessin.

L' année hydrologique et nivologique s' acheva par un très beau mois de septembre qui facilita les contrôles glaciaires; mais le déficit thermique de l' été n' en demeure pas moins considérable. Les observations du Säntis caractérisent particulièrement bien l' été 1956: la somme des moyennes journalières des températures positives n' a atteint que 650 degrés, valeur inférieure à la moyenne de 748 degrés.

A la fin de l' année nivologique 1955/56, les névés alpins ont marqué par conséquent un net accroissement qui aurait été encore plus sensible si l' enneigement hivernal avait été normal. Le tableau de l' enneigement alpin donne à la fin de l' article contient les diverses observations faites aux Clarides par M. W. Kuhn 1 de la Station centrale de météorologie et à la Silvretta avec la collaboration du personnel de l' Institut fédéral pour l' étude de la neige et des avalanches au Weissfluhjoch sur Davos. On y trouve, comme par le passé, les observations du personnel du Chemin de fer de la Jungfrau pour l' Eismeer, de la Section d' Hydrologie ( VAWE, ETH ) dirigée par M. Kasser pour les névés du Jungfraufirn. La balise P 3 située à l' altitude de 3350 mètres au-dessous du Jungfraujoch a mesuré à la fin de septembre un résidu d' accumulation de 475 centimètres et un relèvement de la surface du névé de 160 centimètres depuis septembre 1955, valeur supérieure à celles qui ont été mesurées depuis cinq ans au même point. La limite du névé du Glacier d' Aletsch ne resta toutefois pas aussi basse qu' en 1955, ce qui peut s' expliquer par l' abondance des pluies de l' été dans les régions basses.

En procédant à l' analyse détaillée de tous les facteurs de l' année nivologique qui s' étend du début d' octobre 1955 à la fin de septembre 1956, j' ai été frappé une fois de plus par l' extrême variabilité du climat alpin. Année après année, l' un ou l' autre des facteurs de ce climat, voire même plusieurs, s' écartent « anormalement » des moyennes climatiques. C' est qu' influencé tour à tour par un régime continental ou maritime, ce dernier tantôt tropical, tantôt polaire, le temps que nous avons dans les Alpes se résume par des moyennes dont la signification physique est la plupart du temps surestimée et souvent encore abusivement utilisées pour conjecturer le temps. Ce qui me surprend le plus, c' est que l'on s' étonne encore du temps qu' il fait, lequel est, en fin de compte, beaucoup moins souvent « anormal » qu' on ne le pense communément. J' ai déjà relevé que le détestable été de 1956 n' était pas le seul du genre connu des climatologues. Selon M. Schiiepp2, les étés de 1813 à 1816 figurent aussi au nombre des étés dits « anormalement » froids. Il n' est pas sans intérêt de rappeler que ces « années sans été » ont précédé la plus forte crue glaciaire du siècle dernier dont le paroxysme fut atteint en 1818.

Un fait enfin mérite d' être encore mentionné dans cette chronique: c' est la congélation totale que subirent en février 1956 les totalisateurs de précipitations en haute montagne, et cela malgré la dose de chlorure de calcium qu' ils contiennent comme antigel. Il en est résulté une sensible perte dans l' incorporation des précipitations solides à l' époque des grands froids et un déficit correspondant dans la hauteur totale des précipitations enregistrées au moyen de ces appareils. Si l'on considère d' autre part que le choix de l' emplacement de ces engins revêt une grande importance, et que leur fonctionnement est fortement influencé par les accidents du relief, on doit conclure qu' en haute montagne, la détermination de la somme annuelle des précipitations basée sur la mesure de la valeur en eau de la couche du névé accumulé durant l' année nivologique est une méthode utile, non seulement aux glaciologues, mais aussi aux climatologues, auxquels elle fournit un renseignement complémentaire de grande valeur.

1 W. Kuhn, Der Firnzuwachs pro 1955/56 in einigen schweizerischen Firngebieten. XLIII. Bericht ( in Vierteljahrschrift der Nat. Ges. Zürich, 1956 ).

* M. Schäepp: Witterungsbericht vom August 1956 ( MZA ).

LES AVALANCHES DE L' HIVER 1955/56 L' enneigement insuffisant de la première moitié de l' hiver créa dès la mi-décembre un danger d' avalanches pour les skieurs. La première couche sans cohésion constitua une menace latente et durable malgré l' apport des chutes ultérieures. Ainsi, dès le 15 décembre, chaque chute de neige aggrava les risques courus par les touristes. Le 4 décembre, quatre skieurs trouvèrent la mort dans l' avalanche du Meierhofertäli ( Parsenn ), et cinq touristes allemands périrent le 6 mars à Samnaun. Des ouvriers furent également emportés le 26 février à Leukerbad et le 30 mars à l' Alp Fix ( Oberhalbstein ). Selon M. Th. Zingg de Y Institut du Weissfluhjoch, que je remercie ici pour ses renseignements, 80 personnes furent atteintes en tout par les avalanches de l' hiver 1955/56, dont 11 mortellement. La faible quantité de neige a facilité les sauvetages, et parmi les rescapés, nombreux sont ceux qui se dégagèrent seuls.

CHRONIQUE DES GLACIERS 1955/56 Le nombre des glaciers soumis aux contrôles s' élève actuellement à 90. Ils ne sont cependant pas tous observés chaque année, notamment les petits. La Commission des glaciers a élaboré en 1956 de nouvelles instructions destinées à faciliter le travail des observateurs et à améliorer également la valeur des mensurations. A la mesure habituelle de la variation de longueur, elle a ajouté la détermination de la cote d' altitude du portail glaciaire. Il s' agit là, en effet, d' un élément dont les variations présentent, avec celles de la température de l' air, des corrélations plus simples que les variations de longueur. Par contre, la détermination de la cote d' altitude n' est pas toujours aisée. La valeur exacte ne peut être obtenue qu' à l' aide du théodolite, éventuellement du sitomètre ou du clinomètre. L' altimétrie barométrique, quoique plus simple, exige néanmoins un bon instrument et quelques précautions opératoires. En automne 1956, les cotes d' altitude ont été relevées au portail de 34 glaciers et les résultats en sont donnés dans les tableaux à la fin de l' article. Nous espérons que cette mesure sera étendue à l' avenir à d' autres glaciers.

La Commission des glaciers s' est également préoccupée d' opérer une révision devenue nécessaire dans le réseau des glaciers observés, car ils ne présentent pas tous le même intérêt. Cette opération s' effectuera progressivement et durera quelques années, car il importe de ne pas renoncer sans raison impérieuse aux renseignements fournis par un glacier, même petit. En 1956, seul le Glacier de Schwarzhorn ( GR ) a été abandonné. 11 est remplacé par celui de Sesvena ( GR ), pourvu de repères par les soins des forestiers. Le Glacier de Picuogl ( GR ), qui n' avait plus été contrôlé depuis 1949 est définitivement abandonné. Dans les Grisons encore, les glaciers de Paradisino et de Cambrena ont été incorporés en raison de leur situation méridionale caractéristique. Dans le canton du Tessin, le contrôle du Glacier de Basodino a pu être repris après une longue interruption, et le personnel forestier a effectué les raccordements nécessaires avec les anciennes mensurations.

En automne 1956, 69 glaciers ont été contrôlés. Les renseignements manquent donc pour une vingtaine, soit en raison de l' époque trop tardive choisie pour les opérations que la neige de fin octobre a rendu impossibles, soit aussi que l'on n' ait pas trouvé partout le personnel nécessaire, soit enfin que certains glaciers soient temporairement non mesurables, comme celui de Fee dont la langue a été recouverte par un éboulement rocheux. Pour les glaciers observés, les résultats détaillés sont donnés à la fin de cette chronique, sous forme de tableaux.

La Commission des glaciers et ses collaborateurs ont assumé une partie des mesures: MM. Mercanton ( Rhône et Mutt ), W. Jost et V. Boss ( Grindelwald ), P. Kasser et H. Röthlisberger ( Aletsch ), M. et K. Oechslin ( Uri ), A. Guex ( Trient ), J. Ls Blanc ( Otemma, Breney ) et A. Godenzi ( Paradisino et Cambrena ). La Section d' hydrologie ( VA WE, ETH ) dirigée par M. Kasser nous a communiqué les résultats obtenus par ses observateurs aux glaciers de Kessjen, Allalin, Schwarzhorn, Tälliboden et Ofental. A. Flotron nous a communiqué avec une grande amabilité les principaux résultats des mensurations très complètes qu' il a faites aux glaciers d' Unteraar et d' Oberaar pour le compte des Forces motrices de l' Oberhasli. Les observations relatives aux glaciers de Corbassière et de Giétroz effectuées par le personnel des Forces motrices de Mauvoisin nous ont été transmises avec beaucoup de courtoisie par la direction d' Electro, S.A. Nous remercions ici très vivement tous nos correspondants pour leur fidèle et précieuse collaboration, sans oublier les forestiers.

Dans leur ensemble, les glaciers suisses sont toujours en régime de décrue. La crue manifestée en 1955 par un nombre assez élevé de petits glaciers et même celui d' Allalin, ne s' est pas affirmée en 1956; le front de plusieurs d' entre eux a même reculé. Le comportement des petits glaciers diffère donc de celui des grands dont le régime plus régulier caractérise mieux les fluctuations générales du climat.

Nombre de petits glaciers descendent, en effet, au-dessous de la limite d' enneigement temporaire, ligne très variable d' une année à l' autre. C' est ce qui explique certaines crues « apparentes » dues à la présence de résidus de névé masquant le front réel. Cette considération confirme la nécessité, déjà mentionnée, de procéder à une révision de la liste des glaciers observés, pour ne retenir que ceux dont l' allure caractérise réellement le climat et ses fluctuations.

Il n' en reste pas moins que les observations faites en 1956 confirment le changement de régime enregistré depuis 1950, car, partout où il se manifeste, le recul des fronts a beaucoup ralenti.

Aux glaciers à' Unter aar et d' Oberaar, la diminution de superficie et de masse persiste; mais le taux en est beaucop moins inquiétant qu' il y a dix ans en ce qui concerne la diminution des réserves. En outre, certains signes d' amélioration sont notés sur l' affluent de Lauteraar, se traduisant par une accélération de l' écoulement du profil transversal de Wildläger accompagné d' un relèvement de la surface. La vitesse a augmenté aussi sur l' affluent de Finsteraar et sur le glacier d' Ober. Depuis qu' ils alimentent des lacs d' accumulation, les deux glaciers de l' Aar subissent chaque été une fonte supplémentaire non climatique due à l' immersion de leur langue terminale. Le recul réel y est donc supérieur au recul normal et ne peut plus être incorporé dans le calcul de la variation moyenne de longueur des glaciers suisses. En 1956, au glacier d' Unteraar, l' immersion de la langue terminale a duré 56 jours, et au glacier d' Oberaar 179 jours, soit du 13 juillet 1955 au 6 janvier 1956; le niveau du lac a atteint la cote maximale de 2303 mètres le 17 septembre 1955, dépassant de 28 mètres le point le plus bas du glacier.

La décrue persistante de nos glaciers a provoqué en maints endroits la formation de lacs temporaires. Ces eaux sont généralement retenues devant le front par des « glaces mortes » dont la fonte est généralement ralentie par la présence d' un recouvrement morainique. Ces barrages peuvent persister assez longtemps, mais ils sont aussi particulièrement sensibles à l' érosion.

Le lac temporaire de Stein situé dans la petite vallée de Gadmen ( Oberland bernois ), à proximité de la route du Col du Susten, a commencé à se former vers 1940 déjà et n' a cessé depuis lors de s' agrandir. Or, dans la nuit du 29 au 30 juillet 1956, il a subi brusquement une vidange partielle, véritable débâcle accompagnée de nombreux dommages. M. H. Vogt ( Meiringen ), qui observe depuis longtemps le Glacier de Stein, nous a fourni sur cet accident d' intéressants renseignements: l' eau échappée du lac a creusé dans la moraine un large fossé profond de 10 mètres, inonda ensuite les annexes de l' hôtel de Stein à proximité de la route et recouvrit les cultures de boue et de gravier jusqu' à Hopflauenen. Il y a lieu de noter aussi qu' un petit barrage avait été établi quelques temps auparavant en aval de la sortie du lac, et qu' il fut également renversé. Selon M. Haefeli ( Zurich ), le niveau du lac s' est abaissé de 5,5 mètres environ de la cote 1939,0 mètres à celle de 1933,5 mètres, cette dernière correspondant à une profondeur maximale du lac de 20 mètres environ. Une expertise ordonnée par la Direction des travaux du canton de Berne a montré que, parmi les causes de cette catastrophe, les conditions météorologiques avaient joué un rôle important, notamment la fonte accélérée de la neige dans la dernière semaine de juillet et les fortes pluies orageuses de la même époque.

A la suite de cette débâcle et d' autres récentes dues à des circonstances semblables1, la Commission des glaciers juge opportun d' attirer l' attention sur les risques de ces brusques vidanges. Elle pense que les dangers pourraient dans certains cas en être diminués ou conjurés si des mesures étaient prises assez tôt pour abaisser les eaux au-dessous des cotes dangereuses. Les alpinistes pourraient utilement collaborer à l' observation et la surveillance de tels lacs dont les plus petits mêmes sont susceptibles de causer d' importants dégâts.

ENNEIGEMENT ALPIN 1955/56 - EINSCHNEIUNGEN IN HOCHLAGEN 1955/56 I. Observations au moyen de balises - Pegelmessungen Glaciers Altitude Enneigement maximal en m ( fin d' hiver ) Aletsch 3350 4,55 m le 30 VI 56 Clarides 2440 2,90 m le 27 V56 Clarides 2700 4,15 m le 28 VI 56 Clarides 2900 4,75 m le 28 VI 56 Silvretta 2730 3,65 m le 8 III 56 Résidu à l' étiageVariation deaccumulationniveau de la« dissipationsurface + 4,85 m le 11 IX 561,6 m 0le 17IX 560,7 mle 17 IX 562,63 m le 17 IX 560,85 m le 9 1X56 — Silvretta 3000 2,90 m le 4VII 56 + 1,28 m le 9 IX 56 — II. Observations au moyen d' échelles nivométriques sur des parois rocheuses Bei Felsmarken Variation de GlaciersAltitudeNiveau maximalNiveau minimalniveau de la surface Grindelwald Inférieur ( Eismer3100le 28 m 56: 46 degrésle 16 X 55: 18 degrès1 le 5 X 56: 20 degrèsj +lm * Enneigement hivernal maximal apparent de 28 degrès = 14 m.

1 A. Renaud: La débâcle glaciaire d' Almagell {Les Alpes 1954/7 ). 240 VARIATIONS DE LONGUEURS LES GLACIERS 1955/56 GLETSCHERBEWEGUNGEN 1955/56 Bassin du Rhône - Einzugsgebiet der Rhone Glacier 1Canton 2 RhôneVS Mutt ( Gratschlucht)VS FieschVS Grosser AletschVS LangVS KaltwasserVS AllalinVS TällibodenVS Schwarzberg ( Schwarzenberg)VS OfentalVS KessjenVS GornerVS Z' MuttVS FindelenVS Turtmann ( Ouest)VS Turtmann ( Est ou Brunegg)VS Zinal ( Durand de Tsinal)VS MomingVS Bella TolaVS MoiryVS FerpècleVS Bas d' Arolla ( Arolla)VS Tsidjiore-Nouve ( Tsijiorenouve)VS Cheilon ( Duran de Seillon)VS L' En Darrey ( Lendarrey)VS Grand DésertVS Mont FortVS OtemmaVS Mont Durand ( Val de Bagnes)VS BreneyVS ValsoreyVS CorbassièreVS GiétroVS SaleinaVS TrientVS TsanfleuronVS Plan Névé ( Grand)VD Plan Névé ( Petit)VD MartinetsVD PrapioVD Sex RougeVD PaneyrosseVD Mont-Miné3)VS Variations, en mètres, en Alt. front, ( m ) 1 1954/55 1955/56 1956 0 0 2060 — 19 0 - 3,5 — 3 1786 — 44,5 — 6 - 5,5 — 11,5 0 — 44,5 + 15 — 21 — 9 + 2,5 — 18 — 9 — 13,5 — 1 — 9,5 + 0,5 — 20 - 24,5 — 4 - 9,5 — 10,5 — 29 2231 - 1,5 — 93 2323,5 + 2 — 4 1980 — 74 2310 + 70,5 — 17 2410 — 1134 — 13 — 1 - 6,5 — 1 — 2 + 32 — 26,5 + 20 - 18,5

— 10,5 — 10,5 - 20,5 — 12 — 9 — 9 2560 0 — 21 ( 2 ans3,5 — 18 ( 2 ans6,5 — 3 — 19 — 20 — 54 1 Q — 20 -T ö + 6 + 3,5 + 2 + 15 + 2 2360 + 2,5 0 + 0,5 — Il — 47Voir Mont-Miné.

1 Les noms sont tirés de la Carte Nationale de la Suisse au 1: 50000. Dans la parenthèse, la dénomination utilisée dans les rapports antérieurs.

2 VS = Valais. VD = Vaud. BE = Berne. UR = Uri. GL = Glaris. SG = St-Gall. OW = Obwald. GR = Grisons. TI = Tessin. Le canton mentionné est celui sur le territoire duquel se mesure la langue terminale.

3 Remplace Ferpècle dont il s' est séparé. Les valeurs données dans les rapports précédents pour Ferpècle et celles qui seront données désormais pour Mont-Miné concernent le même appareil glaciaire.

Bassin de l' Aar - Einzugsgebiet der Aare AH. front.

Variations, en mètres, enm ) Glacier Canton 1954/551955/56 1956 Oberaar BE —10071,5 Unteraar BE — 131 Oberer Grindelwald BE — xx Unterer Grindelwald BE — 3015,5 Stein BE — 1712 1920 Blümlisalp BE0 Schwarz VS 01 2180 Gamchi BE — 34,5 1980 Rosenlaui BEx Rätzli BE ( 3 ans68 Wildhorn BE ( 3 ans12 Bassin de la Reuss - Einzugsgebiet der Reuss Griess ( bei Unterschächen ). UR0 Wallenbühl ( bei Voralp ) UR ( 2 ans18,5 2280 Chelen ( Kehlen ) UR +414 2030 Hüfi UR — 5,54,5 1740 Brunni UR — 34 2200 Damma UR +1410 2065 St-Anna UR — 220,5 2570 Tiefen UR I 1013 2482 Schlossberg1 UR ( 3 ans105 1770 Firnälpli Ost ( Grassengletscher ) OW ( 3 ans21,5 2151 Griess ( Griessengletscher ) OW ( 3 ans22,6 2470 Bassin de la Linth - Einzugsgebiet der Linth Sulz GL +3,5Bassin du Rhin - Einzugsgebiet des Rheins Punteglias GR — 710 2329 Vorab GR —1419 Lavaz GR15 Porchabella GR ( 2 ans43 2618 Verstankla GRx Lenta GR — 38 Sardona SG ( 2 ans9 Paradies GR —53,540 2355 Suretta GR +238 2180 Calderas GR5 Pizol SG ( 3 ans15,5 Bassin de l' Inn - Einzugsgebiet des Inns Morteratsch GR —16,520 1990 Tschierva GR37 Tiatscha GR — 33 2410 Lischana GR ( 2 ans ) 00,5 2780 Roseg GR ( 5 ans255 1 Le Glacier de Schlossberg est un glacier régénéré. L' allongement de sa partie inférieure est donné ici à titre indicatif et n' est pas considéré comme une crue dans la récapitulation.

Glacier Bassin de l' Adda - Einzugsgebiet der Adda Variations, en mètres, en Canton1954/551955/56 GR13,524,5 Alt. front. ( m ) 1956 2160 2340 2816 2520 Forno.. Palü... Paradisino Cambrena GR GR GR 14,515,53,52,5 Rossboden Bresciana. Basodino.

Bassin du Tessin - Einzugsgebiet des Tessin VS2,5 2816 TI Ti — 413,5 ( 1949-56: 7 ans69 Glaciers observés.. Glaciers en décrue.. Glaciers stationnaires. Glaciers en crue... Variation moyenne >.

Récapitulation - Zusammenfassung 76 50=66% 7=9% 19 = 25% 5,9 mètres 69 56 = 81 % 3=5% 9 = 1312,1 mètres Aaregletscher Mensurations des glaciers de l' Aar 1955/1956 par les « Forces motrices de l' Oberhasli » ( K.W.O. ) Unteraar 1955/56 ] Ecarts sur 195* Vitesses superficielles ( ra. m/an Profils Altitudes de cote, en m de section, écarts sur ry% A y! p|1 11 m m moyenne maximum en m2 m o y cimes 1955 Grunerhorn ( Finsteraar )..

2571 — 0,25 — 3,5 — 267 37,82 + 2,65 50,9 Wiidiager ( Lauteraar )..

2525,3 + 0,25 + 4,5 + 565 29,11 + 0,88 44,9 2ans:54-56 Mieselen

2383,4 -1,71 - 8,5 — 2394 27,37 — 1,73 38,5 2 ans:54-56 Pavillon Dollfus.

2245,6 — 0,86 - 2,7 — 872 20,75 — 0,39 27,3 Brandlamm Supérieure..

2087,6 — 1,36 - 7,5 — 1225 7,85 — 0,81 11,6 Brandlamm Inférieure..

1947,6 -7,27 — 20,0 — 45802ans:54-56 Oberaar ( 1954/55 ) Suprême

2576,1 — 1,51 — 2,20 — 1223 10,92 + 0,77 16,8 Supérieur....

2511,4 — 0,56 — 3,0 — 416 7,28 + 0,15 12,3 2ans:54-56 Médian

2413,7 -1,28 - 3,2 — 730 7,51 + 0,88 10,9 Diminution de superficie en mètres carrés Unteraar Oberaar 1954/55 1955/56 6 060 415 44 508 32 829 1 Oberaar, Unteraar et Schlossberg non compris.

Diminution de masse en milliers de mètres cubes Unteraar1954/551955/56 De front à front5910 Du front au profil Brandlamm Inférieure6021 De Brandlamm Inférieure à Brandlamm Supérieure1 5902 648 De Brandlamm Supérieure au Pavillon Dolffus2 8942 422 Du Pavillon Dollfus à Mieselenegg2 0372 560 Finsteraargletscher de Mieselen à Grunerhorn1 9191 552 Lauteraargletscher de Mieselen à Wildlägernon mesuré 754 ( 2 ans: 54-56 ) Total Unteraar sans Lauteraar8 559 Total Unteraar...9 967 Oberaar De front à front1 113840 Du front au profil Médian474745 Du profil Médian au Supérieur355429 Du profil Supérieur au Suprême427592 Total Oberaar2 3692 606

Feedback