Les variations périodiques des glaciers

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Soixante-sixième Rapport — 1945 Avec 5 illustrations ( 160—164 ) L' enneigement des Alpes suisses en 1944/45 L' année nivométrique 1944/45, en haute montagne 1, peut se résumer très simplement quant à sa température: quatre premiers mois tous trop froids suivis de huit autres tous trop chauds, à l' exception d' août 1945 qui a été normal. Les déficits de chaleur ont compté: 1-11/z ° en octobre 1944, 2 ° en décembre, et 4en janvier 1945. Les excès ont été de 2, 3, voire 4 o; en février, mars, mai et juin ils ont dépassé 3 °. La répartition des précipitations a été autre: elle a favorisé particulièrement les mois de novembre, février, mars, mai et août. En novembre il est tombé de deux à cinq fois ( Valais ) plus d' eau que la norme; en février on en a noté en divers lieux un excès de 75% et en août de 50%. En revanche le déficit d' eau a atteint 1/3 à V2 de la hauteur normale en avril et juillet. Enfin l' insolation a été surabondante en novembre 1944 et surtout en avril, mai et juin 1945.

La répercussion de ces conjonctures climatiques a été un réenneigement précoce et important, suivi de ralentissement jusqu' en février où il a repris un essor énergique de sorte que l' ablation estivale n' a pu prendre le dessus que tard, laissant d' ailleurs des résidus automnaux notables, en contraste avec la dissipation excessive de l' année précédente. Les chutes massives de neige dès la fin de janvier, en février et en mars ont donné au phénomène de l' avalanche une ampleur insolite, redoutable.Victimes, destructions, perturbations du trafic ont été exceptionnellement nombreuses dans tout le pays, dans les Alpes de St-Gall, Uri, Valais et Glaris notamment. Dans le seul canton d' Uri on a dénombré 184 avalanches extraordinaires, lesquelles ont coûté la vie à 14 personnes, ravagé 4400 m3 de bois, ruiné 60 édifices2. Ne citons que quelques faits:

Le 31 janvier déjà une coulée de neige envahissait un tunnel de la ligne du Stoos, tuant un homme et en blessant quatre tandis qu' une autre coupait la ligne du Sernftal. Les périodes du 6 au 12 février et du 5 au 9 mars furent particulièrement critiques. A trois reprises la « Spreitlaui s, près de Guttannen, vint recouvrir la route de la Grimsel y édifiant un barrage long de 150 m. avec jusqu' à douze mètres d' épaisseur. Le jeudi 8 mars une avalanche partie du Gutsch vint couper en deux une caserne à Andermatt, y tuant 9 militaires. Le même jour, au Walsenberg, une coulée venue du Gonzenberg anéantissait un vacher et son bétail, puis allait blesser grièvement une mère de famille dans un chalet en contrebas. L' avalanche de la Combe de Vernay, dans l' Entremonts, qui, en 1660 déjà, puis en 1920, détruisit le hameau de Fontaine-dessous, a fait sa réapparition redoutée, heureusement sans dommage, le village ayant été prudemment rebâti à quelque trois cents mètres plus au nord. Fait déjà souvent 1 M. Grütter, Wetterberichte der Schweizerischen Meteorologischen Zentralanstalt Zürich 1944/45.

2 M. Oechslin, Die Lawinen im Winter 1944/45 im Gebiet des Urnerlandes. « Der Gotthard », C. Klubbericht, August 1945.

relevé mais que l' hiver 1944/45 a confirmé péremptoirement, mainte avalanche prévue ne descendit pas et mainte autre se produisit dont on ne se méfiait guère., Toutes ces neiges entassées ne se dissipèrent entièrement qu' assez tard; l' été exceptionnel de 1945 en eut pourtant raison. Le 9 septembre on n' en trouvait plus dans les vallons de Gletsch non plus que du Muttbach. Cependant un reste de la grande avalanche de la Maienwang persistait encore dans le lit du Rhône en amont d'«In den Lammen ». Il n' y en avait plus là les automnes précédents. Sur la plateforme du chemin militaire, devant le lobe occidental du Gratschlucht, le névé qui, de 1935 à 1938, empêcha les mensurations, a repris une nouvelle et gênante extension.Mercanton ) II y avait de nouveau de grandes flaques de vieille neige à la Chaux des Grands, au flanc nord des Grandes Autannes comme dans les ravines du Col de Balme, à la fin de l' été. Guex ) De la cabane des Diablerets à cette cime on ne rencontrait pas de crevasses, pas même au Dôme, infranchissable pourtant en 1944. Fait très exceptionnel: un névé a persisté à la Paraz ( Chaîne du Chaussy ) à 2500 m. ( E. Reber ) Au flancs du Bristenstock et du Belmeten la neige n' est remontée en saison chaude que jusqu' à 2250 m ., soit 10 m. au-dessous de la cote maximum moyenne de la période 1923—1942 et 40 m. sous celle de 1943. Quant à la limite du névé, sur 12 glaciers uranais, elle était à 2400 m. en moyenne, et plus basse de 10 m. que l' année précédente.Oechslin ) Avec nos totalisateurs nous avons vraiment joué de malheur cette année: le chiffre de précipitations obtenu de celui d' Orny est manifestement inadmissible ( erreur de relevé automnal ou défectuositéet l' engin de la Becca d' Audon a dû être partiellement vidé intempestivement, par les mêmes polissons sans doute qui ont mis en pièces la balise que nous maintenons en service depuis tant d' années dans son voisinage, sur le Tsanfleuron. La stupidité décourageante de tels actes ne mérite que mépris.

Voici maintenant quelques données numériques précises sur l' enneige en 1944/45:

Suisse orientale. Au Weissfluhjoch ( 2660 m .) on a noté un enneigement maximum de 3,7 m ., le 9 mars 1945. De fin août 1944 au 13 septembre 1945, la balise supérieure du Silvretta ( 3013 m .) a marqué un résidu d' enneigement de 2,2 m .; la balise inférieure ( 2760 m .) marquait au même moment un résidu de 0,65 m.Z.G.K.. Billwiller l ) A la balise du Säntis ( 2380 m .), la couverture neigeuse s' est établie définitivement le 25 septembre 1944 déjà et a atteint le 9 mars 1945 son épaisseur maximum, 5,3 m. ( 1944: 5,0 m. ). Elle a disparu totalement le 12 juin 1945.

( M. Z.A., Zurich ) Suisse centrale. Aux Clarides, du 14 septembre 1944 à l' été 1945, l' enneige a dépassé 5(1 m. à la balise supérieure ( 2910 m .); le résidu automnal y a atteint au moins 4,3 m. A la balise inférieure ( 2708 m .) le résidu a été de 1,6 m. *.

Au nivomètre de l' Eiger ( 3100 m .) dont la Direction et le personnel du Chemin de fer de la Jungfrau continuent de prendre un soin diligent, le maxi- 1 R. Billwiller, Der Firnzuwachs pro 1944/45 in einigen schweizerischen Firngebieten. XXXII. Bericht der Zürcher Gletscherkommission ( Z.G.K. ). Zürich, Fretz AG.

mum a atteint 78 degrés 1 le 20 mars 1945 ( 1944: 60 ). On a noté Vétiage le 28 septembre par 22 degrés ( 1944: 2 degrés ).

Voici les trois derniers bilans:

AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMitresEtéMètresAutomneMètres 1942—19432019432319433 1943—19442819442919441 1944—194538194528194510 Sur le Jungfraufirn nos balises, qui sont peu distantes en altitude, ont marqué pourtant quelques différences: du 10 septembre 1944 au 3 mai 1945, l' enneigement a été de 5,, m. à la balise inférieure et de 5,3 m. à la supérieure, le 1er juin. A la mi-septembre 1945, les résidus étaient, respectivement 4,7 et 5,0 m.

La balise du Service des avalanches, située entre elles, a marqué un résidu de 5;1 m. à la même époque.Hœfeli ) A la cabane Rotondo du C.A.S. ( 2570 m .), la balise a mesuré, le 24 janvier 1945, un maximum d' enneigement de 4,8 m. ( 24 avril 1944 3,6 m. ). La balise était à sec le 26 juillet 1945.E. Ambühl ) Suisse occidentale. L' équipement nivométrique des Diablerets a été surveillé toute l' année par MM. Reber, père et fils, comme d' habitude. Le nivomètre ( 3030 m .) a marqué Yétiage par 70 degrés le 17 septembre ( 1944: 63 degrés ).

Voici les derniers bilans:

AccumulationDissipationRésidu annuel HiverMètresEtéMètresAutomneMètres 1942—194310194311,,19431)6 1943—194411)519441419442,, 1944—194510,519451019453,6 Conclusion. En 1944/45 l' enneigement a été nettement progressif.

Chronique des glaciers en 1945 Si les conjonctures météorologiques ont été, en automne 1945, plus favorables aux contrôles qu' en 1944, il s' en faut que la tâche, lourde, des agents forestiers cantonaux leur ait permis déjà de les reprendre avec l' ampleur d' antan. En y joignant toutefois ceux des membres de la Commission des glaciers et de leurs fidèles collaborateurs, nous avons pu recueillir des informations sur 63 appareils. Les voici dans leur forme habituelle:

Bassin du Rhône Tableau IVariations, en mètres, en Glaciers1941/43 Rhône10 Gralschluchtx Fiesch3,, Aletsch26 Lang

Kaltwasser73„ Allalin5„ Tälliboden73 ( 2 ans ) 43/44 1944145 X — X 25 — X 6 — 3 24 — 12 16 — 26100 ( 2 ans ) 5,. ( 2 ans ) 1 2 degrés font 1 m ., comme aux nivomètres d' Orny et des Diablerets.

Tableau I ( suiteVariations, en mètres, en Glaciers Fee

Gorner... '.

Zmutt

Findelen Turtmann... Brunneg Latschen Duran ( Tsinal ). Morning

Moiry

Ferpècle

Arolla

Tsigiorenove... Duran ( Seillon ). Lendarrey.... Grand Désert.. Mont Fort. Valsorey.. Tseudet.. Saleinaz

Trient

Grand Plan-Névé Petit Plan-Névé. Martinets Prapioz Scex-Rouge...

1942/43 1943/44 1944146 85 _ 20 — 23 - 128 ( 7 ans53 ( 5 ans25 4,5 — 28 - 15 — 27,s - 30,5 - 39,,11 — 7 — 28 7 — 16 - 6,5 - 1 — 2 - 16,5 - 918 ( 2 ans2137 ( 2 ans ) 1526 ( 2 ans2,, H,5 — 2 - 9,, 13 - 7,5 - 23,5 — 21 - 17,5 - 12)6 — 11 - H,5 - 14 — 25 -43,5 X — X6 — 2,5 — 0 3 — 3 — 15 41 ( 2 ans21 ( 2 ans0X — 58 ( 2 ans90 ( 3 ansLe glacier du Rhône est toujours en décrue accentuée. Son extrémité n' atteint même plus le ravin où son torrent coule maintenant à ciel complètement ouvert. Le portail, au-dessus de la cascade, est remonté encore le long du flanc droit. Au Belvédère, le 23 août, la glace était à 41 m. au large du repère plombé ( 1944: 35,6 m .); c' est là, en fin de saison chaude, un rétrécissement de quelque 6 m.

La persistance du recul comme aussi certaines imperfections de la carte de 1942, imputables à l' appareil photographique essayé alors, ont incité la Commission à faire exécuter un nouveau levé à 1: 2000 avec de meilleurs instruments. Ce travail a été accompli les 7 et 8 septembre, par M. le professeur Zeller, directeur de l' institut photogrammétrique de l' Ecole polytechnique fédérale, aidé de M. Renaud et du chroniqueur, membres de la Commission, et de C. Zum Oberaus, d' Oberwald, pour l' érection des signaux nécessaires.

Ce levé, qui comprend toute la langue au-dessous de 2100 m. environ, avec des isohypses équidistantes de 5 m. va permettre, entre autres, le cubage des glaces disparues depuis 1929, année où le Service topographique fédéral a déjà appliqué la stéréophotogrammétrie à la même région.

La carte de 1945, comme celle de 1942, a été levée de la base de 103,B m ., s' appuyant à droite sur l' ancien signal n° 53 des « Mensurations au Glacier du Rhône », sous le Längisgrat, à 1900 m. d' altitude. Elaborée à l' Ecole polytechnique, elle a été mise en forme définitive par les soins du Service topographique fédéral, dont les chefs, MM. Zölly puis Tank, ont facilité de toutes les manières la réalisation de l' œuvre, et voudront bien recevoir ici nos remerciements, qui sont ceux du C.A.S. aussi.

Die Alpen - 1946 - Les Alpes17 Corrélativement M. Flotron, le distingué géomètre des Forces motrices de l' Oberhasli, voulait bien niveler à nouveau les profils rouge et jaune du glacier, qu' il a trouvés notablement affaissés depuis 1929. Voici d' ailleurs, planimétrees par le Service topographique fédéral leurs fluctuations de section au cours des temps, en mètres carré:

Profil rougeProfil jaune 1883—1908 —12 70016 250 1908—1929 + 10 4805 250 1929—1945 —14 35017 950 Les cartes du front en 1942 et 1945 ont permis une évaluation de l' aire abandonnée par les glaces durant ces trois dernières années: 3 hectares sensiblement.

Le lobe oriental du Gratschlucht n' existe plus guère; le front est ici remonté haut sur la pente couverte de dépôts morainiques. Le lobe occidental aboutit encore au fond du replat du chemin militaire, où son retrait est d' ailleurs manifeste, bien que le névé qui a submergé intempestivement nos repères en empêche la mesure exacte.Mercanton ) La Société hydroélectrique de l' Illsee a fait placer, par les soins de M. Dorsaz, inspecteur forestier à Sierre, des repères devant le petit glacier de cirque de la Bella Tola. On peut se promettre quelque enseignement de cet avant-poste glaciaire de la chaîne valaisanne.Dorsaz, Jllsee ) Le front du Trient, malgré son recul, de 15 m ., garde un talus très abrupt et le glacier ne montre pas l' aplatissement usuel des appareils en régime de retrait décidé. L' ablation estivale a sans doute ici eu raison d' un apport de glace toujours actif; le cryocinémètre ferait la lumière là-dessus.Guex ) Bassin de l' Aar Tableau IIVariations, en mètres, en Glaciers1942/431943/441944/45 Oberaar182213 Unteraar292610 Grindelwald Supérieur. .xxx Grindelwald Inférieur.. .10620 Stein0 00 Blümlisalp125,5 ( 2 ans ) Schwarz0 ( 2 ansTsanfleuron14333 Rätzli26Gamchi1 ( 3 ans1 Wildhorn16 ( 2 ansL' ennoyage du front de VUnteraar a débuté le 21 juillet; son dénoyage s' est achevé le 29 novembre. Le niveau du lac est demeuré à sa cote maximale durant 56 jours. L' immersion n' a d' ailleurs pas intéressé tout le front mais trois secteurs seulement; l' un à gauche, long de 90 m ., le second au centre, de 50 m. et le dernier, à droite, de 45 m. avec des tirants d' eau, moyens de 4,5. 4,7 et 3,5 m. respectivement. Le glacier n' a libéré que 5150 mètres carré de terrain, pas même 40% de son abandon de 1944, et le retrait a été notable aux deux marges surtout, au rebours de ce qu' on constatait antérieurement. Le recul moyen du front entier a été de 10,5 m. Son talus terminal était haut de quelque 20 m. en moyenne, avec un maximum de 35. Il s' en faut pourtant que la lisière frontale ait partout reculé; elle a dépassé au contraire sa position de l' automne 1944 sur deux secteurs médians étroits, y prenant jusqu' à 10 m. d' avance. Ceci paraît en rapport avec des accroissements locaux de la vitesse superficielle des glaces constatés sur divers profils de l' Unteraar, notamment sur un secteur de 200 m. chevauchant la grande moraine médiane dans le profil Brandlamm Inférieur, bien que la vitesse moyenne pour tout le profil ait diminué de 1944 à 1945. Il en a été de même pour la moitié sud de l' affluent de Lauteraar dans le profil Mieselenegg, en ralentissement général aussi. Ces excès de vitesse sectoriels ont été de l' ordre de 1 m. et ont atteint localement même 3 m. Sur le dit profil Mieselenegg, mais sur l' affluent du Finsteraar, on a constaté des alternances multiples d' excès et de déficit du mouvement. Tout ceci prouve à l' évidence que le « mouvement glaciaire » est loin d' avoir le caractère de régularité de celui d' un fluide sans turbulence. Les levés détaillés de M. Flotron, pour l' O. K. W., sont à cet égard des plus précieux pour la science glaciologique. L' abaissement des niveaux a été général sur tous les profils.

L' Oberaar a abandonné 5790 m2 dans un recul moyen de 1275 m. Ce n' est guère que la moitié du retrait de 1944 et cela s' explique, comme pour l' Unter, d' une part, parce que l' abondance de l' enneigement a retardé la denudation estivale du glacier et parce que, d' autre part, août 1945 n' a pas apporté les chaleurs exceptionnelles d' août 1944. Le monticule conique de glace qu' on voit lentement gagner le front, sous sa chape protectrice de moraine, a perdu 4 m. de sa hauteur. Le chroniqueur se souvient de l' avoir remarquée, moins saillante d' ailleurs, en aval immédiat du Col de l' Oberaar, en 1898 déjà. Il finira quelque jour devant le front du glacier en amas lentement fondant de glaces « mortes ».

( Flotron, O. K. W. ) Tableau niGlacier d' Unteraar Mensurations de la Compagnie des Forces Motrices de POberhasli Altitude des profils Grunerhorn, Finsteraar2590 m.

Wildlâger, Lauteraar .2545 m.

Mieselenegg2405 m.

Pavillon Dollfus.. .2270 m.

Brandlamm Supérieur2110 m.

Brandlamm Inférieur1985 m.

Variations da niveau moyen, en m./an Vitesses superficielles moyennes, en m.jaii 1942143 1943/44 1944/45 1842/431,652,151,31,9 - 2* 19431442,34,22,82,, 1944/45 -1.00,05 0,35 -1,3 -1,41,75 4749 — 34,0 41 32,75 )95 30,75 1 M951 ï9 29,« 14 x M6 29,2 14 Le tableau IV donne les quantités de glace dissipées à l' Unteraar en 1943/44 et 1944/45:

Tableau IV De front à front

Du front au profil Brandlamm Inférieur.. Du Brandlamm Inférieur au Brandlamm Supérieur

Du Brandlamm Supérieur au Pavillon Dollfus. Du Pavillon Dollfus au Mieselenegg

1913/44 280,000 m3 197,000 m3 1,659,000 m3 4,046,000 m3 7,397,000 m3 1944/45 105,000 m3 224,000 m3 1,710,000 m3 2,965,000 m3 2,297,000 m3 Total des masses dissipées Excès sur l' année précédente

Du profil Mieselen au profil du Lauteraar.. Du profil Mieselen au profil du Finsteraar..

13,579,000 m3 1,796,000 m3 6,025,000 m3 7,210,000 m3 7,301,000 m3 -6,278,000 m3 330,000 m8 1,776,000 m "

LES VARIATIONS PÉRIODIQUES DES GLACIERS DES ALPES SUISSES Le glacier d' Oberaar a délaissé 5792 m2 de terrain dans un recul moyen de 12,75 m.Flotron, F. M. Oberhasli ) Les glaciers du Grindelwald ont été trouvés tous deux en retrait les 14 et 15 octobre, par MM. Jost et Mercanton. Des éboulis de glace tombés du flanc droit du Supérieur continuaient d' alimenter un peu la masse pontant le torrent entre le front réel et le terre-plain d' alluvions inférieur. Le fossé séparant le glacier du terrain morainique à son devant s' est élargi. Il a fallu déplacer la grotte du côté du Milchbach et son maintien a été beaucoup plus difficile qu' en 1944. Toute cette masse terminale semble s' être déformée, avançant même quelque peu vers le NW, à en croire une mesure prise sur son flanc gauche. Le cryocinémètre, appliqué au même endroit qu' en 1944, y a aussi montré le 14 octobre une vitesse de 3 cm./j. au lieu de 21ji cm./j. en 1944.

Au glacier Inférieur le retrait a été beaucoup plus important. Il a varié entre 23 et 27 m. au lobe droit et l' extrémité du glacier, au haut de la gorge, a reculé de 20 m. Elle y voûtait le précipice en un avant-toit de quelques dizaines de mètres. Dans la gorge même, où M. Jost s' est aventuré, les masses glacées prises entre des parois de roc verticales hautes de plus de 200 m. s' y terminent en mur, perpendiculaire, semble-t-il, et strié d' une sorte de stratification horizontale. Le vêlage, temporairement nul, du glacier a permis à son hardi visiteur de s' avancer jusqu' à une trentaine de mètres de cette muraille blanche et de la photographier. Il serait éminemment instructif d' en faire le levé stéréogram-métrique et plus encore d' en mesurer le mouvement au moyen du cryocinémètre. Mais l' entreprise, dangereuse en tout temps, serait impossible durant l' été, saison, précisément, où le mouvement est le plus rapide. Elle vaudrait néanmoins le risque même en hiver. Notons encore que la glace descend dans la fissure rocheuse jusqu' à un mètre environ du lit torrentiel.

Le cryocinémètre, replacé devant le glacier sur la lèvre droite de la gorge, y a décelé une vitesse de 9,5 cm./j. en moyenne; en 1944 on avait trouvé là plus de 12 cm./j.

Le lobe gauche du glacier, en amont du « Schopf », est également en recul.

( Jost et Mercanton ) Grâce à l' effort de notre collègue Oechslin le réseau des glaciers uranais a été contrôlé quasi en entier. Presque tous sont en recul. Deux pourtant, le Hüfi et le Wallenbühl, ont fait une crue. Le premier a poussé son flanc droit vers le Schaflochfall tandis que son extrémité même avançait directement dans le ravin du torrent. Mais toute la langue témoignait plutôt d' une ablation énergique qui l' amincissait de plus en plus, dénudant des rochers et des amas morainiques nouveaux. L' observateur attribue, d' autre part, l' avance du Wallenbühl à la pression exercée sur lui par le Brunnifirn; il pense que cette avance sera sans lendemain et même suivie à bref délai d' un fort retrait. Au Damma, en recul de 24 m ., la montée à la Winterlücke était libre de neige jusqu' au col, en septembre. Le véritable front du Schlossberg repose sur un abrupt rocheux où les mensurations ne peuvent l' atteindre; ce qu' on peut contrôler n' est qu' un glacier inférieur « régénéré », lequel est en lente dissipation.Oechslin ) Tableau V Glaciers d' Uri Griess ( Unterschächen ) Kartigel

Wallenbühl ( Voralp ).

Bassin de la Reuss .Variations, en mètres, en 1944145 1942/43 1 7 21 1943/4451712 18 Tableau V ( suite ) Glaciers d' Uri Kehlen

Schlossberg

Hüfi

Brunni

Schiessbach

Damma

Ste-Anna

Tiefen

Griessen ( Obwald ).

Variations, en mètres, en 1942/43 1943/44 — 4 — 12 0 — X - 35„ 13 — 2

— 7 — 16 — 17 — 9 - 11 0 — 13 - 15,, 20 ( 2 ans1944/4513,,2 737,,14242,,5 Tableau VI Bassin de la Linth9,5 ( 2 ansx14 ( 2 ans0x Glaciers Sulz, Glärnisch Biferten Bassin du Rhin Punteglas.. Vorab... Lavaz... Porchabella. Verstankla. Lenta... Schwarzhorn. Piz Sol... Sardona.. Paradies.. Surelta...

— 14 ( 2 ans)- 7 - 47,.

8,, 23,, 5 — 23 ( 2 ans14,.

25, f - 2,, ( 2 ans39,.

14,.

Bassin de l' Inn — 20 34,, 12,, X — 24 22 — 10 ( 2 ans15 — 9 — 8 2,.

( 3 ans ) —133 ( 3 ansH, » ( 2 ansI7.

( 2 ans26 - 21,, 9 — 6 — 11 — 23 ( 2 ansRoseg.. Morteratsch Tschierva. Tiatscha. Lischanna Picuogl..

— 14 - 3,, Forno Bassin de l' Adda - 18,.

Bassin du Tessin Rossboden Basodino — 61012 ( 2 ans2,.

— 1 Bresc — 7 Serait en outre en décrue: Silurelta.

La séparation des deux glaciers de Tschierva et de Roseg est maintenant chose reconnue et les mensurations de 1945 sont portées au tableau, chacune pour soi.

Le tableau VII récapitule les observations suisses de 1945.

Ski au Liban

Par S.

On m' avait dit: « Vous faites du ski; montez donc au Dar Beidar. » Ce col, à 1 h. de la mer, permet au train et à la route de Damas de franchir le Liban, dans un paysage gris, pierreux, généralement désert. Ce matin, sous le brouillard, 40 autocars ont déversé sur le replat venté leur cargaison de fervents des sports d' hiver.

Skis aux pieds, je m' oriente. Au nord, un gros sommet dont les combes sont désertes ( car la neige est mauvaise ). Au sud, les champs de ski. Trois ridicules petites bosses, deux mouchoirs de neige — quelque chose comme le Chalet-à-Gobet un peu dénudé. Et le plus émouvant des spectacles.

J' ai souvent entendu mon père me parler de l' âge héroïque du ski; mais ici, ce n' est pas encore l' âge héroïque, c' est l' âge de Noé. Marins de l' U. S. Navy, soldats de l' armée polonaise, officiers de la Coloniale, Libanais, Egyptiens, Français, Anglais et quelques Abyssins à la paume délicatement rose communient dans une même ferveur de retour à la terre. Assis, couchés, sur le ventre, rarement debout, ils remplissent consciencieusement leurs pantalons de neige. Beaucoup de jeunss filles, en manteau, jupe écossaise et bas de soie quand elles n' ont pas, à un père ou frère, emprunté un pantalon de flanelle grise — un peu gênées de tous ces boutons. La coiffure va de la casquette de base-bail au bonnet à poil, en passant, par le chapeau de paille et le fichu de couleur. Harnachés, ficelés, ligotés, embarrassés de visières, de gourdes, de Kodaks, de triples lunettes et de courroies inutiles, ils ont tous quelque peine à distinguer, à un mètre en avant, le trou qu' ils vont approfondir.

Déformé par des années d' obéissance à ce vieux précepte: il faut ce qu' il faut, je n' en crois pas mes yeux. De délicates chaussures de ville se tordent dans des fixations qui déchirent les talons sous un entrelacs de ficelles; les souliers de football iraient peut-être, sans leurs bouchons, et les souliers de marche sans leur épaisseur de clous. Quant aux souliers qu' on loue, ils béent toujours en quelque coin de la semelle. Ainsi, bien penchés en arrière, les skis d' un côté, les pieds de l' autre, et les genoux ailleurs, c' est toute une humanité écartelée dans l' impossible dessein de se diriger. Et les skis, lassés de tant de divergences, en prennent rapidement leur parti: ils s' en vont de leur côté, tout seuls. De partout ils descendent, seuls ou par paire, se retournent, s' arrêtent, continuent, échappent aux poursuivants, à la grande j oie de la galerie. En effet, beaucoup ne sont montés que pour voir. Peut-être trouveront-ils une plaque de tôle pour se luger, ou un skieur qui leur offrira une place sur ses skis. Car on descend à deux, à trois, à quatre. Et quelle joie. Chaque chute est un nouveau triomphe, apprécié à sa juste valeur par les spectateurs. La chute sur le derrière, trop commune, ne suscite que quelques cris. Celle sur le ventre vous vaut déjà des applaudissements. Mais si vous avez la chance de tomber tête en avant, et de rester planté un bon moment, c' est le délire; de joie, les autres se roulent dans la neige molle et brunâtre.

Que tout cela fait plaisir! Je sais bien qu' il y a la station d' hiver des Cèdres, où vont les spécialistes, les vrais skieurs, où triomphe déjà la brutalité du « pistard ». Mais ici, rien de pareil. C' est vraiment une espèce de jeunesse du monde. Chacun rentre content, d' être tombé, d' être mouillé, d' avoir marché dans la neige. La neige, pensez donc! On en rapportera soigneusement dans son chapeau pour en lancer, sur le chemin du retour, à des villageois qui n' en ont jamais vu devant leur porte.

Je vais rentrer. Je me faufile, attentif — on ne sait jamais où ils vont aller, cela dépend uniquement de leurs skis. Un dernier virage au pied de la route...

Devant moi, pelés, sales, étrangement hauts et cagneux, quatre chameaux s' en vont en théorie, la tête haute, suprêmement méprisants, sans un regard pour ce pays sans sable ni soleil.

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