L'Homme des neiges

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Par le Rev. Swami Pranavananda

Avec 2 illustrations ( 150, 151F. R. G. S.

Cette mystérieuse créature fait beaucoup parler d' elle depuis quelques années. On a montré des photographies de l' empreinte de ses pas; on l' a identifiée tantôt avec un être humain, ou avec un ours, même avec un singe. Le grand journal londonien Daily Mail a financé une importante expédition dont le but principal était d' en capturer si possible un spécimen; elle est heureusement revenue bredouille, ce qui n' a pas empêché qu' on écrive tout un volume sur cette stérile, inconvenante et quelque peu scandaleuse chasse à l' homme.

Quel est cet être énigmatique dont les pistes s' entrecroisent jusqu' à près de 6000 mètres sur les glaciers de l' Himalaya? Comment et de quoi vit-il? Jusqu' ici aucun Européen ne l' a vu, n' a pu l' approcher. L' article ci-après, par Rev. Swami Pranavananda, du saint ordre Kailas et Manasarovar, membre de la Société royale de Géographie et l' un des patrons de l' Himalayan Mountaineering Club, va tenter de répondre à ces questions et de jeter quelque lumière sur le problème, tout en corrigeant et rectifiant maintes opinions fantaisistes ou erronnées. Il nous a été transmis par le secrétaire du club précité, et nous sommes heureux d' en donner la primeur aux lecteurs des Alpes.L.S.

Au cours des dix dernières années, les journaux ont publié des nouvelles sensationnelles, histoires ou légendes, sur l' Ignoble ou Immonde Homme des neiges, provenant soit des participants aux expéditions himalayennes, soit de simples particuliers. Mais à y regarder de près, on peut constater qu' aucun des auteurs de ces articles n' en a jamais vu un, ou n' a pu recueillir sur le sujet des informations sûres, qui ne soient pas entachées de légende au d' exa. En outre, la confusion s' est aggravée du fait que les auteurs ont traduit diversement, et parfois fort mal traduit, les termes tibétains originaux employés par les indigènes pour désigner cet animal. Et pourtant, on peut admettre que les habitants de ces régions ont, mieux que tout autre, une connaissance immédiate du sujet en question. Par exemple, l' ex tibétaine « mi-té », qui signifie exactement « ours-homme », a été rendue en anglais par « Abominable Snowman » sous la plume du lieut.col. Howard Bury qui dirigeait en 1921 la première reconnaissance à l' Everest.

C' est en août 1935 que j' entendis parler pour la première fois du « mi-té », alors que je séjournais au monastère de Thugolho, situé sur les rives méridionales du lac sacré Manasarovar, dans l' ouest du Tibet. Un berger tibétain, venu en pèlerinage de Markham ( Tibet oriental ) racontait qu' une de ses brebis avait été attaquée par un « mi-té » dans la vallée du Kyang Shou ( 4800 m .), affluent du Bramapoutra. C' était à la nuit tombante;les chiens se mirent à aboyer furieusement. Les bergers aperçurent un animal, qu' ils prirent d' abord pour un loup. Ils lâchèrent sur la bête deux coups de leur vieux fusil à pierre, à la distance d' en 100 coudées ( 45 mètres ). Les balles manquèrent leur but; mais l' animal s' enfuit, laissant la brebis saignée à mort. La bête courut d' abord à quatre pattes, puis elle se dressa sur ses pattes postérieures pour observer l' endroit d' où les coups étaient partis. Voyant un rassemblement d' hommes, elle disparut vers l' amont de la vallée. Lorsque l' animal se tenait debout sur ses pattes de derrière, il était de la hauteur d' un homme, de couleur brun-rougeâtre. Les bergers l' appelaient « mi-té ».

En juin 1937, j' entendis de nouveau parler du « mi-té ». Je campais alors non loin de la source traditionnelle du Bramapoutra ( Tamchok Kambab ). Un grand nombre de pèlerins nomades des provinces de Bougba et d' Amdo ( Tibet septentrional ), en route pour le lac sacré de Manasarovar et Kailas, s' étaient arrêtés au bord du fleuve. Au cours de la conversation, ils me dirent que cette région des sources du Bramapoutra abonde en gibier: yak sauvage, antilope du Tibet, chèvre sauvage, lynx, etc., et mentionnèrent incidemment avoir vu un « mi-té » dans la haute vallée du Koubi ( 5000 m .), un des principaux torrents formant le Bramapoutra. Un jour le « mi-té » avait assailli un de leurs moutons en train de paître, mais avait fui sous les aboiements d' une meute de chiens-bergers. Ils déclarèrent qu' on rencontre le « mi-té » en plusieurs endroits sur le versant tibétain des frontières du Népal. Ces déclarations, appuyées d' autres informations, tendent à prouver que pour les Tibétains le « mi-té » est l' ours rouge, une des trois variétés d' ours qui leur sont familières1.

Je n' ai jamais vu personnellement le « mi-té », mais j' ai recueilli tous ces renseignements de la bouche de bergers indigènes et de nombreux pèlerins tibétains venus des régions du Tibet central et du Tibet oriental confinant à l' Himalaya. Lorsque, dès 1950, en relation avec la plupart des expéditions himalayennes, les nouvelles sensationnelles sur l' Ignoble Homme des neiges devinrent le sujet numéro 1 des communiqués de presse, je priai quelques-uns de mes amis tibétains de la région de Manas de recueillir des renseignements de première main sur le sujet. C' est le résultat de cette enquête, reçu en juillet 1953, que je donne ici.

En février 1953, un « mi-té » s' approcha un soir du campement de Tomomopo ( 4500 m .) sur le Tag Tsampo, au sud-est du Manasarovar. Les bergers observèrent avec la plus grande curiosité l' animal déambulant dans la vallée du Tag, tantôt à quatre pattes, tantôt sur ses deux pieds de derrière. A cette époque de l' année, les vastes plaines du Tag sont sous la neige. C' est probablement ce qui poussa l' animal à s' approcher du campement des bergers en quête de nourriture végétale ou carnée. Les bergers étant en alerte, il ne trouva pas l' occasion d' emporter une brebis et disparut en amont.

Voici les détails fournis par mon informateur: les empreintes laissées par le « mi-té » sur le sol légèrement sablonneux mesuraient 11 pouces ( 0,28 m .) de longueur sur 5 pouces ( 0,127 m .) de large. Les pattes de derrière ont chacune cinq doigts, celles de devant quatre, du moins quatre seulement étaient visibles sur les empreintes. Les orteils mesuraient 1V2 pouce ( 0,038 m. ). Tous les orteils sensiblement de la même longueur, sauf le petit orteil, plus court. Debout sur ses pattes postérieures, l' animal paraissait un peu plus grand qu' un homme de bonne taille. La couleur varie selon les parties du corps, qui est recouvert d' une épaisse toison de poils d' un brun rougeâtre; ceux de la face sont assez longs.

Dix jours plus tard, lorsque les bergers remontèrent la vallée pour faire paître leurs moutons sur les alpages supérieurs, ils trouvèrent que les empreintes laissées par le « mi-té » sur la neige mesuraient 18 pouces ( 46 cm .), avec une largeur proportionnelle correspondante, mais sans aucune trace des orteils. Cette différence est due évidemment à la fonte de la neige sur le pourtour des empreintes.

1 Dans mon livre « Exploration in Tibet » publié par l' Université de Calcutta ( p. 111 ) et dans le volume Kailas-Manasarovar, p. 69, j' ai mentionné ces trois spécimens de la faune de la région Kailas-Manas, soit torn = ours noir, té = ours brun, et me-té ou mi-té = ours-homme, qui marche sur ses pattes postérieures, comme l' homme. La lettre r du mot « tre » se prononce si faiblement qu' on ne l' entend presque pas. Aussi, pour plus de commodité, je préfère employer uniquement la forme « té ».

Les bergers ajoutent que le « mi-té » attaque parfois le yak et même l' homme, quand celui-ci est seul. Dans la région de Manas, il hante surtout les sources du Bramapoutra et du Koubi. Tout comme le yak sauvage, il parcourt névés et glaciers. Dès que les neiges de l' hiver ont disparu, les rives de ceux-ci se couvrent d' une abondante végétation; arbustes, herbe, mousse, rhubarbe, tchampaedella ( pang ), etc. En fait, j' ai rencontré des fleurs jusqu' à 6000 mètres. Aussi la question ne se pose pas de savoir ce que le « mi-té » ou un autre animal peut aller chercher là-haut. J' ai vu de mes yeux des yaks domestiques creusant la neige de leurs sabots et déplaçant des pierres avec leur museau pour brouter l' herbe et ses racines.

On peut relever à ce propos que le « mi-té » ( ours rouge ), de même que le yak sauvage, le Kyang ( cheval sauvage tibétain ), le lynx, le léopard des neiges, le loup, l' ibex, le bharal, le ghural, l' antilope du Tibet, la chèvre musquée et d' autres animaux parcourent les glaciers en hiver aussi bien que dans les autres saisons, soit en quête de nourriture, soit simplement pour rôder. Ce n' est donc pas étonnant, ni un mystère, de rencontrer sur les hauts plateaux neigeux et sur les glaciers des traces de ces animaux. En fait, lors de mes séjours au Tibet durant les hivers 1935-1937 et 1943-1944, j' ai vu des traces de yaks sauvages, de loups, etc., se prolongeant sur des kilomètres. Même sur le versant indien de l' Himalaya j' ai vu durant mon séjour à Gongotri en 1934/35, l' ours noir, la chèvre musquée et le bharal se promener en hiver sur les champs de neige. Le « mi-té » marchant tantôt à quatre pattes, tantôt sur ses pattes postérieures, il est naturel que ses empreintes se présentent parfois en files simples, ou en doubles files, selon le cas.

De même, lorsque les empreintes ont été longtemps exposées aux rayons du soleil, il est naturel que leurs dimensions augmentent par suite de la fonte de la neige sur leur pourtour. C' est pour la même raison que les traces observées par Shipton, de la grandeur de celles d' un jeune éléphant, devaient être celles d' un lynx, d' un léopard des neiges ou d' un loup, agrandies par la fonte dans l' intervalle du moment où elles furent imprimées dans la neige et celui où elles furent relevées. Les empreintes dans la neige peuvent être effacées, oblitérées ou déformées, avec le détail des doigts, par le vent ou le blizzard.

Lorsqu' en 1941 je traversai le Khandosanglam, je rencontrai des empreintes géantes mesurant 0,53 m. Khandosanglam est un col à l' est du Pic Kailas; selon la tradition tibétaine, il ne peut être franchi que par les pieux pèlerins ayant accompli douze fois le tour de la montagne sainte de Kailas. Mon guide, du monastère de Diraphuk, m' informa qu' un lama de Kham y avait passé 25 jours avant nous. Les traces laissées par mon prédécesseur dans la neige profonde, élargies par la fonte au chaud soleil de juillet à la dimension de 53 cm ., s' allongeaient devant nous en direction du col. Un pèlerin crédule ou superstitieux les eût attribuées au grand yoghi himalayen, âgé de 1000 ans, ou à Asvathama, ou encore à Hanuman; elles auraient aussi bien pu être attribuées par quelque expédition himalayenne à l' Ignoble Homme des neiges, ou par un anthropologue à l' homme préhistorique constituant le lien avec l' homme moderne.

A ce propos, je dois rappeler que le colonel A. Waddell fut le premier occidental à signaler les empreintes du « mi-té » en 1899 au NE du Sikkim. Après lui, la plupart des expéditions himalayennes relevèrent des traces identiques à des altitudes variant de 3000 à 6400 mètres dans le Karakorum, les vallées de la Salouin et de Koulou, dans le Burma, le Garhwal, le Népal, le Sikkim et l' Assam, ainsi que dans les régions contiguës du versant tibétain. Toutefois la plus grande partie des renseignements touchant l' origine de ces empreintes n' étaient pas de première main, mais basés sur des on-dit, mélanges de mythes, de légendes, de superstition, d' imagination et d' exagération.

Les chroniqueurs des expéditions ont traduit « yé-ti » ou « mi-té » par abominable, ignoble, immonde, dégoûtant, répugnant. Voici le sens correct des termes tibétains: mi, mih, mé, meh = hommeti, té, teh, tré = ours kang, gangneigekang-mi = homme des neiges mi-gwe, mi-go = animal qui marche comme un homme. Ces mots désignent l' homme des neiges, c'est-à-dire l' ours dans les provinces d' Amdo et de Kham du Tibet chinois. Ils sont également employés dans les régions de l' Inde confinant à ces provinces.

yehda, yihda, yehté, yité ( yeti ) sont des termes équivalents désignant un être mythologique redoutable, avec un estomac gros comme une montagne. Ils s' appliquent aussi au mi-té, considéré comme une créature redoutable.

Les mots tibétains sont prononcés de façon très variable, à tel point qu' ils sont parfois impossibles à reconnaître. Relevons encore que les histoires fantaisistes, abracadabrantes concernant l' homme des neiges se racontent surtout sur le versant indien et non pas sur le versant tibétain. Il est fort probable que la première fausse traduction donnée en 1921 par Henry Newman du terme « méteh » ( dans « mé-teh kang-mi » ): sale, immonde, dégoûtant, répugnant, dont on a fait « abominable homme des neiges », est responsable du malentendu qui a prévalu depuis, et qui a induit beaucoup de chroniqueurs dans la même faute. Enfin, le fait que la chose n' a pas été discutée du côté tibétain, où les habitants ont une notion correcte de l' animal, a contribué à perpétuer l' erreur.

La terminologie donnée ci-dessus se réduit en définitive aux deux expressions « mi-té » et « kang-mi », qui signifient ours-homme et homme des neiges, désignant tous deux le même animal, et qui peuvent être employées l' une pour l' autre. Le prétendu abominable ou ignoble homme des neiges n' est donc pas autre chose que l' ours rouge de l' Himalaya. Tous les témoignages authentiques et irréfutables aboutissent à cette conclusion. Toutes les spéculations, hypothèses, exagérations, histoires fantastiques faites à ce sujet doivent être abandonnées.

Il n' est pas impossible que sur le versant indien de l' Himalaya on confonde le « té » ( ours noir ) avec le « mi-té » ( ours rouge ), et que ce soient les empreintes différentes de ces deux animaux qui ont embarrassé les membres des expéditions et les savants.

Pour autant que je sache, le « langour » ou singe à figure noire de l' Himalaya n' a jamais été rencontré dans la zone des neiges permanentes; on ne le trouve jamais au-dessus de la limite des forêts. Bien avant les premieres chutes de neige, il descend dans les régions plus chaudes. Les empreintes observées sur la neige par quelques-unes des expéditions himalayennes ne peuvent donc pas être celles des « langours ».

Je serais heureux si cette note pouvait contribuer à donner le coup de grâce aux controverses et théories absurdes sur la nature de l' Ignoble homme des neiges.

D' autre part, nous avons reçu de M. Robert Fazy, que nous remercions, la note bibliographique suivante sur cette question si controversée.

La plus ancienne mention paraît être dans J. D. Hooker, Himalayan Journal, London, John Murray, 1854, T. II, pp. 14/15. Explorant la région au sud du Kangchenjunga, Hooker fait allusion à une race d' hommes sauvages - appelés Harrum - mo, velus, vivant dans les solitudes1.

1 On trouve le récit de Hooker confirmé:

En 1891,ç3i WW. Rockhill, The Land of the Lamas, London, Longmans Green, 1891, p. 116, qui parle de « Hairy savages, hardly human » et qui suppose qu' il s' agissait de « bears standing erect », et en 1899, par L'«abominable snowman » apparaît, avec son nom caractéristique, 67 ans plus tard, dans le rapport sur la reconnaissance de l' Everest: Cf. Lt.Col. C. K. Howard-Bury, Mount Everest - The Reconnaissance, London, Edward Arnold and Co., 1922, p. 141. A plus de 20 000 p. d' altitude, on découvre des traces ressemblant à celles d' un pied humain. « Our collies at once jumped to the conclusion that it must be The Wild Man of the Snows, to which they gave the name of Meto-khangmi », the abominable snow man.

En 1922, Wm. Montgomery McGovern - To Lhasa in Disguise, London, Thornton Butterworth Ltd., 1924-a repris la « tradition » des snow men-k laquelle il consacre près d' une page - op. cit ., p. 98, et vis-à-vis de laquelle - par tempérament - il évite de se montrer sceptique. Il écarte l' idée d' un ours - inconnu dans beaucoup de régions tibétaines - et celle d' un singe.

En 1926, se place un curieux témoignage tibétain. G. A. Combe, A Tibetan on Tibet, London, T. Fisher Unwin Ltd., 1926, pp. 158/59, rapporte avoir, à haute altitude, à la frontière du Bhutan, trouvé, à son réveil, près d' une caverne, dans laquelle il avait passé la nuit « the prints of very large bare feet in the snow ». Des habitants, rencontrés en chemin, dirent immédiatement: « It was a migö », meaning « wild man ». Combe sceptique attribue les traces à un gorille, dont il y aurait beaucoup dans la région.

Le premier coup à la légende du«Mi-go»-«77ie abominable snowman » -fut porté par F. S. Smythe. Dans The Khangchenjunga Adventure, London, Victor Gollancz Ltd., 1930, pp. 83 et 84, il qualifie l' histoire du « snow man » comme une pure superstition - phénomène familier chez les montagnards - sans se donner la peine de chercher une explication aux traces trouvées dans la neige.

Sept ans plus tard, Smythe revient à la charge. Ayant trouvé, à 16 500 p. d' altitude, sur un col de l' Himalaya central, les traces « d' un large pied » - probablement d' un bipède - il interrogea ses trois sherpas. Sur leur affirmation catégorique qu' il s' agissait des traces d' un « Mirica », c'est-à-dire d' un homme des neiges, il leur fit signer une déclaration et prit les mesures exactes et des phographies des traces. A son retour, il soumit son dossier à la Société de Zoologie, dont les experts unanimes attribuèrent les traces à YUrsus arctus pruinosus.

Tout ceci est exposé, en détail, dans l' Appendix B - intitulé: Anthropology or Zoology with Particular Reference to the Abominable Snowmen, qui forme les pages 127-137 du Mount Everest 1938 de H. V. Tilman, Cambridge, The University Press, 1948.

Fort de l' avis de ses experts, Smythe triomphant sonna le glas de 1'« Abominable snow man ». La presse sportive accueillit ce verdict avec réserve. Plusieurs ascensionnistes expérimentés de l' Himalaya soulignèrent dans leurs rapports d' excursions aux hautes altitudes la découverte de traces qui ne pouvaient, selon eux, être celles d' ours ou de singes.

En 1937 intervint la fameuse Shaksgam-Expedition \ d' Eric Shipton, M. Spender et H. V. Tilman. Le récit en a été publié, par Shipton, sous le titre Blank on the Map. L' ouvrage contient un chapitre XVI, intitulé Legends, rédigé par Tilman. Après avoir relaté, op. cit. pp. 202/203, la découverte de traces, attribuées par les sherpas à un Yety, ou Snow man, traces qui, selon lui, ne pouvaient être celles d' un ours, qu' il s' agît de l' Ursus Isabellinus ou Pruinosus, Tilman conclut tout simplement « / have no explanation to offer, and, if I had, respect for ancient tradition would keep me silent. » Op. cit. p. 203.

L. A. Waddell, Among the Himalayas, Westminster, Archibald Constable and Co., 1899, pp. 223/24: « Some large footprints in the snow, were alleged to be the trail of the hairy wild men, who are believed to live among the eternal snows. » Waddell, avec son habituel bon sens, les attribue sans hésiter « to the great yellow snow bear - Ursus isabellinus ».

1 Eric Shipton, Blank on the Map, London, Hodder and Stoughton Ltd., 1938.

En 1939, une nouvelle expédition au Karakoram, dont le but était de compléter les résultats géographiques de la Shaksgam-Expedition, fut organisée sous la direction de Shipton. Parmi les participants se trouvait le Dr Scott Rüssel, excellent grimpeur, ayant fait ses preuves en Nouvelle Zelande, au Kenya et dans les Alpes, botaniste de profession.

Scott Rüssel a publié ses souvenirs de cette expédition dans Mountain Prospect, London, Chatto and Windus, 1946, pp. 147-242. Les pages 194-196 sont consacrées à Y«Abominable snow man »: Ayant trouvé et suivi des traces d' un Yeti, soit d' un « abominable snow man » suivant ses sherpas, et récolté des excréments témoignant d' une alimentation purement végétale, Scott Rüssel prit une série de photographies1. Sa conclusion, op. cit ., p. 196, est la suivante: « After returning to England, I sent a photograph of our Yeti track to a seat of high learning. They were identified as the tracks of Ursus arctus isabellinus, more simply the Red Bear. » Dans son compte rendu de Mountain Prospect, Himalayan Journal, XIV, 1947, T. G. Longstaff, asséna le dernier coup: « To revert to natural history. An uncompromising photograph of a footmark in the snow quite definitely reveals the, Abominable snow man'as a bear. Snowmen are about as authentic as the Alaskan bears round Mount McKinley, whose near legs are said to be longer than their off legs because they always traverse the slopes clockwise with the sun. » La question de Y « Abominable snow man », au moins pour tous ceux qui n' ont pas une expérience suffisante du tempérament impulsif, et souvent autoritaire de Longstaff, pouvait paraître définitivement tranchée.

Elle devait cependant rebondir en 1948: En dépit de l' autorité du « seat of high learning », consulté par Scott Rüssel et du verdict sans appel que le Himalayan Journal avait publié sans réserve, sous la signature de Longstaff, Fleet Street accueillit avec ironie la solution de Scott Rüssel. Devant les préocupations de l' heure, le silence se fit; mais il fut rompu en 1948, lors de la publication du Mount Everest 1938 2 de Tilman. UAppendix B, intitulé: Antropology or Zoology, with Particular Reference to the Abominable Snowman, reprend la question ab ovo 3, en la soumettant, pp. 127-137, à une enquête strictement impartiale.

La conclusion de cette enquête est résumée dans les sept dernières lignes de la page 137:

« I merely affirm that traces for which no adequate explanation is forthcoming have been seen and will continue to be seen in various parts of the Himalaya, and until a worthier claimant is found we may as well attribute them to the .Abominable snowman '. And I think he would be a bold and in some ways an impious sceptic who, after balancing the evidence, does not decide to give him the benefit of the doubt 4. » Conclusion: Devant l' opinion fortement documentée et motivée de Tilman, peut-être l' expert le plus compétent sur ce qui touche aux hautes altitudes de l' Himalaya, on doit reconnaître que la question de F«Abominable snowman » aboutit toujours à un non liquet.

1 Mountain Prospect, op. cit ., plate facing p. 196.

2 Mount Everest 1938, by H. V. Tilman, Cambridge, Univ. Press, 1948.

3 En faisant, toutefois, abstraction des témoignages de Hooker, Rockhill et Waddell, bien antérieurs au rapport de Howard Bury - cf. supra, p. 238.

4 J' affirme simplement qu' on a vu et qu' on verra encore dans diverses régions de l' Himalaya des traces pour lesquelles aucune explication adéquate n' a été apportée jusqu' à ce jour; en attendant une opinion plus convaincante, on peut tout aussi bien les attribuer à r«Immonde Homme des neiges ». Pour ma part, je tiendrais pour un sceptique osé et même impie celui qui, après avoir considéré et pesé les témoignages, ne mettrait pas cette créature au bénéfice du doute.

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