Noms de lieux alpins. IV. Esquisse toponymique de la Vallée du Trient

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

IV.

( Suite et fin. )

Esquisse toponymique de la Vallée du Trient.

Par Jules Guex.

Emosson et Barberine.

Emosson. En 1307 Musson, 1324 Mossoti. Vient de l' allemand Moos et désigne un terrain en partie marécageux.

Le Trémoille ( chalet supérieur d' Emosson ). Na rien de commun avec les Trémouille de France, qui sont des « lieux où croissent des trembles ». Jaccard le traduit par « au delà de la moule, du marais », ce qui est une erreur. Un tremoualyo est un chalet où l'on « remue », un synonyme de remointse. Dans les Alpes françaises, on dit: une mouande, et dans la Vallée d' Aoste: tra-mouail et tramail. Est formé des éléments latins: trans + un dérivé de mutare « changer ».

Follys ( Nant des...torrent des « feuilles », des buissons.

Drance ( Nant de... ). Prononcez: Dranfe = « ruisseau du cours d' eau ». Ce pléonasme montre que le sens étymologique de Drance est depuis longtemps oublié.

Les Perrons. Nom de sommet employé depuis fort longtemps, puisqu' il figure dans un acte de 1307: « usque ad chantellum dou Perron ». Signifie: sommet rocheux.

[La Rijaraie, c'est-à-dire fissure, défilé, gorge. ( C' est là qu' est établi le barrage. ) Barberine. En 1294 Barberina; en 1307 et 1324 Barbarina. Si ce nom a été donné à l' origine soit au hameau savoyard, soit à l' alpage, il doit être un dérivé, par le suffixe anus, du gentilice romain Barbarius et signifier « le domaine de B... ». Mais si c' est la rivière qui, la première, a porté ce nom, on pourrait y voir une forme parente d' autres noms de cours d' eau: Barbano, Barbanne, Barbouse, Barbiche, Barbarolle, etc., qui semblent renfermer une racine prélatine barba. La Barbarina signifierait « la babillarde ».

En 1242, le métrai ( président ) de Salvan, Pierre-le-Jeune, réussit à se faire céder par l' abbé de St-Maurice, moyennant redevances, l' alpage de Barberine et porta, comme nom de famille, le nom de sa propriété. Ses descendants vivaient encore en 1435, puisque un Rolet Barbarin, de Salvan, fut accusé d' hérésie et condamné à une pénitence de sept ans à l' abbaye de St-Maurice.

[A Genève] prononcez: a dzenèva. Nom de l' emplacement de l' ancienne cabane, construite en 1898 par la Section de Jaman, et submergée en 1925.

— C' est peut-être un souvenir de la cession de Barberine à des Salvanins par Guy et Thomas Tavel, citoyens de Genève. L' acte de 1294 a été publié dans les Mémoires et documents de la Société d' histoire de la Suisse romande ( tome XXX, p. 450 ).

[Les Ouèdes.] Nom de la plaine d' alluvions avant la création du lac. Le patois ouedo signifie « vide ». Donc, terrain sans herbe pour le bétail.

Ci-après, et sans commentaire explicatif, je donne quelques noms de lieux-dits de Barberine. Ils ne figurent pas sur la carte. Quelques-uns sont sous l' eau, mais ils méritent de n' être pas oubliés de ceux qui les ont entendus, comme moi, dans la bouche des bergers: Le Véla, l' Etreg du Veld, le Plan des Cheyes, les Conches, les Tzejeris, Pâ d' avau, Vatzeret aux modzes, La Bletassière ( sous l' ancienne cabane ), Nant des Inviés, Plan des Peuyires, Plan et Barma du Tové ( tuf. ), Sex du Dzenevrè, Gorge de la Grande-Eglise, les Ouédettes, etc. On en trouvera d' autres encore dans l' excellente étude de M. Denis Coquoz: Esquisse géobotanique du plateau de Barberine, paru dans le Bulletin de la Murithienne.

Nant du Poteau ( Peleau surla carte S. ). A Finhaut on prononce: Poteau: à Salvan: Potûeu. On peut se demander si cette forme énigmatique est apparentée kpoteu ( Bagnes ), qui signifie « impasse où s' engagent les chèvres ».

— Comparez Poteu du Mio, à l' est de Derborence, et [Pota de Sex rouge] près de Fenestrale.

Fontanabran ( Pointe de... ). Le nom de cette sommité lui vient du plateau qu' elle domine et où se trouvent un petit lac et de belles sources. Jaccard croit y reconnaître un mot gaulois bren, bran«ordures, excréments » et traduit Fontanabran par « source boueuse, limoneuse ». Je préférerais de beaucoup l' interprétation suivante: Fontaine à Abram. Ce nom d' Abraham se retrouve dans d' autres lieux-dits: En Combe Abram ( Ollon ), Le Champ d' Abram ( Grône ), etc. Qu' on se rappelle La Fontaine à Moïse, sur le sentier de Van à Salanfe, Fontane à David ( St-Légier ), etc.

Arête de Léchaux. Nom défiguré par la carte. Il faut lire Les Chaux tout court, dont chacun connaît la signification.

Tour Sallière. Nom très ancien. Dans des actes de 1438 et 1572: Tunis Salliet; en 1780 Tour Saillet. Cette racine Sai semble devoir être rapprochée du groupe Salanfe, Sallantse, Salanlin, lieux très voisins. Ne serait-ce pas plutôt une forme patoise: saliète ( du latin salita ) « saillie, pointe »?

Mur et Pointe des Rosses. A expliquer par roches, et non par l' adjectif rousses.

Ruan ( Mont... ). Rien de commun avec Ruan ( Indre-et-Loire ) et Rouen, qui représentent le gaulois Ralomagos. La prononciation locale Rouyan semble interdire un rapprochement avec le français rouan, l' espagnol roano ( latin ravidanus ), dont la signification « gris » eût admirablement convenu à ce mont calcaire. Jaccard est-il plus près de la vérité quand il voit en Ruan js^v, un dérivé de ruga « sillon, ravines », qui signifierait « mont raviné » et serait un frère de la Ruinette?

Tanneverge, prononcez Tèneverdze. Nom savoyard qui ne rentre pas dans le bassin hydrographique du Trient. Je saisis ce prétexte pour esquiver la lourde tâche de l' expliquer.

Têta perfia. J' ai entendu à Emosson un nom un peu différent: le Se parfiâ, « le rocher percé », où l'on retrouve cette correspondance d' une / patoise avec le c français, trait caractéristique des patois bas-valaisans et savoyards.

Les Bletteys. Nom fréquent qui signifie habituellement « lieu où croît la blèta », herbe piquante des hauts pâturages, que les botanistes appellent festuca ovina duriuscula. C' est Yaeudena de l' Entremont. Toutefois un autre mot patois, bleta, a le sens de motte de terre gazonnée.

Bas des Cavales. Bas = col. Quant à Cavales, j' hésite à le traduire par son équivalent français. A rapprocher de col du Clôt des Cavales, près de la Meije.

La Feniva. Selon Jaccard, pourrait être un dérivé de fin.

Charmoz ( aiguille de... ), située au sud-ouest des Perrons. Prononcez Tsarme. Même nom que les Charmoz du Montanvers. Ne vient pas de chamois, comme on l' a prétendu ( chamois se dit tsamô en patois ). C' est une des nombreuses formes du calmis gaulois, devenu chaux, tsô, tsâ, tsarme ( Zarmine; Tsarmôtâne = Chermontane ), etc. L' Aiguille de Charmoz doit son nom aux tsarmes, c'est-à-dire aux chaux savoyardes de son flanc sud-est.

La Veudale. La carte Siegfried en fait à tort un sommet. Ce nom désigne les côtes et vallons avoisinants. Prononcez Veudâle ou Vaudâle. Mot disparu du patois actuel. M. D. Coquoz le traduirait volontiers par vallon. Même nom, près du Pas d' Ancel ( Champéry ), sous la Pointe Ronde ( entre le col de la Forclaz et la Giétaz ) et, sous la forme Veuvalle, près de la Vare. Jaccard en cite plusieurs autres.

Le piémontais vauda « champ désert » ( et peut-être le nom du canton de Vaud ) a pour origine le germanique Wald. Il se pourrait qu' il en fût de même pour nos Veudâle, Vaudâle, et Veuvalle qui désignent des terrains pierreux, déserts, sans beaux gazons, et souvent ravagés par es avalanches. Ce n' est pas l' opinion de Jaccard, qui prétend les expliquer par le mot patois vaudai « sorcier, diable ». Ce sont pour lui des localités mal famées, où se tenait la chette, le sabbat des sorciers.

Vaudai « sorcier, diable », qui a pour dérivés vauderie et vaudezi « sorcellerie », n' est, on le sait, que le nom des Vaudois du Piémont, secte ainsi appelée parce que son fondateur était l' hérétique Pierre Valdo. De vaudois « hérétique », on a passé facilement à vaudai « sorcier, diable ». Je rappelle que le nom de la vaudaire ( notre fœhn ) n' a rien de commun avec vaudai « sorcier », quoiqu' on l' ait souvent répété. Ce beau nom signifie: vent « de la vallée » et autoriserait peut-être un rapprochement avec le sens que M. Coquoz donnerait à nos Veudâle et Vaudâle.

Neverset, ou Arvassey, ou Arevassey, ou encore Aversey. Jusqu' en 1886, la carte Siegfried appelait Neverset les terrains situés entre le plateau de Barberine et le Glacier de la Finive. Un vieillard de Finhaut, âgé de 84 ans, longtemps berger à Emosson, a employé cette forme devant moi sans que je la lui aie suggérée d' aucune façon, et il m' a affirmé que c' était la prononciation correcte; mais il ne trouvait aucune signification à ce toponyme, qui reste à mes yeux indéchiffrable.

Mon très compétent informateur des Marécottes, M. D. Coquoz, m' assure qu' il faut dire Arvassey, et, à son avis, il y aurait une parenté entre ce nom et celui de la rivière savoyarde, Y Arve.

La carte Siegfried, revisée avec grand soin par le regretté Ch. Jacot-Guillarmod, semble donner en partie raison à M. Coquoz, puisqu' elle porte Arevassey, que je ne me chargerais pas davantage d' expliquer x ).

Mais la question de la prononciation authentique n' est pas résolue à mes yeux. En effet, il y a plusieurs années, à Barberine, j' ai entendu désigner ces lieux par la formule: in averse ( in patois équivaut à: dans, à, chez ). Enfin, tout récemment, j' ai vu aux archives de Salvan un plan cadastral, daté de 1874, où on lit nettement Laversey, soit l' article V et le mot aversey. Comme cette forme est la seule qui me semble comporter une explication, je l' adopte, à mes risques et périls, et m' excuse de la longueur de cette discussion. Mais que signifie cet aversey? Le centenaire du Romantisme fera peut-être paraître acceptable mon hypothèse. La voici: le latin adversarium, qui nous a donné le mot savant adversaire, avait pris en vieux-français la forme populaire aversier, dont la signification était: l' ennemi, le méchant, le DiableOr, le suffixe français ier correspond presque toujours à une terminaison patoise en ey ou è. La phonétique serait satisfaite. Et la raison l' est aussi: ce nom de « Chez le Diable » conviendrait fort bien à ces éboulis morainiques, tout bouleversés par de nombreux ruisseaux. Enfin les prononciations Arevassey et Arvassey seraient une légère déformation facilement explicable, qui montre même un certain parallélisme avec des formes dialectales italiennes arvsdri et arvsdria, venues de Y adversarium primitif, et signifiant aussi le Diable.

Que mon hypothèse soit hasardée, j' en conviens sans peine, car cet aversey ( diable ) n' a pas encore été attesté, que je sache, dans nos patois romands. Je serais heureux qu' il pût se joindre aux pittoresques appellations de Satan que Juste Olivier avait notées dans le canton de Vaud: Lo Grabbi, « l' avare »; La Bite à crotse, « la bête à griffes »; le Niton, « le rusé »; Lo Tannay, « l' habitant des cavernes »; L' Ozè, « l' oiseau »; Lo Mâfi, « le malfaisant »; Lo Tofrou, « celui qui est toujours dehors »; l' Andze a grifa, « l' Ange à griffes ».

Digression.

Mon ami Jean-Jacques aime la montagne avec passion. Quand vient l' arrière, il ne peut se faire à l' idée que la saison des courses est passée, et, si la neige n' a pas encore recouvert les hauts pâturages, il part tout seul pour cueillir quelques-unes de ces fleurs que le doux soleil d' octobre fait parfois refleurir: anémones vernales, gentianes acaules ou violettes à éperon.

Il y a quelque vingt-cinq ans, un samedi de la Toussaint, il descendait du train à Vernayaz, vers midi, projetant de coucher à Barberine et de revenir le lendemain par Emaney. Aux Marécottes, un verre de fendant offert par un ami lui donna des jambes. Vers la Bouffa, il regarda le Rocher du Trésor, puis le ciel, qui s' assombrissait toujours plus. A Fenestrale, les chalets vides avaient un air inquiétant et sournois. Plus loin, il se pencha au bord du chemin, au-dessus des Golettes, et vit la croix qui indique le lieu où la mort attendait un jeune skieur vaudois. A la Gueula, sous le ciel toujours plus noir, la vaudaire hurlait autour des Six-Jeurs: la nuit allait venir. Depuis trois longues heures, il n' avait pas ouvert la bouche. « Si j' avais au moins pris mon chien! se dit-il. En avant! tout de même! Il y aura bien quelque braconnier à la cabane. Le „ Borgne " de Salvan doit courir les chamois vers Tenneverges. » A Emosson, il fait bien noir. Autour du petit oratoire, on dirait des voix, des chuchotements... « Dzan-Dzaquè, t' as pouair de vè de pourèz arme in voyadzin solet de ni! »... Et Jean-Jacques songe aux « Pénitents » condamnés à danser toutes les nuits là-haut, pour avoir trop dansé au Carnaval; mais il n' a pas de scapulaires, ce « tavillon devant » et ce « tavillon derrière » qui rendaient invulnérable l' Emile de la légende... Malgré le vent contraire, il semble que des mains noires, des papillons plus noirs encore se dirigent en colonnes vers la Gueula, car, dans la nuit de la Toussaint, les âmes pénitentes peuvent, pour quelques heures, quitter leur lieu d' exil et assister aux offices du Rosaire, où elles chantent leurs psalmodies que personne ne comprend.

Au défilé de la Rija, obscurité complète. Impossible, avec cette maudite vaudaire, d' allumer la lanterne. « En avant! je connais le chemin. Dans vingt minutes, je suis à la cabane. » — La voilà! Pas de lumière. La porte grince, mais le vent la rabat. Un hâtif repas dans le refuge froid. Puis il hésite à éteindre la lampe. Il se rappelle les veillées avec le bon gardien, l'«argentiane » de l' ami Lonfat. Mais ce soir... « Allons! au lit! Tu as quarante couvertures. » Le sommeil ne vient pas, l' imagination s' affole. Il pense aux méchantes fées de la Tanna des Combasses, à la Synagogue de la Châ, aux sorciers de la Vaudâle, à « ceux de Sixt » qui, survolant le Bas des Cavales, sont venus rejoindre « les Autres ». Et là-haut, tout près, dans les sinistres pierriers de la Finive, l' Aversey ricane... La porte bouge, comme si l'on entrait... Jean-Jacques ne dormit guère.

Mais revenons à la toponymie: c' est une science de tout repos.

De Gueuroz aux Jeurs.

( Rives droites du Trient et de l' Eau. ) Les Charfaz. ( Têtes rocheuses, sans arbre, à gazon ras, du haut desquelles les Salvanins de la Vieille Suisse fusillèrent les radicaux de la Jeune Suisse, qui essayaient de franchir le Trient, lors de la guerre civile de 1844. ) Prononcez Tsârfa. Peut-être du latin calva « tête chauve, crâne ».

Gueuroz. En 1864, Eug. Rambert écrit: Gueuroz. La carte Dufour: Les Jeurs, en 1875. De 1900 à 1920 environ, on lit sur la carte Siegfried Guerra. Prononciation locale: ghyeure, que je traduis par « gorge », du latin gurgus, « où les eaux tourbillonnent ».

Scinglio. Nom fréquent sous des orthographes diverses. ( Voir notice Sangla dans mon Esquisse loponymique du Val de Bagnes; Les Alpes, janvier 1930. ) Jeur Bourleya = forêt brûlée ( à la suite de quelque incendie et non pour des défrichements ).

La Taillât, dérivé de tailler; « taillis » dans le sens de clairière. L' île a tsamôl' île au chamois.

[Le Tsatelanpropriété du « châtelain » ou grand-juge ( clairière sous la Crettaz ).

La Crettaz = crête; latin crista.

Le Revi = revers ( terrains orientés au nord-ouest ).

La Cerniat, voir plus haut Cergneux.

La Soulze. Prononcez Choutse, qui représente la forme plus française suche, d' un radical prélatin suc, signifiant hauteur rocheuse arrondie, ce qui convient parfaitement à notre Soulze. ( Bridel traduit Soutze par pointe de roc sortant de terre. ) La Saufaz — nom d' une forêt, prononcé Chauffa, que je ne saurais expliquer.

Planajeur ( voir même nom plus haut ).

Litroz, mieux: L' Itro. En 1342 Lestrio ( orthographe contestable ), anciennes cartes Leytroz. Le mot Uro, employé dans la Vallée de Bagnes, par exemple, signifie « chalet où l'on fait le fromage » et « logement ». Selon Bridel, « chalet des alpes ( alpages, réd. ) les plus élevées, diminutif d' étrabllo ». Selon Jaccard, « vieux-français estre: emplacement dans un lieu ouvert, parent du latin exterus, étranger, lointain ». L' étymologie proposée par Jaccard est juste, mais sa traduction trop compliquée. Le vieux-français estres est devenu les êtres, qui équivaut aujourd'hui à maison, après en avoir désigné l' extérieur, puis l' intérieur ( latin extera, ou exterum; en patois Uro, êtro « devant de la grange, aire, puis logement, maison » ).

La Freisa, latin prehensa = la prise. En patois vaudois et valaisan, signifie « récolte, ferme ou domaine affermé, haut pâturage ».

[Le Maupasmauvais pas ( sur l' ancienne route de Trient au Châtelard, au-dessus de la Tête-Noire ).

Le Fayat = lieu où croissent des hêtres, des foyards ou fayards ( dérivé du latin fagus « hêtre » ).

Le Troulero vient d' un vieux nom de famille valaisan: Trollere, Trolero. En 1351, un nommé Trolero figure dans la liste des hommes de Martigny qui se placèrent sous la sauvegarde et protection du comte de Savoie. Un de mes vieux amis de Trient prétendait un jour expliquer Troulero par trou du larron. « Autrefois, me disait-il, demeurait en ce lieu un seigneur qui, jouissant du „ droit d' épave ", multipliait les morts fortuites sur la route, afin de s' emparer des vêtements et valeurs trouvés sur les cadavres de ses victimes. » Cette histoire me paraît trop ingénieuse. Comme disait le plus spirituel des Neuchâtelois, Philippe Godet, je me méfie de confiance!

Les Jeurs. En 1351, les Jours. Prononcez djyeu = les forêts, les bois.

Le Tacque, prononcez tatchietselon Jaccard. Le patois taise « clou » a un dérivé tatchyè « cloutier », qui expliquerait ce nom d' une manière satisfaisante. Je me souviens cependant d' avoir entendu dans mon enfance un mot vaudois talsé ou tadié, dont le valaisan lakè ( Vionnaz ) serait peut-être une autre forme. Nous l' employions comme un terme de mépris, en lui donnant le sens de « mal bâti, nain, idiot ». Expliquerait-il mieux le nom de ce hameau, habité, peut-être, il y a bien longtemps par un idiot difformeJaccard dit que ce hameau est sur un crêt très escarpé, ainsi nommé par analogie avec un clou pointu.

Le Cretton. Nom de famille très répandu dans la région de Trient et des Jeurs. Diminutif de crêt.

La Griba. Signification inconnue.

[Le Vané à l' Alemanrocher à l' Allemand.

[Balacomba.] Ecrit de la sorte dans un document de 1351 = belle combe.

Le Molard = colline, butte, éminence arrondie. Les Preises. Voir plus haut la Preisa.

Les Lantzes. N' a rien de commun avec les lavanchex, lavinizié, dérivés d' avalanche, du latin labinca. Vient d' un mot prélatin lanca, qui signifie « prairies en pente » et parfois « couloir rocheux ». ( En patois vaudois: lanche. C' est l' orthographe des cartes actuelles. ) Catogne ( alpage de... ). Le même nom désigne un autre alpage, et la montagne bien connue qui le domine ( région de Champex ). Catogne semble dériver d' un nom d' homme gallo-romain, * Quatof ?), comme les nombreux noms de lieux valdôtains terminés par ogne: Issogne, Bourogne, Liuerogne, Mise-rogne, etc. Jaccard croit y reconnaître le suffixe dépréciatif ogne et une racine cat, de la famille de caput « tête ». Mais ce * catonius eût donné en patois Tsétogne ou Tsatogne. Enfin Bridel dit qu' en Valais une hotte est parfois appelée catogne. Je crois que c' est une erreur 1 ).

Les Esscrts = terrains défrichés. Les Bourloz. Voir plus haut.

Sur le Sex = sur le rocher.

La Ména = la mine. ( Ancienne mine de fer. ) La Treutse à l' Aille. Prononcez Treutse à l' Aye = truche à l' aigle. Truche veut dire « sommet rocheux ». Bridel le traduit par « cavité, fissure de rochers où nichent les corneilles ». Il prend des formes très diverses: Troutze, Trouss, Tourtze, Torche, Tourche, etc. A rapprocher des Truc de la Vallée d' Aoste et du Dauphiné, qui seraient, dit M. A. Dauzat, une altération de tue, « hauteur arrondie », qu' on retrouve dans tout le Midi, surtout le Sud-Ouest de la France. Tue lui-même serait une variante de eue, assez fréquent avec la même valeur dans la toponymie méridionale, en Corse et dans l' Italie du Nord. Enfin ce eue prendrait ailleurs la forme zuk, suc, base des Suche ( voir plus haut Soulze ), Suchet, Sucheron, ancien nom du Chasseron. Cette racine ( truche, truc, tue, eue, suc, suche ) appartiendrait à une langue très ancienne, antérieure au celtique 1 ).

De la Tête-Noire au glacier des Grands.

( Rive gauche du Trient. ) La Jeur = la forêt.

[La Jiirlu. | Le latin berula, vieux-français berle, « cresson de fontaine », explique les noms Bierlaz ( Ormonts ), Berletla, Berley, etc. Cependant, dans la Vallée du Trient, le patois n' emploie pas, ou n' emploie plus la forme birla, très vivante ailleurs, à Hérémence par exemple.

Les Revenettes = forêt coupée par de « petites ravines ».

Le Praillon = le petit pré.

Le Peuty. Même nom que les Peutex ( Marécottes ) expliqué plus haut.

Le Lavanché. Même nom que le Lavanchex, « couloir d' avalanches ».

La Chcnaletta = ravin en pente très déclive où coule un ruisseau. Diminutif de cheneau, chenal, Zinal.

Les Tseppes. Selon Jaccard, du latin cippus « souche, branche ». Cette étymologie me paraît très discutable. ( Voir plus haut Tseppelets. ) La Carrayè = la Carrée; latin quadrata.

Van et Vannelot = sommet rocheux. Comparez les Vanils ( Gruyère ), Vanels, etc.

La Coûta = la côte, le coteau.

Nant noir = torrent noir, à cause de la nature du terrain ( schistes ardoisés ).

L' Arolette = petit arole. Sur d' anciennes cartes Siegfried, on pouvait lire: la RollettaU Balme ( col de... ). Le grand alpage de Balme, sur territoire savoyard, a sans doute donné son nom au col voisin. Balme, barme, baume signifient, on le sait, grotte, rocher surplombant. Mais je pense qu' ici c' est le nom de famille très connu « Balmat », qui fut donné au pâturage.

L' Eudeï ou Odeï. De très notables différences dans la prononciation locale actuelle de ce nom et l' absence de formes anciennes m' interdisent de proposer ici une hypothèse qui m' avait paru autrefois très plausible. Je me réserve d' y revenir si quelque document ancien la confirmait et je remercie M. Ph. Farquex, l' érudit archiviste de la Maison du Grand-Saint-Bernard, à Martigny, qui, avec une complaisance extrême, a spontanément fait une enquête pour moi, mais en vain, aux archives locales.

[Bois Magninbois de Magniti ( nom de famille, dont l' origine est le nom commun: magnin « rétameur, hongreur » ).

Tsanton des Aroles. Tsanton ou chanton, forme patoise de canton, a gardé le sens primitif du mot français: petit territoire ( latin cantonem ).

Les Herbagères, prononcez: les herbadzire = herbages, pâturages.

[Plan des Cercles] ( nom des chalets que la carte Siegfried appelle par erreur les Petoudes d' en bas ). Prononcez çarhles, avec un hl bagnard. On y exploitait autrefois de beaux mélèzes dont on faisait des cercles pour la bois-sellerie.

La Remointze = chalet où l'on « remue », quand on change de pâturage. Synonyme de tremoualyo, expliqué plus haut. Dans un acte de 1306, ce joli mot patois est bizarrement latinisé sous la forme remuamentum. L' éty doit être remutinca 1 ).

[Tsanton de l' Adosset Sur d' anciennes cartes Siegfried, on lisait: la DocetUI Adosset est un diminutif de ados, adou, qui signifie: renflement de peu d' étendue au commencement d' une pente, d' où: endroit abrité contre le vent, bien exposé au soleil. C' est un composé du mot dos et le substantif verbal du verbe adosser, qui, sous la forme s' adosser, prend le sens de s' abriter2 ). Près du Trient, un lieu-dit s' appelle Y Adou de la Byolle « l' ados du bouleau ».

La Dzornevetta. Aujourd'hui, nom du torrent émissaire au Glacier des Grands et affluent du Trient. Diminutif de dzorniva, qui signifie « journée », mais dans le sens de « repas quotidien du troupeau ». Dzornevetta, « petite journée », désignait donc à l' origine un morceau de pâturage où le troupeau ne trouvait qu' avec peine sa nourriture d' un jour. Plus tard, le torrent a pris le nom du terrain avoisinant. A Emosson et à Emaney, ce même nom de Dzornevetta est employé pour désigner un morceau de pâturage où le troupeau n' a qu' une « petite journée », c'est-à-dire un médiocre repas journalier. Chose curieuse: à Emaney, c' est aussi un lieu voisin du torrent, à l' entrée du pâturage.

Plan Foyer. Prononcez foyi = Plan feuille, c'est-à-dire: des buissons.

Les Grandes Autannes ou Grandes Outannes. Prononcez Outâne. jourd' hui nom d' un sommet situé à la frontière franco-suisse, à la limite supérieure de la « montagne » des Grands. Sur les cartes françaises, on lit les Hautes Autannes. C' est bien à tort qu' on a donné ce nom de Grandes Outannes à un sommet: il appartenait autrefois à tout le pâturage appelé jourd' hui les Grands. En effet, il y avait sur la rive gauche de la Dzornevetta les Grandes Outannes ( actuellement les Grands ), et sur la rive droite les Petioudes Outannes, devenues plus tard les Petoudes, tout court.

Quant au mot outannes, autannes, je le considère comme la forme prise, dans plusieurs patois valaisans, par l' adjectif latin auguslanae, « du mois d' août », qui accompagnait les mots alpes ou « montagnes ». Il a pris le sens de pâturages où les vaches paissent en août, au milieu de l' estivage. En Gruyère, près de la Dent de Brenleire, le même mot s' orthographie Oussannes ou Outhannes ( avec th. anglais. En 1459, Ostannaz ). Ailleurs, c' est Ottanes, Otane ( dont Tsarmotane ou Chermontane est un composé)1 ), ou encore, au masculin, Autan, Otans, Outans. Une forme provençale de même étymologie, avousten, signifie: qui fleurit et mûrit en août.

A propos de cette forme aulanne, je voudrais signaler au passage l' inexac de nos cartes pour deux noms qui y sont apparentés:

1° En 1868, la carte du C.A.S. appelle Composana le chalet supérieur de Tracuit, sur Zinal. La carte Siegfried de 1906 porte Combasana. Celle de 1925, Composana. Enfin, le Guide des Alpes valaisannes de Dübi, de 1922, écrit: « Chalet de Combasana; Composana pour les habitants de Zinal. » Pourquoi tant d' hésitations et de contradictionsEn février et mars 1930, à ma demande, M. Eugène Monod, rédacteur à Sierre, a bien voulu faire une enquête sur place. En voici les résultats très précis, dont je le remercie vivement: à Chandolin, on prononce Comp — ôthane ( avec th anglais et an légèrement nasal ); à Ayer, Comp — ohane ( avec h aspirée ). Or, on sait que dans les patois d' Anniviers et d' Hérens, un st latin entre voyelles devient soit th anglais, soit h aspirée. ( A Evolène, le nom de la ville d' Aoste, en latin Augusta, se dit Otha, avec th anglais. ) Donc, ce Compôthane, que nos cartes pourraient orthographier de la sorte, représente une forme primitive Cumba augustana « Combe d' août ».

2° On connaît, sous le col de Torrent, le charmant lac de Zozanne. Jaccard l' explique ainsi: lac de la chaux saine. C' est faux. Chaux se dit tsâ ou châ dans cette région, et saine aurait la forme châna. Ecoutons les prononciations locales, que M. Monod a bien voulu noter. A Grimentz, on dit: lac des Òhane ( h aspirée et an nasal ). Le cadastre porte Ohande. On entend aussi: Ôjane ( an nasal ). Là encore, derrière ces prononciations locales si particulières, le linguiste reconnaît un st latin entre voyelles, donc une forme primitive Augustanae, qui est celle de nos outannes, autannes, etc.

Enfin, il est intéressant de noter que ce nom du mois d' août se retrouve dans celui d' un alpage de Moiry: Fêta d' août; dans un lieu-dit situé à l' est du Grand-Chavalard, Luy d' août; dans le curieux hybride romano-germain: Autannazgrat, près du glacier du Wildstrubel; dans les Augstbord et Augst-kummen du Valais allemand. Ce dernier nom a exactement le même sens que Compôthane « combe d' août ».

Aux yeux des alpinistes, ce sont là, j' imagine, les plus beaux reflets de la gloire du grand i¾' us, Imperator de Rome.

Des noms des autres mois de l' année, mai seul, dans son dérivé mayen, joue un rôle assez important dans la toponymie de nos Alpes.

Beron ( Glacier, Croix et Pointe de... ). Peut-être nom de famille: Bron( ?).

Pointe des Grands. Javelle l' appelait Calotte aux chamois. Les Pesseux = pissoirs.

De Litroz au Plateau du Trient.

( Rive droite du Trient. ) [Les daillè rotèles pins rompus. L' Agreblole houx. Latin acrifolium.

Paneyrossa. Nom des pierriers et parois sud de l' Arpille. Latin pannella russa « paroi rouge », à cause de la couleur des rochers.

Forclaz ( col de la... ). Autrefois Mont Forclaz. Latin furcula « petite fourche », c'est-à-dire petit col. Prononcez: Forcle.

[Le Fort.] Ce nom est le seul vestige de la redoute et de la muraille percée d' une porte, dont de Saussure vit encore quelques ruines, à quelque cinq cents mètres de la Forclaz, sur la route qui conduit à Trient.

[Les Plinesles planes ou érables ( un peu plus bas, sur la même route ). Le Biolley = lieu où croissent des bouleaux.

Le Gilloz. Prononcez Dzîlio. Comme les deux suivants, nom d' un quartier de Trient. Probablement nom de famille. Un acte de 1348 mentionne des Gilliot dans cette région.

Le Tissot. Autre nom de famille, cité en 1351 déjà. C' est l' équivalent du français tisserand.

Le Planet = le petit plan, c'est-à-dire le petit plateau.

Le Trient. En 1298 Triens. Prononciation actuelle Treyein ( avec e muet ). A l' origine, nom du torrent, puis de la vallée, enfin du village. Remarquez que le Triège s' est longtemps appelé Petit Trient.

Jaccard croit y reconnaître le mot trident et ne tient pas compte du fait que le trident se dit en patois de la région: la trin. Puis il rapproche notre Trient du nom de la ville italienne Trente ( latin Tridentum ), que les Allemands nomment Trient. Cette hypothèse ne me satisfait guère, cherchons autre chose.

Quelle est la caractéristique de ce cours d' eau? Qu' est qui, de tous temps, a dû frapper l' imagination des hommes qui le franchissaient entre Vernayaz et Martigny? Sans aucun doute, c' est la gorge profonde de plus de 200 mètres qu' il s' est creusée; c' est le travail patient de ses eaux qui ont usé, broyé, frotté les roches cent fois millénaires. Or, une racine indoeuropéenne: tr, trei, tere, renferme cette idée de broyer, creuser, user, perforer, affaiblir par le frottement. C' est elle qu' on retrouve en grec dans les verbes teiro, tribo, truo, dans les adjectifs tèrus, terèn; en latin dans le verbe tero ( participe passé tritus ), dans la préposition trans; en celtique dans l' adjectif moyen-irlandais treith, triath « usé, affaibli, faible »; en français dans taret, tarière, et jusque dans les mots savants modernes: triturer, détritus, détriment, par exemple.

Par conséquent, y imagine une forme primitive * Tritincus, formée de la susdite racine: Trit, suivie du suffixe incus, que les Celtes et les Gallo-romains avaient hérité des Ligures et qui se retrouve, le plus souvent au féminin: inca ( d' où entze, intze de Navisentze, Printze ), dans un grand nombre de noms de rivières. Ce * Tritincus latin aurait été un adjectif, accordé en pensée avec un substantif masculin: riuus « torrent » ou fluvius « fleuve ». Et je conclus: le Trient pourrait signifier: le cours d' eau qui broyé, qui use, qui creuse profondément son lit.

Mais, si fier que l'on soit d' une hypothèse qui paraît plausible, on conserve toujours quelques doutes. Aussi, dans mes perplexités, me suis-je adressé à M. le professeur J. U. Hubschmied ( Kusnacht, Zurich ), un des meilleurs connaisseurs de nos noms de rivières suisses, souvent si anciens. Avec sa complaisance habituelle, il a bien voulu me donner une réponse d' un puissant intérêt. La voici:

« En Suisse, les noms des rivières de quelque importance sont d' origine préromane, celtique. Et les Gaulois qui les ont nommées n' avaient pas la mentalité rationnelle de l' homme moderne: ils dénommaient les rivières moins d' après leurs traits caractéristiques qui tombent sous les sens, que d' après les êtres fantastiques dont ils peuplaient, animaient toute la nature et, plus spécialement, les eaux. Un très grand nombre de noms de rivières d' origine gauloise remontent à des noms gaulois de dieux et de déesses qu' on se représentait sous forme humaine ( par exemple Matrona „ la mèreMarne, Meyronne ), ou sous forme d' animaux ( parfois d' animaux fantastiques ): par exemple gaulois * garulatin grus „ la grue " ) d' où Ger, Gier, ou avec un élargissement — no —: * garuna, garunna „ la grue ", d' où Garonne, Gironde, etc. Ces démons étaient censés hanter les fleuves.

Chez les Grecs, Triton, fils de Poseidon, est un dieu puissant de la mer, mais aussi le nom de plusieurs rivières, ruisseaux, lacs. Le radical de Triton se retrouve chez les Hindous et chez les Celtes: en indien, Tritas est un dieu des eaux; en irlandais, le nom du dieu est devenu le nom de la mer: triath ( d' une forme plus ancienne * trijatôn ).

Je suppose que le Trient remonte à un dérivé gaulois de ce radical trlt ou trijat —: à une forme * Trîtentios ou * Trijatentios, nom d' un dieu qui hantait la rivière. » Cette belle hypothèse, où la poésie s' allie à la psychologie la plus fine et à la science la plus solide, est sans aucun doute préférable à la mienne, et je l' adopte sans hésiter, puisqu' elle assigne à mon vieil ami, le Glacier du Trient, une si noble parenté. Elle doit réjouir les mânes de Javelle.

Mais pourquoi faut-il que les névés si purs de ce Trient, petit-neveu de divinités grecques, védiques et gauloises, aient été profanés, en ce mois de mai 1930, par des cinéastes-aviateurs? J' en ai le cœur plein d' amertume...

L' Argny. Probablement du latin arenarium, « lieu où le torrent dépose beaucoup de sable ». A moins que ce ne soit: La Regny « domaine de Régnier »; cf. Comba Regny ( Martigny-Combe ).

Les Tseudanes. Les anciennes cartes portaient: Zeu d' AnniNom fréquent sous diverses formes: Chaudanne, Choudanna, Tschudane, et, dans la partie autrefois romane du Valais allemand actuel, Galdene. Du latin caldana, dérivé de calidus « chaud ». Désigne des sources profondes, assez chaudes pour ne pas geler en hiver.

L' Ourtie = chalet des orties.

La Lys. Bien traduit par sa désignation française locale: chalet du rocher. Quand il y avait encore des vaches à la « montagne » de la Lys, les bergers faisaient leur fromage dans une belle grotte naturelle, où plus d' un alpiniste, Javelle en particulier, a passé la nuit avant de monter à Orny.

Le Vaisevey. Même nom que les Veisivi et Vasevay expliqués dans mes précédentes études: alpage pour jeune bétail ou vaches sans lait qui ne « portent » pas. Latin vacivum « vide » + le suffixe arium.

Becca rionda = Pointe Ronde.

Proz Zon. Prononcez Prò dzon. Autrefois nom des hauts gazons des « montagnes » de Bovine ou de la Lys. Latin pratum summum, « le pré d' en haut ». ( Dzon est l' équivalent du bagnard Mon et du valdôtain çon. ) Aujourd'hui, nom d' un petit sommet.

Arpette ( Fenêtre dpetite alpe.

Eeandies ( Pointe et col des... ). En réalité, nom de toute la chaîne qui s' étend de la Fenêtre d' Arpette à Orny. Signification probable: ce qui cache ou ce qui est caché.Voir notice Econduits, dans mon Esquisse toponymique de la Vallée de Bagnes, Les Alpes, janvier 1930. ) Ancien participe passé du vieux verbe escondre ( latin abscondere ) « cacher, disparaître ». Jaccard le fait venir du verbe éconduire et lui donne le sens de pâturage avec des canaux d' écoulement. Cette explication convient mal aux Ecandies dont je parle ici.

Orny ( Pointe et col d ). Nom monté du Val Ferret, qui ne rentre pas dans le bassin hydrographique du Trient et que j' étudierai peut-être un jour.

Aiguilles Dorées, qui se décomposent comme suit:

a ) Tête Crettex. lre ascension 28 août 1899 par le guide Maurice Crettex, conduisant M. M. Escudié.

b ) Aiguille Javelle. lre ascension 6 août 1896 par les guides Onésime et Adrien Crettex, conduisant M. Egon Hessling.

c ) Le Trident. lre ascension probable par Emile Javelle et E. Béraneck, en 1876.

d ) Tête Biselx. lre ascension 4 juillet 1882 par Albert Barbey, qui donna à ce sommet le nom d' un de ses guides: François Biselx. Le nom de l' autre, Henri Copt, fut donné à la brèche d' accès, d' où:

eCol Copt.

fAiguilles Penchées.

g ) Aiguille de la Varappe. Chacun connaît l' origine de ce mot qui a eu une fortune singulière: C' est le nom d' un couloir du Salève.

h ) Aiguille de la Fenêtre ( de Saleinaz ).

Fenêtre de Saleinaz. Nom du Val Ferret. A étudier une autre fois.

Grande et Petite Fourehe — Tête Blanche — Col Blanc.

Col et Aiguille du Tour. Le Tour est le nom d' un hameau savoyard qui n' appartient pas au bassin du Trient.

Aiguille Purtscheller. lre ascension 17 juin 1890 par l' alpiniste autrichien Ludwig Purtscheller, qui l' effectua tout seul.

Arrivé au terme de cette longue étude, je constate avec quelque humiliation que la proportion des points d' interrogation et des hypothèses fragiles y est considérable. Mais prétendre à davantage eût été présomptueux. Que les lecteurs mieux informés que moi ne me ménagent ni les critiques, ni les corrections justifiées: elles seront les bienvenues.

Vevey, septembre 1930.

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