Peter Chiusole, céramiste. Les hommes et la montagne

Peter Chiusole, céramiste

La poignée de main de Peter Chiusole est ferme, son visage rayonne d' un esprit lucide et décidé, ses gestes sont rapides, mais nullement fébriles, son regard aimable et sa voix chaleureuse. Son activité professionnelle se concentre sur la céramique expérimentale. Il recherche, notamment, des glaçures originales à partir de cendres d' un feu de bois dans un four construit à même le sol 1.

Peter vit avec sa famille à Steinhaus, petit village entouré de montagnes escarpées niché dans la vallée de l' Ahrn, dans le Tyrol du Sud. Originaires de Bolzano, sa femme Kyra et lui ont trouvé d' agréables conditions de travail dans cette vallée montagneuse et retirée. Ils se consacrent à la céramique et à la poterie, antiques activités artisanales qui ont de tout temps fasciné les hommes, et exposent dans leur demeure les produits de leurs recherches assidues et de leurs bricolages astucieux.. " " .Actuellement, ils sont en pleine restauration d' anciens poêles dont les faïences étaient fabriquées selon des procédés abandonnés aujourd'hui. Ils possèdent dans leur atelier un petit four électrique et un autre à bois, pour leurs divers processus de cuisson. Peter extrait lui-même sa matière première, l' argile, qu' il lave et purifie en plusieurs étapes. Chaque jour, il renouvelle des expériences pour améliorer sa technique. Son activité se situe à mi-chemin entre l' art et l' artisanat.

Un four en forme de caverne Tout au nord du Tyrol du Sud s' ouvre la vallée du Schwarzbach 2, latérale à celle du Weissenbach qui débouche sur la Valle Aurina ( vallée de l' Ahrn ). Là-haut, sur l' alpage du Schwarzbach, à gauche du chemin, le promeneur se heurtera à un anagama, terme japonais désignant un four en forme de caverne, construit contre une pente inclinée à 27 degrés. Selon les explications de Peter, « ces fours établis à même le sol étaient aussi connus chez nous. Toutefois l' anagama japonais, légèrement incliné, rappelle un entonnoir, ce qui assure une répartition plus uniforme de la chaleur dans tout son volume. » Mesurant huit mètres de long environ, l' anagama se compose des pierres et du mortier que Peter et ses compagnons de l' association Kunstmyst ont récoltés aux alentours. Ils ont lancé un premier processus de cuisson en 1999, suivi d' un autre en septembre 2001. A partir de trois tonnes d' argile, divers artistes ont façonné leurs œuvres sur place en exprimant leurs préférences respectives.

Feu de bois Ces œuvres d' art en argile brute et non émaillée sont soigneusement disposées

Peter Chiusole, céramiste Vue de l' anagama, un four en forme de caverne, construit sur une pente inclinée à 27 degrés L' atelier du groupe d' artistes Kunstmyst, perdu au fond de la vallée du Schwarzbach Pho to s:

Be rnh ar d Ru dolf Ba nz ha f LES ALPES 2/2002

sur des étagères de terre réfractaire. Le four est ensuite préchauffé à feu doux pendant trois jours. Cela permet d' assé lentement et de faire monter progressivement la chaleur du four qui, en raison de son volume, présente une grande inertie calorifique. En deuxième phase, on alimente en combustible pendant quatre jours et quatre nuits un feu d' enfer élevant la température à 1300 °C. L' anagama, selon la description de Kyra, ressemble alors « à un dragon qui crache des flammes ». L' entretien constant et régulier de ce brasier exige vingt-huit stères de bois environ. On surveille le déroulement correct du processus au moyen de cônes de Seger 3 placés dans des regards ouverture destinée à faciliter les réparations pratiqués dans le dôme du four, qui se déforment lorsque la température atteint un certain degré. En raison de son inclinaison et de son goulet supérieur, l' anagama possède un tirage puissant, qui soulève un nuage de cendres ardentes. En se déposant sur la céramique, elles y forment un glaçage. Les objets ainsi décorés par les flammes et les cendres sont le résultat de l' interac de la technique humaine et des caprices de la nature.

Cycle naturel Pendant que Peter scie dans le lit du ruisseau voisin du bois flotté et séché au préalable, Seung-Ho Yang, un participant coréen, façonne ses dernières pièces. Elles ressemblent à des œufs de dinosaure que le potier place en équilibre sur les arêtes de pierres arrangées à sa guise, afin qu' ils se déforment sous leur propre

1 Nous remercions Christine Seebacher, de Bolzano, pour son active collaboration lors de la visite de l' installation, ainsi que Christine Mahlknecht, de Bolzano également, pour ses commentaires avisés. 2 Egalement dénommée « vallée du Schwarzenbach » sur certaines cartes. 3 Cônes ou tessons d' argile recouverts d' émail, permettant d' évaluer la température.

A l' intérieur de l' anagama, la température atteint 1300° C pendant la phase de cuisson au feu de bois. On distingue la charge du four à travers les flammes Pho to :L oi s S teege r LES ALPES 2/2002

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poids lors de la cuisson. Tout en posant un nouvel œuf sur son lit de cailloux, il nous livre le fruit de ses réflexions: « Au début était le feu, puis la matière s' est refroidie et transformée en roche. Les péripéties de l' histoire géologique de la Terre l' ont réduite en poussière, l' argile, que nous modelons en œuvres d' art et qui retourne ensuite à l' état de pierre par la cuisson au feu. Ce cycle de la nature me fascine. »

Longue attente

Après la cuisson, on laisse l' anagama se refroidir durant deux longues semaines. La tension des artistes s' accroît pendant ce délai précédant l' ouverture du four qui permettra d' en extraire les pièces de céramique. Le public aura l' occasion de les admirer lors d' une exposition assortie d' un film documentaire et d' un catalogue 4. a

Bernhard Rudolf Banzhaf, Saas Fee ( trad. ) 4 Cette exposition aura lieu à Bolzano dès le 29 janvier 2002; voir également www.anagama2001.net.

Pho to :B er nh ar d Ru dolf Ba nz ha f « Œuf de dinosaure » de Seung-Ho Yang, qui se déformera sous son propre poids lors de la cuisson à 1300 °C

Description de l' itinéraire

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