Points fixes d'assurage: de la responsabilité, s'il vous plaît! Escalade: de la salle au rocher

De nombreux grimpeurs pensent que les points fixes d' assurage en rocher, dans la nature, offrent en cas de chute une sécurité égale à celle qu' ils trouvent en salle. Souvent, ils ne pensent pas que ces points d' assurage sont d' âge et de qualité très variables: en conséquence, leur capacité à retenir une chute peut être variable aussi (1).

On compte chaque année environ un demi-million d' entrées dans les salles d' escalade, ce qui montre bien qu' un nombre croissant de personnes profitent de ces installations pour s' initier à l' escalade. Elles y font l' expérience de conditions de sécurité ( concernant surtout la fiabilité des points d' assurage, de renvoi de moulinette et de rappel ) sur lesquelles elles pensent généralement, sans trop y réfléchir, pouvoir compter aussi dans les itinéraires équipés dans la nature. Il est bien clair que certains points d' assurage anciens peuvent retenir des chutes, mais il faut les utiliser avec la plus grande prudence. Il ne s' agit pas que de la tenue dans le rocher, mais aussi de la solidité de la plaquette et, pour les installations de moulinette et de rappel, de la fiabilité d' autres éléments intermédiaires encore.

Un pas décisif vers la responsabilité individuelle Lorsque l'on sort de la salle pour grimper en plein air, on ne réalise souvent pas que l'on franchit un pas encore bien plus important en matière d' assurage: le passage de la responsabilité partagée à celle que l'on assume seul. En salle, c' est en principe le gérant de l' installation qui est responsable d' entretenir les points d' assurage. A l' extérieur et dans la nature, chacun est responsable de soi-même et de ses actes dès le premier pas entrepris dans le rocher. L' équipement d' une voie d' escalade est toujours une entreprise unique: il n' y a pas, et il ne peut pas y avoir d' entretien par la suite. Il appartient donc aux grimpeurs de vérifier eux-mêmes, s' ils le peuvent, les points d' assurage, de renvoi de charge et de rappel. Lorsqu' un examen amène à douter de la qualité d' un point d' ancrage, il faut être conscient du risque encouru. Cela peut impliquer que seuls se lanceront dans la voie ceux qui maîtrisent sa difficulté, ou alors ceux qui peuvent utiliser des dispositifs mobiles d' assurage pour faire l' appoint nécessaire. Il en va de même pour les itinéraires rééquipés. Mais après un rééquipement, il n' y a pas non plus d' entretien: les grimpeurs sont donc, comme précédemment, responsables de leur propre sécurité. En Suisse, les rééquipements sont pratiquement tous réalisés par des bénévoles, donc des idéalistes, car cela prend beaucoup de temps2.

Sur quoi faut-il porter son attention? Même les professionnels ne peuvent pas estimer visuellement la capacité de charge d' un piton martelé, d' un piton à expansion ou d' un piton scellé. Il faut partir de l' idée que les pitons à marteler et les anciens modèles de pitons à expansion sont en général moins fiables que les modèles plus récents. L' expérience montre que les pitons à expansion de fabrication récente, s' ils sont bien placés et si leur plaquette est fixée au boulon ( ancrage à segments ) avec un écrou M10, supportent sans problème les chutes de grimpeurs sportifs. Ce que font aussi bien, ou mieux encore, les pitons collés ou scellés dans le rocher avec un mortier spécial. Pitons à marteler Largement utilisés avant l' arrivée des pitons à expansion ( jusque vers la fin des années 1980 ), puis parallèlement à ceux-ci, les pitons à marteler ou « clous » étaient frappés dans des fissures du rocher au moyen d' un marteau. La forme, l' épaisseur et la longueur des pitons étaient différentes, adaptées à la largeur de la fissure, et ils étaient constitués de différents alliages. Ces pitons ne tiennent que par l' effet de serrage réalisé par le frappage et ils se corrodent plus ou moins fortement et rapidement. Ils peuvent aussi perdre assez vite leur tenue au rocher du fait des processus de gel et dégel ou d' autres facteurs, sans que cela se voie de l' extérieur. Les pitons traditionnels à marteler doivent donc être considérés comme des points d' assurage peu fiables. Pitons à expansion3 La plupart des ancrages utilisés aujourd'hui comme pitons à expansion servant à fixer les plaquettes d' assurage dans les voies d' escalade proviennent de l' industrie du bâtiment. Ils ont été développés et éprouvés pour servir de fixations dans des matériaux de construction, principalement dans le béton mais évidemment pas dans différents types de rochers. Selon l' usage auquel ils sont destinés, il en existe différentes qualités4. Le progrès des techniques d' ancrage et l' utilisation de plus en plus fréquente, depuis la fin des années 1980, d' une perceuse à accumulateur performante ont eu pour résultat un équipement bien meilleur et beaucoup plus sûr des voies d' escalade. C' est aussi une contribution importante au succès grandissant de l' escalade sportive. Au début, ces équipements ont été repris du secteur de la construction sans trop de réflexion et l'on utilisait aussi des types d' ancrage et des plaquettes qui ne satisfaisaient pas aux exigences élevées de sécurité que l'on pose aujourd'hui aux dispositifs de retenue des chutes en escalade. Tout a bien changé maintenant. Gollots « Stift » et pitons à expansion à couronne Durant les années 1950 et 1960, on utilisait encore le marteau et le burin en croix pour poser des gollots qui se coinçaient dans le trou seulement par la forme du profil de leur tige. Aujourd'hui, les grimpeurs ne les rencontrent que rarement. Ils étaient caractérisés par leur tige très courte, habituellement de section carrée de 6 mm, pourvue d' un petit œillet ( modèle « Stift » ). Leur capacité de charge était douteuse. Les pitons à expansion de la génération suivante, à couronne, étaient également placés à la main. Il s' agissait d' un système de cheville à expansion dont la couronne assurait la progression du percement. Il était souvent pourvu d' une plaquette réalisée par l' utilisateur et vissée au filetage de la tige couronnée au moyen d' un boulon M10 à tête imbus ou six pans. Le piton à expansion couronné est très cassant et sensible à la corrosion dans la zone de la couronne. De plus, il n' est pas enfoncé profondément dans le rocher. Sa capacité de charge devient rapidement douteuse avec le vieillissement. Aujourd'hui, on rééquipe en priorité les secteurs qui ont été équipés en pitons à expansion couronnés. Pitons à expansion Longlife Ce sont des tiges creuses dans lesquelles passe une pointe à marteler qui sert à fixer l' ensemble. On n' a jusqu' ici constaté de problèmes qu' avec les pitons Longlife de 10 mm, mais pas avec ceux de 12 mm de diamètre. En général, ceux qui se sont détachés du rocher n' avaient pas été martelés ( ou ne pouvaient pas l' être ) assez profondément pour que la pointe bloque la cheville. De nombreuses voies équipées de ce type de pitons à expansion ont déjà été rééquipées. Autres dispositifs d' assurage problématiques Plaquettes :matériaux et dégâts Dans les voies plutôt longues et en terrain alpin, on trouve principalement des plaquettes zinguées ou éventuellement chromées. Même si elles ne correspondent en général pas aux normes actuelles de l' UIAA, on peut les juger relativement sûres. Dans les massifs-écoles et les voies rééquipées, la préférence va de plus en plus aux plaquettes d' acier inox. Cependant, on trouve encore parfois des plaquettes d' aluminium, qui étaient achetées dans le commerce5 ou que les grimpeurs fabriquaient eux-mêmes avec des équerres. Il arrive même que ces plaquettes soient fixées à des boulons ou des vis M8 martelés directement dans le trou du rocher. Ces ancrages doivent inspirer la plus grande prudence. Cependant, même les meilleures plaquettes d' acier inox peuvent être abîmées par les éléments naturels: chutes de pierres, pression de la neige ou de la glace qui peut les tordre ou même les rompre ( surtout sur des dalles lisses en altitude ). Ancrages de moulinette meulés Les ancrages de moulinette dans une voie peuvent être un autre point faible. Dans les moulinettes très fréquentées, les ancrages de renvoi sont soumis à une usure incessante. D' une part, le manteau des cordes est toujours garni d' un peu de poussière et de sable qui exercent un effet abrasif, et d' autre part les parties mobiles du point d' assurage sont soumises à un frottement réciproque causant des rayures toujours plus profondes. Ainsi, l' arête d' une plaquette peut ronger progressivement le maillon rapide qui lui est accroché. Il est donc vivement recommandé de vérifier sur ce point les ancrages de moulinette. Lorsqu' un grimpeur en tête de cordée constate une telle situation, il devrait « sacrifier » un mousqueton supplémentaire qui sera accroché à un point d' assurage en bon état, la corde passant alors par les deux points d' assurage Les mousquetons fixes et maillons rapides sont particulièrement menacés dans ces situations, alors que les anneaux de rappel mobiles le sont moins, car l' anneau est en perpétuel mouvement de rotation qui répartit l' usure Relais avec anneau « Muniring » Il est admis aujourd'hui que les relais devraient être pourvus de deux points d' ancrage fixes. Mais il s' en trouve toujours beaucoup, surtout dans les voies longues et plutôt alpines, pour n' être équipés que d' un anneau souvent très massif. Semblables aux anneaux utilisés pour guider les taureaux, ils sont nommés « Muniringe » en Suisse alémanique. La faible profondeur de leur ancrage fait qu' ils ne sont pas toujours aussi fiables que leur aspect extérieur le suggère. Leur capacité de charge correspond à peu près à celle d' un ancrage de segment de type normal. Cette seule raison doit interdire à plusieurs cordées d' occuper le même relais équipé d' un « Muniring ». On ne connaît jusqu' ici aucun cas de rupture d' un tel anneau, mais le groupe de travail Rééquipement et ouverture est d' avis que de tels relais devraient être pourvus au plus vite d' un équipement complémentaire. Il est cependant recommandé: d' équiper d' un point fixe supplémentaire pourvu d' un anneau les relais déjà équipés d' un « Muniring » se trouvant sur des voies parcourues surtout en ascension. Pour la descente en rappel, on passera la corde par les deux anneaux; d' équiper les voies dans lesquelles les relais sont fréquemment utilisés pour la descente en rappel d' une deuxième installation complète de relais et de descente en rappel. S' informer et évaluer le risque La plupart des guides d' escalade édités en livres, ainsi que les informations consultables sur internet, fournissent des informations importantes concernant l' équipement des voies. Chacun peut se baser là-dessus pour choisir les voies correspondant au mieux à ses besoins en matière de sécurité. Il y a toujours plus de voies équipées de pitons de dernière génération ( ancrages à segments et ancrages scellés ), mais la qualité et le degré d' équipement des voies varient fortement selon la région. Même si tous les pitons à expansion ou à sceller ne correspondent pas aux exigences actuelles de sécurité qui sont toujours plus sévères, leur capacité de charge suffit en général à retenir les chutes d' escalade sportive qui sont habituellement de faible amplitude. Les accidents dus à une rupture de piton à expansion sont au moins relativement rares. Cela ne doit pas inciter à se fier aveuglément aux points fixes d' assurage en rocher. Il est de la responsabilité de chacun de considérer tout piton et tout ancrage de rappel d' un œil critique, d' en examiner un éventuel défaut et d' y trouver remède. Il faut aussi garder à l' esprit le fait que l' escalade comporte toujours un certain risque. Dès que l'on s' engage dans le rocher, on doit accepter ce risque.

Pour en savoir plus Il existe une abondante littérature sur les pitons à marteler et les pitons à expansion ou à sceller. Le Club alpin allemand DAV, qui s' est engagé depuis des décennies dans la recherche concernant la sécurité, s' est intéressé particulièrement à ce sujet ( voir www.alpenverein.de ). La revue bergundsteigen publie régulièrement des articles sur ce thème ( voir www.bergundsteigen.at ). Voir également l' article d' Ueli Mosimann, « Que valent les vieux pitons en terrain alpin? Un test de résistance réalisé dans l' Oberland bernois », Les Alpes, 03/1998, pp. 34 s.

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