Préposé grison à l'entretien des signaux de triangulation. Nouveau système de triangulation

Préposé grison à l' en des signaux de triangulation

Heinz Lautenschlager procède au nouveau levé topographique du canton des Grisons au moyen du GPS. Il sonne ainsi le glas de l' ancien réseau de triangulation mais aussi de son propre emploi.

Tout au fond du Dischmatal, au-dessus de Davos, se dresse le sommet du Scalettahorn. Il n' est pas couronné, comme le Rigi ou le Chasseron, d' une pyramide de triangulation. En revanche, un petit cylindre métallique, scellé dans le rocher à côté de la croix sommitale, est entouré de trois croix rouges gravées dans la pierre. « Il s' agit d' un point de triangulation de troisième ordre », nous dit Heinz Lautenschlager. L' ancien professeur de géographie se souvient alors de l' époque où il enseignait à ses élèves ce qu' étaient les « points de triangulation de premier ordre », à savoir des sommets surmontés d' un signal trigonométrique – qui ac-quéraient de ce fait une préséance sur les montagnes environnantes – servant de base au réseau géodésique national. Poursuivant ses explications, Heinz Lautenschlager déclare: « Ces pyramides jouaient le même rôle que les clochers d' église à partir desquels on effectuait les visées avec des instruments de mesure. » « Tout cela va disparaître », ajoute-t-il en plaçant le trépied de bois au-dessus du repère métallique. Puis il visse la table de montage, met en place le fil à plomb optique puis fixe l' émetteur, l' antenne ( qui ressemble à une soucoupe volante ) et un limbe gradué. Il introduit ensuite quelques données au moyen d' un clavier et le système électronique s' enclenche. Huit satellites renvoient aussitôt les signaux de l' émetteur, plus qu' il n' en faut pour une mesure précise au moyen du GPS. « Sous un signal de triangulation, je n' obtiendrais aucune réception », déclare Lautenschlager en rangeant déjà son matériel dans son sac à dos.

Compatibilité à l' échelle mondiale Chaque geste est effectué à la perfection. Ce n' est guère surprenant car, depuis six ans, Heinz Lautenschlager se rend sur les sites des points de triangulation. Pendant septante jours chaque été, il y place son trépied et collecte les données qu' il traitera l' hiver suivant. Il existe plus de dix mille de ces repères rien que dans le canton des Grisons, dont un tiers doit faire l' objet d' un nouveau relevé; parmi eux, le sommet du Scalettahorn, à 3068 mètres d' altitude. Heinz Lautenschlager gravit à pied la plupart de ces sommets avec dix kilos d' instruments sur le dos. Sur mandat des autorités fédérales, des fonctionnaires participent à ce projet dans presque tous les cantons suisses. Le but de cette entreprise est l' adaptation du réseau géodésique suisse à la technique du GPS. Outre sa très grande précision, ce système est compatible à l' échelle mondiale, tandis que le canevas de triangulation est limité à la Suisse.

Le canton des Grisons compte à lui seul 10 000 points de mesure tel que celui-ci Les pyramides comme celle qui se trouve sur le Buochserhorn ( NW ) ont vécu et sont vouées à disparaître. A l' arrière, le Rigi

Le GPS en bref

Mis en place par le Ministère de la défense des Etats-Unis, ce système fonctionne à l' aide de 24 satellites qui tournent autour de la terre à une altitude de 20 000 km. Ces satellites envoient continuellement des signaux sur la terre. Ces messages peuvent être captés par les récepteurs GPS. Si un récepteur reçoit des signaux de trois satellites en même temps, il arrive à calculer la position géographique en plaine. Si ces signaux proviennent de quatre satellites en même temps, il peut en outre calculer l' altitude de la position géographique. Dans des vallées profondes, dans la forêt ou dans des bâtiments, le contact avec les satellites est mauvais, voire impossible. C' est la raison pour laquelle on ne perçoit que de très faibles signaux de ces endroits.

Démontage des signaux trigonométriques

Soixante pyramides de triangulation couronnent collines et montagnes de Suisse. L' Office fédéral de topographie continuera d' en entretenir dix-neuf par intérêt historique ou culturel ou encore pour les utiliser comme emblèmes publicitaires. C' est notamment le cas des signaux surmontant le Rigi, le Napf, le Hörnli, le Monte Generoso et les Rochers de Naye. Les autres seront détruits ou pris en charge par les autorités communales. Celui du Piz Languard, par exemple, sera entretenu par la commune de Pontresina.

LES ALPES 8/2004

« Dans les Grisons, les écarts atteignent actuellement jusqu' à septante centimètres », commente Heinz Lautenschlager. Le GPS offre encore d' autres avantages. « Pour les mensurations sur de moyennes distances, l' encombrant théodolite a fait son temps et il n' y aura plus besoin de préposés à l' entretien des points de triangulation. » L' ennui c' est que la personne qui occupe cette fonction dans le canton des Grisons, c' est lui! « Pas de problème, s' exclame, lorsque ce projet sera terminé, j' aurai juste atteint l' âge de la retraite !»

Points de référence Tout en dévalant la montagne avec aisance, Heinz Lautenschlager trouve encore assez de souffle pour nous raconter sa vie. Après ses études de géomètre, il a travaillé à la construction de centrales électriques au Bangladesh, au Mozambique, au Nigéria, puis en Iran, pays qu' il a dû quitter lors de la chute du shah de Perse et de la prise du pouvoir par l' aya Khomeini en 1979. « Mes enfants accomplissaient alors leur cinquième et sixième année scolaire, c' était de toute façon le moment de revenir en Suisse », déclare Lautenschlager. Depuis lors, sa femme et lui vivent à Igis.

Pendant la descente du Scalettahorn, Heinz Lautenschlager procède encore au relevé géodésique de deux points, l' un sis à trente-deux mètres au-dessus du col de Scaletta, l' autre au lieudit « Scalettagletscher », proche de Seeboden. Une feuille volante comprenant un croquis et des données géographiques détaillées documente chacun des dix mille repères géodésiques. « C' est un travail de Sisyphe, ajoute Heinz Lautenschlager, qui aurait naguère nécessité la collaboration de cinquante géomètres au moins. » L' Office fédéral de topographie a déterminé selon la nouvelle méthode douze de ces points au millimètre près; l' exactitude des autres avoisine les cinq centimètres. L' un d' eux se situe près de Dürrboden, un autre au col de la Flüela. Heinz Lautenschlager a placé un émetteur à ces deux endroits avant de se lancer dans l' ascen du Scalettahorn. « Je suis en route depuis sept heures ce matin et ne rentre-rai à la maison qu' après dix-neuf heures », nous confie-t-il au restaurant de montagne Teufi.

Heinz Lautenschlager ressent-il parfois de la fatigue? Il l' admet, mais préfère cette activité à l' ennui des heures de bureau lorsqu' il voit le beau temps poindre à la fenêtre! a

David Coulin, Horw ( trad. ) Heinz Lautenschlager porte dix kilos de matériel sur le Scalettahorn Une fiche comportant un croquis et des données géographiques détaillées des années 1920–1940 a été établie pour chacun des 10 000 points de mesure Heinz Lautenschlager entre des données sur le Scalettahorn Les points de triangulation sont inscrits sur une carte nationale particulière Pho to s: Da vi d Co ulin Rep ro du it av ec l' a ut or is at ion de sw isst opo ( BA 04 6376 ) LES ALPES 8/2004

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