Raid à ski dans la vallée de la Haute Maurienne. Une vallée sauvage à découvrir cet hiver

Raid à ski dans la vallée de la Haute Maurienne

La vallée de la Haute Maurienne est située en Savoie, en plein cœur des Alpes, sur la frontière italienne où ses plus beaux sommets se dressent entre le massif de la Vanoise et la plaine du Pô. Cette vallée préservée en bordure du Parc national de la Vanoise est un site exceptionnel pour les amateurs de ski de randonnée ambitieux.

Bessans et Bonneval-sur-Arc sont les deux villages de la haute vallée de l' Arc, appelée Haute Maurienne. Ils sont nichés aux pieds des géants que sont l' Albaron et la Pointe de Charbonnel. Dès que le soleil se fait généreux, ce site est idéal pour le ski de randonnée. Et c' est souvent le cas, puisque le soleil pointe le bout de son nez près de trois cents jours par an dans cette région. Avant que chamois et bouquetins ne regagnent les hauteurs, randonneurs et alpinistes peuvent ainsi découvrir ces espaces protégés par les longs mois d' hiver et de solitude. Et dès la mi-mars, quand les refuges ouvrent, ce sont des petits points de chaleur qui relient ces grands espaces. Avant d' être domptée par les nombreux barrages, l' Arc sort des glaciers, formant une rivière sauvage. La vallée de la Maurienne, qui est subdivisée en trois parties – Haute Maurienne, Maurienne et Basse Maurienne –, porte l' empreinte de la rivière jusque dans son nom: « mau riu » signifi e mauvais ruisseau. Sur son passage, l' Arc effraie et fascine. Elle a engendré de nombreuses légendes comme celles des diables de Bessans 1. Elle est aussi nourricière puisque de tous temps, 1 De nombreuses légendes sur le diable existent dans cette région. Elles racontent par exemple comment le diable a pactisé avec des habitants. Des fresques, des sculptures et des images représentent le démon sous toutes ses formes à Bessans.

les hommes l' ont mise à profi t au moyen de canaux d' irrigation, de moulins et, plus récemment, de centrales électriques.

Des villages préservés

Bonneval-sur-Arc et Bessans, frères de sang, ont tissé des liens étroits en raison de leur isolement. Aujourd'hui, cet isolement est leur atout, puisque ces villages ne sont pas couverts des stigmates des stations de ski grand format apparues Lors de la montée au col des Pariotes L' Italie est toute proche et l'on aperçoit le sommet de la Levanna Occidentale ( 3593 m ) Photos: Sébastien Notter dans les années 1960. Bonneval-sur-Arc vaut assurément le détour pour ses toits de lauzes, ses murs en pierres et son architecture traditionnelle. Et les hameaux des Vincendières, d' Avérole ou de l' Ecot n' ont pas grand-chose à lui envier. Les épreuves forgent le caractère, disent les anciens. Ils entendent sans doute par là un caractère assidu, honnête et fort. La montagne, que l'on dit si douce, ne l' est pas toujours. D' aussi loin qu' on se souvienne, les avalanches, les crues torrentielles, les sécheresses, les longs mois d' hiver mais aussi la Seconde Guerre mondiale ( bombardement de Bessans en août 1944 ) ont laissé des cicatrices. Mais pas question de se laisser abattre, l' espoir est toujours resté présent: en témoignent les nombreuses églises et chapelles baroques qui font la fierté de chaque village. Le paysage est marqué par l' agricul. Les fromages comme le Beaufort et le Bleu de Bonneval valorisent le lait produit sur les flancs des montagnes. Les agriculteurs, qui représentent 20 % des habitants, sont aujourd'hui pluriactifs. C' est au moment des fenaisons que la communauté partage le plus dur labeur. Un ballet incessant de motofaucheuses et de râteaux s' active sur les prés pentus situés à 1800 mètres d' altitude ( pour les plus bas ). C' est la condition d' un hiver serein.

Figures légendaires

Si exigeante soit-elle, la montagne est devenue l' alliée des gens du pays. Elle s' est laissé séduire par les chasseurs de chamois et de bouquetins. La frontière italienne est proche et les nombreux cols entourant les deux villages s' ouvrent sur le Piémont comme autant de portes permettant des échanges. Les contrebandiers ont su exploiter cette situation. C' est d' ailleurs à Bonneval-sur-Arc, en 1881, qu' est né Pierre Blanc, surnommé le Pape. Fils du guide de montagne Jean Joseph Blanc ( dit le Greffier ), il est devenu une légende notamment en raison de son goût marqué de la contrebande et du braconnage, mais aussi car il fut le premier d' une longue lignée de guides à conquérir la montagne avec une ferveur et une ténacité qui les emmenèrent jusque sur les grands sommets himalayens.

A la fin du XIX e siècle, sous l' impul d' une poignée d' aventuriers, guidés par les montagnards, la haute montagne est devenue un nouveau pôle d' intérêt de Petite halte au col de la Bessanèse ( 3241 m ) avant de poursuivre le raid l' aristocratie. Les clubs alpins ont fleuri dans de nombreux pays. La Maurienne a, elle aussi, bénéficié de cet essor de l' alpi. En 1894, par exemple, le CAF ( Club alpin français ) de Lyon a acheté 5000 m de terrain à Bonneval-sur-Arc pour la construction de trois bâtiments. Le 30 mai 1922, le conseil municipal de Bonneval-sur-Arc présidé par Pierre Joseph Blanc céda, pour la somme symbolique de 50 francs, 2000 m 2 de terrain pour l' édification d' un refuge. Ce maire, qui officiait aussi en tant que guide, était un véritable visionnaire. Pour convaincre son conseil, il avait démontré toutes les retombées économiques que pouvait apporter à la commune la présence d' un tel édifice. Les travaux furent achevés en 1925 et le bâtiment sert toujours de refuge ( Carro ). La vallée de la Maurienne s' est dotée d' accès divers vers les sommets environnants: escalade, alpinisme, ski de pente raide et, plus récemment, cascades de glace et via ferrata.

La lutte contre le braconnage

Ces coins reculés étaient fréquentés par une faune très variée, menacée par le braconnage et les chasses intensives menées de part et d' autre de la frontière par les paysans, mais surtout par les gens de la ville en mal d' exploits guerriers. Le roi d' Italie Victor Emmanuel décida de mettre en place une réserve de chasse pour son usage personnel, côté italien. En 1922, son terrain servit à créer le Parc national du Grand Paradis, le premier d' Europe. C' était l' époque des premiers efforts pour protéger l' environnement. Le bouquetin, en voie d' extinction, vivait alors replié sur de minuscules zones, en petits troupeaux; il devint l' emblème de la lutte contre le braconnage. Il fallut attendre 1963 pour que les autorités françaises réagissent à leur tour et créent le Parc national de la Vanoise. Les mesures de sauvegarde furent drastiques, ce qui ne manqua pas de fâcher une partie de la population. Mais ces changements ont payé puisque le bouquetin s' est redéve-loppé à partir des zones endémiques. Aujourd'hui, faune et flore profitent de cette trêve pour le plus grand plaisir des randonneurs.

Un site d' exception

En hiver, cette région est un lieu de rêve pour les adeptes du ski de randonnée, attirés par ses espaces sauvages, sa quiétude, la magnificence de ses hauts sommets et ses refuges confortables. Certains comparent le coin à la région de Zermatt. Nous vous proposons un raid de six Photo: Sébastien Notter jours à travers les sommets majestueux de la Haute Maurienne: la Grande Aiguille Rousse ( 3482 m ), l' Ouille d' Ar ( 3554 m ) et la Pointe de Charbonnel ( 3752 m ). Il peut être parcouru dans les deux sens, avec de multiples variantes. N' hésitez pas à contacter les refuges pour plus d' informations.

Itinéraire:

1 er jour: Bonneval-sur-Arc ( 1800 m)– refuge du Carro ( 2760 m ) Départ de Bonneval-sur-Arc, dernier village de la vallée de la Haute Maurienne. Monter jusqu' au hameau de l' Ecot, poursuivre vers le nord en fond de vallée jusqu' aux chalets de la Duis. Passer les chalets de Léchan et continuer jusqu' au refuge du Carro ( 2759 m ) Difficulté: PD 2 e jour: refuge du Carro ( 2760 m)– Grande Aiguille Rousse ( 3482 m)– refuge du Carro Depuis le refuge, descendre à Plan Sec, puis remonter dans les vallons en direction de l' ouest jusqu' au P. 2867. Poursuivre jusqu' au pied du col des Montets et monter à gauche de la cascade. Sur le replat, devant les séracs, continuer sur l' épaule de la moraine nord jusqu' au col des Montets ( 3185 m ). Rejoindre le col entre la Petite et la Grande Aiguille Rousse, en contournant prudemment la montagne. De là, le sommet effilé est proche. Pour y parvenir, longer l' arête du côté sud. Pour la descente, emprunter le même parcours Difficulté: D– Lors de la descente de l' Albaron vers le refuge d' Avérole La Haute Maurienne est riche en glaciers. Ici le glacier du Grand Méan Photos: Sébastien Notter 3 e jour: refuge du Carro ( 2760 m)– col de Trièves ( 3080 m)–col du Grand Méan ( 3214 m)–refuge des Evettes ( 2590 m ) Du refuge du Carro, monter vers l' est jusqu' au au col des Pariotes ( 3034 m ), redescendre vers le sud jusqu' au pluviomètre. Continuer en direction du sud jusqu' au P. 2837. Descendre ensuite en direction de l' ouest jusqu' à la hauteur du P. 2603. Pour atteindre le col de Trièves ( 3080 m ), monter soit par la pente, soit par le passage entre les barres rocheuses, en fonction des conditions. Traverser le glacier du Murlinet jusqu' au milieu pour ensuite remonter au col du Grand Méan ( 3214 m ). Depuis le col, descendre le glacier du Grand Méan ( plein sud ) pour rejoindre les pentes sous la Pointe de la Piatou, passage au P. 305O. Puis descendre jusqu' au plan des Evettes avant de remonter légèrement vers le refuge des Evettes Difficulté: AD pour le col de Trièves et PD pour le col du Grand Méan 4 e jour: refuge des Evettes ( 2590 m)– l' Albaron ( 3637 m)–refuge d' Avérole ( 2210 m ) Du refuge, redescendre et traverser l' im plan des Evettes. Puis suivre le glacier des Evettes ( rive gauche ) jusqu' au replat à 2900 m. Continuer plein sud pour aller buter sous la Petite Muraille d' Italie.. " " .Vers le P. 3076, tourner vers l' ouest et contourner la zone exposée aux séracs. Puis bifurquer sous les pentes nord-est raides de l' Albaron pour atteindre la frontière franco-italienne. Monter jusqu' à 3450 m et viser la Selle de l' Alba ( 3474 m ). De la Selle au sommet, il reste 150 m de dénivelé sur l' arête SE, à parcourir avec crampons et corde tendue.. " " .Vue sur le col des Pariotes ( 3034 m ) Petite pause sur la terrasse du refuge du Carro avec vue sur l' Albaron ( 3637 m ) Couloir de descente sous la Grande Aiguille Rousse Depuis le sommet, un rappel de 20 m permet de prendre pied sur la pente nord-ouest du glacier du Grand Fond. Puis, descendre en direction sud vers le P. 2846. Continuer la descente jusqu' au refuge d' Avérole Difficulté: D 5 e jour: refuge d' Avérole ( 2210 m)– Ouille d' Arbéron ( 3554 m)–refuge d' Avérole Du refuge, partir en traversée direction sud-est jusqu' au P. 2235, puis remonter en longeant la barre rocheuse de la Crête de la Vallettaz qui mène au col d' Arbéron ( 3022 m ). Monter en direction du sud-est et longer l' arête de l' Ouille d' Arbé, à environ 3100 m, jusqu' au sommet. Suivant l' enneigement, on doit parfois mettre les crampons pour terminer cette course. Très joli sommet et belle descente pour bons skieurs, avec une vue imprenable sur les Alpes et l' Italie. Possibilité, lorsque les conditions le permettent, de redescendre par le ruisseau de la Vallettaz et le vallon de la Lombarde. Le cas échéant, redescendre au refuge par le même chemin qu' à l' aller Difficulté: AD 6 e jour: refuge d' Avérole ( 2210 m)– Pointe de Charbonnel ( 3752 m)– Bessans ( 1750 m ) Du refuge, descendre vers le nord-ouest sur le hameau d' Avérole et les Vincendières. De là, remonter vers le sud-ouest. Vers 2400 m, obliquer à gauche sous une barre rocheuse pour traverser le ruisseau de Charbonnel. De ce ruisseau, prendre la direction est en contournant une barre rocheuse jusqu' au pied du bombement qui se trouve à droite de la barre de séracs. Passé le bombement de glace, continuer sur le glacier jusqu' au sommet. Très joli sommet pour skieurs confirmés. Descente par le même itinéraire jusqu' au parking de la Bessanèse à cinq kilomètres de Bonneval-sur-Arc, liaison navette ou taxi possible Difficulté: TD a Sébastien Notter, Villarodin-Bourget Depuis les Vincendières, en Haute Maurienne, on est entouré de sommets comme la Pointe de Charbonnel ( 3752 m ) Photo: Sébastien Notter Informations pratiques Hébergement: refuge d' Avérole, tél. +33 ( 0 ). " " .4 79 05 96 70, 88 places, refuge confortable, séchoir pour le matériel, salle de détente et bibliothèque, douche chaude, http://refuge.averole.free.fr. Refuge des Evettes, tél. +33 ( 0 ). " " .4 79 05 96 64, 64 places, salle panoramique avec vue imprenable sur le cirque glaciaire des Evettes. Refuge du Carro, tél. +33 ( 0 ). " " .4 79 05 95 79, 61 places, entièrement rénové en 2005, douche chaude, petits dortoirs, coin lecture, terrasse Accès: par la route: autoroute A43, sortie n° 30 Modane, RN6 direction Lanslebourg, puis Bonneval-sur-Arc; en train: gare de Modane, à 3 h de Genève; bus pour la Haute Maurienne, tél. +33 ( 0 ). " " .4 79 05 01 32, www.altibus.com Numéros utiles: Météo Bourg St Maurice: +33 ( 0 ). " " .8 92 68 02 73. Chalet CAF de Bonneval: +33 ( 0 ). " " .4 79 05 83 78 Activités en cas de mauvais temps: ham-mam/piscine à Lanslebourg. Cascades de glace à Bonneval-sur-Arc ou visite d' une fromagerie artisanale à Bessans Cartes: carte IGN 1: 25 000 3633 ET, Tigne/Val d' Isère Maurienne et IGN, 1: 25 000, 3634 OT Val Cenis

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