Randonnée à travers la Corse

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Michel Dépraz, Le Sentier

( Photos 32 à Après avoir gagné la Corse en avion, un groupe de participants suisses se rend à Calvi par chemin defer, puis pédestrement à Spasimata ( 1180 m ) et, le lendemain, au col de l' Innominata ( ig 12 m ). Un violent orage les empêche d'escalader la Punta Gialba ( 2101 m ).

iy juillet. Diane avancée. Par la fraîcheur, nous partons pour le lac de la Mufrella et le col de la Bocca Culaja ( 1957 m ). La montée est raide, et le chemin pierreux. Par endroits, nous faisons presque de la varappe. Tout autour de nous, ce n' est que du splendide granit rouge, curieusement rongé par-dessous. Ce phénomène est d' autant plus mystérieux que la roche est parfaitement saine, mais non travaillée par l' eau, ce qui l' aurait polie.

La vue s' étend avec l' altitude. Au nord, nous apercevons encore la mer, dans les environs de Calvi. Le lac de la Mufrella, comme tous ceux que nous verrons, est des plus pittoresques. A l' est du col, la chaîne de la Mufrella ( 2148 m ) semble un gigantesque rempart crénelé. Du col, nous voyons la mer derrière nous, la vallée presque inhabitée de Filosorma à l' ouest, la vallée d' Asco à l' est et, devant nous, toute la plus haute partie de la Corse, soit de l' est à l' ouest: le Capo Bianco ( 2554 m ) et le Capo Berdato ( 2586 m ), le Cinto, toit de la Corse qui culmine à 2707 mètres, le Capo Larghia ( 2520 m ), et la Punta Minuta ( 2556 m ). Nous sommes surpris du nombre de névés qui égayent encore tout ce granit gris, surtout après un hiver très sec. Mais nous allons bientôt apprendre qu' en hiver il tombe fréquemment de deux à trois mètres de neige à partir de 1400 mètres.

Du col, une descente raide, dans la pierraille, nous amène bientôt vers les premiers pins, puis à notre but, la station « de ski » de Stagno ( 1420 m ), nommée aussi Haut d' Asco...

18juillet. Le soleil brille après le violent orage d' hier. Mais le fort vent d' ouest nous inquiète, et nous remettons à l' après la course au col Perdu ( 2183 m ). Nous occupons notre matinée à reconnaître le début de l' itinéraire du Cinto et à escalader quelques petits rochers. L' après, notre promenade se termine, cent mètres au-dessous du col, à un endroit où des gardes du PNRC ( parc naturel régional corse ) achèvent un refuge en pierres sèches, doublé de bois, d' environ 15 places, qui procurera un abri aux randonneurs du GR 20. Le GR 20 est un itinéraire de grande randonnée, balisé, qui traverse presque toute l' île du nord au sud, en suivant la ligne de partage des eaux est/ouest.

En descendant, nous constatons que le vent d' ouest souffle presque perpétuellement en ces lieux, car les pins qui poussent à cette altitude sont absolument nus d' un côté, les branches n' ayant pu se développer qu' à l' opposé. Comme ils ont, de plus, une cime horizontale, leur aspect est vraiment des plus curieux.

ig juillet. Trois heures et demie, diane, et nous attaquons l' ascension du Cinto au point du jour. Bien que la journée semble s' annoncer ra- dieuse, je suis inquiet: à mon lever j' ai remarqué à l' horizon un nuage noir en forme de poisson. Une fois de plus, le poisson noir ne mentira pas: nous ne sommes pas à mi-parcours que le ciel s' est complètement couvert. Une partie du groupe fait demitour. D' autres continuent. Bientôt, il commence à neiger... Tout à coup, un éclair avec coup de tonnerre simultané nous convainc de descendre aussitôt, fort dépités d' avoir rate le Cinto de bien peu...

20 juillet. tournée des gorges de la Scala di S& Regina et de Calacuccia ( 845 m ), station dominant un joli lac artificiel.

21 juillet. Réveil avant quatre heures et petit déjeuner à l' aube, car nous avons une montée en perspective et nous voulons nous élever autant que possible pendant la fraîcheur du matin. Devant nous, le soleil illumine la cime élancée de la Paglia Orba ( 2525 m ), la montagne la plus elegante de la Corse, tandis que nous traversons une forêt de pins majestueux, dont les plus vieux doivent avoir vu naître Napoléon. Arrivés au col de Foggiale, nous apercevons le sommet percé du Capo Tafonato ( 2343 m ). Une fois l' an, à la fin de juillet, vers le soir, le soleil est exactement dans l' axe du trou. C' est l' occasion pour les montagnards d' un village voisin de monter contempler le phénomène, puis de faire une fête qui dure toute la nuit. Nous avons envie de voir de plus près. Nous laissons alors nos sacs au col de Foggiale, sous la garde de quelques paresseux, et nous montons au col des Maures ( 2155 m ), tout près du Tafonato. La roche y est très particulière, un peu comme du béton mêlé de ballast rouge. A la descente, nous jetons un coup d' oeil aux bergeries de Tula: plusieurs enclos contigus, aux murs de pierres sèches. Deux pièces seulement sont couvertes: la « chambre à coucher » et la « cave à fromage ». Tout le reste y compris la cuisine, est à ciel ouvert...

Nous longeons ensuite un merveilleux torrent qui n' est qu' alternance de rapides et de bassins, mais un peu trop frais pour qu' on s' y baigne. Enfin, à travers une opulente forêt, nous remontons au col de Vergio ( 1400 m ), deuxième station de ski de file. Quelques imposants chasse — neige passent l' été à rouiller à côté de l' hôtel, mais leur présence nous prouve que l' hiver, ici, pourrait donner lieu à des glissades...

22juillet. Nous partons avant l' aube, et nous cheminons à travers des pins et des hêtres magnifiques vers le col Saint-Pierre et la Bocca Rota ( 1880 m ), avant de descendre vers le joyau qu' est le lac de Nino ( t 700 m ). L' eau, couleur d' émerau, est entourée de gazons verdoyants, autour desquels paissent des juments et leurs poulains, des vaches, des veaux, et des cochons presque sauvages. Ce spectacle fait un contraste complet avec les rochers, les genêts et les aulnes qui prédominent sur toutes les montagnes de file. De là, nous continuons par des gazons un peu marécageux, avant de descendre légèrement jusqu' au refuge de Cam-piglione ( 1600 m ). Il s' agit d' un refuge-bivouac en bois, de 30 places, avec, à part, un très elegant réfectoire-cuisine. Le même modèle, adapté à la rigueur climatique de nos Alpes, serait l' idéal, là où un bivouac classique serait à peine suffisant. Notre abri est situé sur un plateau à demi boisé de vieux hêtres, et traverse par un torrent agréablement tempéré pour le bain.

Tant de grâce attire et séduit: aussi nous endor-mons-nous dans un refuge archibondé. Au milieu de la nuit, je me réveille, à moitié étouffé, pour constater que les occupants du réfectoire n' ont rien trouvé de plus intelligent que de fermer hermétiquement porte et fenêtres!

23 juillet. Etape de transfert: col de la Bocca Staziona ( 1762 mmaison forestière de Poppaglia, sur la route du col de Vergio — Calacuccia - gorges de la Scala di Sta Regina — Corte — bergeries de Gratelle ( 1360 m ). Trajet fait partiellement en car, partiellement en camion.

... Aux bergeries de Grotelle, la rouille a quitté le pont du camion pour décorer nos fonds de culotte et nous faire rire de nos mésaventures mutuelles. Puisqu' il n' est que seize heures, Luigi nous propose de monter immédiatement au lac de Mélo ( 1800 m ) pour abréger l' étape du lendemain. Ju-dicieuse initiative! Après une montée très dure, de deux heures, nous arrivons dans un endroit féeri- Aostatal:

28 Val Fénis, von Praz Premier aus. Im Hintergrund rechts: die Tersiva 29 Beim Aufstieg zum Col Fénis: die Grand' Alpe 30 Mont Glacier 31Am Lac Miserin. Im mittleren Hintergrund: die Tersiva Photos Jean-Louis Blanc, Peseux que où, après avoir grille des côtelettes sur un feu de camp, nous nous endormons en comptant les étoiles.

24 juillet. La proximité du lac nous vaut une rosée abondante. Nous nous extrayons précautionneusement de nos sacs de couchage pour ne pas nous mouiller, puis nous étendons sur des rochers tout ce qui est humide. Grâce à l' avance prise la veille, nous avons le temps de faire une petite course supplémentaire pendant que sèchent nos effets. Sans sacs, nous montons jusqu' au lac du Capitello, au pied d' aiguilles verticales dorées par le soleil levant. Nous nous arrachons à ce spectacle enchanteur pour revenir à nos bagages, qu' il faut bien reprendre sur nos épaules pour monter au col de la Haute Route ( 2206 m ). A mesure que nous nous élevons, le paysage s' élargit, et le lac de Mélo s' étend bientôt à nos pieds. Celui du Capitello brille un peu plus loin, et nous en apercevons en même temps deux autres, plus petits, mais tout aussi ravissants. Du col, nos regards plongent encore sur un cinquième lac, qui n' a rien à envier en beauté aux précédents. La régions du lac de Mélo et du Mont Rotondo - que nous gravirons le lendemain — sont de loin les plus beaux endroits traversés par notre itinéraire. Et comme, en outre, les escalades de tous les degrés qu' on y trouve peuvent satisfaire les varappeurs les plus exigeants, est certain que nous y reviendrons.

La descente du col au refuge de Pietra Piana ( 1842 m ) est facile et nous laisse tout le temps d' admirer les premières montagnes de la moitié sud de file, dont le Monte de Oro ( 2389 m ), dernier objectif de notre randonnée...

25 juillet. De vilains nuages noirs affluent de l' ouest, et l' altimètre est monté de trente mètres durant la nuit! Nous partons tout de même. Au bout d' une demi-heure, nous sommes dans le brouillard. Nous continuons de monter. Je commence à me demander ce que je fais là, presque au haut d' un couloir très raide avec, au débouché, un col... Nous descendons sur des blocs de granit et, ô surprise, ,nous voici tout à coup au bord du lac de Rotondo. Que ce bijou naturel est bien garde! De »56 Corse:

32 En montant au Cinto: le Capo Larghia ( 2520 m ) 33 Capo Larghia et Punta Minuta ( 2556 m ) 34 Lac du Rotondo 35 Monte de Oro, vu du Rotondo Photos: Michel Dépraz, i tous les côtés, ce ne sont que tours, créneaux et murailles. Les nuages sombres donnent une note inquiétante et grandiose à ce décor, alors que les rafales du vent viennent mourir en tourbillonnant dans cette cuvette, non sans y soulever parfois des trombes d' eau. Les deux tiers du trajet sont faits. Par des rochers très faciles, nous progressons vers le sommet. Pendant ce temps- bonne surprise! -le temps s' éclaircit progressivement, et c' est sous un ciel des plus merveilleux que nous arrivons à 2622 mètres. Quel belvédère! C' est le point culminant du centre de file, que nous dominons presque dans son entier. Nous revoyons de loin à peu près tout ce que nous avons côtoyé ces derniers jours. Lorsque nous descendons, le changement de temps nous montre un lac tout autre que précédemment, tant l' éclairage et l' ambiance ont changé...

Après avoir passé le col de Vizzavone ( 26 juillet ) et gravi pour finir le Monte de Oro par un temps brumeux ( 2J juillet ), les participants se retrouvent à Ajaccio, d' où ils s' embarquent ou s' envolent pour regagner leur pays.

Cette excursion est organisée chaque année par Jean-Louis Fraimbault, du syndicat des guides de Grenoble, rue des Moutonnées 9, F 38120, St-Egrève.

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