Récit d'un «Voyage au Mont Titlis»

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

( Première ascension. ) En parcourant les volumes de Z' Annuaire du C.A.S. ( occupation toujours intéressante ), nous avons trouvé à la page 322 du tomeXXXIII ( 1896 ), le récit que nous reproduisons ci-dessous. Il était sans doute dû aux recherches du rédacteur d' alors, feu le DT Heinrich Dübi, un des meilleurs, sinon le meilleur connaisseur de l' histoire de l' alpinisme en Suisse. D' autres récits d' ascensions postérieures, par d' autres voies, se lisent dans d' autres volumes de Z' Annuaire du C.A.S., ainsi que dans Z' Echo des Alpes.

« Monsieur notre préfet de Sins 2 ) n' ayant plus à sa portée nos hommes qui, il y a 23 ans ( 1744 ), escaladèrent le plus haut sommet du Titlis, autrement dit le Nollen, m' a envoyé avec charge d' y répondre, la lettre de mon très vénéré patron. J' ai alors fait venir chez moi les deux survivants, Ignatius Hess et Joseph Eugenius Waaser ( car notre ancien maréchal-ferrant et le forgeron, qui étaient de la partie, sont décédés entre temps ), et je leur ai demandé des renseignements précis et concordants sur les questions posées. Or la seule route praticable qu' ils pouvaient suivre pour l' ascension de ce glacier était celle qui part du couvent vers le sud à travers le fond de la vallée, pendant 7 ou 8 minutes, puis une forte demi-heure en montant à travers la forêt de Gerschne, ensuite une heure par l' alpage de Gerschne plus haut jusqu' à une autre et dernière forêt au-dessus de laquelle la région sauvage ne produit plus de bois. De là il y a encore deux bonnes heures, toujours sur une forte pente, à travers l' alpage du Laub, sur l' arête duquel ils continuèrent leur marche. Ensuite, ils descendirent pendant une demi-heure par un dévaloir de pierres désert, ou petite vallée, d' où ils abordèrent alors le faîte du mont Titlis dont le sommet est nommé par nous le Nollen; ils arrivèrent au glacier et au névé sur lesquels ils n' auraient pu avancer ou même poser solidement les pieds et se tenir debout s' ils n' avaient eu leurs fers 1 ). De là ils eurent à grimper encore quatre bonnes heures à travers glaces et névés de sorte qu' ils durent faire un trajet de plus de huit heures de la vallée au sommet. Et comme le glacier présentait partout des crevasses et des fissures, dont on ne pouvait voir où elles se terminaient en profondeur, et dans lesquelles on voyait parfois de l' eau ou entendait jaillir ou bouillonner des sources, il fallait soit les franchir d' un bond, soit les contourner; le danger s' aggravait du fait que les petites fissures étaient recouvertes de neige fraîche ou tombée au cours de la même année. En sorte que celui qui marchait en tête devait toujours essayer avec son bâton s' il y avait moyen de poser le pied. Tous les quatre étaient encordés et marchaient à la file, afin que, au cas où le premier s' enfoncerait dans une crevasse, les autres qui se trouvaient encore en sécurité pussent l' en retirer. Une fois, en effet, la neige céda sous leurs pas — pas dangereusement toutefois — et ils purent continuer leur marche jusqu' au sommet où un grand plateau se présenta à leurs regards. Il y soufflait un vent violent, en dépit du temps clair et du soleil. Tout d' abord, sur ce plateau, d' où ils dominaient la vallée et le couvent, ils pratiquèrent avec beaucoup de peine un trou dans la glace, y plantèrent la grande perche qu' ils avaient prise avec eux et y fixèrent deux grandes toiles noires que l'on a pu voir du couvent tant que le vent et les intempéries ne les eurent pas déchiquetées. Tout en haut, ils constatèrent des traces d' animaux, mais plus rien au cours de la descente pendant trois heures. Après ce laps de temps toutefois, notamment au pied du glacier, ils virent de nombreuses pistes de chamois qui, de ces monts neigeux, prennent leur course vers le canton de Berne. Des sources et des ruisselets qui d' ailleurs ne peuvent être que des eaux de neige, sont visibles partout ou plutôt se font entendre dans les abîmes des crevasses des névés dont il a été parlé plus haut. Il est vrai qu' à partir d' une distance d' environ six heures au-dessous du plus haut sommet de la montagne, il n' y a ni arbre ni arbrisseau. C' est seulement lorsqu' on arrive sur la hauteur de la montagne qui fait face au Titlis, que l'on remarque avec étonnement à quel point ce dernier s' élance et s' élève toujours davantage, de sorte qu' il n' est pas étonnant que l'on puisse voir cette puissante montagne de partout, même des contrées les plus éloignées. » Crampons.

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