République altaïque (La -)

Cartel Carte générale de l' Asie: la République de l' Altaï se trouve bien loin de l' Europe, dans le sud de la Sibérie Océan Indien Carte 2 La République de l' Altaï est un pays entièrement montagneux et aride, où les agglomérations sont clairsemées et les voies de communication rares

La République altaïque

Gorno Altaïsk, un marché de bric-à-brac

Gorno Altaïsk est une ville typique de l' ancienne Union soviétique. Des milliers de grands-pères, de mères de famille et d' adolescents offrent quelque marchandise à vendre sur la rue: objets de leur propre ménage, légumes cultivés chez eux, camelote importée d' Asie orientale. Comme chacun veut vendre quelque chose et que personne n' a d' argent pour acheter, cette activité de vente ambulante se résume en de longues attentes sous la canicule ou la pluie, pendant des jours parfois. Comme toute la Russie, Gorno Altaïsk est devenu un gigantesque bazar.

Une foule de gens se sont appauvris en une nuit ou presque, à la suite de l' effondrement de l' URSS, de la perte de leur emploi et de l' inflation du rou-ble. Il existe encore quelques possibilités de gagner sa vie dans les villes, mais les salaires sont de toute manière misérables. Fréquemment, seul un ou deux membres d' une famille, incluant également la parenté plus éloignée, ont trouvé un emploi rémunéré; les autres doivent se convertir en vendeurs de rue. Mais, grâce à une solidarité très développée, l' argent ainsi gagné suffit à assurer le strict nécessaire à tous. Quant à ceux qui ne disposent d' absolu rien, personnes âgées, handicapés ou mères seules notamment, ils mendient dans la rue. Même des Russes pauvres leur allongent généralement une piécette...

^^Novossibirsk RUSSIE Ob \ Barnaoul

Altaisk IK LacTelezkogeAltaiski \. Zapavednik BalyktschaMONGOLIE

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Moscou ne paie plus!

Par des routes cahoteuses, le voyage de Gorno Altaïsk au parc national d' Altaïski Zapavednik, où le gardien Valodia Sergueievitch vit avec sa femme et sa fille, dure dix bonnes heures. Forestier diplômé d' origine russe, Valodia a tout d' abord résidé à Moscou; puis il a décidé, il y a dix ans, d' émigrer en Sibérie comme gardien de parc. Le coin de terre qu' il occupe aujourd'hui, au bord du lac de Telezkoje, est magnifique.

Le parc national s' étend sur une superficie égale au quart de celle de la Suisse.. " " .Valodia effectue ses tournées de surveillance à pied, sans chemin ni carte, à travers la forêt primitive sibérienne. C' est un amoureux de la nature et il connaît son domaine comme sa poche. Il nous montre les traces fraîches d' un ours et la sauniere où les loups guettent les cerfs en hiver. Au sommet de la montagne, nos cœurs battent plus vite à la vue saisissante du miroitement des lacs, des alpages fleuris et des immenses forêts. Cet endroit est si solitaire et si éloi-

Un gardien de moutons kazakh vaquant à son travail quotidien Voyages, rencontres, personnalités

gné de tout qu' il y a plusieurs décennies, les autorités soviétiques avaient décidé d' y larguer le second étage de leurs fusées spatiales! Des carcasses brillantes gisant çà et là dans l' herbe rappellent ainsi au promeneur, d' une manière étrange, l' existence de la civilisation.

Assis auprès du feu de camp, Valodia nous raconte sa vie. Avant la perestroïka, il touchait un bon traitement de l' administration centrale des parcs nationaux, à Moscou, et les lieux de service éloignés étaient desservis par hélicoptère. Tout est devenu beaucoup plus difficile depuis lors. Quatre mois se sont déjà écoulés depuis que Valodia a touché sa dernière maigre rémunération. Avec l' infla, les économies ont fondu comme neige au soleil. Sa famille vit maintenant au jour le jour sur les produits du jardin et ceux de la pêche; à l' occasion, Valodia tire quelque menu gibier. Il n' a plus d' ar liquide. Quant à l' habitation de son collègue de service, elle est vide, car celui-ci est parti avec sa famille à la recherche d' une vie plus facile. Le district dont il avait la surveillance est par conséquent abandonné. Valodia nous confie sous le sceau du secret l' apparition, dans le parc national, de premiers cas de braconnage d' ours, en supposant que des gardiens désespérés de ne plus gagner le moindre kopeck ont commis ces violations. « C' est du brigandage », s' exclame Valodia en colère.

La rue principale du village de Balyktscha. Dans cet ancien vil-lage-kolkhoze, on se déplace à pied, car l' essence est chère

Le kolkhoze ne fonctionne plus

A quelques heures de canot en amont du lac de Te-lezkoje se trouve, dans la vallée de Tchoulichman, le village de Balytcha, habité par des Altais uniquement. C' est un ancien kolkhoze. L' Etat lui livrait les semences et les machines et achetait sa production à un prix garanti. Les employés des kolkhozes étaient, en fait, des fonctionnaires recevant un salaire et ayant droit à une retraite. Le kolkhoze de Balytcha ne fonctionne plus du tout et, au village, presque tout le monde est au chômage. On ne trouve plus sur les rayons du magasin que quelques bottes de caoutchouc et de la pâte dentifrice! Depuis des semaines, le cadavre d' un cheval pourrit, échoué sur un haut-fond de la rivière. Un peu plus loin en aval, des enfants viennent puiser de l' eau qu' ils transportent dans des chaudrons accrochés à

Les enseignes des anciens kolkhozes attirent toujours le regard. Le cerf, dans l' Al, a occupé de tout temps une place centrale, comme l' attestent les peintures rupestres, où on le rencontre fréquemment Voyages, rencontres, personnalités

un joug posé sur leurs épaules. Pour subvenir de façon autonome aux besoins de leurs familles, les femmes de Balytcha ont trouvé une nouvelle activité donnant un sens à leur vie: elles affluent sur la place du village et engagent la conversation avec les étrangers, tandis que les hommes restent à l' arrière. Plusieurs d' entre eux, accablés de misère, se trouvent en état d' ivresse permanente.

Auparavant, les kolkhozes de l' Altaï ne fonctionnaient guère correctement, notamment parce que ces exploitations communautaires et étatiques ne correspondaient pas au semi-nomadisme, traditionnel mode de vie de la population altaïque autochtone. On forçait ainsi les indigènes à se sédentariser et à constituer une étroite et rigide communauté villageoise. Néanmoins, durant ces dernières décennies, l' Etat distribuait de l' argent aux villages de l' Altaï par le truchement des kolkhozes. Maintenant, cette source financière, sorte de subvention de l' Etat aux régions de montagne, est tarie et son absence se fait cruellement sentir.

En revanche, l' hospitalité altaïque a résisté au communisme. Dans 1'«ail », sorte de tente en bois, construction traditionnelle de l' Altaï du Nord, on continue à offrir à l' étranger de passage du poisson cru et du lait aigre. En outre, s' exprimant en russe, langue étrangère pour toute la population altaïque d' origine, les personnes âgées surtout s' enquièrent avidement des conditions de vie en Occident.

Les bergers kazakh mènent une existence semi-nomade, ce qui signifie que la yourte n' est habitée que quelques mois par an

Les Kazakhs possèdent à nouveau leur propre cheptel

Les Kazakhs de l' Altaï vivent à proximité de la frontière avec la Mongolie. Le même spectacle se répète immuablement à notre entrée dans chaque village kazakh de l' extrême est de la chaîne altaïque russe: de partout, des cavaliers arrivent en galopant follement autour de la voiture pour saluer les arrivants. Le chauffeur russe commente en riant: « Marlboro country !» A première vue, la vie a peu changé ici depuis la perestroïka, sauf que les troupeaux n' ap plus aux kolkhozes mais aux bergers eux-mêmes. En y regardant d' un peu plus près, on découvre cependant quelques changements significatifs: privés de l' assistance de l' Etat, nombre d' en et de conseillers agricoles qui travaillaient autrefois dans les kolkhozes ne trouvent maintenant plus de quoi vivre, dans cette région retirée proche de la frontière mongole, difficilement franchissable. Peu à peu, ces hommes émigrent vers la ville de Gorno Altaïsk et leur départ représente, pour les habitants de ces contrées montagneuses, un grave appauvrissement du point de vue de l' ins et de la culture.

Indépendance par rapport à l' Etat central

De nombreuses régions de montagne du globe dépendent de l' assistance de l' Etat. A l' époque du régime soviétique, des moyens financiers beaucoup plus importants qu' aujourd parvenaient dans la République altaïque par l' intermédiaire des parcs nationaux, des kolkhozes, des stations météorologiques, des écoles et des transports publics. Le « progrès » avait aussi entraîné la ruine des petites activités locales, ainsi que la dépendance des biens de consommation produits par la grande industrie; de sorte qu' aujourd, même les chaussures viennent à manquer dans les villages et comme plus personne ne produit ni ne vend des objets artisanaux, les touristes ne laissent presque pas d' argent derrière eux.

Les conditions de vie dans la République altaïque se sont aggravées d' autant plus fortement que l' au par rapport à l' Etat central s' est accrue et que le niveau de vie antérieur était plus élevé. Il est difficile aux anciens salariés de se convertir à un mode de vie indépendant. En revanche, les bergers, qui se sont depuis toujours approvisionnés en grande partie de manière autonome, sont devenus leurs propres maîtres avec la faillite de l' Etat. Ils bénéficient donc d' une légère amélioration de leur situation économique. Mais ils souffrent, en revanche, d' un net recul social en raison de l' effondrement des structures de l' enseignement et des transports publics.

L' or de l' Altaï

Quel est donc cet or dont on dit qu' il se cache ici? Depuis des siècles, on parle d' importantes richesses naturelles, voire d' or, enfouies dans le sous-sol de

Une station d' essence au bout du monde. Les voitures sont rares à la frontière mongole

l' Altaï. A vrai dire, l' or de ce pays n' est pas enterré dans son sol, mais réside dans le caractère intact de ses paysages naturels, de ses agréables vallées et de ses immenses steppes, que surplombent des cimes neigeuses, dominées par les 4500 mètres du Mont Bieloukha. Ces vastes contrées non colonisées offrent encore un abri sûr à des espèces animales rares, tel le léopard des neiges. En outre, l' hospitali de ses habitants constitue aussi une valeur sûre, ainsi que, finalement, les innombrables trésors archéologiques de la République altaïque, notamment des sculptures millénaires, de la taille d' un homme, s' élevant majestueusement dans le ciel bleu acier de la steppe. S' agit de pierres tombales, de représentations de chefs illustres ou de divinités? Ciselées dans la pierre, des scènes de chasse rappelant des graffitis décorent en maints endroits des parois de rochers. Elles invitent à l' étude de la passionnante histoire du peuplement de la République altaïque. Nombre de ces biens culturels immémoriaux sont restés intacts jusqu' à nos jours, car ils se trouvent dans l' ancienne zone d' accès interdit créée par les Soviétiques le long de la frontière mongole. Ces dispositifs naguère placés autour de l' URSS étaient censés empêcher la fuite hors du pays.

La haute plaine de l' Altaï est colonisée depuis des millénaires. Ce menhir d' au moins 2,5 m est-il une pierre tombale ou a-t-il été érigé en l' honneur de divinités?

L' Altaï abrite des milliers de lacs de montagne aux eaux cristallines -et pas âme qui vive pour déranger le marcheur ou la marcheuse qui s' y baigne

Le tourisme offre une chance...

La République altaïque a beaucoup à offrir aux touristes. Les habitants des mornes agglomérations urbaines de Novossibirsk, Bamaoul, Kemerova et Tomsk éprouvent de plus en plus le besoin de séjours de repos en montagne et, pourquoi pas, dans celles de la République altaïque. En outre, un nombre croissant de voyageurs de l' Ouest veulent se lancer dans l' aventure d' une visite de l'«ancienne Union soviétique ». C' est l' occasion pour la population montagnarde de l' Altaï de tenter, avec le tourisme, de se libérer de son ancienne tutelle de l' Etat et de parvenir à une plus grande indépendance économique. Ici et là, cette évolution a déjà commencé.

Jusqu' à présent, la République altaïque ne comptait presque aucun restaurant, à l' exception de ceux de la capitale, Gorno Altaïsk. Dans le village d' Ongoudaï, sur la grand-route qu' emprunte chaque année le rallye automobile Paris-Pékin, des femmes ont pris l' initiative d' ouvrir un restaurant. Il est bien fréquenté par des voyageurs au long cours et des touristes qui y dégustent des « pelme-ni », variante russe des raviolis, et saisissent cette occasion pour échanger les nouvelles de ces montagnes reculées.

Pour la première fois, des touristes payants ont accompagné Valodia dans ses tournées de surveillance. Il les pilote à travers à forêt primitive et leur révèle les secrets de la nature sauvage de Sibérie. Le soir venu, après un petit verre de vodka, il leur prépare sur son foyer l'«ucha », délicieuse soupe de poisson russe. Et la journée se termine avec de la crème aux myrtilles, sous un magnifique ciel étoile.

L' ancien directeur du kolkhoze de Balytcha, lui, s' est engagé comme chauffeur de bus durant la saison estivale. Dans son antique véhicule, il remonte le cours de la rivière Tchoulichman avec des vacanciers désireux de naviguer sur des eaux tumultueuses. De leur côté, quelques femmes de Balytcha vendent du lait, des fruits et des légumes aux voyageurs de passage pour se procurer quelque argent.

... et un défi

Le tourisme doit apporter un certain revenu à la population locale de la République altaïque. Toute- fois, le danger existe de voir la part du lion de cette activité tomber dans la poche de promoteurs étrangers à la région. Aujourd'hui déjà, ce sont en majorité des Russes provenant des grandes cités de Novossibirsk et de Barnaoul, ainsi que des Européens de l' Ouest, qui organisent les voyages dans l' Altaï. Leur impact publicitaire est bien meilleur que celui des indigènes de ces montagnes. Hors de la ville de Gorno Altaïsk, il n' y a que peu de postes téléphoniques et les liaisons internationales sont presque impossibles à établir. Il faut donc améliorer le réseau des télécommunications si l'on veut favoriser l' accès des habitants de cette république à ce domaine de l' économie.

Le développement ultérieur du tourisme comporte par ailleurs certains dangers, notamment celui de la destruction de sa base même. Le léopard des neiges, joyau de la nature altaïque et emblème du parc national, en est l' exemple typique: cet animal rare disparaîtra certainement si son habitat est ouvert sans restriction au tourisme. Conscient de ce problème, le WWF travaille actuellement à un plan de sauvegarde du léopard des neiges.

Signalons également que la Suisse finance un vaste projet du WWF de conservation de la diversité biologique en Russie, visant à placer sous protection complète des parcs nationaux tels que celui d' Altaïski Zapavednik. Contrairement à la pratique soviétique, ces parcs nationaux ne doivent pas être totalement interdits d' accès, mais il s' agit de les protéger contre les dégâts possibles du tourisme. Par conséquent, l' instruction des responsables des parcs doit être favorisée ( mais le projet n' inclut pas leurs salaires ), afin d' inciter tant la population locale que les touristes à entretenir un rapport harmonieux avec la nature. Dans des centres locaux de formation, on leur inculquera des méthodes de gestion des zones protégées, de sensibilisation des habitants à la protection de la nature et d' étroite collaboration avec les autorités. Ces responsables se verront également confier la mission de transmettre leur savoir aux gardiens de leurs parcs respectifs. En outre, la Suisse participera activement à la mise en place de systèmes de communication permettant une surveillance et une gestion optimales de ces réserves naturelles. Traduit de l' allemand par Cyril Aubert

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