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Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Par V. Pierre Robin ( à la manière de C. F. Ramuz ).

Et puis, machinalement, il a pris le chemin de chaque jour, mais il a dû faire attention, à ce chemin de chaque jour, car pendant le temps où il avait abandonné ce chemin, il avait couru les sentiers de la montagne, ces petits sentiers qui sont accrochés le long des pentes, qu' on dirait qu' ils vont dégringoler, mais ces petits sentiers ne dégringolent point...

Alors il a repris son chemin du travail, mais il a dû faire attention, car son pied, habitué pendant un certain temps aux cailloux et aux racines, son pied ne savait plus se poser, ainsi, tout à plat, sur un chemin uni, si uni qu' on dirait un fromage...

Alors il s' est trouvé devant la grande maison et ses yeux, habitués aux choses de là-haut, ont cherché, en vain, ont vainement cherché le petit balcon accroché au mazot... Alors il est entré, en faisant bien attention, car ses pieds, habitués aux planches rudes, ses pieds ne savaient plus marcher sur un parquet ciré...

Alors il a vu, autour de lui, toute une foule... et il a dû faire un grand effort de mémoire pour se remettre, pour se dire et mettre en sa tête, qu' il n' était plus là-haut, que ce n' était plus la même chose que là-haut, que ce tapotement, ce n' était pas le Trient tout là-bas, mais une machine à écrire, que ce timbre, ce n' était pas la clochette des chèvres, mais le téléphone, que ces beuglements, ce n' était pas le grand troupeau qui broute en paix, là-haut, mais les ordres...

Alors une grande mélancolie a empli son âme, son âme de montagnard qu' il a amenée en ville et qui ne peut s' y habituer, alors il a plongé sa mélancolie, et son âme, dans son encrier, tout noir, comme son chagrin...

Septembre 1929.

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